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mercredi 15 avril 2026

Ma petite fille porte son prénom ... Ada Lichtman-Fiszer JBCH N°2604 - 1011


Sobibor : l’histoire d’Ada Lichtman (née Fiszer)


Fier de la famille de mon gendre Artur, je voulais décrire la vie d'Ada Lichtman , Ada ce joli prénom que porte avec fierté ma petite fille qui vit à Amsterdam.



Née le 1er janvier 1915 à Jarosław (alors en Autriche-Hongrie, aujourd’hui Pologne), est l’une des rares survivantes du camp d’extermination de Sobibor.


Déportée en juin 1942 dans un convoi de 7 000 Juifs, elle est sélectionnée dès son arrivée pour travailler à la blanchisserie des SS, avec deux autres femmes : Beila Sobol et Serka Katz. Son témoignage, recueilli en polonais en 1959 à Holon (Israël), constitue l’un des récits les plus détaillés et les plus poignants sur la vie quotidienne dans ce camp de la mort.


Le convoi arrive dans un chaos indescriptible : sifflement de locomotive, portes fracassées, cris des SS et des gardes ukrainiens (« Schneller, heraus ! »), coups de fouet et de bâton. Aveuglés par la lumière après des jours dans l’obscurité des wagons, les déportés sont triés.




Ada, veuve (son mari tué à Pustków), est sortie du rang par l’officier SS Gustav Wagner. Il lui ordonne de choisir deux aides pour la blanchisserie. Sur 7 000 personnes, seules trois survivent ce jour-là ; les autres sont gazées en quelques heures dans le camp III. Les tas de vêtements, valises, landaus et chaussures d’enfants s’amoncellent en silence.






Les trois femmes sont logées dans une petite chambre aux châlits superposés, près des ateliers d’artisans juifs (bijoutiers, tailleurs, cordonniers). Leur travail est épuisant : lessive du linge sale des SS (plein de poux), désinfection au lizol, eau tirée d’un puits profond, transport en landaus sur deux kilomètres pour le bouillage. Serka, qui fait aussi le ménage chez les Allemands, se montre souvent violente et refuse d’aider, laissant Ada et Beila trimer du matin au soir jusqu’à l’épuisement total (bras et jambes gonflés, poumons brûlants).





Sobibor est un lieu d’extermination systématique, mais aussi de cruauté gratuite. Presque chaque jour arrivent des convois de petites villes et villages polonais. Les victimes attendent parfois des heures ou toute la nuit sur la place, sans ombre ni eau. La nuit, le garde ukrainien Iwan viole des fillettes tandis que ses collègues illuminent la scène avec des torches. Ada ose un soir entrouvrir sa porte ; l’Oberwachmann Lachman et son chien Barry la menacent aussitôt.

Les SS s’amusent avec sadisme :





Paul Groth tue les « fatigués » qu’il prétend envoyer au lazaret, pend des hommes, force un prisonnier à boire de l’urine et des alcools avant de le faire fouetter. Des femmes viennoises sélectionnées pour la cuisine sont violées puis fusillées après quelques semaines. Une femme accouche près de la blanchisserie ; Wagner donne le nouveau-né à tuer et jeter dans une fosse d’aisances. Le petit corps remonte à la surface le lendemain. Wagner jette lui-même des enfants gelés ou vivants comme des « petits animaux » dans des wagonnets. Des Juifs affamés en pyjamas rayés (probablement de Majdanek ou d’un autre camp) sont battus à mort à coups de branche par Gomerski, puis arrosés de chlorure corrosif, vivants ou morts.




Les gardes ukrainiens et SS (Wagner, Frenzel, Gomerski, Bolender, Michel, etc.) multiplient les humiliations : exercices disciplinaires humiliants (ramper, sauter comme des grenouilles), danses forcées pendant les exécutions, chants pendant les fusillades. Quand 72 Hollandais sont abattus après une tentative d’évasion dénoncée, les femmes sont obligées de chanter tandis que les salves retentissent.

Les Juifs du camp (environ 600 travailleurs forcés) construisent paradoxalement le luxe des SS : un mess élégant comme un café, pelouses, fleurs, panneaux artistiques, villas décorées par des peintres et sculpteurs juifs. Derrière la palissade, les victimes se déshabillent avant d’être gazées.


Les évasions tentées (comme celle du Waldkommando où 12 hommes tuent un garde) entraînent des représailles collectives : exécutions publiques auxquelles les survivants doivent assister sans détourner les yeux. Les kapos juifs (Mojsze « le Gouverneur », puis Berliner) se montrent souvent plus cruels que les SS pour plaire à leurs maîtres.


Ada subit elle-même une violente bastonnade par l’Unterscharführer Graetschus et des Ukrainiens pour une veste volée : gifles, coups de poing avec gants de boxe, fouet, coups de pied dans le dos jusqu’à l’évanouissement. Elle rampe ensuite sur les graviers, blessée, le visage tuméfié, la mâchoire démise. Wagner, étrangement, l’épargne parfois (il la dispense de travail un jour, lui évite le « lazaret »).





Malgré tout, des moments de dignité subsistent : prières de Yom Kippour cachées dans une baraque, avec violon ; tentatives d’entraide ; humour noir (les femmes habillent une poupée en uniforme Hitlerjugend pour Wagner, qui ne comprend pas l’ironie).


Ada apprend la mort de sa mère, arrivée dans un convoi de Cracovie : elle est gazée le jour même sans qu’Ada puisse l’approcher, pour ne pas être emmenée avec elle. Elle récite le kaddish pour elle.

À l’automne 1943, les convois se raréfient : les SS savent que les Juifs d’Europe de l’Est sont presque tous exterminés. Le camp est fortifié, miné, électrifié. Ada et les autres sentent leur fin proche. Le 14 octobre 1943 éclate la grande révolte de Sobibor, organisée notamment par des prisonniers soviétiques et juifs (Alexander Pechersky, Leon Feldhendler…). Ada fait partie des quelque 300 évadés qui réussissent à fuir dans la forêt ; une cinquantaine seulement survivront jusqu’à la Libération.





Après la guerre, Ada Lichtman s’installe en Israël. Elle témoigne dès 1959, puis au procès d’Eichmann en 1961, dans des interviews pour Claude Lanzmann (dans le film Shoah et Les Quatre Sœurs), et auprès de nombreux historiens et institutions (USHMM, etc.). Elle meurt en 1993.






Son récit, d’une précision implacable, montre Sobibor non seulement comme une usine de mort industrielle, mais comme un enfer de sadisme quotidien où la vie ne tient qu’à un fil : un jour de travail supplémentaire, un caprice d’un SS, une sélection évitée de justesse.


Ada Lichtman incarne cette résistance par la survie et par la parole : « Pour chaque jour de dur labeur, je recevais le plus grand salaire qu’un Juif pouvait recevoir… un jour de vie. »



Les dirigeants nord - coréens ont peur JBCH N° 2604 - 1010

Bien que protégés par un bouclier nucléaire maison, À Pyongyang, Kim Jong Un craint une « décapitation » après la chute de Maduro

Selon Lee Il-kyu, ex-diplomate nord-coréen (conseiller politique à Cuba 2019-2023)

La chute de Nicolas Maduro au Venezuela, capturé dans son propre pays par une opération américaine, a provoqué un « choc absolu » à Pyongyang. Kim Jong Un y voit désormais comme réaliste le scénario d’une opération de « décapitation »(assassinat ou renversement ciblé du dirigeant).





L’ex-diplomate Lee Il-kyu, transfuge en novembre 2023 et aujourd’hui commentateur en Corée du Sud, affirme que Kim va remanier entièrement son système de sécurité et ses contre-mesures pour se protéger d’une telle attaque.

Contexte de la défection de Lee Il-kyu : Poste clé à Cuba : défense des intérêts nord-coréens en Amérique latine, négociations pour libérer un navire saisi au Panama (2013), tentative (vaine) d’empêcher La Havane de reconnaître Séoul. 







Refus de payer des pots-de-vin → frustration → défection avec femme et fille. Bloqué dans un aéroport d’Amérique centrale, il a dû lutter physiquement pour éviter un rapatriement via le Venezuela et Cuba. Sauvé in extremis par un diplomate sud-coréen qui a invoqué la Constitution de Séoul (les Nord-Coréens sont citoyens sud-coréens).


Avertissement sur deux soldats nord-coréens en Ukraine Pyongyang a envoyé des milliers de troupes aux côtés de la Russie. Deux soldats nord-coréens ont écrit une lettre pour demander la défection vers la Corée du Sud.





Lee Il-kyu : « S’ils sont renvoyés au Nord, il vaudrait mieux qu’ils soient morts que vivants. Vivre deviendrait un supplice. »

Pouvoir « déifié » au Nord vs démocratie résiliente au Sud





Le régime nord-coréen ne peut pas laisser croire que le « chef suprême » puisse être renversé par la volonté populaire. À l’inverse, Lee salue la stabilité sud-coréenne : destitution de Yoon Suk Yeol (loi martiale décembre 2024), élection de Lee Jae Myung (juin 2025) et plusieurs mois sans président… sans que le système ne s’effondre.


Conclusion de Lee Il-kyu : La Corée du Sud doit protéger les deux soldats nord-coréens et la communauté internationale doit intervenir. 


L’affaire Maduro a rendu le cauchemar d’un changement forcé de régime beaucoup plus concret aux yeux de Kim Jong Un.

(Source : entretien à l’AFP – GEO France, 28 janvier 2026)




mardi 14 avril 2026

Les marmites ... Askenazes ou sépharades ? JBCH N° 2604 - 1009

La Marmite : Régal de nos Palais …    

Imaginez deux mamies juives qui se disputent dans une cuisine cosmopolite : l’une, Mamelle d’Odessa, emmitouflée dans trois pulls même en juillet, l’autre, Nona  de Tunis qui danse en tongs devant ses fourneaux. 

Même Torah, mêmes règles casher, mais question assiette… c’est Game of Thrones version marmite.

Les légumes : la guerre du froid contre le soleil

Chez les Ashkénazes, on vénère le tubercule  : Pommes de terre, choux, betteraves et carottes : tout ce qui pousse dans la boue gelée de Pologne ou d’Ukraine. 

On les fait bouillir, écraser, farcir dans du chou (les fameux prakes), ou on les noie dans un kugel qui ressemble à une brique dorée. 
Légumes ? Oui, mais en mode « survie hivernale » : fade, réconfortant, et légèrement dépressif.


Chez les Sépharades, c’est le carnaval des couleurs. Aubergines, courgettes, poivrons, tomates, artichauts, épinards… tout ce que le bassin méditerranéen offre de joyeux. On les farcit, on les grille, on les fait danser dans l’huile d’olive. 
Résultat : une assiette qui chante « olé » au lieu de soupirer « oy vey ».

Ingrédients et épices : le schmaltz contre le feu d’artifice

Ashkénaze : le roi, c’est le schmaltz (graisse de poulet). Sel, poivre, un peu de paprika doux pour faire genre, et du sucre dans les plats salés parce que pourquoi pas ? L’oignon sauté dans la graisse de volaille est leur madeleine de Proust. C’est lourd, c’est riche, ça colle aux côtes comme un oncle qui raconte la même histoire depuis 1947.

Sépharade : là, on entre dans le souk des épices qui chatouille notre odorat : Cumin, safran, cannelle, coriandre, harissa, paprika fumé, citron confit, fleur d’oranger… 
On assaisonne comme si on voulait réveiller les morts (et parfois ça marche). 
L’huile d’olive remplace le schmaltz, et soudain le plat a du caractère, de la personnalité, presque une opinion politique.

Petit déjeuner: 

Ashkénazes : pain ou bagel, fromage frais, hareng, œufs, parfois porridge.

Sépharades … Mouffleta, sfenjs,  beignets au miel, 








Hors-d’œuvre : la bataille des petites bouchées
Ashkénaze : hareng mariné, gefilte fish (cette boule de poisson haché qui ressemble à un nuage gris déprimé), ou un peu de foie haché sur du pain. C’est bon… après trois verres de slivovitz pour anesthésier les papilles.

Sépharade : briques en triangle croustillantes soit au thon, soit à la viande, shakshuka qui allume avec l'harissa, salades fraîches, et multicolores, hummus pour les uns,  Trina d’aubergines pour les autres.

On commence le repas en disant « mazal tov » à ses artères.
Viandes et poissons : le cholent versus le tagine !

Ashkénaze : le cholent – ce ragoût qui mijote 18 heures pour respecter le shabbat. Viande de bœuf, haricots, orge, pommes de terre. Ça sort du four le samedi midi avec la texture d’un amour de longue date : solide, fiable, un peu monotone.

Sépharade : couscous viande, ou poulet ou poisson, tagine à l’agneau, ou boulettes parfumées au coriandre, et l’hiver la fameuse soupe de légumes, la Hrirha. 
Poisson ? Le fameux Hraime (mulet en sauce tomate épicée) qui te met le feu à la bouche, ou des boulettes de poisson . Chez eux, même le poisson a de l’ambition.

Desserts : le miel contre le sucre oriental

Ashkénaze : rugelach, babka, honey cake, compote de pruneaux, lekvar. Tout est sucré au miel ou au sucre, un peu dense, très « grand-mère qui t’aime trop ». On finit le repas en se tenant le ventre en murmurant « assez, assez ».

Sépharade : guizadas, manicottis, farka aux dates et aux noix, , harissa (gâteau de semoule imbibé d’eau de fleur d'oranger). 

C’est parfumé, croustillant, soyeux,   On sort de table en se disant que le paradis doit ressembler à ça, 

Au final, la cuisine ashkénaze c’est le câlin chaud d’une grand-mère yiddish qui te borde avec une couverture en laine : réconfortant, un peu lourd, parfait pour survivre à un hiver russe ou à une belle-mère exigeante.

La cuisine sépharade, c’est la fête permanente de Nona qui a mis trop d’épices « juste pour le goût » : vibrante, parfumée, parfois un peu trop intense,  

Et comme dans toute bonne famille juive : on se chamaille sur qui fait le meilleur cholent ou le meilleur couscous, mais à la fin, on mange les deux. Parce que, entre nous, l’un sans l’autre, ce serait quand même un peu triste.

Bon appétit, et que Dieu protège nos artères.

recettes sépharades : http://www.mamiesol.com

Histoire de l'Ouganda et d'Israël .. JBCH N° 2604 - 1008

Ouganda, au cœur de l’Afrique de l’Est, et ses relations tumultueuses avec les Juifs et Israël.


Au début du XXe siècle, la « Uganda Scheme » (1903) : la Grande-Bretagne propose à Theodor Herzl un territoire en Afrique orientale britannique (alors appelé Ouganda, en réalité au Kenya actuel) comme refuge temporaire pour les Juifs fuyant les pogroms russes. 




Projet rejeté par les sionistes qui préfèrent la Palestine mandataire historique.


Indépendance de l’Ouganda en 1962 : relations très étroites avec Israël. Des milliers d’Ougandais formés en Israël ; l’armée ougandaise entraînée et équipée par Tsahal ; projets de construction et d’agriculture israéliens massifs. Idi Amin  Dada lui-même, alors commandant, admire Israël et y suit une formation de parachutiste.






1971 : Idi Amin Dada prend le pouvoir. Au début, il maintient l’alliance militaire. Mais en 1972, virage brutal : il expulse tous les Israéliens, rompt les relations diplomatiques, se rapproche des Palestiniens et de Kadhafi. Ton antisémite et anti-israélien.



1976 : l’affaire d’Entebbe. Un avion d’Air France détourné par des terroristes palestiniens et allemands est dirigé sur l’aéroport d’Entebbe avec la complicité d’Amin. Israël lance l’Opération Thunderbolt : raid audacieux de 4 000 km, libération de 102 otages, mort de tous les preneurs d’otages, de plusieurs soldats ougandais et de Yoni Netanyahu. Humiliation historique pour Amin.






Après la chute du Maréchal,  (1979) et sous Museveni (au pouvoir depuis 1986), normalisation progressive. Relations rétablies en 1994 : coopération en agriculture, eau, santé et sécurité.






Aujourd’hui (2026) : tournant spectaculaire. Le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président, offre publiquement 100 000 soldats ougandais pour défendre Israël et la « Terre sainte ». 





Il menace l’Iran (« une brigade UPDF suffirait pour prendre Téhéran en deux semaines »), annonce une statue de Yoni Netanyahu à Entebbe et se rend à Tel-Aviv. L’armée ougandaise se met ainsi, au moins symboliquement, à la disposition d’Israël dans le conflit régional.



De la proposition de patrie juive à l’hostilité d’Amin, du raid d’Entebbe à l’offre militaire actuelle : l’Ouganda incarne une histoire contrastée, faite d’amitié stratégique, de trahison et de réconciliation pragmatique.






dimanche 12 avril 2026

La lettre Heth de l alphabet hébraïque. la 8ème ..; JBCH N° 2604 - 1007


La lettre ח (Heth) : 

Vie, frontière et éthique – une lecture spirituelle et contemporaine


La lettre hébraïque ח (Heth), huitième de l’alphabet, occupe une place singulière dans la pensée juive, à la croisée du langage, de la spiritualité et de l’éthique. 



Comme le souligne Adin Steinsaltz, elle est intimement liée à un mot fondamental : חיים (h’ayim), « la vie ». Cette association n’est pas seulement linguistique : elle constitue l’un des piliers de la vision juive du monde.


Dans le judaïsme, la vie est toujours perçue comme une valeur positive, absolue. À l’inverse, la mort (mavet) est associée à une forme d’impureté et, souvent, au mal. Cette opposition radicale explique pourquoi la tradition juive refuse de sacraliser la mort : ce qui est vivant est porteur de divin, tandis que ce qui s’en éloigne entre dans une logique de dégradation. Ainsi, l’expression El Haï — « Dieu vivant » — souligne que la vie elle-même est un attribut divin.


Cette centralité de la vie se traduit également dans la loi : préserver une vie humaine prime sur presque tous les commandements. Comme il est écrit dans la Torah , « ceux qui s’attachent à Dieu sont vivants ». Même les Justes disparus sont considérés comme vivants, car leur lien avec le divin transcende la mort biologique. La vie n’est donc pas seulement biologique : elle est spirituelle, morale et relationnelle.





Sur le plan symbolique, la lettre ח est composée de deux éléments : le vav et le zayin, reliés par un « toit ». Selon la tradition kabbalistique, ces deux axes représentent des mouvements opposés : l’un descendant (l’émanation divine), l’autre ascendant (l’élévation humaine). Leur union traduit une idée essentielle : Dieu est celui qui relie les contraires.


Cette dynamique se retrouve dans des concepts fondamentaux du judaïsme. Le mot chamayim (cieux), par exemple, associe esh (feu) et mayim (eau), deux éléments incompatibles. De même, la lettre ח incarne une tension entre ouverture et fermeture : elle est fermée sur les côtés et en haut, mais ouverte vers le bas. Cette ouverture suggère la possibilité de chute, introduisant une ambivalence fondamentale : la vie peut s’élever ou se dégrader.


Cette ambivalence se retrouve dans le mot h’èt (faute, péché), issu de la même racine. La lettre devient alors symbole de la condition humaine : un être placé entre élévation et chute, entre fidélité et transgression.


Un autre mot clé lié à la lettre ח est חֵן (h’ène), « la grâce ». Contrairement à la justice ou au mérite, la grâce désigne un don gratuit, accordé sans raison apparente. Dans la Bible, Noé « trouve grâce » aux yeux de Dieu, tout comme Moïse ou Joseph. Cette notion introduit une dimension de mystère dans la relation divine : tout ne relève pas de la logique ou de la récompense.


La grâce se distingue de la bonté (h’essed) ou de la compassion (rah’amim). Là où la compassion répond à un besoin, la grâce est un élan libre, presque inexplicable. Elle renvoie à une dimension cachée de la sagesse, ce que la tradition associe à la Kabbale : une connaissance qui ne se conquiert pas, mais se reçoit.


Le sens premier de ח — barrière, clôture — introduit une dimension essentielle : celle de la limite. Cette limite n’est pas négative ; elle est protectrice. Elle distingue un intérieur d’un extérieur, un espace de vie d’un espace de menace.


Appliquée à la condition humaine, cette idée signifie que vivre, c’est aussi savoir se délimiter : poser des frontières morales, spirituelles et existentielles. Sans limites, il n’y a ni identité, ni responsabilité.


Dans le contexte actuel, cette symbolique prend une résonance particulière pour Israël  En tant que société confrontée à des menaces existentielles, Israël incarne cette tension portée par la lettre ח : protéger la vie (h’ayim) tout en maintenant une frontière claire face au danger.


La « barrière » devient ici à la fois physique et morale. Physique, à travers les dispositifs de défense ; morale, à travers une éthique de guerre qui cherche à préserver la vie, même dans le conflit. Cette tension est centrale : comment combattre sans perdre son humanité ? Comment se défendre sans franchir les limites qui définissent justement cette défense ?


La tradition juive apporte une réponse complexe : il est parfois nécessaire de tracer une ligne infranchissable entre le bien et le mal, mais cette séparation ne doit jamais conduire à l’effacement des valeurs fondamentales. La vie reste la valeur suprême, même dans la guerre.


La lettre ח nous enseigne que la vie n’est pas un état passif, mais une tension dynamique entre ouverture et protection, entre grâce et responsabilité, entre élévation et chute. Elle rappelle qu’une société vivante est une société capable de poser des limites — non pour exclure arbitrairement, mais pour préserver ce qui est essentiel.


Dans un monde traversé par des conflits et des incertitudes, cette leçon reste d’une actualité profonde : protéger la vie exige parfois de construire des frontières, mais aussi de ne jamais oublier pourquoi elles existent.

 

Grave Tension entre Israël et la Turquie. JBCH N° 2604 - 1006

Ankara hausse le ton face à Israël : 

Rhétorique de guerre et échos prophétiques

La tension entre la Turquie et Israël franchit un nouveau seuil verbal. Ce week-end, le dictateur Recep Tayip Erdogan a livré l’une de ses diatribes les plus virulentes contre le Premier ministre israélien Benjamin Natanyaou, l’accusant d’être         « aveuglé par le sang et la haine » et dénonçant les opérations militaires israéliennes au Liban.




Mais c’est surtout une phrase qui a marqué les esprits : « Comme nous sommes entrés en Libye et au Karabakh, nous pouvons entrer en Israël ». Une déclaration à forte charge symbolique, qui rappelle les précédentes interventions militaires turques et suggère une posture offensive, sinon une capacité revendiquée de projection de puissance.





La réponse israélienne ne s’est pas fait attendre. Sur le réseau social X, Netanyahu a dénoncé Erdoğan, l’accusant de soutenir « le régime terroriste iranien et ses proxies », dans une surenchère verbale désormais habituelle entre les deux dirigeants. D’autres responsables israéliens ont renchéri, qualifiant le président turc de « tigre en papier », tandis qu’Ankara a riposté en assimilant Netanyahu à « Hitler de notre temps ».





Au-delà des mots, cette confrontation s’inscrit dans un contexte géopolitique en recomposition. Alors que l’’Iran sort affaibli d’un affrontement indirect avec les États-Unis et Israël, Ankara tente de s’imposer comme la nouvelle voix du monde musulman contestataire. Soutien affirmé à la cause palestinienne, rupture diplomatique et commerciale avec Israël, et instrumentalisation politique interne : Erdoğan joue une partition bien rodée.




Pourtant, derrière la rhétorique martiale, les réalités stratégiques tempèrent toute perspective d’affrontement direct. Malgré sa puissance militaire — deuxième armée de l’OTAN — la Turquie reste contrainte par des facteurs majeurs : distance géographique, supériorité technologique israélienne, et surtout appartenance à l’Alliance atlantique, incompatible avec une guerre ouverte contre Israël.




Dans ce climat tendu, certains observateurs n’hésitent pas à convoquer des références plus anciennes, voire prophétiques. Le texte des prophéties d’Ezekhiel  évoque en effet une confrontation eschatologique impliquant « Gog, prince de Magog, venant du Nord », attaquant Israël dans les derniers temps. Une lecture symbolique, souvent mobilisée dans certains cercles  géopolitiques, qui voient dans les tensions actuelles un écho troublant de ces écrits anciens, certains allant jusqu’à spéculer sur un rôle potentiel de la Turquie contemporaine dans cette figure du « Nord ».




Si ces interprétations relèvent davantage du registre théologique que de l’analyse stratégique, elles témoignent néanmoins de la profondeur historique et symbolique des tensions au Moyen-Orient.




Pour l’heure, la crise entre Ankara et Jérusalem reste confinée au champ verbal. Mais dans une région fragmentée , entre un Liban fragile, une Syrie instable et des rivalités persistantes, le risque d’escalade accidentelle ne peut être totalement écarté. Entre posture politique, ambitions régionales et imaginaires anciens, la frontière entre discours et réalité demeure, plus que jamais, sous tension




Dans cette lecture symbolique, certains rapprochent ces tensions contemporaines de la vision d’Ézéchiel sur Gog et Magog, où une coalition venue du « Nord lointain » se dresse contre Israël. Le texte évoque un « prince du Nord » rassemblant plusieurs nations dans un conflit eschatologique majeur. Mais selon la prophétie, ce chef et son armée ne triomphent pas : ils sont frappés par une intervention divine soudaine et anéantis sur le sol d’Israël. Leurs forces se désagrègent dans le chaos, jusqu’à disparaître totalement du champ de bataille. Cette chute du « prince du Nord » devient ainsi le symbole d’une puissance renversée et d’un orgueil détruit.

Si la Turquie entre dans le jeu pour reconstruire l’Empire Ottoman, ce sera la troisième guerre mondiale, car Ezechiel sans ses prophéties d’il y a 3000 ans parle de cette guerre avec du feu et du souffre qui tomberait du ciel pour anéantir les ennemis d’Israël.




Les Pirkei Avot ? JBCH N° 2604 - 1005

À l’approche du printemps, de nombreuses communautés juives à travers le monde renouent avec une tradition ancienne : l’étude des Pirkei Avot souvent traduits en français par « Maximes des Pères ». 





Cette pratique, qui débute traditionnellement après la fête de Pessa'h inscrit dans un moment spirituel particulier du calendrier juif, marqué par une transition entre la libération physique — commémorée lors de l’Exode — et une élévation morale et intellectuelle.





Les Pirkei Avot occupent une place singulière dans la littérature rabbinique. Contrairement aux autres traités de la Mishna, ils ne traitent ni de lois rituelles ni de prescriptions juridiques, mais exclusivement d’éthique, de comportement et de sagesse de vie. On y trouve des enseignements attribués aux grands maîtres du judaïsme antique, abordant des thèmes universels comme la justice, l’humilité, la responsabilité ou encore le rapport au savoir.





Pourquoi cette étude précisément à cette période ? Selon la tradition, les semaines qui séparent Pessa’h de la fête de Chavouot qui célèbre le don de la Torah  constituent un temps de préparation intérieure. Étudier les Pirkei Avot revient ainsi à se rendre moralement digne de recevoir la Torah, en travaillant sur soi et sur ses relations aux autres.


Dans les synagogues, mais aussi dans les cercles familiaux ou d’étude, cette lecture hebdomadaire est souvent accompagnée de commentaires contemporains, preuve de la vitalité de ce texte millénaire. À une époque marquée par les tensions sociales et les interrogations éthiques, beaucoup y voient une source intemporelle de repères.




Dans ce contexte, l’actualité d'Israël résonne avec une acuité particulière : entre défis sécuritaires, débats politiques internes et fractures sociales, les principes éthiques des Pirkei Avot — justice, responsabilité, retenue — apparaissent comme des repères essentiels. Certains observateurs y voient un miroir moral des dilemmes contemporains, où la puissance doit s’accompagner de conscience. D’autres soulignent que cette tension entre exigence éthique et réalité politique est au cœur même de l’histoire israélienne.







Ainsi, loin d’être une simple tradition rituelle, l’étude des Pirkei Avot apparaît aujourd’hui comme un moment de réflexion collective, où se croisent héritage spirituel et questionnements modernes.