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vendredi 25 avril 2025

 


COHEN-HADRIA ... COHEN-TANUDJI




La famille Cohen-Tanudji, issue des Cohen de Tanger, représente un exemple frappant de continuité et d’adaptation au fil des siècles, tout en préservant un riche héritage spirituel et intellectuel. Fuyant l’occupation portugaise et l’Inquisition au début du XVe siècle, ils ont quitté Tanger vers 1415 et se sont réfugiés en Algérie, avant de trouver une nouvelle terre d’accueil en Tunisie. Cette migration forcée, conséquence de la répression religieuse et politique, n’a pas seulement marqué un déplacement géographique, mais a également forge un esprit résilient et une tradition de transmission de la sagesse à travers les générations.





En Tunisie, Yehudah ben Abraham Cohen-Tanudji, figure centrale de cette lignée, a exercé les fonctions de grand rabbin d’abord à Sousse, puis à Tunis, où il a laissé une empreinte indélébile dans le domaine religieux et spirituel. Sa fin de vie à Safed, l’un des berceaux de la mystique juive, où il étudia avec dévotion la Kabbale lourianique, renforce l’idée d’une quête permanente de lumière et de vérité. Ses enseignements sont rassemblés dans son ouvrage majeur, le “Sepher Haziccarone”, sous-titré “Hadria”, où le terme “Hadria” symbolise la lumière divine. Cette lumière est un concept central dans la Kabbale, représentant la connaissance profonde du divin, une lumière qui éclaire l’âme et les esprits des chercheurs de vérité.


Le choix de faire imprimer “Sepher Haziccarone” à Ferrare (Italie) n’est pas anodin. À cette époque, Ferrare était un centre culturel important, notamment pour les Juifs, qui avaient trouvé refuge dans cette ville après les persécutions. L’impression de l’ouvrage à Ferrare illustre le lien entre la diaspora juive et les grands centres de savoir. Cela marque également une époque où les livres et les idées circulaient malgré les frontières, et où la sagesse kabbalistique se diffusait au-delà des terres d’Israël.


Au-delà de l’œuvre spirituelle, la lignée des Cohen-Tanudji a également été marquée par une forte composante intellectuelle et scientifique. Le nom de Claude Cohen-Tanudji, prix Nobel de physique, en est la preuve la plus éclatante. Claude Cohen-Tanudji, descendant direct de Yehudah ben Abraham, incarne la transmission de l’esprit de recherche et de quête de vérité, qu’elle soit spirituelle ou scientifique. Son prix Nobel, remporté dans le domaine de la physique, montre que les valeurs d’excellence, d’engagement intellectuel et de recherche de compréhension universelle sont profondément ancrées dans la famille.


Les Cohen-Tanudji ont toujours cherché à comprendre et à expliquer le monde, que ce soit à travers l’étude mystique de la Kabbale ou la recherche scientifique dans le domaine de la physique. Ils ont démontré qu’il n’y a pas de véritable contradiction entre la recherche de la lumière divine et la quête de la vérité scientifique. En effet, les ancêtres de Claude Cohen-Tanudji, à travers leur engagement dans l’étude de la Kabbale, ont toujours cherché à comprendre l’ordre divin, à percevoir cette lumière cachée qui régit l’univers, une quête qui trouve des résonances dans les découvertes modernes de la science.


L’histoire des Cohen-Tanudji, depuis leur fuite de Tanger jusqu’aux réalisations contemporaines, symbolise l’importance de l’héritage spirituel et intellectuel dans la construction d’une identité. Les valeurs d’excellence, de transmission du savoir et de recherche de la vérité ont guidé leur trajectoire à travers les siècles et les continents. Aujourd’hui, cet héritage continue de marquer l’âme et la pensée juives, tout en restant profondément ancré dans l’évolution des savoirs.


L’impact de cette lignée sur les domaines spirituel et scientifique, de la Kabbale à la physique moderne, témoigne de la continuité d’une recherche ininterrompue de sens et de vérité. Les Cohen-Tanudji montrent que les grandes traditions intellectuelles, qu’elles soient mystiques ou scientifiques, sont toutes liées par la même quête profonde du savoir et de la lumière.


En effet, il est essentiel de ne pas omettre le lien avec le Hadria de Cohen-Hadria, un élément fondamental de l’héritage intellectuel et spirituel de la famille Cohen-Tanudji. Jacques-Bernard Cohen-Hadria, un descendant direct de cette lignée, a non seulement porté ce nom en hommage à ses ancêtres, mais il a aussi prolongé leur quête de vérité à travers des travaux contemporains, qui continuent de refléter l’esprit de recherche et de lumière divines propres à la famille.


Le terme Hadria, qui signifie en hébreu “splendeur de Dieu” (ou Hadar Achem), résonne particulièrement à travers l’œuvre de Yehudah ben Abraham Cohen-Hadria, et représente un prolongement de la tradition spirituelle et mystique qui a traversé les âges. Ce concept de lumière divine est au cœur de l’ouvrage de Yehudah ben Abraham Cohen-Tanudji, un “Sepher Haziccarone”, où le Hadria est un symbole de la lumière qui éclaire le chemin spirituel et intellectuel.


Yehudah ben Abraham, s’inscrit dans cette  démarche de transmission et d’élévation spirituelle, qu’il s’agisse des recherches mystiques ou des approches modernes. Ce nom, Hadria, porte l’empreinte d’une famille qui, à travers ses différentes époques, a cherché à illuminer l’esprit humain, à travers la Kabbale et les sciences modernes, dans une quête de sens et de connaissance.


Dans cette lignée, Cohen-Hadria ne se contente pas seulement d’être le porteur d’un héritage ancien, mais il continue de diffuser la lumière du savoir à travers ses propres recherches et contributions contemporaines. Le Hadria, qu’il porte, continue d’éclairer les chemins de ceux qui cherchent à comprendre le monde tant sur le plan spirituel que scientifique.


Le mot Hadria, comme la lumière divine qu’il évoque, transcende les siècles et continue d’illuminer les travaux des descendants de cette lignée exceptionnelle. Aujourd’hui, il représente un pont entre l’ancien et le moderne, entre la mystique et la science, et symbolise un engagement constant dans la quête du savoir et de la vérité.


Le Hadria de Cohen-Hadria ne fait donc pas que refléter un héritage spirituel ; il représente également la perpétuation de cette tradition de recherche, d’excellence et de transmission d’un savoir universel, tel qu’incarné par les ancêtres de cette lignée. Ce nom, cette lumière, continue de briller à travers les générations, et ses rayons éclairent toujours les pensées et les actions de ceux qui y sont associés.


jeudi 10 avril 2025

 2023 : Les terroristes du Hamas ont ils réussi à diviser les occidentaux et à réveiller l'antisémitisme ?


L’analyse d’André Kaspi et de Gilles Kepel sur la nature du conflit israélo-palestinien repose sur l’idée que celui-ci ne serait pas seulement territorial, mais essentiellement religieux. Selon cette perspective, l’opposition arabe à la présence juive en Palestine mandataire et à la création d’Israël ne relèverait pas uniquement d’un refus de partage des terres, mais d’un principe fondamental de l’islam qui considère qu’un territoire conquis par les musulmans ne peut être repris par des non-musulmans.

 

1. Une opposition religieuse plutôt que territoriale ?

 

La thèse avancée par Kaspi et Kepel repose sur un principe théologique islamique qui affirme que les terres ayant fait partie du Dar al-Islam (la maison de l’islam) ne peuvent pas être reconquises par des non-musulmans.

 La Palestine, ayant été sous domination musulmane depuis le VII siècle (après la conquête des armées arabes et jusqu’à l’occupation ottomane et britannique), est donc perçue par les théologiens musulmans et de nombreux dirigeants arabes comme une terre définitivement islamique.

 Selon cette vision, le fait que des Juifs (perçus historiquement comme une minorité dominée en terre d’islam) puissent établir un État souverain sur un territoire musulman serait une hérésie inacceptable sur le plan religieux, bien plus encore que sur le plan national.

 

2. Le rôle du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini

 

Un des personnages centraux de cette lecture du conflit est Hadj Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem dans les années 1920-1940 et fervent opposant au sionisme.

 Al-Husseini ne voyait pas seulement l’immigration juive en Palestine comme une menace politique et démographique, mais comme une offense à l’islam, car elle venait défier la suprématie musulmane sur un territoire islamisé depuis des siècles.

 Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’est allié aux nazis et a rencontré Hitler en 1941 à Berlin. Il a soutenu les thèses antisémites du Troisième Reich et a même encouragé la création de divisions musulmanes de la Waffen-SS dans les Balkans (comme la division Handschar, composée majoritairement de musulmans bosniaques).

 Après la guerre, al-Husseini a continué à jouer un rôle dans le monde arabe, influençant de nombreux dirigeants, dont Yasser Arafat, qui se présentait comme son disciple spirituel.


 

3. Influence sur les dirigeants palestiniens et arabes

 

L’idée selon laquelle le conflit israélo-palestinien serait avant tout religieux a été renforcée par des figures politiques et religieuses qui ont adopté les thèses d’al-Husseini.

 Yasser Arafat : Bien qu’il ait longtemps été un leader nationaliste et laïc, il a progressivement intégré des éléments religieux dans son discours, notamment après l’échec des négociations d’Oslo et la montée du Hamas. Il a rencontré al-Husseini et se référait à lui comme une figure historique importante.

 Les Frères musulmans et le Hamas : Contrairement à l’OLP, qui avait une idéologie nationaliste, le Hamas considère ouvertement la lutte contre Israël comme un djihad religieux. Sa charte de 1988 cite des versets du Coran pour justifier la guerre contre les Juifs et rejette toute solution politique.

 L’influence sur d’autres dirigeants arabes : Des figures comme Nasser, Kadhafi ou encore Saddam Hussein ont, à divers moments, utilisé la cause palestinienne comme un levier politique, en mélangeant panarabisme, antisionisme et discours religieux pour mobiliser les foules contre Israël.

 

4. Conséquences de cette vision religieuse du conflit

 Un rejet de la solution à deux États : Si le conflit était purement territorial, un compromis serait envisageable. Mais si la lutte est perçue comme une guerre religieuse, alors aucune concession n’est possible.

 Un conflit exacerbé par la montée de l’islamisme : Avec la montée des mouvements islamistes à partir des années 1980 (Hamas, Hezbollah, Al-Qaïda, etc.), le conflit s’est de plus en plus teinté de références religieuses, rendant encore plus difficile toute négociation politique.

 Une radicalisation des positions : Les appels à la destruction d’Israël ne sont plus seulement politiques, mais aussi théologiques. De même, des extrémistes israéliens adoptent une lecture biblique du conflit pour justifier la colonisation de la Cisjordanie.

 


Conclusion

 

D’après l’analyse d’André Kaspi et Gilles Kepel, le conflit israélo-palestinien ne se limite pas à une dispute territoriale, mais trouve ses racines dans une opposition religieuse profonde qui remonte à l’histoire islamique et qui a été renforcée par des figures comme le grand mufti Amin al-Husseini. Cette dimension religieuse, longtemps masquée par les discours nationalistes, explique pourquoi la question de Jérusalem, du droit au retour et de l’existence d’Israël reste si sensible et difficile à résoudre.

 Moyen-Orient : Ce n est pas un conflit territorial !

L’analyse d’André Kaspi et de Gilles Kepel sur la nature du conflit israélo-palestinien repose sur l’idée que celui-ci ne serait pas seulement territorial, mais essentiellement religieux. Selon cette perspective, l’opposition arabe à la présence juive en Palestine mandataire et à la création d’Israël ne relèverait pas uniquement d’un refus de partage des terres, mais d’un principe fondamental de l’islam qui considère qu’un territoire conquis par les musulmans ne peut être repris par des non-musulmans.

 

1. Une opposition religieuse plutôt que territoriale ?

 

La thèse avancée par Kaspi et Kepel repose sur un principe théologique islamique qui affirme que les terres ayant fait partie du Dar al-Islam (la maison de l’islam) ne peuvent pas être reconquises par des non-musulmans.

 La Palestine, ayant été sous domination musulmane depuis le VII siècle (après la conquête des armées arabes et jusqu’à l’occupation ottomane et britannique), est donc perçue par les théologiens musulmans et de nombreux dirigeants arabes comme une terre définitivement islamique.

 Selon cette vision, le fait que des Juifs (perçus historiquement comme une minorité dominée en terre d’islam) puissent établir un État souverain sur un territoire musulman serait une hérésie inacceptable sur le plan religieux, bien plus encore que sur le plan national.

 

2. Le rôle du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini

 

Un des personnages centraux de cette lecture du conflit est Hadj Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem dans les années 1920-1940 et fervent opposant au sionisme.

 Al-Husseini ne voyait pas seulement l’immigration juive en Palestine comme une menace politique et démographique, mais comme une offense à l’islam, car elle venait défier la suprématie musulmane sur un territoire islamisé depuis des siècles.

 Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’est allié aux nazis et a rencontré Hitler en 1941 à Berlin. Il a soutenu les thèses antisémites du Troisième Reich et a même encouragé la création de divisions musulmanes de la Waffen-SS dans les Balkans (comme la division Handschar, composée majoritairement de musulmans bosniaques).

 Après la guerre, al-Husseini a continué à jouer un rôle dans le monde arabe, influençant de nombreux dirigeants, dont Yasser Arafat, qui se présentait comme son disciple spirituel.

 

3. Influence sur les dirigeants palestiniens et arabes

 

L’idée selon laquelle le conflit israélo-palestinien serait avant tout religieux a été renforcée par des figures politiques et religieuses qui ont adopté les thèses d’al-Husseini.

 Yasser Arafat : Bien qu’il ait longtemps été un leader nationaliste et laïc, il a progressivement intégré des éléments religieux dans son discours, notamment après l’échec des négociations d’Oslo et la montée du Hamas. Il a rencontré al-Husseini et se référait à lui comme une figure historique importante.

 Les Frères musulmans et le Hamas : Contrairement à l’OLP, qui avait une idéologie nationaliste, le Hamas considère ouvertement la lutte contre Israël comme un djihad religieux. Sa charte de 1988 cite des versets du Coran pour justifier la guerre contre les Juifs et rejette toute solution politique.

 L’influence sur d’autres dirigeants arabes : Des figures comme Nasser, Kadhafi ou encore Saddam Hussein ont, à divers moments, utilisé la cause palestinienne comme un levier politique, en mélangeant panarabisme, antisionisme et discours religieux pour mobiliser les foules contre Israël.

 

4. Conséquences de cette vision religieuse du conflit

 Un rejet de la solution à deux États : Si le conflit était purement territorial, un compromis serait envisageable. Mais si la lutte est perçue comme une guerre religieuse, alors aucune concession n’est possible.

 Un conflit exacerbé par la montée de l’islamisme : Avec la montée des mouvements islamistes à partir des années 1980 (Hamas, Hezbollah, Al-Qaïda, etc.), le conflit s’est de plus en plus teinté de références religieuses, rendant encore plus difficile toute négociation politique.

 Une radicalisation des positions : Les appels à la destruction d’Israël ne sont plus seulement politiques, mais aussi théologiques. De même, des extrémistes israéliens adoptent une lecture biblique du conflit pour justifier la colonisation de la Cisjordanie.

 

Conclusion

 

D’après l’analyse d’André Kaspi et Gilles Kepel, le conflit israélo-palestinien ne se limite pas à une dispute territoriale, mais trouve ses racines dans une opposition religieuse profonde qui remonte à l’histoire islamique et qui a été renforcée par des figures comme le grand mufti Amin al-Husseini. Cette dimension religieuse, longtemps masquée par les discours nationalistes, explique pourquoi la question de Jérusalem, du droit au retour et de l’existence d’Israël reste si sensible et difficile à résoudre.

 

Plan ALLON ... Plan BARAK (CAIRN)
slo, en 1993, avait installé au Proche-Orient des normes internationales fondées sur la transaction et devait conduire à un compromis acceptable. Mais, nous l’avons compris au fil des négociations : pour Arafat, tout cela n’était qu’un énorme camouflage derrière lequel il exerçait des pressions politiques ou mobilisait le terrorisme à doses variables.


Lors d’une de nos premières rencontres, Ehoud Barak m’a montré une carte avec la vallée du Jourdain incluse dans l’État d’Israël, soit une sorte de plan Allon très élargi : un tiers du territoire nous revenant [1]. 66% aux Palestiniens, si je ne me trompe. Le Premier ministre était convaincu de sa logique et se berçait à l’époque d’enthousiaste wishful thinking : « Regarde, ça c’est un État ! » Moi, je ne lui ai pas dit de jeter sa carte à la poubelle, il a fallu des entretiens avec les Palestiniens et des discussions internes pour qu’il comprenne pourquoi on ne pouvait soumettre pareille carte.





Lors des entretiens secrets de Stockholm, en mai 2000, Gilead Sher et moi avons proposé une carte à 88-12% du territoire revenant à la Palestine et à Israël. Nous exigions trois blocs d’implantation : Goush Etzion, Goush Ariel, Goush Otef-Jérusalem (« enveloppe » autour de la ville), ainsi qu’une bande de sécurité dans la vallée du Jourdain sur vingt ans. La partie israélienne était à l’époque opposée à un quelconque échange de territoire. Mais tous les problèmes, en Cisjordanie et à Gaza, devaient être résolus.


Les Palestiniens n’apprécièrent pas nos cartes. Mais Abou Ala (Ahmed Qoreï), qui voulait que j’enlève la carte soumise, me pressa d’indiquer un pourcentage. L’ambiance, dans la résidence secondaire du Premier ministre suédois, au bord d’un lac magnifique, était cependant bonne. Le caractère pragmatique de nos discussions permettait d’attendre raisonnablement une conclusion. Le cadre incluait une entente sur la constitution de blocs d’implantation : 4% de la Cisjordanie concédés par Abou Ala, un peu plus tard, à l’Holiday Inn de Jérusalem. Pour ce qui est des réfugiés, nous avons élaboré une méthode d’intégration au sein de l’État palestinien, dans le pays d’accueil et des pays tiers, ainsi que 10 à 15 000 en Israël même sur plusieurs années; des chiffres qu’Abou Ala et Hassan Asfour n’ont pas acceptés mais dont ils étaient prêts à parler. Quant à Jérusalem, Barak s’était opposé, par crainte de réactions susceptibles de mettre son gouvernement en péril, à ce qu’on en parle [2]. Il me semble d’ailleurs a posteriori que c’était une erreur : une discussion sur Jérusalem nous aurait permis d’arriver mieux préparés à Camp David.


Globalement : j’avais parlé, en tête-à-tête, de 8 à 10% de territoire revenant à Israël ; Abou Ala s’en tenait à 4% ; Clinton, selon mes informations, était autorisé par les Palestiniens à aller jusqu’à 6% ; on pouvait supposer que nous irions au-delà de 90% à la Palestine et qu’un compromis sur le principe, en termes de territoire, était possible même si nous n’étions pas d’accord sur les frontières définitives. Ce qui s’est avéré après Stockholm, c’est que les Palestiniens étaient prêts à quelques compromis sur les blocs d’implantation, mais qu’ils se refusaient catégoriquement à céder sur la frontière est et la vallée du Jourdain. En ce qui concerne les réfugiés, il y a eu un recul entre Stockholm et Camp David : Abou Mazen (Mahmoud Abbas) avait convaincu Abou Ala de ne pas négocier sur des chiffres et de s’arc-bouter sur le droit au retour. Donc, tous deux revenaient sur l’accord Yossi Beilin-Abou Mazen. « Des paroles ! Des paroles ! » comme me l’avait d’ailleurs dit Arafat. Voilà pourquoi j’en suis venu à la conclusion qu’il ne faut plus produire semblables documents à partir de négociations officieuses : ils n’engagent pas les Palestiniens et ceux-ci s’en servent uniquement pour formuler de nouvelles exigences.


Le vrai problème du sommet de Camp David, à la mi-juillet, c’est que les Palestiniens n’ont pas formulé de contre-projet à notre carte officielle des 88-12%. Ils savaient pourtant officieusement que nous étions prêts à nous contenter de 8-10%; que si nous étions toujours hostiles à un échange de territoires et demandions que soit réaffirmée notre souveraineté sur Jérusalem, la partie israélienne avait admis une extension des frontières de la ville avec cession à la Palestine d’une partie de ce territoire urbain.
Eux restèrent très intransigeants quant à une reconnaissance formelle des frontières de 1967. Je n’oublierai jamais une réunion en présence de Bill Clinton avec Madeleine Albright et Sandy Berger : j’avais proposé la reconnaissance non officielle, à titre d’hypothèse de travail, des frontières de 1967 et Abou Ala refusé catégoriquement cette procédure. Le président américain commença à s’énerver et s’en prit au négociateur palestinien : on n’était pas à l’ONU et il fallait bien énoncer ses propres propositions ; personne ne pouvait tout avoir, lui-même savait bien qu’il ne pouvait briguer un troisième mandat. Clinton finit par quitter la pièce de colère. Abou Ala, profondément offensé, n’allait plus participer activement à Camp David.


C’est que le vrai dilemme, pour la partie israélienne, était précisément là : on allait de concession en concession, sans que la partie adverse consente à faire des propositions ; à partir d’un certain seuil, même le plus modéré des négociateurs constate qu’il n’y aura à ce compte-là aucune limite à la satisfaction de l’autre camp, qu’on n’aboutira à rien.
Pour débloquer la situation, le président Clinton a donc pris l’initiative, à un moment donné, d’un jeu de simulation qui a duré toute la nuit et n’engageait personne. Y ont participé Gilead Sher, Israël Sasson et moi-même côté israélien, Saeb Erekat, Mohammed Dahlan et un avocat côté palestinien. Nous avons pour la première fois proposé le compromis qui suit sur Jérusalem : les quartiers arabes de la périphérie passaient sous souveraineté palestinienne ; Jérusalem intra muros restait sous souveraineté israélienne, mais jouissait d’une autonomie administrative, la Vieille Ville ayant un régime spécial et le Mont du Temple étant placé sous tutelle permanente des Palestiniens. Clinton était très satisfait et il estimait que Barak et nous avions réalisé une avancée courageuse [3].
La réaction palestinienne fut décevante [4]. J’éprouvais un profond sentiment de frustration. Tout se passait comme si eux, les Palestiniens, qui voulaient pourtant établir un État, ne pouvaient se débarrasser de leur agressivité vindicative, d’un théâtre de la victimisation. Jamais les sionistes qui négociaient la création de l’État d’Israël n’auraient réagi de façon aussi négligente.


Pressée par Clinton, la partie adverse, au bord du précipice, a enfin consenti à réagir. Je cite mon journal du 17 juillet : « Hier, Arafat a présenté à Clinton une contre-proposition. Il est prêt à céder 8 à 10% des territoires. Il a dit à Clinton qu’il lui laissait le soin de conclure l’échange territorial et qu’il était prêt à des arrangements sécuritaires, avec une participation de forces internationales. Une solution au problème des réfugiés a été selon lui trouvée. Tout dépend maintenant de Jérusalem. »
Si la formule 9% des territoires contre 1% du territoire souverain d’Israël n’avait jamais été incluse dans un document officiel, elle était dans l’air au bout de huit jours. C’était l’hypothèse de travail, fondée non pas sur une quelconque machination israélienne, mais sur des propos formels d’Arafat. Ce que m’a confirmé Clinton au sortir du bungalow de Barak : le leader palestinien lui avait envoyé un message comportant la cession de 8% des territoires en échange d’une fraction symbolique de celui d’Israël du côté de Gaza. Pour se rétracter un peu plus tard dans une lettre au président américain. Peut-être recherchait-il tout simplement à ce moment-là un moyen d’échapper aux pressions américaines par quelques mots qui ne l’engageaient de son point de vue à rien. Tout comme il allait glisser des paroles non suivies de faits à Charm el-Cheikh, en octobre, en nous promettant un cessez-le-feu.


Nous avions dès lors, même si on pouvait noter un recul sur les réfugiés, le sentiment que la question territoriale était pratiquement résolue, de même qu’on avait avancé en ce qui concernait la sécurité et peaufiné le concept de force internationale. Restait Jérusalem, et là, les Palestiniens n’ont rien fait qui pût nous aider. Nous n’étions pas prêts, à Camp David, à un partage autre qu’officieux de la ville. Arafat, lui, a refusé toute solution qui ne consistât pas dans un partage complet [5]. C’est alors que Barak nous a sidérés en acceptant de fonder les négociations sur une proposition de Clinton : partager la Vieille Ville en deux quartiers sous souveraineté israélienne et deux quartiers sous souveraineté palestinienne, donc de fait partager la souveraineté sur Jérusalem. Martin Indyk, l’ambassadeur des États-Unis, et moi pensions que le Premier ministre était fou. Le fait est que dès le début de la seconde semaine du sommet, Barak témoigna d’un vrai courage, d’un courage bien supérieur au nôtre, d’un courage reconnu à plusieurs reprises comme inouï par Clinton [6].



Le Premier ministre voulait de toutes ses forces et dans les conditions les plus difficiles aboutir à un accord. Quiconque en doute ne sait pas de quoi il parle. Ce qu’illustrent des phrases, au plus haut point dramatiques, prononcées en décembre, et que je n’ose pas citer. Il allait découvrir par la suite que ses hypothèses étaient sans fondement, qu’il n’avait pas en réalité d’interlocuteurs et qu’Arafat refusait même de s’inscrire dans une quelconque dynamique. Sans que les autres dirigeants du Proche-Orient, qui n’avaient pas sa grandeur d’âme, lui fournissent par ailleurs un appui. Ceci au moment où on était en train de l’assassiner politiquement chez nous avec un gouvernement en chute libre. Il était allé plus loin que tout autre Premier ministre israélien et mettait sa coalition en danger, tandis que le leader palestinien ne bougeait pas et refusait d’entrer dans le jeu. Quand les Palestiniens eurent récusé la proposition du président américain, Barak envoya une lettre furieuse à Clinton pour lui reprocher de ne pas exercer des pressions suffisantes sur Arafat et son propre assentiment ensuite s’en trouva liquidé [7]. Situation réellement pénible pour le Premier ministre israélien après le départ du président américain pour le Japon [8]. On a, en fin de sommet, discuté la proposition de Clinton : une enveloppe extérieure de souveraineté palestinienne à Jérusalem avec le Mont du Temple à la fois sous souveraineté israélienne et sous mandat palestinien; deux variantes : autonomie administrative dans Jérusalem intra muros et souveraineté palestinienne sur deux quartiers de la Vieille Ville ; ou bien souveraineté palestinienne à Jérusalem intra muros et autonomie administrative dans la Vieille Ville ; voire encore le report du débat à trois ans. Pour une première fois les Israéliens répondirent par la négative. Sans parler du refus palestinien [9]. C’était la fin du sommet [10].


Plus généralement : Camp David n’avait rien, contrairement à ce qu’ont prétendu certaines personnalités de gauche, d’un ultimatum. Ce sont les Palestiniens qui ont en permanence refusé de soumettre un contre-projet. Nous ne nous attendions pas à les rencontrer à mi-chemin, ni même aux deux tiers du chemin, mais à les rencontrer quelque part. Notre impression a été qu’ils essayaient de nous entraîner vers un gouffre de concessions sans fond. Probablement des erreurs ont-elles été commises. Il aurait en particulier fallu organiser un sommet entre dirigeants de façon à informer d’éventuels groupes de travail des bases sur lesquelles fonder une entente. Et puis il y a eu des occasions manquées. Nous aurions dû, après la percée concernant Jérusalem et la concession d’Arafat, convoquer un « sommet de choc ». La délégation israélienne a d’ailleurs proposé à maintes reprises et encore la dernière nuit aux Palestiniens un accord partiel n’abordant pas les questions de Jérusalem et des réfugiés, mais rencontré là aussi une opposition [11]. Les attaques contre Barak à ce sujet sont des sottises.


Tout le problème est que le Premier ministre israélien a une personnalité rationnelle, cartésienne, alors qu’Arafat évolue dans la mythologie. Ce dernier reste un homme religieux qui s’est toujours présenté comme un Saladin des temps modernes. Il continue de planer dans les sphères élevées de l’éthique musulmane, de l’éthique des réfugiés, de l’éthique palestinienne. Les questions concrètes ne l’intéressent pas. Même son discours n’a rien de réaliste : il ne formule ni n’achève jamais vraiment ses phrases ; il utilise des métaphores, des codes. Vous ne sortez pas de chez lui avec des positions sur tel ou tel sujet. Vous pouvez parvenir à des arrangements intérimaires et des redéploiements partiels, oui, parce qu’il suppose que ce qu’il ne peut obtenir aujourd’hui, il l’obtiendra demain. Une négociation réussie l’aurait plongé dans une détresse terrible : il cessait d’être un mythe et n’était plus que le dirigeant d’un petit pays. 

Cet éternel globe-trotter avait peur, tout simplement, de se retrouver seul confronté à la réalité. Voilà pourquoi la rencontre des deux hommes entre les bungalows en bois et les pelouses du Maryland ne pouvait être couronnée de succès. Aucun dirigeant israélien n’aurait pu parvenir à un accord avec le leader palestinien.
Il y a eu, après Camp David, des dizaines de rencontres, la plupart à l’hôtel King David de Jérusalem. J’ai beaucoup pressé les Américains de rassembler toute la documentation de la période pour construire une proposition globale à présenter aux deux parties. 


Or, c’est justement ce que redoutaient les Palestiniens : ils savaient qu’ils allaient opposer un nouveau refus à cette démarche, mais que ce refus leur serait extrêmement dommageable au plan international. L’Europe, au demeurant, nous a appuyés et le monde arabe ne les a pas soutenus. Leur situation, à la veille de la seconde Intifada, était presque désespérée.
Non que je leur attribue, quant à ce soulèvement, des projets machiavéliques. Il n’empêche : tant Saëb Erekat que Marwan Barghouti dans le bureau de Dahlan, en août, nous ont donné jusqu’au 13 septembre, voire à la mi-septembre pour nous arranger avec eux ; et il y avait dans la voix du second un ton menaçant qui ne m’a pas plu. Une chose est sûre : l’Intifada a sauvé Arafat.


À ce stade, la partie israélienne avait au demeurant évolué. Nous parlions déjà d’un partage vertical de souveraineté sur le Mont du Temple ; celui-ci était maintenant entièrement placé sous souveraineté palestinienne et tout ce que nous demandions, c’était la souveraineté complète sur l’intérieur. 


Mais les arabes de Palestine ont méprisé cette demande, répétant à maintes reprises qu’il n’y avait rien et qu’il n’y avait jamais rien eu dans les profondeurs du Mont du Temple. Ils nous y déniaient donc le moindre droit. De même, nous n’invoquions plus que 7% du territoire en échange de 2% de territoire souverain d’Israël. 


Nous avions, me semble-t-il, gommé aussi les exigences de souveraineté dans la vallée du Jourdain, car il nous apparaissait, à la suite des arrangements de sécurité et sur la force multinationale, que nos intérêts vitaux pouvaient être préservés sans une souveraineté insupportable aux Palestiniens. Nous n’avons pas soumis de nouvelle carte au camp adverse, mais travaillé en interne sur des cartes qui exprimaient les proportions désormais acquises. 


Quand certains nous ont absurdement accusés de proposer aux Palestiniens des cantons sans continuité territoriale, je suis allé voir le président égyptien Moubarak et lui ai effectivement montré une carte, celle, je crois, des 8% ; il l’a examinée avec intérêt et s’est lui-même expressément interrogé sur les fondements de la prétendue non-continuité.




Les Palestiniens, au contraire, n’ont pas proposé de carte avant Taba, du 21 au 28 janvier 2001. Mais j’ai eu l’occasion de voir à Camp David une certaine carte palestinienne : moins de 2% de territoire concédé par eux contre un échange spatial non pas aux dunes de Haloutza (à l’est de la frontière égyptienne), mais en bordure de la Cisjordanie, et dans une proportion de 1 : 1 [12].


L’Intifada a gelé les négociations, mais les entretiens ont redémarré en novembre-décembre, alors que la violence s’était déchaînée et que les élections s’annonçaient. Elles concernaient en particulier Jérusalem. J’ai de ma propre initiative émis la proposition suivante à Yasser Abed Rabo, Saëb Erekat et Mohammed Dahlan sur la base aérienne de Bowling : souveraineté palestinienne sur le Mont du Temple, mais engagement des Palestiniens à ne pas y procéder à des fouilles compte tenu du caractère sacré du lieu pour les Juifs. Ceux-ci donnèrent leur accord, mais récusèrent le dernier syntagme; ce qui m’a indigné, ce n’est pas seulement qu’ils aient refusé de s’entendre avec nous, mais le mépris absolu dont ce refus s’est accompagné. En somme : ils n’étaient pas prêts, comme Sadate, à faire un pas dans notre direction, fût-ce aux plans symbolique ou sentimental; ils ne nous reconnaissaient pas les moindres droits.


Quand le président Clinton nous a réunis le 20 décembre 2000 à la Maison-Blanche et qu’il nous a soumis les grandes lignes d’un possible arrangement, il était question de plus de 90 et de moins de 100% des territoires aux Palestiniens, de 80% des résidents juifs (de Cisjordanie) en territoire souverain d’Israël, d’arrangements de sécurité dans la vallée du Jourdain, d’un régime spécial pour la Vieille Ville de Jérusalem et le Mont du Temple avec confirmation de l’héritage symbolique, ici, pour les Juifs. De même, après la conclusion des entretiens de Bowling, le 23 décembre 2000, pour les « paramètres restreints » de Clinton : 96/97% des territoires plus 1% du territoire israélien souverain, ou bien 94% des territoires plus 3% du territoire israélien souverain. Presque 100% aux Palestiniens qui pouvaient dès lors présenter cette solution comme telle si l’on considère que leur était encore garanti un passage de Gaza en Cisjordanie à travers l’espace souverain, mais sous contrôle peu sensible d’Israël. À Jérusalem, ce qui était juif ou arabe le restait : le Mont du Temple sous souveraineté palestinienne, le mur des Lamentations et le Saint des Saints allant à Israël ; même si Clinton n’abordait pas en détails le dossier de la zone sacrée, non plus que celui de l’espace extérieur à la Vieille Ville, incluant la Citadelle de David et les Tombes des Prophètes en direction du Mont des Oliviers, et que nous revendiquons parce qu’il n’y a presque pas d’Arabes dans cette zone, ce à quoi s’opposent les Palestiniens [13]. Quant aux réfugiés, c’était la quadrature du cercle. Le président allait jusqu’à l’extrême limite de ce que nous pouvions accepter. Les deux parties reconnaissaient « le droit des réfugiés à retourner en Palestine historique » ou de « retourner dans leur patrie », mais « il n’y (avait) pas de droit au retour spécifique en Israël ». Le mécanisme était plus ou moins celui de Stockholm : absorption d’un certain nombre de réfugiés par Israël mais en fonction d’une application souveraine de nos lois et de notre politique d’immigration. La Palestine à venir serait un État démilitarisé, « non militarisé » dans les termes de Clinton. Une présence militaire nous était concédée dans la vallée du Jourdain pour une période de trois ans et nous conservions des forces symboliques sur des sites déterminés pendant trois années supplémentaires ; plus trois postes de surveillance sur dix ans, en collaboration avec des officiers de liaison palestiniens [14].
Il n’était pas facile, pour nous, de répondre à la sollicitation du président des États-Unis : nous avions le sentiment d’être allés à l’extrême limite du possible; notre réponse fut cependant positive [15]. Avec des réserves mineures qui portaient essentiellement sur les arrangements de sécurité, le redéploiement militaire et le contrôle des points de passage ; et puis une clarification quant à nos exigences en matière de souveraineté au Mont du Temple. Et je téléphonai moi-même au leader palestinien le 29 décembre, sur instruction de Barak, pour lever tous les doutes : Israël approuvait les propositions de Clinton et toute nouvelle discussion devait avoir lieu dans ce cadre. Arafat, au contraire, partit voir Moubarak, participa à toutes sortes de réunions interarabes; il traînait les pieds et ne répondait même pas aux appels téléphoniques de Clinton ; le monde entier eut beau exercer sur lui de fortes pressions ; pas un dirigeant qui ne lui ait, du prince du Liechtenstein au président chinois, téléphoné au cours de ces dix jours ; et c’est avec beaucoup de retard que ses hommes transmirent à la Maison-Blanche une réponse largement négative et très partiellement positive [16].
Si nous nous sommes rendus à Taba, contrairement à ce que souhaitait le Premier ministre désormais convaincu que nous étions allés aussi loin que possible sans pour autant satisfaire les Palestiniens, c’est qu’il y avait l’urgence du calendrier : nous étions à un mois des élections et un ministre avait menacé Barak de le traiter publiquement de lâche s’il refusait la rencontre. Ce dernier n’avait donc pas d’autre choix, même si celui-ci le révoltait.
À Taba, nous avons tout de suite expliqué ne vouloir discuter que de la mise en œuvre des paramètres de Clinton. Alors que les Palestiniens essayaient, en revanche, de les user. Ils n’avaient pas accepté l’idée du « Saint des Saints » qui apparaissait expressément chez le président. Et sur les réfugiés ils ont proposé la formulation suivante : chaque partie avait sa lecture propre de la résolution 194 des Nations unies ; on devait donc d’abord poser le droit des Palestiniens au retour et ensuite établir les mécanismes à appliquer, soit « we have to establish the right of return and then discuss the mechanism ». Pareille revendication de fond ne m’a pas moins exaspéré que la publication, çà et là, de chiffres extraordinaires : comme par exemple 150 000 réfugiés par an pendant dix ans. Nous en avions selon Beilin proposé 40 000 ; je ne sais pas si c’est le chiffre exact, mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne pouvait, à Taba, mener la transaction sur cette base, car cela aurait signifié laisser pendante la décision quant au chiffre définitif en fonction de futures exigences. À Taba, nous avons soumis une nouvelle carte : le marron moutarde du territoire palestinien pour celui, blanc, d’Israël ; 94,5% contre 5,5%. Et ce avant que soit abordée la question des échanges territoriaux sur lesquels nous ne devions pas parvenir à nous mettre d’accord : les Palestiniens n’appréciaient pas trop l’idée des dunes de Haloutza ; moi non plus d’ailleurs, car elles désignent pour moi la dernière réserve de territoire d’implantation sioniste avant la Ligne verte de 1949. C’est pourquoi nous avons évoqué, non sans mal, la possibilité de transférer du territoire au sud de la Montagne de Judée, au nord d’Arad. L’unique éventualité restait peut-être celle de déplacer la frontière égyptienne vers l’est et de compenser les Palestiniens en territoire égyptien à proximité de la bande de Gaza. Mais ni nous ni eux n’avions envie d’en parler devant les Égyptiens. La carte traduisait la suppression de plusieurs dizaines d’implantations, mais elle n’aboutissait pas non plus à l’objectif qui était nôtre et auquel Clinton avait consenti : 80% des résidents en territoire souverain d’Israël. D’ailleurs : les Palestiniens nous ont fourni une contre-carte où les trois maigres blocs concédés étaient grignotés, voire dépouillés en fait de tout caractère de bloc ; demeuraient quelques implantations isolées et reliées entre elles par une sorte d’étroite route ; nous avons calculé qu’ils nous cédaient en tout et pour tout 2,34% du territoire. Voilà pourquoi la critique de gauche à notre égard me laisse bouche bée. Même s’il est vrai que Barak et moi sommes en quelque sorte des marginaux de la gauche. Nous n’avons pas fait partie des professionnels de la paix. Mais qu’étions-nous censés faire de plus ?
Arafat est le chef des Palestiniens et à cela je ne puis rien changer. C’est leur malheur à eux. Ma mère m’a appris un proverbe arabe : « Suis le menteur jusqu’à sa porte ». C’est bien ce que nous avons fait et ce que nous avons découvert, c’est qu’Arafat n’est pas un menteur. Au contraire : il adhère tellement à sa vérité qu’il ne peut la trahir ni faire aucun compromis. Une vérité qui lui interdit de conclure des négociations avec nous sans que notre nuque s’en trouve brisée. Voilà en quoi il est une menace pour la paix au Proche-Orient et dans le monde. Il n’accepte pas la formule « deux États pour deux peuples ». Ni lui ni le mouvement palestinien ne nous acceptent. Ce que nous avons découvert, c’est un bloc de granit sur lequel le processus de paix s’est échoué. Ce n’est pas, ici, une affaire de territoire contre la paix ou d’hypothèses de type Madrid ( 1991). La question reste de savoir, dans ce contexte, si les Palestiniens reconnaissent son droit à l’existence à un État juif démocratique dans cette partie du monde.
Je comprends, au demeurant, leur logique. Ils ont le sentiment d’avoir renoncé, à Oslo, à 78% de la Palestine et veulent absolument tout le reste. Il s’agit à leurs yeux d’un processus de décolonisation et ils ne veulent pas faire plus de compromis que les Congolais, jadis, avec les Belges. N’ont-ils pas déjà accepté les quartiers juifs de Jérusalem et une partie des implantations ? Pourtant : des composantes pathologiques graves m’apparaissent, au bout de huit mois de négociation, comme constitutives du mouvement national palestinien. Un mouvement très triste, tragique. Avec au cœur de sa tragédie une incapacité à se fixer des objectifs concrets. Ils semble qu’ils ne veuillent pas d’une solution, mais souhaitent surtout mettre Israël en accusation. Plus qu’ils ne veulent leur propre État, ils veulent condamner le nôtre. Voilà pourquoi ils sont incapables, contrairement au sionisme, de transiger. Mieux : si Arafat avait clamé en décembre un accord retentissant, il sauvait le gouvernement Barak et la paix.
Mais je n’ai pas changé : je ne crois toujours pas que nous puissions gouverner un peuple étranger. Cela n’a marché nulle part ailleurs et ne marchera pas non plus ici. Je n’ai pas non plus changé sur les implantations : c’est à tort que nous avons investi tant d’énergie à nous installer de façon aussi hasardeuse, en plein milieu des populations arabes. Je continue à croire que l’État palestinien demeure une nécessité morale et politique. Mais il nous faut, dans un certain sens, reconstruire la gauche. Et ne pas nous dissimuler ce que nous avons appris des positions palestiniennes et islamiques quant à une contestation de notre droit à l’existence. Nous devons encore arrêter de subir une politique des pressions qui pourrait nous amener à nous suicider. Au contraire, il nous faut essayer d’en revenir au point où nous étions parvenus avec Clinton et tenter de mettre en œuvre cette solution avec l’aide de la communauté internationale.
Surtout : nous ne pouvons renoncer au patriotisme juif et israélien ; il y a nécessité de comprendre que la faute n’est pas toujours de notre fait.


 La TAQIYA

La question de l’utilisation de la tromperie stratégique (ou Taqiya, dans un sens élargi, bien que ce terme soit historiquement lié au contexte chiite) par les dirigeants palestiniens pour influencer l’opinion publique est un sujet débattu. Selon certains analystes, dont Gilles Kepel, des responsables palestiniens ont parfois utilisé un double discours et des techniques de communication spécifiques pour façonner la perception du conflit en leur faveur.

 

1. La manipulation du discours selon l’audience

 Un discours modéré en direction de l’Occident : Pour gagner le soutien des gouvernements occidentaux et de la société civile internationale, les dirigeants palestiniens (notamment Yasser Arafat, puis Mahmoud Abbas) ont souvent mis en avant des messages pacifiques, insistant sur la nécessité d’un processus de paix, sur les souffrances du peuple palestinien et sur leur engagement en faveur d’une solution diplomatique.

 Un discours plus radical pour la rue arabe : En parallèle, des discours en arabe ont parfois adopté un ton plus dur, insistant sur la résistance armée, le refus de toute concession à Israël et l’objectif d’une “libération totale de la Palestine”. Cela a notamment été le cas chez certains leaders du Hamas, qui prônent ouvertement la destruction d’Israël devant leur public local, tout en adoptant un ton plus diplomatique à l’international.

 


2. L’exploitation médiatique des conflits

 

Les dirigeants palestiniens et leurs alliés médiatiques auraient aussi utilisé des stratégies de communication spécifiques pour influencer l’opinion publique internationale :

 Mise en avant des victimes civiles palestiniennes : Les médias palestiniens et pro-palestiniens insistent sur les souffrances des populations sous occupation israélienne, ce qui permet de susciter l’émotion et la sympathie dans le monde entier. Des images d’enfants blessés ou tués sont souvent diffusées pour mobiliser l’opinion publique contre Israël.

 Exagération ou mise en scène de certaines situations : Il y a eu des cas où des vidéos ou des photos ont été utilisées de manière trompeuse, montrant des mises en scène d’attaques ou exagérant l’ampleur de certains événements (ce que certains ont appelé le phénomène de Pallywood, contraction de “Palestine” et “Hollywood”).

 Minimisation des attaques palestiniennes : Les actes de violence commis par des groupes palestiniens, notamment les attentats-suicides des années 1990-2000 ou les tirs de roquettes sur Israël, sont souvent présentés comme des actes de “résistance légitime”, occultant leur caractère terroriste.

 

3. L’influence sur l’opinion publique occidentale

 Dans les universités et les médias : La rhétorique palestinienne a trouvé un écho important dans les cercles intellectuels et universitaires occidentaux, où le conflit est souvent perçu sous l’angle d’une lutte contre le colonialisme et l’impérialisme. Cette approche a permis aux dirigeants palestiniens de rallier de nombreux soutiens à leur cause.

 Dans les instances internationales : L’Autorité palestinienne a également utilisé des narratifs forts au sein de l’ONU et d’autres organisations internationales pour présenter Israël comme un oppresseur et les Palestiniens comme un peuple colonisé, réussissant à obtenir des résolutions favorables à leur cause.

 

4. L’impact du mensonge et de la désinformation

 Perte de crédibilité sur le long terme : Si ces stratégies permettent de gagner du soutien, elles finissent aussi par susciter du scepticisme, notamment lorsque des manipulations sont dévoilées.

 Renforcement des clivages : La désinformation alimente la radicalisation des deux camps et rend encore plus difficile la recherche d’une solution pacifique.

 Utilisation par d’autres acteurs : Des groupes comme le Hamas, qui refusent toute négociation avec Israël, exploitent ces techniques pour justifier la lutte armée et maintenir un climat de tension permanent.

 

Conclusion

 

Si l’on suit l’analyse de Kepel et d’autres chercheurs, il semble que certaines stratégies de communication des dirigeants palestiniens intègrent une part de manipulation et de double langage pour influencer les opinions publiques, notamment en Occident. Cela ne signifie pas que toute la cause palestinienne repose sur des mensonges, mais plutôt que des techniques de propagande et de désinformation sont parfois utilisées pour maximiser le soutien international, comme c’est souvent le cas dans des conflits asymétriques.