Le sang dans nos poches : l’enfer du coltan congolais
Nous avons tous du sang congolais au fond de nos poches. Ce sang, invisible à l’œil nu, colle aux écrans de nos smartphones, pulse dans nos ordinateurs, vibre dans les batteries de nos voitures électriques. Il provient de l’est du Congo, cette région que l’on oublie soigneusement dans les capitales occidentales, tout en s’y connectant chaque jour par la technologie.
Le coltan, cet alliage de colombite et tantalite, est l’or noir de l’ère numérique. Il est essentiel pour fabriquer des condensateurs miniatures, ceux qui permettent à nos appareils de fonctionner à haute fréquence. Mais derrière le mot “coltan”, il y a des enfants qui meurent dans des mines creusées à mains nues, des femmes violées, des familles déplacées, des villages réduits en cendres.
Depuis près de trente ans, la région du Kivu vit une guerre sourde. Plus de six millions de morts depuis la fin du génocide rwandais. Des milices, dont le tristement célèbre M23 soutenu par le Rwanda, financent leurs armes grâce à l’exploitation illégale de ces minerais. Le coltan extrait au Congo transite clandestinement vers Kigali,au Rwanda, puis entre légalement dans la chaîne d’approvisionnement mondiale. Il est blanchi, certifié “responsable”, et fini dans les usines d’assemblage en Chine,en général avant de revenir vers nous estampillé Apple, Samsung, Huawei ou Tesla. Le système est parfaitement rodé, cynique, accepté.
Et où sont les gouvernements ? Ils ferment les yeux. Où sont les multinationales ? Elles publient de belles chartes éthiques, pendant que leurs sous-traitants, eux, achètent à des trafiquants. Où sont les ONG ? Elles crient dans le désert. Où sommes-nous, consommateurs ? Aveugles, passifs, complices.
⚰️ Bilan global des victimes – 10 dernières années dans le Kivu
• Depuis le début du conflit post-1994, plus de 6 millions de personnes sont mortes à l’est du Congo, principalement à cause des violences, de la famine et des maladies 
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• Sur la période de 2014 à 2021, la violence liée aux groupes armés – dont ceux exploitant les minerais – est restée constante, puis a augmenté régulièrement selon le rapport du Government Accountability Office (USA) .
• Le groupe M23, appuyé par le Rwanda, contrôle aujourd’hui les mines clés de coltan (notamment Rubaya), et engrange environ 300 000 USD par mois grâce à ce trafic 
Il y a une hypocrisie mondiale à dénoncer. On boycotte le cacao du travail des enfants, le coton du Xinjiang, mais le cobalt et le coltan congolais restent hors de tout scandale collectif. Pourquoi ? Parce que nous ne voulons pas choisir entre éthique et confort. Parce que le Congo n’a pas de lobby, pas de voix forte dans les médias, pas d’image séduisante à offrir aux consciences occidentales.
Et pendant ce temps, le président rwandais Paul Kagamé joue aux bons élèves avec les Américains, tout en pillant le Congo au vu et au su de tout le monde. La Belgique, ancienne puissance coloniale, regarde ailleurs. L’Union européenne se tait, de peur d’égratigner les intérêts chinois ou de compromettre ses précieuses batteries vertes.
Le monde se prépare à la révolution technologique du XXIe siècle, une transition “écologique” soi-disant vertueuse. Mais si cette transition repose sur les os d’enfants congolais, sur les gémissements étouffés de femmes mutilées, alors ce n’est pas une révolution, c’est une honte planétaire.
Il est temps de nommer les choses. Le coltan du Congo est un minerai de guerre. Les multinationales qui l’achètent sans contrôle sont des receleurs. Les États qui laissent faire sont complices. Et nous, si nous restons silencieux, nous sommes les derniers maillons de cette chaîne sanglante.
.En dernière minute, Le ministre des affaires étrangères rwandais, Olivier Nduhungirehe, et la ministre des affaires étrangères congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, signent un accord de paix en présence du secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, à Washington, le 27 juin 2025.
Il n’y aura pas de justice climatique sans justice humaine. Et il n’y aura pas de justice humaine tant que l’est du Congo sera livré aux milices, pendant que l’Occident récolte les dividendes de son silence.
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