L’importance de Doctolib donne trop d'informations et de pouvoirs à cette plateforme : les risques liés à la confidentialité et à la concurrence sont importants ... Un outil à double sens
Depuis sa création, Doctolib s’est imposé comme la plateforme française incontournable pour la prise de rendez-vous médicaux et les téléconsultations. Avec 80 millions d’utilisateurs et 400 000 professionnels de santé inscrits, elle capte la majorité du marché et facilite l’accès aux soins pour les patients, tout en permettant aux praticiens de gérer efficacement leurs agendas.
La plateforme est devenue particulièrement indispensable pendant la pandémie de Covid-19, lorsque l’État l’a choisie pour la prise de rendez-vous des vaccins. Grâce à son interface simple et sa notoriété, Doctolib a renforcé sa position de leader, même sur le marché concurrentiel de la téléconsultation où existent des acteurs comme Qare, Livi ou Maiia.
Les patients trouvent un gain de temps et de sécurité grâce à la centralisation des services et aux rappels automatiques, tandis que les médecins bénéficient d’outils pour organiser leurs consultations, suivre leurs patients et proposer des téléconsultations de qualité. L’effet de réseau crée un cercle vertueux : plus il y a de médecins sur la plateforme, plus les patients s’y inscrivent, et inversement, ce qui consolide la position dominante de Doctolib.
Cependant, cette domination a un coût : la plateforme est accusée d’avoir utilisé des clauses d’exclusivité et de verrouillage du marché pour éliminer ses concurrents. Par exemple, jusqu’en 2023, les médecins inscrits sur Doctolib ne pouvaient pas s’inscrire sur d’autres plateformes. De plus, la téléconsultation devait obligatoirement passer par Doctolib, consolidant encore sa part de marché et justifiant l’amende de 4,6 millions d’euros infligée par l’Autorité de la concurrence pour abus de position dominante.
Malgré ses avantages, Doctolib soulève des inquiétudes concernant la confidentialité des données médicales. Les informations stockées sont extrêmement sensibles : elles concernent l’état de santé, les traitements, les maladies chroniques et les antécédents médicaux.
Le risque est que ces données puissent être consultées ou utilisées par des tiers, notamment par les assurances ou d’autres acteurs économiques, ce qui pourrait mener à de la discrimination ou à une augmentation des primes pour certains patients.
Doctolib garantit la sécurité des données, mais le stockage centralisé et la dominance quasi monopolistique posent la question de l’accès et du contrôle. Si un acteur dispose de la majorité des données, il détient un pouvoir considérable sur le marché et sur les pratiques médicales.
Cette situation peut également freiner l’innovation, car de nouveaux concurrents peinent à émerger face à la plateforme dominante. L’exemple du rachat de MonDocteur en 2018 illustre comment Doctolib a pu évincer un concurrent et augmenter ses tarifs, passant de 109 à 149 euros mensuels.
Le danger est double : Pour les patients : une dépendance accrue à un service unique et un risque potentiel pour la confidentialité des informations personnelles, Pour le marché : un verrouillage de la concurrence qui limite le choix, freine l’innovation et peut entraîner une hausse des coûts pour les utilisateurs.
Ainsi, Doctolib est devenu indispensable par son efficacité, sa simplicité et son réseau, mais cette position dominante s’accompagne de défis éthiques et économiques.
La régulation et la transparence sont essentielles pour garantir que l’innovation profite aux patients tout en protégeant la confidentialité et la concurrence sur le marché de la santé.