Les Horaces et les Curiaces :
Quand l’Europe est sommée de se diviser
L’histoire se répète, rarement à l’identique, mais toujours selon les mêmes ressorts. Dans la Rome antique, la rivalité entre Rome et Albe fut réglée non par une guerre totale, mais par un affrontement symbolique : les Horaces contre les Curiaces. Trois contre trois.
Au Lycée Condorcet, en 5ème, devant son tableau et craie à la main, mon professeur d'histoire, Monsieur Vilatte nous faisait suivre comme au Cinéma la bataille ... Une leçon qui reste présente en moi jusq'à présent.
Une bataille réduite, fragmentée, personnalisée. Diviser pour vaincre. Deux mille ans plus tard, la méthode reste la même, simplement adaptée à l’échelle des nations et des marchés.
Après l’échec flagrant de Vladimir Poutine à faire éclater l’Union européenne par la coercition énergétique, la désinformation et la guerre aux frontières de l’Est, Donald Trump, lui, réactive une tactique plus ancienne, plus subtile et historiquement bien rodée : négocier avec chaque État européen séparément, ignorer Bruxelles, court-circuiter les institutions communes, flatter les souverainistes pour annihiler la puissance collective européenne.
Sur le papier, l’Union européenne représente plus de 460 millions de consommateurs, le premier marché intégré du monde, une puissance réglementaire capable d’imposer ses normes à la planète entière – le fameux "Brussels effect".
Mais dans le discours trumpien, l’UE n’existe pas. Elle est volontairement réduite à une mosaïque d’États : l’Italie de Giorgia Meloni, la Hongrie de Viktor Orbán, la Pologne conservatrice, la France affaiblie par ses fractures internes, l’Allemagne hésitante, culpabilisée par son histoire.
Ce n’est pas une erreur d’analyse. C’est une stratégie assumée. Déjà lors de son premier mandat, Trump qualifiait l’Union européenne de « foe » (ennemi) sur le plan commercial, tout en affirmant préférer traiter avec « des nations fortes, indépendantes ». Traduction : des nations isolées sont négociables, une Europe unie ne l’est pas.
Cette tactique n’a rien de nouveau. L’Empire britannique gouvernait l’Inde en opposant princes locaux, religions et castes. Metternich, au XIXᵉ siècle, s’employait à empêcher toute unité allemande ou italienne en jouant les États les uns contre les autres. Henry Kissinger, au XXᵉ siècle, refusait déjà de « composer le numéro de téléphone de l’Europe », préférant les capitales nationales à Bruxelles.
Trump ne fait que radicaliser cette logique : accords bilatéraux, pressions commerciales ciblées, menaces douanières, récompenses politiques pour les dirigeants « coopératifs ».
La Hongrie de Viktor Orbán est devenue le laboratoire de cette stratégie. En contestant l’État de droit européen tout en bénéficiant des fonds de l’UE, Budapest agit comme un verrou interne, bloquant sanctions, déclarations communes et avancées institutionnelles.
L’Italie de Giorgia Meloni, quant à elle, occupe une position plus ambiguë. Nationaliste dans le discours, atlantiste dans les faits, elle illustre le dilemme européen : peut-on défendre une souveraineté nationale réelle sans souveraineté européenne ?
L’histoire répond clairement : non. L’Italie seule n’a aucun poids face aux États-Unis ou à la Chine. Pas plus que la Hongrie, la Grèce ou même la France. L’illusion de la puissance nationale est aujourd’hui un mythe dangereux, entretenu par ceux qui savent qu’une Europe fragmentée est une Europe impuissante.
Vladimir Poutine a tenté de faire exploser l’Union européenne par : la dépendance énergétique, le financement de partis extrémistes, la guerre en Ukraine, la peur du déclassement et la propagation de fakes news avec son armée siuterraine cybernétique et des actions de déstabilisation en appyant et en finançant le plus souvent des forces d'extrême- droite(RN-FN) et aussi d'extrême gauche (Podemos, LFI ...)
Il a échoué : Mieux : l’UE a résisté, sanctionné, soutenu Kyiv, diversifié son énergie. Mais l’échec russe ne signifie pas la fin de la pression. Elle change simplement de visage. Là où Moscou attaquait frontalement, Washington version Trump séduit, divise, négocie à la découpe.
Face à cela, l’Europe doit cesser d’être une construction juridique sans volonté politique. Elle doit devenir : une puissance stratégique, une force militaire intégrée, une entité diplomatique unique, un acteur industriel souverain.
L’euro sans politique étrangère commune est une monnaie vulnérable. Le marché unique sans défense commune est une proie. La démocratie sans puissance est une promesse fragile.
Les Romains avaient compris une chose essentielle : on ne gagne pas en se divisant pour plaire à l’adversaire.
Aujourd’hui, l’Europe est sommée de choisir : être les Horaces, combattant chacun pour soi, applaudis puis éliminés un à un, ou être Rome, imparfaite, disputée, mais unie et souveraine.
Trump, comme d’autres avant lui, parie sur nos divisions. La seule réponse crédible n’est ni l’anti-américanisme, ni la soumission, mais une Europe plus intégrée, plus cohérente et plus forte, capable de parler d’égal à égal avec toutes les puissances.
L’unité européenne n’est plus un idéal moral.
C’est une condition de survie historique.