Les idées principales de Philippe Aghion concernant l’économie française, les choix à faire et l’impact de l’intelligence artificielle : L'Innovation est le moteur, l'unique moteur ... Nos hommes politiques ne sont pas à la hauteur, leurs egos les étouffent.
Philippe Aghion, prix Nobel d’économie et professeur au Collège de France, insiste sur l’importance de la concurrence, de l’éducation et de l’innovation pour assurer une économie prospère et réduire les inégalités. Selon lui, la France doit veiller à ce que tous les citoyens, quel que soit leur milieu social, aient accès aux mêmes chances dès le plus jeune âge. L’éducation constitue ainsi un levier primordial : elle permet de développer la mobilité sociale, facteur essentiel pour limiter les inégalités et favoriser l’inclusion.
Aghion met également en avant le modèle de la flexisécurité danoise, où les travailleurs conservent 90 % de leur salaire pendant deux ans en cas de perte d’emploi et bénéficient de formations pour se réinsérer sur le marché du travail. Dans un monde où l’intelligence artificielle (IA) transforme le travail et remplace certains emplois, cette approche permet aux citoyens de s’adapter et de rester employables, en minimisant les effets négatifs sur l’emploi.
Sur la question de la redistribution et de la fiscalité, Aghion souligne que la France est déjà un pays très redistributif. Avant impôts, les revenus des 10 % les plus riches sont 18 fois supérieurs à ceux des 10 % les plus pauvres, mais après impôts et transferts sociaux, cet écart tombe à 3. Il se dit favorable à une justice fiscale raisonnable, mais s’oppose à taxer l’innovation et les outils productifs, car cela risquerait de faire partir les entrepreneurs et freiner la croissance économique.
Pour Aghion, l’IA représente une révolution à ne pas manquer. Il distingue deux effets principaux : Substitution de l’humain : certaines tâches administratives ou répétitives peuvent disparaître, ce qui peut provoquer une perte d’emplois, Effet de productivité : les entreprises qui adoptent l’IA deviennent plus compétitives, leur marché s’agrandit et cela génère de nouveaux emplois à certains postes.
Actuellement, dans des pays comme la France et le Danemark, l’effet de productivité compense largement la substitution, mais cette dynamique pourrait évoluer à l’avenir. Pour maximiser les bénéfices de l’IA, il est essentiel de former les citoyens, d’assurer une flexisécurité et de développer une culture d’évaluation et d’innovation.
Aghion attire l’attention sur l’importance de l’innovation verte et sur le rôle de l’IA pour optimiser l’usage des ressources, produire avec moins d’énergie et développer des technologies durables. Selon lui, la taxe carbone combinée à une politique industrielle est nécessaire pour orienter l’innovation vers le vert et éviter le gaspillage des ressources.
Pour soutenir l’innovation, Aghion distingue : Horizontalement : renforcer l’éducation, la recherche et la flexisécurité, tout en mobilisant des investisseurs institutionnels et du capital-risque pour financer la croissance des entreprises. Verticale : mettre en place des initiatives de type Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), où l’État finance des projets concurrents dans les secteurs stratégiques comme la défense, la biotech et la transition énergétique. Ces projets doivent être cofinancés public-privé, avec la possibilité d’abandonner ceux qui ne sont pas efficaces.
Europe et international : certaines mesures, comme la taxation des entreprises ou les réglementations, doivent être pensées à l’échelle internationale pour éviter la fuite des entrepreneurs et garantir une concurrence saine.
Concernant l’IA, Aghion souligne que les segments clés comme le cloud sont dominés par quelques acteurs (Amazon, Google, Microsoft), et qu’il est crucial de favoriser l’émergence d’autres acteurs européens et des solutions open source. La France peut également se spécialiser dans des domaines stratégiques comme l’IA de santé grâce à ses données et à ses chercheurs.
Enfin, il insiste sur la nécessité d’un capital-risque et de fonds de pension mieux développés, afin de financer l’innovation et de permettre aux entreprises françaises de croître tout en restant compétitives à l’échelle mondiale.
Pour Philippe Aghion : Il faut privilégier : Éducation et mobilité sociale sont les leviers clés pour réduire les inégalités. La flexisécurité et la formation continue sont essentielles face aux disruptions de l’IA. La fiscalité doit rester juste mais ne pas pénaliser l’innovation et l’investissement productif.
L’innovation industrielle doit être soutenue par l’État et le capital privé, dans un cadre européen et international.La France doit tirer parti de ses talents et se positionner sur les secteurs stratégiques, tout en maintenant une concurrence saine.