Il s'agit là d'une dette stratégique et symbolique : quel sens lui donner ?
Depuis 1967, et plus encore depuis le 7 octobre-2023, Israël a rendu à l’Amérique un service stratégique considérable en neutralisant ou en affaiblissant une série d’acteurs hostiles aux intérêts américains au Proche-Orient.
Il s’agit d’une double « dette » — matérielle (les gains géopolitiques concrets obtenus grâce aux opérations israéliennes) et morale (la gratitude attendue d’un allié face à des risques partagés). Cette lecture a du sens : Israël a longtemps été pour Washington un partenaire capable d’action directe, de renseignement pointu, et d’initiatives militaires que les administrations américaines n’étaient pas toujours prêtes à mener.
L’exemple de 1967 est éclairant : la victoire israélienne a redéfini les équilibres régionaux, rapprochant certains États arabes des intérêts occidentaux et endiguant l’influence soviétique.
Toutefois parler de « dette » suppose un lien de réciprocité et d’obligation durable. Or la relation américano-israélienne est moins une facture qu’un partenariat asymétrique et évolutif où intérêts, valeurs et opinions publiques pèsent différemment selon les époques.
Les États-Unis ont bénéficié d’Israël comme « allié avancé » ; Israël a trouvé chez les Américains un parapluie politique, financier et diplomatique. La réciprocité existe, mais elle n’est ni automatique ni indéfinie : la politique intérieure américaine, les priorités stratégiques changeantes et les pressions internationales conditionnent l’expression réelle de cette « gratitude ».
Sur le plan opérationnel, la contribution israélienne est tangible. Services de renseignement partagés, technologies militaires et cyberdéfense, frappes ciblées et déstabilisation de réseaux hostiles ont réduit des menaces régionales susceptibles de frapper des intérêts américains ou d’attaquer des alliés. Les deux satellites d'observation iraniens ont été neutralisés pour la guerre des 12 jours, les start'up israéliennes envahissent l'espace technologiques principalement dans la sécurité mais aussi dans l'innovation civile, et rapportent des centaines de milliards $ à Israël.
L’action israélienne a affaibli des acteurs pro-iraniens et des réseaux terroristes qui ont déjà tué des Américains — un raisonnement stratégique : mieux qu’une grande intervention américaine, un partenaire local efficace réduit le besoin d’engagements lourds et coûteux pour Washington.
Sur le plan technologique et économique, Israël est devenu un relais d’innovation : cybersécurité, intelligence artificielle, défense, santé — autant de secteurs d’intérêt pour l’économie et la sécurité américaines. L’interpénétration des industries et des capitaux (start-ups, centres de R&D, partenariats universitaires) nourrit la relation et génère des gains mutuels.
Mais cette « dette » vaut-elle inconditionnellement ? la guerre à Gaza et ses lourdes pertes civiles ont provoqué un tournant : fracture au sein du Parti démocrate, refroidissement européen, montée d’un discours critique sur les pratiques militaires israéliennes.
Là est la limite de l’argument de la dette. Les bénéfices stratégiques d’hier peuvent être compromis si la légitimité internationale d’Israël s’effrite, obligeant Washington à arbitrer entre solidarité stratégique et réputation démocratique.
Deux risques majeurs émergent : Érosion de l’appui politique interne aux États-Unis : les démocrates progressistes, une fraction importante de l’électorat jeune et les milieux académiques se montrent très critiques. Si la relation avec Israël devient un handicap électoral ou un sujet de fracture durable, la posture de Washington pourrait se durcir — moins d’appui inconditionnel, plus de conditionnalité.
Coûts diplomatiques et économiques : un isolement d’Israël sur la scène internationale complique les coalitions régionales, l’accès aux financements multilatéraux et la coopération scientifique. L’Union européenne ou d’autres partenaires peuvent imposer des contraintes politiques (sanctions, restrictions d’exportation) qui auront un impact indirect sur les intérêts américains.
Si les États-Unis doivent reconnaître les contributions israéliennes, cette reconnaissance doit être stratégique et conditionnée à la protection des principes qui fondent l’influence américaine (respect du droit international, protection des civils, primauté des institutions). Une « dette » accordée à sens unique risque d’affaiblir la crédibilité de Washington comme promoteur de règles.
Trois recommandations pour une politique américaine équilibrée Institutionnaliser la coopération sécuritaire tout en renforçant les mécanismes de transparence : soutien au renseignement et aux capacités défensives d’Israël, contreparties en matière de protection des civils (protocoles concrets pour réduire les pertes non combattantes, accès humanitaire contrôlé, enquêtes indépendantes quand nécessaire) Concilier intérêts et valeurs : maintenir l’appui stratégique mais exiger des engagements concrets sur les moyens humanitaires et les mesures préventives. La diplomatie devrait conjuguer assistance militaire ciblée et leadership diplomatique pour reconstruire la légitimité régionale. Diversifier les partenariats régionaux : Washington doit capitaliser sur l’élan d’intégration régionale (Accords d’Abraham, coopération économique) pour bâtir des alternatives politiques qui réduisent la dépendance à l’égard d’un seul levier militaire ou d’un seul partenaire.
La formule d’une « dette » des États-Unis envers Israël est utile pour rappeler des contributions réelles : sécurité, renseignement, innovation. Mais elle ne doit pas se transformer en carte blanche. Les intérêts américains à long terme exigent une gratitude lucide : soutenir un allié capable et proactif, tout en protégeant les principes qui garantissent la légitimité internationale.
La vraie dette, si l’on veut parler ainsi, est double : pour Israël, travailler à préserver sa légitimité morale tout en poursuivant ses objectifs de sécurité ; pour l’Amérique, reconnaître et accompagner ces efforts sans renoncer à la primauté du droit et à la diplomatie. C’est seulement ainsi que la relation pourra perdurer — efficace, crédible et conforme aux valeurs qu’elle prétend défendre.
Trump rêve d'élargir les Accords d'Abraham au Liban, à la Syrie, à la Libye, à l'Indonésie, et à bien d'autres pays musulmans, l'Homme providentiel est Janet Kuschner, son gendre ... le Magicien !
Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne