Les relations entre Israël et le Japon connaissent un réchauffement marqué en ce début 2026, illustré par la visite historique d’une délégation parlementaire japonaise de 15 membres (la plus importante jamais reçue en Israël) du 5 au 8 janvier, suivie de l’arrivée imminente du ministre des Affaires étrangères Toshimitsu Motegi le 11 janvier.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large d’Israël pour consolider ses liens avec l’Asie, continent devenu un axe prioritaire de sa diplomatie économique, technologique et sécuritaire depuis les Accords d’Abraham.
Le cas japonais : un partenariat pragmatique et croissant
Politiquement, Tokyo maintient une ligne équilibrée saluée par Jérusalem : malgré des pressions internationales (notamment au sein du G7), le Japon s’est abstenu de reconnaître un État palestinien en 2025, contrairement à certains alliés occidentaux. Le nouveau gouvernement (formé en octobre 2025 sous une orientation plus conservatrice, héritant de l’héritage pro-israélien de Shinzo Abe) accélère ce rapprochement.
La délégation a visité des sites du 7 octobre (kibboutz Kfar Aza, festival Nova), rencontré des survivants, Yad Vashem, et des leaders comme le président Herzog, le Premier ministre Netanyahu, le président de la Knesset Ohana et le ministre Sa’ar. Ces échanges soulignent un objectif clair : approfondir la coopération sécuritaire (y compris exploration d’achats d’armes avancées israéliennes) et mieux comprendre les menaces existentielles d’Israël.
Sur le plan civil et économique, les signaux sont positifs : participation remarquée d’Israël à l’Expo 2025 Osaka (près de 270 000 visiteurs au pavillon israélien en un mois), hausse du tourisme bilatéral, vols directs renforcés, et échanges technologiques. Le Japon, champion de l’innovation et de la stabilité, voit en Israël un partenaire complémentaire en high-tech, cybersécurité et défense – domaines où les deux pays excellent sans concurrence directe.
Inde en tête, Corée du Sud en progression, Japon en accélération : Israël a opéré un pivot stratégique vers l’Asie depuis une décennie, diversifiant ses alliances au-delà des États-Unis et de l’Europe. L’Inde reste la réussite la plus emblématique : partenariat stratégique renforcé (défense, tech, agriculture), avec des exportations d’armes israéliennes massives et des accords de coopération post-2023 (notamment un MoU sur la défense en novembre 2025). Les visites mutuelles de Modi et Netanyahu, les exercices militaires conjoints et les investissements bilatéraux font de l’Inde un allié clé dans un contexte de rivalité sino-indienne.
La Corée du Sud suit une trajectoire ascendante : accords en cybersécurité, semi-conducteurs et innovation, malgré des tensions passées sur les exportations d’armes vers des pays arabes. Les deux pays partagent des défis similaires (menaces nord-coréennes vs. iraniennes) et une dépendance à la tech de pointe.
Le Japon complète ce triangle : après des décennies de relations tièdes (héritage historique, prudence sur le conflit israélo-palestinien), le réchauffement s’accélère sous l’influence d’un leadership pro-occidental et anti-menace chinoise. La visite de Motegi (qui inclut aussi le Qatar, les Philippines et l’Inde) vise à positionner le Japon comme acteur proactif au Moyen-Orient, tout en renforçant la coopération sécuritaire face à l’expansion chinoise en mer de Chine méridionale.
Les relations en sous-main avec la Chine : pragmatisme économique malgré les tensions : Malgré les défis géopolitiques (condamnations chinoises des frappes israéliennes, critiques sur Gaza), la coopération économique et technologique persiste. L’exemple le plus emblématique est le Guangdong Technion – Israel Institute of Technology (GTIIT) à Shantou, campus du Technion israélien ouvert en 2017-2018 avec un don de 130 millions de dollars de la Fondation Li Ka-shing. Ce partenariat sino-israélien unique en éducation supérieure (science, ingénierie, biosciences) symbolise l’attrait chinois pour l’innovation israélienne, même si des restrictions croissantes (sous pression américaine) limitent les transferts technologiques sensibles depuis 2020-2022.
Le réchauffement Israël-Japon s’inscrit dans une stratégie réussie d’Israël vers l’Asie : l’Inde comme pilier stratégique, la Corée du Sud comme partenaire tech fiable, le Japon comme allié émergent en sécurité et innovation, et la Chine comme opportunité économique pragmatique (mais prudente).
Ce pivot renforce la résilience israélienne face aux pressions occidentales et aux menaces régionales, tout en offrant à ces pays asiatiques un accès privilégié à l’excellence technologique et sécuritaire israélienne. Dans un monde multipolaire, ces liens durables pourraient redessiner les équilibres en Asie et au Moyen-Orient d’ici 2030.