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lundi 8 décembre 2025

La fête des Lumières à Lyon. JBCH N° 2512 - 702





Tout commence en 1852. La ville de Lyon, marquée par plusieurs épidémies, s’est placée sous la protection de la Vierge Marie. Une statue monumentale devait être inaugurée sur la colline de Fourvière le 8 décembre. 




La météo en décida autrement : la cérémonie fut retardée, mais les habitants, impatients, allumèrent spontanément des bougies sur leurs fenêtres pour célébrer l’événement. C’est ainsi que naquit la tradition des lumignons, transmis de génération en génération et qui symbolisent toujours le geste populaire d’éclairage de la ville.





Pendant plus d’un siècle, le 8 décembre resta un acte religieux local. Mais à partir des années 1980, la municipalité transforma la célébration en un événement artistique de grande envergure. Dans les années 2000, sous l’impulsion de Gérard Collomb, la fête prit une dimension internationale : projections monumentales, créations lumineuses d’artistes du monde entier, spectacles interactifs. 





La Fête des Lumières devint ainsi un rendez-vous culturel majeur, attirant entre 2 et 4 millions de visiteurs par édition et renforçant l’image touristique et culturelle de Lyon



Le succès de la fête repose sur plusieurs facteurs. D’abord, son héritage populaire : les lumignons demeurent un geste simple, accessible à tous, qui renforce le sentiment d’appartenance à la ville. Ensuite, l’événement métamorphose Lyon : les rues, habituellement banales, deviennent des scènes de spectacle grandeur nature. Enfin, il génère un impact économique considérable : hôtels et restaurants complets, commerces animés, visibilité internationale. La fête s’inscrit donc à la fois dans le cœur des habitants et dans l’attractivité globale de Lyon.




Pourtant, tous ne voient pas la fête d’un bon œil. Certains élus dénoncent son origine religieuse, estimant qu’une célébration catholique ne devrait pas être promue comme festival public. D’autres s’inquiètent de l’impact environnemental : consommation d’énergie, émissions de CO₂ liées au tourisme massif, saturation des transports et production de déchets. La question de la sécurité est également récurrente : affluence colossale, risques d’incidents et coûts importants pour la municipalité.




Ces débats reflètent aussi une bataille plus large sur l’identité culturelle et urbaine de Lyon. Pour certains responsables politiques, limiter ou transformer la fête serait une manière de redéfinir l’image de la ville, tandis que ses défenseurs y voient un symbole d’unité et de rayonnement international.




Malgré une mairie écologiste autiste aux voeux des lyonnais, Malgré les critiques, la Fête des Lumières reste un événement incontournable. Elle incarne un mélange unique de tradition et de modernité, de spiritualité et d’art contemporain. 


Mais au-delà des illuminations, elle est un révélateur des enjeux politiques, culturels et écologiques qui traversent Lyon aujourd’hui. La fête continue de briller, mais son futur reste discuté au fil des débats.







jeudi 4 décembre 2025

Les USA font appel au géni israélien pour concevoir ou améliorer leurs avions. JBCH. N°. 2512 - 701

Lockheed Martin mise sur l’expertise israélienne pour booster ses F-35 et F-16





Dans un monde où la supériorité aérienne dicte les équilibres géopolitiques, Israël confirme son statut de power house technologique. Lockheed Martin, géant américain de la défense, a annoncé mercredi l’extension de son partenariat industriel avec l’État hébreu jusqu’en 2029, un accord qui non seulement renforce les liens commerciaux mais souligne l’avance israélienne en ingénierie aéronautique. 





Au cœur de cette collaboration : l’expertise des ingénieurs d’Israel Aerospace Industries (IAI), sollicités pour améliorer les emblématiques F-35 et F-16, fleurons de l’aviation de combat fournis à Tsahal. Ce prolongement de l’Umbrella Industrial Cooperation Agreement (UICA), signé initialement en 2005, représente un investissement cumulé de plus de 4 milliards de dollars en Israël, avec 470 millions injectés depuis 2020 seulement. 





La cérémonie, présidée par le ministre de l’Économie et de l’Industrie Nir Barkat et le directeur de l’Industrial Cooperation Authority (ICA) Yazeed Sheick-Yousif, a réuni des pontes de Lockheed Martin comme le COO Frank St. John et le PDG Israël Tal Galor. Pour Barkat, cet accord est un « vote de confiance clair » dans l’innovation israélienne, qui « renforce la sécurité d’Israël, crée de nouveaux moteurs de croissance économique et ouvre des opportunités pour les industries locales d’expansion et d’exportation ». 



St. John a quant à lui insisté sur la résilience accrue via une empreinte industrielle élargie, une collaboration approfondie avec les entreprises israéliennes leaders et des initiatives STEM pour former les talents futurs en défense alliée.

Cette extension n’est pas anodine : elle s’inscrit dans un contexte de guerre multidimensionnelle pour Israël, qui a enregistré en 2024 un record d’exportations d’armes à plus de 14 milliards de dollars, malgré les embargos imposés par des pays comme le Canada et l’Espagne en raison du conflit à Gaza. 






Lockheed Martin, principal fournisseur des F-16 et F-35 – qui assurent à Israël une supériorité aérienne incontestée au Moyen-Orient –, bénéficie directement de l’expertise locale. IAI, pilier de l’industrie israélienne, produit déjà des composants clés : des structures aérodynamiques pour les F-16, y compris des réservoirs conformes, et des peaux d’ailes invisibles au radar pour les F-35.     Cette production, lancée en 2018 pour les ailes des F-35 et relancée récemment pour les F-16, illustre comment les ingénieurs israéliens contribuent à optimiser ces appareils : améliorations avioniques, systèmes de communication, affichages cockpit et intégration d’armes modernes. 






Au-delà des jets, la coopération s’étend à d’autres domaines. Lockheed Martin s’associe à Rafael pour développer une version américaine du système laser Iron Beam, démontrant comment l’innovation israélienne – forgée dans les feux des conflits – rejaillit sur les marchés globaux. Israël, seul pays autorisé à modifier le logiciel sous-jacent des F-35, intègre ses propres systèmes comme des pods de guerre électronique ou des missiles air-air avancés, rendant ses Adir (nom hébreu des F-35) uniques au monde.  


Cette flexibilité, accordée par Lockheed Martin, témoigne de la confiance en l’ingénierie locale : les upgrades israéliens sur les F-16C/D, par exemple, incluent des kits pour prolonger la durée de vie et booster les capacités en combat asymétrique. 


Mais cette alliance va plus loin que l’armement. Lockheed Martin investit dans l’éducation : en 2022, l’entreprise a financé des jardins d’enfants high-tech dans le nord d’Israël pour initier les tout-petits aux STEM, une initiative saluée par l’ex-ministre de l’Éducation Yifat-Sasha Biton comme un moyen d’exposer les enfants à la science dès le berceau. 


Ces programmes, intégrés à l’environnement éducatif naturel, visent à cultiver la prochaine génération d’ingénieurs – un atout pour Israël, où l’industrie de défense emploie 150 000 personnes et représente 5 % du PIB.


Je ne vous parlerai pas du casque très spécial développé par Israël (article du 18 Juillet 2025)



Terres Rares : L'Europe se réveille JBCH N° 2512 - 700

Il était temps : Terres rares : Bruxelles passe à l’offensive… mais les obstacles écologiques pourraient tout bloquer


La Commission européenne va présenter mercredi 3 décembre un plan ambitieux visant à réduire la dépendance des industries européennes à la Chine pour les matières premières critiques, en particulier les terres rares. 


Ces métaux indispensables à la fabrication de batteries, d’aimants permanents et d’équipements de défense sont au cœur de la souveraineté industrielle de l’Union européenne (UE). 



Comme le rappelle Stéphane Séjourné, vice-président exécutif chargé de la stratégie industrielle, la Chine a, à plusieurs reprises, utilisé ses positions de force pour limiter les exportations de graphite, gallium, germanium et désormais de terres rares, créant un risque stratégique majeur pour l’UE.



Pour répondre à cette vulnérabilité, Bruxelles propose une approche multiple : diversification des approvisionnements via des partenariats internationaux (Ukraine, Australie, Canada, Afrique du Sud), ouverture de nouvelles mines en Europe, notamment deux projets de lithium en France, et création d’un centre « CRM » chargé d’évaluer les besoins européens, de constituer des stocks stratégiques et d’acheter au nom des Vingt-Sept. 



La Commission prévoit également un soutien financier de 3 milliards d’euros et des mesures pour simplifier l’octroi de permis d’extraction et de transformation. À horizon 2030, l’UE souhaite produire au moins 10 % de ses besoins d’extraction, 40 % de sa transformation et 25 % de son recyclage, tout en limitant sa dépendance à un seul pays à 65 %.




Mais ce plan ambitieux se heurte déjà à un obstacle majeur : l’opposition des mouvements écologistes. Alors que l’Europe est en retard sur la production de terres rares et sur le recyclage (moins de 1 % des terres rares sont recyclées sur le continent), les écologistes risquent de bloquer toute nouvelle mine ou tout projet de forage, comme ils l’ont déjà fait pour le gaz de schiste. Les techniques modernes, pourtant moins polluantes – telles que l’extraction par micro-ondes plutôt que par fracturation hydraulique – sont souvent rejetées au nom de la protection environnementale, reléguant l’UE à une sorte de « moyen âge énergétique » où la souveraineté industrielle est sacrifiée sur l’autel du dogme vert.




Le plan de Bruxelles inclut également un volet recyclage ambitieux : interdire l’exportation des déchets d’aimants permanents hors de l’UE et imposer des taxes sur les déchets d’aluminium. Des entreprises comme Carester et Solvay en France ou Inspiree en Italie pourraient ainsi contribuer à la production de 3 800 tonnes d’aimants, soit 20 % de la demande actuelle. Ces initiatives pourraient réduire partiellement la dépendance vis-à-vis de la Chine, mais elles nécessitent des investissements lourds et une accélération de la chaîne de production européenne.


Au-delà du recyclage et de l’extraction, la Commission insiste sur la nécessité pour les entreprises de diversifier leurs achats et de constituer des stocks stratégiques. Le message est clair : le coût de l’indépendance est élevé, mais celui de la dépendance est encore plus lourd. Les États-Unis, engagés dans une stratégie de découplage de la Chine, achètent déjà à tour de bras sur le marché mondial, et l’Europe ne peut pas se permettre d’être à la traîne.


Le plan de Bruxelles est ambitieux et techniquement cohérent, mais il se heurte à un double défi : accélérer l’extraction et le recyclage tout en contournant le blocage potentiel des écologistes. 


Si ces derniers imposent leur vision stricte, l’UE risque de rester dépendante de Pékin, au détriment de sa souveraineté industrielle et de sa capacité à innover dans les technologies stratégiques. La question centrale demeure : l’Europe saura-t-elle trouver un équilibre entre protection de l’environnement et sécurité économique, ou restera-t-elle prisonnière d’un dogme qui bride toute initiative industrielle moderne ? 


Macron rentre d'une visite officielle en Chine ... Le seul résultat  médiocre : Un prêt d'un couple de pandas ... 




La géothermie. JBCH N° 2512 - 699

Si il y a moyen d'éviter les énergies fossiles, il y a une autre source, celle de la Géothermie


Du captage très profond aux systèmes plus superficiels. L’objectif est double : vulgariser une technologie encore peu connue du grand public et crédibiliser son potentiel en la mettant sur le même plan que les grandes filières existantes (nucléaire, solaire, éolien). 


Le champ lexical de “révolution”, de “nouveau potentiel”, de “source d’énergie verte” contribue à construire un récit de promesse.


Dans un second temps, le texte adopte un point de vue plus économique et stratégique. Il insiste sur les avantages de la géothermie : énergie pilotable (contrairement à l’éolien et au solaire), faible empreinte carbone, disponibilité continue, usage pour le chauffage urbain et éventuellement la production d’électricité. Il s’agit de montrer que cette filière répond à plusieurs problèmes simultanés : réduction des émissions, sécurité d’approvisionnement, stabilisation du réseau. Par ce biais, l’article participe à la mise à l’agenda d’une technologie encore marginale : il ne se contente pas de décrire, il milite implicitement pour son développement.



Structure argumentative: On devine une progression assez classique : une introduction qui pose le constat (la géothermie longtemps négligée, “l’heure” qui viendrait enfin) ; un premier bloc qui en détaille le fonctionnement et le triptyque production / chaleur / électricité ; plusieurs sous-parties qui examinent les technologies (géothermie profonde, systèmes en boucle fermée, innovations de forage, etc.) ;  un volet “potentiel” qui chiffre ou au moins décrit les réserves estimées, les bassins favorables, les projets pilotes ; enfin, une partie plus critique qui pointe les obstacles : coûts élevés, incertitudes techniques, risques sismiques ressentis, cadres réglementaires lents.
Cette organisation donne une impression de sérieux et de complétude. L’article commence par “vendre” la filière, puis nuance le propos en rappelant les limites. Mais l’équilibre reste orienté : la place accordée aux promesses (titre, visuel central séduisant) est plus grande que celle réservée aux risques, relégués en fin de colonne ou dans des encadrés plus discrets. On est dans une logique de plaidoyer modéré plutôt que dans une neutralité pure.



Stratégies rhétoriques : L’autorité technico-scientifique : références aux innovations de forage, aux nouvelles méthodes qui évitent la fracturation hydraulique, à la hausse de température atteignable en profondeur. Ces éléments rassurent sur la modernité et la sécurité de la filière. L’analogie implicite avec le nucléaire : la géothermie est présentée comme une énergie de base, pilotable, susceptible de devenir “aussi importante que le nucléaire” ou de le compléter dans le mix bas carbone. Cela permet de parler au lectorat français, fortement habitué à raisonner en termes de puissance continue. 


L’appel à l’urgence climatique : l’article suggère que la géothermie est une solution disponible, “sous nos pieds”, qui pourrait contribuer rapidement aux objectifs climatiques si les investissements suivent. Cette mise en récit de l’urgence est un classique de la presse économique verte.


L’iconographie renforce ce discours : le schéma central donne à voir un système propre, contrôlé, standardisé, très éloigné de l’imaginaire des puits pétroliers sales ou des mines dévastatrices. La maquette, en vert et beige, évoque visuellement la “transition verte” tout en conservant les codes de sérieux d’un quotidien financier.
Place de la régulation et des risques




Les cadre. La question des micro-séismes, des risques pour les nappes phréatiques, du coût de forage en grande profondeur est vraisemblablement évoquée dans la seconde moitié. Cependant, le simple choix du titre (“l’heure a enfin sonné”) annonce une conclusion optimiste : les obstacles sont présentés comme surmontables grâce aux progrès technologiques et à un meilleur encadrement. La régulation n’apparaît pas comme un frein insurmontable, mais comme une condition à affiner.



Ce point est intéressant du point de vue critique : là où, sur d’autres sujets (gaz de schiste, mines de terres rares), la presse souligne souvent le blocage écologiste ou le rejet local, ici le cadrage semble plus consensuel. La géothermie est présentée comme “verte” par construction ; les oppositions sociales potentielles sont peu visibles. On voit ainsi comment un même journal peut traiter différemment des technologies voisines, selon qu’elles collent ou non à l’imaginaire dominant de la transition.
Ce que dit le texte du débat énergétique


La recherche de solutions bas carbone pilotables pour compléter le nucléaire et limiter la dépendance aux importations fossiles. La géothermie est mise en avant comme une ressource intérieure, non soumise aux chocs géopolitiques, qui pourrait réduire la vulnérabilité liée au gaz ou au pétrole. Le discours rejoint celui sur les “terres rares” ou le lithium : revaloriser les ressources du sous-sol européen, mais en l’occurrence dans une version plus “acceptable”, car associée à la chaleur plutôt qu’à l’extraction minière.



L’analyse critique peut donc se résumer ainsi : le texte fonctionne comme une pièce de pédagogie et de promotion de la géothermie, dans un registre d’analyse économique. Il informe sur les technologies et les usages, tout en participant à la construction d’une image très positive de cette filière. 





Les risques sont mentionnés mais cadrés ; les résistances sociales et environnementales potentielles restent en arrière-plan. C’est précisément ce qui en fait un bon modèle de mise en récit si vous souhaitez, en miroir, écrire sur les terres rares en montrant comment, cette fois, le “blocage écologique” prend beaucoup plus de place dans la narration que dans le cas d’une énergie perçue comme intrinsèquement verte.



Apres l'Ukraine Objectif Moldavie pour Moscou. JBCH N° 2512 - 698

La Transnistrie, provice de Moldavie contrôlée par Moscou est la prochaine carte maîtresse de Moscou dans son jeu géopolitique


Dans l’ombre du conflit ukrainien, une enclave oubliée refait surface comme un potentiel foyer de tensions : la Transnistrie. 


Cette république autoproclamée, coincée entre la Moldavie et l’Ukraine, pourrait-elle devenir le prochain levier stratégique de la Russie pour déstabiliser l’Europe orientale ? 


Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, le Kremlin n’a cessé de renforcer son emprise sur cette région séparatiste, alimentant les craintes d’une intégration de facto ou d’une annexion ouverte.  Après la Crimée et le Donbass, la Transnistrie sera-t-elle le prochain domino à tomber dans l’orbite russe ?




Le concept de « sécurité » à la russe – « bezopasnost », littéralement « sans danger » – révèle une doctrine offensive : éliminer les menaces plutôt que les contenir. L’invasion ukrainienne n’était pas qu’une conquête territoriale ; elle visait à réaffirmer une sphère d’influence postsoviétique, à gagner en profondeur stratégique face à l’OTAN et à consolider un récit impérial pour unir le « monde russe ». Face à une OTAN renforcée aux frontières russes, Moscou multiplie les leviers : survols de zones alliées, opérations grises et, potentiellement, activation de zones tampons comme la Transnistrie ou la Gagaouzie en Moldavie.





La Transnistrie, ce « maillon faible » du flanc est européen, intrigue particulièrement. Séparatiste depuis 1992, cette bande de terre de 4 000 km², peuplée de 450 000 habitants majoritairement russophones, n’est reconnue par personne – sauf implicitement par Moscou. Elle abrite 1 500 « troupes de maintien de la paix » russes et un arsenal vétuste, mais stratégique. Son économie, dominée par le conglomérat Sheriff (contrôlant tout, du football aux supermarchés), dépend des subventions gazières russes gratuites, bien que 80 % de ses exportations aillent vers l’UE. La guerre en Ukraine a ébranlé ce fragile équilibre : Moscou a coupé le gaz en 2025 pour rappeler à l’ordre une élite locale trop autonome.





L’influence russe y est omniprésente. L’éducation suit les manuels moscovites, réécrivant l’histoire – comme dans « Histoire de la Russie : 1945-début du XXIe siècle », où les faits sont alignés sur le récit du Kremlin. La russification est massive : passeports russes distribués, termes officiels imposés. En mars 2025, l’ex-ministre français des Armées Sébastien Lecornu a brisé le silence sur un plateau télévisé, qualifiant la Transnistrie de « possible foyer d’instabilité » – un signal dissuasif à Poutine, soulignant que Paris surveille de près.




Économiquement, Moscou tient les rênes : le renouvellement du contrat gazier en 2025, après une crise énergétique, renforce cette dépendance. La Transnistrie pourrait servir de « levier » pour pressurer la Moldavie et l’Ukraine. Dès 2014, le concept de « Novorossiya » (Nouvelle-Russie) envisageait un corridor reliant la Russie à la Transnistrie via le sud ukrainien, isolant Kiev de la mer Noire et corrigeant une « injustice historique ». Une annexion justifierait la protection des « citoyens russes » face à la « menace OTAN », s’inscrivant dans le révisionnisme de Poutine.




Quatre scénarios émergent pour l’avenir. Le premier, le plus probable : une « friction suspendue », où la Transnistrie sert de diversion sans engagement direct, forçant l’Ukraine à diviser ses forces vers Odessa. Le second : une mobilisation militaire totale, transformant l’enclave en bastion russe pour attaquer des villes comme Rozdilna ou Balta mais improbable, vu l’équipement obsolète. Le troisième : une intervention préventive ukraino-moldave pour neutraliser la menace, risquant une escalade. Le quatrième : une réintégration pacifique en Moldavie, symbolisant un recul russe majeur, mais peu réaliste tant les liens avec Moscou sont forts.



Les élections moldaves de septembre 2025 illustrent la résilience pro-européenne : le parti PAS de Maia Sandu a raflé 50,2 % des voix, reléguant les pro-russes à 24 %. Malgré les ingérences – alertes à la bombe, blocages en Transnistrie, restriction des bureaux en Russie –, la diaspora a voté massivement pour l’UE. Pourtant, les foyers d’instabilité persistent : la Gagaouzie pro-turque et la Transnistrie restent des poudrières.


Ignorer la Transnistrie reviendrait à répéter l’erreur de 2014 avec la Crimée. Moscou y voit une opportunité symbolique pour restaurer son empire ; l’Europe, une menace directe. Avec l’Ukraine enlisée, Poutine pourrait activer ce « chapelet de menaces » pour surprendre. 


La France l’a compris : dissuader maintenant pour éviter l’irréversible. La Transnistrie n’est pas qu’une relique soviétique ; c’est un pion dans le grand échiquier où la Russie joue sa survie impériale. L’Europe retient son souffle.




Le Clan d'Oujda au pouvoir depuis 60 ans ... JBCH N° 2512 - 697


J’ai cherché à comprendre pourquoi l’Algérie s’est toujours tournée du côté de la force du Mal… vers le côté obscur de toute politique économique et sociale.



Tunis, 1956, avenue de Paris. Je suis à côté de mon papa, journaliste, et une voiture s’arrête au feu rouge à côté de nous. Mon papa me dit : « Ne regarde pas, il y a dans cette voiture trois fellaghas, tous chefs de la rébellion en Algérie. » Je regarde quand même, et ces visages sont restés gravés en moi jusqu’à ce jour… Pas du tout sympathiques : un style de tueurs à gages.

Ben Bella et Boumendienne

Plus tard, j’apprenais que c’étaient eux qui dirigeaient tous les attentats anti-Pieds-noirs et anti-juifs partout en Algérie, sans jamais se salir les mains, puisqu’ils étaient basés et protégés en Égypte par Nasser.
Le problème de l’Algérie a hanté mon adolescence. Oui pour la liberté des peuples. Non pour les méthodes sanguinaires, non au non-dialogue, non à l’hypocrisie, non au terrorisme.



Alors je me suis plongé dans les sources du comment et du pourquoi. D’abord, pourquoi les Français ont-ils conquis l’Algérie ? C’est à cause des esclaves et des otages capturés et revendus. Ensuite, la France s’est trouvée face à un seigneur implacable : le Cheikh Abdel Khader. 
Enfin, il a fallu recaser et redistribuer des terres à des colons venus principalement d’Alsace-Lorraine et d’ailleurs.



La fameuse loi Crémieux a donné la possibilité aux autochtones de devenir Français à condition d’abandonner les lois religieuses, la polygamie, et de placer au-dessus de tout les lois de la République. Les Juifs acceptèrent ; les musulmans refusèrent. Cette clause fut le ferment d’une discrimination qui a creusé le fossé communautaire. Et en 1958, la rupture totale fut entérinée par les accords d’Évian : 1,5 million de Français durent quitter l’Algérie pour la métropole, sans couverture de l’armée française que De Gaulle avait consignée dans ses casernes. Des massacres ont eu lieu partout, surtout contre les Juifs.




Depuis, l’Algérie de Ben Bella et de Boumedienne a choisi comme modèle économique l’Allemagne de l’Est, et comme modèle social, la Charria. On a déboisé, arraché les vignes, arrêté les cultures de céréales pour monter — avec les ressources du pétrole — une puissante industrie sidérurgique… qui n’a jamais donné de résultats. Les richesses du pétrole ont bouché les trous et subventionné pendant plus de 60 ans un régime bancal, à la merci d’un clan : celui de Boumedienne.





Il est le chef du clan d’Oujda, dont il a très vite pris le contrôle. Il a structuré l’armée des frontières, ne s’est pas épuisé dans l’affrontement avec l’armée française, et a attendu son heure pour prendre le pouvoir. 





Il était au départ sous le contrôle de Boussouf, chef de la wilaya 5 (celle de l’ouest), puis s’en est affranchi. Il attendait son heure. C’est un autocrate complet, sans aucun respect du collectif ou de la représentation des autres branches. Il a voulu un pouvoir islamiste, sous la bénédiction des zaouïas de l’ouest. 


Houari Boumédiène, de son vrai nom Mohamed ben Brahim Boukharouba, reste une figure énigmatique de l’histoire algérienne. Né le 23 août 1927 à Guelma, dans l’est du pays, d’un père paysan arabe d’origine berbère parlant à peine le français, ce fervent musulman a gravi les échelons pour devenir le deuxième président de l’Algérie indépendante, de 1965 à sa mort en 1978. 


Formé dans une école coranique puis à Constantine, il fuit en 1952 vers Le Caire pour étudier à Al-Azhar, où il rencontre Ahmed Ben Bella et rejoint le Front de libération nationale (FLN). Adoptant son nom de guerre – inspiré de saints patrons d’Oran et Tlemcen, à l’ouest – il devient colonel de l’Armée de libération nationale (ALN), chef d’état-major en 1960.



Sa carrière politique explose après l’indépendance en 1962 : ministre de la Défense sous Ben Bella, il orchestre un coup d’État sans effusion de sang en 1965, abolissant constitution et parlement. À la tête du Conseil révolutionnaire (1965-1976), il impose un régime socialiste panarabe, islamisant l’État et arabisant la société. 


Nationalisation du pétrole en 1971, industrialisation lourde dopée par le choc pétrolier de 1973 : l’Algérie passe d’une économie rurale à un géant maghrébin, avec une urbanisation galopante et un PIB par habitant multiplié par cinq. Leader du tiers-monde, il préside le Mouvement des non-alignés (1973-1976) et l’Organisation de l’unité africaine (1968-1969), soutenant PLO, ANC et Polisario et se positionnant toujours contre Israël .


Boumédiène est indissociable du « Clan d’Oujda », ce groupe d’officiers basé à la frontière ouest algéro-marocaine pendant la guerre d’indépendance. 


Ce réseau, incluant Abdelaziz Bouteflika, a dominé les coulisses du pouvoir, fusionnant armée et FLN dans un État-parti unique. Si les militaires formaient l’ossature, c’est ce clan occidental – ancré dans l’ouest algérien – qui, selon certains analystes, écrasait toute dissidence, réprimant communistes et opposants au nom de la stabilité. Mort le 27 décembre 1978 d’une rare maladie du sang, après un traitement à Moscou, il laisse un vide comblé par Chadli Bendjedid. 


Teboune

Son legs ? Une Algérie industrialisée, une population jeune mais éloignée des stat'Up, mais inégalitaire, où l’ombre du clan et de l’armée pèse encore sur les libertés, comme en témoigne la crise persistante. 


Pour les uns, un visionnaire anti-impérialiste ; pour les autres, l’artisan d’un autoritarisme clanique qui étouffe toujours le pays. Le parti qui détient toute l'Algérie, le tient en ôtage, 
c'est bien le Clan d'Oujda ...