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mardi 29 juillet 2025

Le plus mystérieux de tous les pays : Le Bhoutan

Ce tout petit pays m’a toujours intrigué . Il a choisi de vivre en autarcie, se privant de presque tout les contacts avec un monde qu’il ressent hostile .
Son gouvernement contrôle les frontières et interdit internet il sélectionne l’entrée des touristes … va t il être rattrapé par la mondialisation ? 


Le Bhoutan : entre mystère, tradition et modernité discrète




Un royaume bouddhiste sous monarchie constitutionnelle






Le Bhoutan, petit royaume enclavé dans l’Himalaya entre la Chine (Tibet) et l’Inde, est dirigé par une monarchie constitutionnelle. Depuis 2008, le roi Jigme Khesar Namgyel Wangchuck incarne la stabilité politique du pays. 





Bien que le Bhoutan se soit doté d’un parlement bicaméral (l’Assemblée nationale et le Conseil national), le roi conserve une autorité morale considérable, veillant à l’unité nationale et au respect des traditions.


Ce pouvoir royal s’inscrit dans une philosophie bouddhiste singulière qui irrigue tous les aspects de la vie publique. 

Le pays s’est rendu célèbre pour avoir remplacé le produit intérieur brut (PIB) par le Bonheur National Brut (BNB) comme indicateur de développement. 

Ce concept reflète un modèle de gouvernance fondé sur la spiritualité, la préservation culturelle, l’équilibre économique et la durabilité écologique.








Une fermeture partielle au monde extérieur : entre choix et protection



Le Bhoutan est souvent qualifié de “royaume fermé”. Ce n’est pas un isolement total, mais un contrôle rigoureux de ses frontières, des influences extérieures et de la modernisation. Cette attitude découle d’une volonté claire : préserver son identité culturelle et religieuse face aux pressions de la mondialisation.


L’immigration est strictement limitée, l’accès aux médias internationaux encadré, et le tourisme, bien que possible, est hautement régulé. Les visiteurs doivent payer un forfait journalier élevé (entre 200 et 250 USD par jour), destiné à financer des infrastructures durables et à éviter le tourisme de masse. 

Ce “modèle à faible volume et à forte valeur” vise à préserver l’environnement et le mode de vie traditionnel bhoutanais.





Un pays montagneux, riche de paysages contrastés et d’une population modeste



Malgré sa petite superficie (environ 38 000 km²), le Bhoutan offre une diversité géographique spectaculaire. Son territoire s’étend des contreforts subtropicaux du sud (altitude de 200 à 1 500 mètres) aux hautes montagnes himalayennes du nord, culminant à plus de 7 500 mètres. 

Forêts, vallées fertiles, rivières profondes, villages suspendus et monastères perchés dessinent un paysage d’une rare beauté.


Le Bhoutan compte environ 800 000 habitants, en majorité de l’ethnie Drukpa. Le dzongkha est la langue officielle, et le bouddhisme Vajrayāna la religion d’État. La capitale, Thimphou, située à 2 300 mètres d’altitude, regroupe environ 120 000 habitants. Elle est le centre administratif, culturel et économique du pays, bien que la ville de Paro soit plus accessible grâce à l’unique aéroport international du pays.






Une économie émergente, guidée par l’autosuffisance et le développement durable



L’économie bhoutanaise est principalement rurale : plus de 60 % de la population vit de l’agriculture de subsistance et de l’élevage. Cependant, l’hydroélectricité constitue la première source de revenus du pays, grâce à des rivières puissantes alimentant des barrages. La majorité de cette énergie est exportée vers l’Inde, partenaire économique stratégique.


Le gouvernement mise aussi sur le tourisme de luxe, les technologies de l’information, et des industries artisanales (textiles, encens, etc.). L’économie reste fragile, vulnérable aux chocs climatiques et à sa dépendance envers l’Inde. Le Bhoutan vise une autosuffisance alimentaire et énergétique à l’horizon 2030, tout en respectant ses engagements climatiques (le pays est actuellement “carbone négatif”).





Relations internationales : une diplomatie prudente et sélective



  • Avec l’Inde : Le Bhoutan entretient une relation étroite et historique avec l’Inde, qui lui apporte soutien économique, militaire et diplomatique. L’Inde est son principal partenaire commercial et financier. En contrepartie, le Bhoutan suit une politique étrangère alignée sur celle de New Delhi. Une base militaire indienne est même présente sur son territoire.
  • Avec la Chine : Les relations sont plus complexes. Les deux pays n’ont pas de relations diplomatiques formelles, et un différend frontalier ancien oppose Pékin à Thimphou. La Chine tente toutefois depuis quelques années d’accroître son influence dans la région, ce qui inquiète le Bhoutan et son allié indien. Néanmoins, des discussions bilatérales sont en cours depuis 1995 pour régler les différends frontaliers.
  • Avec les États-Unis et l’Union européenne : Le Bhoutan n’a pas de relations diplomatiques officielles avec les États-Unis. L’Union européenne apporte un soutien humanitaire, en matière d’éducation et d’environnement. Le pays reste toutefois en marge des grandes alliances mondiales, par choix stratégique et culturel.
  • Avec Israël : Les deux pays ont noué des relations diplomatiques en décembre 2020, dans un esprit de coopération technologique, notamment dans l’agriculture et la gestion de l’eau. Ce rapprochement, discret mais significatif, témoigne d’une ouverture progressive et ciblée du royaume vers l’innovation extérieure, sans remettre en cause ses fondamentaux spirituels.



       Le Bhoutan ne dispose pas d’une armée nationale proprement dite. Sa sécurité est                 assurée principalement par la police royale du Bhoutan et, en cas de besoin, par le                 soutien militaire de l’Inde. Cette dépendance reflète sa politique de neutralité et sa                 volonté de limiter les dépenses militaires.


Le Bhoutan demeure un exemple rare dans le monde contemporain : une nation qui tente de préserver son identité tout en entrant prudemment dans la modernité. Dirigé par un roi jeune et apprécié, ce pays montagnard choisit la qualité de vie plutôt que la croissance effrénée. 

Sa diplomatie sélective, sa régulation du tourisme et sa philosophie politique fondée sur le bonheur national brut en font un cas d’étude unique, qui interroge nos modèles de développement. 

Pourtant, son avenir dépendra aussi de sa capacité à préserver ses équilibres face aux défis économiques, climatiques et géopolitiques grandissants.


© 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.






Camus ...Est-ce une lettre de l'au-delà ?



Les Rats sont sortis : Camus, le 7 octobre et la peste de notre temps


C’est avec une immense surprise — presque un frisson — que je suis tombé sur cette lettre anonyme, déposée comme un message dans une bouteille. Elle semble avoir été écrite par Albert Camus lui-même, pourtant mort en 1960. Elle évoque, avec des mots qui semblent résonner d’outre-tombe, le massacre du 7 octobre 2023. Comme si La Peste, L’Homme révolté et toute sa pensée sur l’absurde, la morale et la condition humaine avaient retrouvé leur voix dans notre actualité la plus brûlante.


Camus et les ténèbres de l’Histoire


Albert Camus s’est toujours opposé fermement à l’antisémitisme, qu’il considérait comme une négation absolue de la dignité humaine. Dans ses articles publiés dans Combat, le journal clandestin de la Résistance, il dénonçait sans relâche les persécutions nazies, les rafles, l’indifférence complice. Il plaidait pour le droit des Juifs à la justice après la Shoah, et voyait dans leur sort le symptôme le plus tragique de la barbarie moderne.


Dans L’Homme révolté, Camus affirmait que l’antisémitisme était l’un des visages du nihilisme meurtrier. Il rejetait toutes les idéologies fondées sur la haine. Il défendait la mémoire des victimes sans jamais la manipuler politiquement, et exigeait de l’Europe une responsabilité morale pleine et entière. Pour lui, résister à l’antisémitisme était un devoir éthique universel.





Et puis vint 2023.


Le 7 octobre : un matin que l’on ne pourra plus oublier


Il y a toujours un matin où l’on ne peut plus détourner les yeux.

Un matin de Chabbat. Un matin de fête. Le 7 octobre 2023, jour de Sim’hat Torah — fête de la Joie et de la Torah — sur cette terre d’Israël qu’on veut arracher, détruire, parce qu’elle symbolise la liberté, la paix et la vie retrouvée.


Mais ce matin-là, l’aube s’est levée sur le massacre. 


Un carnage indicible. Des enfants, des femmes, des vieillards, des nourrissons. Violés, mutilés, décapités, brûlés, assassinés. 

Des familles entières exterminées non pour ce qu’elles faisaient, mais pour ce qu’elles étaient. Ou plutôt, pour ce qu’elles représentaient : un peuple debout.


Les assassins ont filmé leurs actes. Les images existent. Et si elles ne sont pas rendues publiques, c’est par pudeur, non par absence. On détourne les yeux. Mais l’horreur ne se laisse pas oublier.


Les rats sont sortis


Camus l’avait écrit : « la peste ne meurt jamais ».

Elle dort. Elle attend. Elle se dissimule dans les replis des silences, dans les salons de l’intelligence faussement lucide, dans les “Je ne suis pas antisémite, mais…”, dans les regards faussement compatissants.


Et elle revient. Toujours.


Après cette journée d'horreur commise par les terroristes sanguinaires du Hamas, la peste , c'est l'antisémitisme. ... Elle revient dans la bouche des idéologues, dans les slogans des campus, dans les manifestations où l’on célèbre la mort des otages, dans les commentaires qui comparent l’État juif à des monstres. Elle revient, nue et arrogante, légitimée par ceux qui préfèrent les bourreaux aux victimes.


Antisémitisme, même dans la gauche morale, celle-là même qui se disait autrefois héritière de Camus, on a vu la trahison. Unbel exemple dans un parti extemiste souvent inculte qu'est LFI. 

Au lieu de pleurer avec les morts, elle a cherché des excuses à leurs tueurs. Des explications. Des causes, et un appui sans limite.

Le 8 Octobre 2023, le lendemain du massacre, au lieu de pleurs et de désolation, dans les Universités occidentales, partout, aux USA, en Grande Bretagne, aux Pays Bas, en France, en Belgique, en Australie, des masses de jeunes coiffent le keffieh que portent les arabes de palestine et hulent leur haine des Juifs ... Une première depuis l'anéantissement des nazis en 1945.


Mais ce qui s’est joué ce jour-là n’était pas politique. C’était la négation de l’humain.


La peste n’est pas morte


Elle est dans les couloirs de certaines universités, dans les tweets de certains intellectuels, dans les rues d’Europe, dans les mots tordus des médias. Elle s’infiltre partout où l’on justifie l’injustifiable.


Et la presse, au lieu de nommer le mal, a flanché. Elle a inversé les faits. Elle a utilisé les mots des bourreaux pour qualifier les victimes.


Camus écrivait :


« Il faut bien nommer les choses si l’on veut ne pas ajouter au malheur du monde. »


Il faut le dire : ce qui s’est produit le 7 octobre n’était pas un “conflit” ou une “riposte”, mais une célébration de la haine du Juif. Une jouissance dans la mort de l’Autre. Une abjection filmée et partagée.


Résister, encore


Face à cela, que faire ?

Camus répondrait : résister. Ne pas céder à la tentation de l’indifférence. Se tenir du côté des vivants contre les tueurs. Des veilleurs contre les rats.


Oui, il existera toujours, dans les pires moments, un docteur Rieux.

Un homme sans dogme mais pas sans morale. Un Juste. Une main tendue. Un regard qui ne juge pas, mais protège. Un cri qui refuse de se taire.





Mais ce refus ne va pas de soi. Il se cultive. Il se travaille chaque jour.


Il faut, à chaque génération, reconquérir l’évidence que tout être humain a droit à la dignité. Mais cela commence par refuser que la haine d’un peuple redevienne une idée acceptable, un slogan, une posture.


Et maintenant ?


L’histoire n’est ni progrès, ni éternel retour. Elle est un combat.

La riposte d'Israël contre ces terroristes va être sans pitié, mais ces derniers avaient apparemment construit des centaines de kilomètres de tunnels, et s'abritent lâchement derrière une population civile, ce qui a causé des victimes collatérales, dues à la lâcheté des terroristes. 

Ces derniers s'emparent aussi de l'aide humanitaire qu'ils revendent, bref c'est un cauchemar à résoudre pour Tzahal, l'armée la plus éthique du monde. ce fait amplifie la haine du juif et nourrit l'antisémitisme.


Chaque jour, il faut choisir son camp :

Non celui des idéologies, mais celui des vivants contre les tueurs. Des éveillés contre les rats.

Et si, un jour, les rats retournent dans les caves, ce ne sera pas parce qu’on les y aura suppliés.

Mais parce que des hommes debout auront décidé, enfin, de ne plus détourner les yeux.


 

           © 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.



                




                


Réflexions sur l'Altérité (FR,EN,ES)


Dans la Bible, Abraham voit le visage de l’autre comme le reflet de la présence divine — « Mon seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter chez ton serviteur » (Genèse 18:3). Il accueille l’étranger avec générosité et humilité, incarnant l’hospitalité comme une forme sacrée de reconnaissance de l’autre.


Ce thème d’Abraham et de l’accueil de l’Autre — notamment de l’étranger — a été largement développé par des philosophes, écrivains et théologiens, tant juifs que non-juifs. Voici quelques figures majeures :


Jacques Derrida, autre philosophe français d’origine juive, Derrida s’est aussi penché sur l’hospitalité dans De l’hospitalité, où il distingue entre :Hospitalité conditionnelle (régulée par le droit, l’État), et Hospitalité inconditionnelle, plus proche de la figure d’Abraham : accueillir sans savoir qui est l’autre, sans poser de condition.

« L’hôte est celui qui, chez lui, accueille l’étranger… et devient lui-même étranger. »

Paul Ricoeur, Dans sa réflexion sur l’altérité (Soi-même comme un autre), Ricoeur évoque l’éthique de la réciprocité et du respect de l’altérité — et reconnaît l’héritage biblique, notamment la figure d’Abraham comme modèle de foi tournée vers l’Autre.
Martin Buber Dans Je et Tu, Buber insiste sur la relation dialogique entre êtres humains. Abraham, qui parle à Dieu et accueille les voyageurs inconnus, incarne cette relation vivante et ouverte.
Dans la littérature juive contemporaine, des auteurs comme André Neher ou Elie Wiesel reviennent souvent sur Abraham comme figure de l’homme en marche, tourné vers l’Autre. En théologie chrétienne, Abraham est aussi vu comme modèle d’obéissance et de charité, par exemple chez Karl Barth ou Paul Tillich.

Le geste d’Abraham accueillant les trois étrangers sous le chêne de Mamré (Genèse 18) n’est pas un simple épisode d’hospitalité antique — il devient, dans la philosophie moderne, un archétype de l’éthique du visage, de la responsabilité, et de l’ouverture à l’altérité.Visage de l’Autre, lumière de l’infini.




Mais pour  Emmanuel Lévinas, Abraham représente l’origine du monothéisme éthique, où Dieu se manifeste dans la relation à l’Autre, notamment par l’hospitalité et l’écoute.

« L’hospitalité est l’éthique elle-même. » 

 

Dans l’ombre douce d’un matin d’hiver, où la brume caresse les visages comme une promesse d’éternité, je me tiens face à l’Autre. Non pas un autre moi, un reflet dans le miroir de ma conscience, mais une présence qui me déborde, me convoque, m’oblige. Emmanuel Levinas, penseur de l’altérité, nous murmure : 

« Le visage de l’Autre, dans sa nudité et sa déréliction, est à la fois l’interdiction de tuer et l’appel à une responsabilité infinie. » (Totalité et Infini, 1961). 

Ce visage, c’est une épiphanie, une fracture dans l’ordre du même, une brèche par laquelle l’Infini se donne à voir.

Je me souviens d’une anecdote, celle d’un soir de guerre, lorsque Levinas, prisonnier dans un camp en Allemagne, croisa le regard d’un chien errant, Bobby, qui venait saluer les captifs. 

Dans Difficile liberté (1963), il raconte comment ce chien, par sa simple présence, rendait à ces hommes déshumanisés une dignité oubliée. Ce regard animal, presque un visage au sens levinassien, portait une reconnaissance, une altérité qui transcende les barreaux et les chaînes. 

Ainsi, l’Autre, qu’il soit humain ou non, nous appelle à sortir de nous-mêmes, à répondre avant même de questionner.

L’amour, un don sans retour

L’amour, chez Levinas, n’est pas une fusion, un retour au même, mais une relation asymétrique, un don sans attente de réciprocité. 

« Aimer, c’est se vouer à l’Autre, c’est être otage de son destin »

(Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, 1974). Aimer, c’est se tenir dans la vulnérabilité, dans l’exposition à l’Autre qui me dépasse. 

Une vieille femme, dans un petit village du sud de la France, me raconta un jour comment elle avait recueilli un inconnu blessé pendant la Résistance, sans rien savoir de lui, sans attendre de gratitude. 

Elle disait : « Ses yeux me parlaient, et je ne pouvais pas détourner les miens. » Ce regard, c’est celui dont Levinas parle, celui qui « ordonne et mendie à la fois » (Totalité et Infini). Il n’y a pas de calcul dans cet amour, pas de mesure, seulement une responsabilité infinie qui s’éveille dans le face-à-face.





Levinas nous invite à penser l’amour comme une éthique, non comme une passion possessive. L’amour véritable est un exode, un départ de soi vers l’Autre, un arrachement à l’ego. « L’éthique, c’est l’expérience de l’Autre, c’est la relation avec ce qui est irréductible à ma compréhension » (Éthique et Infini, 1982). 


Dans cette relation, je ne cherche pas à comprendre l’Autre pour le ramener à moi, mais à répondre à son appel, à son unicité. C’est un poème sans fin, écrit dans le silence d’un regard, dans la fragilité d’une main tendue.


La responsabilité infinie


Le vent souffle sur les collines, et dans ce souffle, j’entends l’écho de la voix de l’Autre. Levinas nous dit : « La responsabilité pour autrui est la structure même de la subjectivité » (Autrement qu’être). Être soi, c’est être pour l’Autre, c’est porter le poids de son existence avant même de penser à la mienne. Une anecdote me revient, celle d’un médecin rencontré dans un hôpital de fortune à Haïti, après le séisme de 2010. Il travaillait sans relâche, soignant des blessés qu’il ne connaissait pas, dont il ne parlait même pas la langue. À un collègue qui lui demandait pourquoi il s’épuisait ainsi, il répondit simplement : « Leurs visages me le demandent. » Ce médecin incarnait, sans le savoir, la pensée de Levinas : la responsabilité n’est pas un choix, elle est une assignation, une élection par l’Autre.

Cette responsabilité, Levinas la décrit comme infinie, car elle ne s’épuise jamais. « Je suis responsable de l’Autre sans attendre la réciproque, dussé-je y laisser ma vie » (Éthique et Infini). Elle n’est pas un fardeau, mais une grâce, une ouverture à la transcendance. Dans le visage de l’Autre, je rencontre l’Infini, non pas comme une idée abstraite, mais comme une présence concrète, qui me lie à l’humanité entière. 

Cette idée résonne dans une autre histoire, celle d’une enseignante qui, dans une école défavorisée, passait ses soirées à aider un élève en difficulté, non pour la gloire, mais parce que, disait-elle, « son regard me rendait responsable de son avenir. »


L’altérité, une poésie vivante


Levinas nous enseigne que l’altérité n’est pas une barrière, mais une invitation. « La relation à l’Autre, c’est la paix, c’est l’éthique même » (Totalité et Infini). Cette paix n’est pas l’absence de conflit, mais la reconnaissance de l’Autre comme mystère, comme irréductible à mes catégories. 

C’est une poésie vivante, où chaque rencontre est un vers, chaque visage une strophe. Dans une librairie poussiéreuse de Paris, un jour, un vieil homme m’a tendu un livre de Levinas en disant : « Lisez ceci, et vous ne regarderez plus les gens de la même manière. » Il avait raison. Depuis, chaque visage est une question, chaque regard une prière.

L’altérité, chez Levinas, est une transcendance qui nous arrache à l’immanence de nos désirs égoïstes. « Le visage me parle et m’invite à une relation d’une hauteur infinie » (Totalité et Infini). 

Cette hauteur, c’est celle de l’amour, de la responsabilité, de l’éthique. C’est une poésie qui ne s’écrit pas avec des mots, mais avec des actes, des silences, des engagements. Comme cette femme qui, chaque matin, préparait un repas pour un sans-abri près de chez elle, non par devoir, mais parce que son visage, dans sa nudité, était une injonction à agir.





Vers l’Infini

Ainsi, la philosophie de Levinas est une ode à l’Autre, une célébration de l’amour comme responsabilité. « L’Autre me concerne avant que je ne me concerne moi-même » (Autrement qu’être). Dans ce face-à-face, je trouve ma liberté, non pas dans l’autonomie, mais dans l’assignation à autrui. 

Chaque rencontre devient un poème, chaque geste une prière. Levinas nous laisse un héritage vibrant : vivre pour l’Autre, c’est vivre pour l’Infini.

Dans la lumière déclinante du jour, je regarde le monde, et les visages autour de moi se transforment. Ils ne sont plus des silhouettes anonymes, mais des appels, des présences, des infinis. Levinas nous a appris à voir, à entendre, à répondre. 

Et dans ce répondre, nous écrivons, sans le savoir, la plus belle des poésies : celle de l’humanité qui se reconnaît dans l’Autre.


 © 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.




🇬🇧 English 


Alterity


In the Bible, Abraham sees the face of the Other as a reflection of the divine presence — “My Lord, if I have found favor in your sight, do not pass by your servant” (Genesis 18:3). He welcomes the stranger with generosity and humility, embodying hospitality as a sacred form of acknowledging the Other.

This theme of Abraham and the welcoming of the Other — notably the stranger — has been extensively developed by philosophers, writers, and theologians, both Jewish and non-Jewish. Here are some major figures:

Jacques Derrida, another French philosopher of Jewish origin, also reflected on hospitality in On Hospitality, distinguishing between:

Conditional hospitality (regulated by law and the state), and Unconditional hospitality, closer to the figure of Abraham: welcoming without knowing who the Other is, without conditions.

“The host is the one who, in his home, welcomes the stranger… and thereby becomes himself a stranger.”

Paul Ricoeur, in his reflection on alterity (Oneself as Another), evokes the ethics of reciprocity and respect for the Other — acknowledging the biblical heritage, notably Abraham as a model of faith oriented toward the Other.

Martin Buber, in I and Thou, emphasizes the dialogical relationship between human beings. Abraham, who speaks with God and welcomes unknown travelers, embodies this living and open relationship.

In contemporary Jewish literature, authors like André Neher or Elie Wiesel often revisit Abraham as a figure of the man in motion, turned toward the Other. In Christian theology, Abraham is also seen as a model of obedience and charity, for example with Karl Barth or Paul Tillich.


Abraham’s gesture of welcoming the three strangers under the oak of Mamre (Genesis 18) is not merely an ancient episode of hospitality — in modern philosophy it becomes an archetype of the ethics of the face, responsibility, and openness to alterity.

The face of the Other, light of the Infinite.


For Emmanuel Lévinas, Abraham represents the origin of ethical monotheism, where God manifests through the relationship to the Other, particularly via hospitality and listening.


“Hospitality is ethics itself.”


In the gentle shadow of a winter morning, where mist caresses faces as a promise of eternity, I stand before the Other. Not another self, not a reflection in the mirror of my consciousness, but a presence that overflows me, summons me, obliges me. Emmanuel Lévinas, thinker of alterity, whispers to us:

“The face of the Other, in its nakedness and abandonment, is both the prohibition to kill and the call to infinite responsibility.” (Totality and Infinity, 1961).

This face is an epiphany, a fracture in the order of the same, a breach through which the Infinite reveals itself.

I recall an anecdote: one evening during the war, while Lévinas was a prisoner in a German camp, he met the gaze of a stray dog, Bobby, who came to greet the captives.

In Difficult Freedom (1963), he recounts that this dog, by his mere presence, restored forgotten dignity to these dehumanized men. This animal gaze—almost a Levinasian face—carried recognition, an alterity transcending bars and chains.

Thus, the Other, whether human or not, calls us to step outside ourselves, to respond before even questioning.


🇪🇸 Versión en español


La Alteridad

En la Biblia, Abraham contempla el rostro del Otro como reflejo de la presencia divina — “Señor mío, si he hallado gracia ante ti, no pases de largo en casa de tu siervo.” (Génesis 18:3). Él acoge al extraño con generosidad y humildad, convirtiendo la hospitalidad en una forma sagrada de reconocimiento del Otro.

Este tema de Abraham y la acogida del Otro — especialmente del extranjero — ha sido ampliamente desarrollado por filósofos, escritores y teólogos, tanto judíos como no judíos. A continuación, algunos exponentes destacados:

Jacques Derrida, otro filósofo francés de origen judío, también meditó sobre la hospitalidad en De la hospitalidad, donde distingue entre:

Hospitalidad condicional (regulada por la ley y el Estado), y Hospitalidad incondicional, más cercana a la figura de Abraham: acoger sin saber quién es el Otro, sin imponer condiciones.

“El huésped es quien, en su casa, acoge al extranjero… y se convierte a su vez en extranjero.”

Paul Ricoeur, en su reflexión sobre la alteridad (Sí mismo como otro), evoca la ética de la reciprocidad y el respeto al Otro — reconociendo la herencia bíblica, y especialmente la figura de Abraham como modelo de fe orientada hacia el Otro.

Martin Buber, en Yo y Tú, insiste en la relación dialógica entre los seres humanos. Abraham, que habla con Dios y recibe a viajeros desconocidos, personifica esta relación viva y abierta.

En la literatura judía contemporánea, autores como André Neher o Elie Wiesel retoman a menudo a Abraham como figura del hombre en movimiento, orientado hacia el Otro. En la teología cristiana, Abraham también es visto como modelo de obediencia y caridad, como en Karl Barth o Paul Tillich.

El gesto de Abraham al acoger a los tres extraños bajo el roble de Mamré (Génesis 18) no es un mero episodio de hospitalidad antigua — en la filosofía moderna se convierte en un arquetipo de la ética del rostro, la responsabilidad y la apertura a la alteridad.

“Rostro del Otro, luz del Infinito.”

Para Emmanuel Lévinas, Abraham representa el origen del monoteísmo ético, donde Dios se manifiesta en la relación con el Otro, particularmente mediante la hospitalidad y la escucha.

“La hospitalidad es la propia ética.”

En la suave penumbra de una mañana invernal, donde la niebla acaricia los rostros como promesa de eternidad, me encuentro frente al Otro. No un otro yo, no un reflejo en el espejo de mi conciencia, sino una presencia que me desborda, me convoca, me exige. Emmanuel Lévinas, pensador de la alteridad, nos murmura:

“El rostro del Otro, en su desnudez y desamparo, es tanto la prohibición de matar como el llamado a una responsabilidad infinita.” (Totalidad e Infinito, 1961).

Ese rostro es una epifanía, una fractura en el orden de lo igual, una brecha por la que el Infinito se deja ver.

Recuerdo una anécdota: una noche de guerra, cuando Lévinas era prisionero en un campo alemán, encontró la mirada de un perro callejero, Bobby, que acudía a saludar a los cautivos.

En Difícil libertad (1963), relata cómo ese perro, con su sola presencia, devolvía a aquellos hombres deshumanizados una dignidad olvidada. Esa mirada animal —casi un rostro levinassiano— portaba un reconocimiento, una alteridad que trasciende rejas y cadenas.

Así, el Otro, humano o no, nos convoca a salir de nosotros mismos, a responder antes incluso de preguntar.




lundi 28 juillet 2025

La Guerre de Tunisie 1942 / 1943

Tunisie 1942-1943 : Une guerre oubliée, une mémoire effacée


« La Tunisie fut un laboratoire de l’affrontement total entre la barbarie nazie et l’espoir allié, mais aussi un miroir des contradictions françaises. »



 


1. Une campagne décisive et sanglante


La Tunisie fut le dernier champ de bataille nord-africain de la Seconde Guerre mondiale. Après l’opération Torch en novembre 1942, où les Alliés débarquèrent au Maroc et en Algérie, les forces de l’Axe se replièrent vers l’est. 

L’Allemagne et l’Italie décidèrent de défendre coûte que coûte la Tunisie, clef stratégique entre la Méditerranée, l’Afrique et l’Europe. Hitler ordonna l’envoi de la 5e Panzerarmee et du général Rommel, replié d’Égypte, pour repousser l’avancée alliée.


Les principales batailles furent :

  • La bataille de Kasserine (février 1943), où les Américains, mal préparés, subirent de lourdes pertes face aux blindés allemands.

  • La bataille de Mareth (mars 1943), où Montgomery lança une vaste offensive contre les lignes fortifiées françaises réutilisées par les Allemands.

  • La bataille de l’Enfidaville (avril-mai 1943), où les Britanniques, appuyés par des troupes françaises et polonaises, encerclèrent les forces de l’Axe.


L’aviation joua un rôle crucial. Les combats aériens au-dessus de Tunis, Gabès ou Sfax virent s’affronter les chasseurs Spitfires, Messerschmitt et Curtiss P-40. Le ciel tunisien devint un cimetière pour des centaines d’avions.


"La Tunisie, c’était notre Stalingrad du désert », écrira plus tard un officier britannique".


2. Les otages, les représailles et les humiliations



Dans leur repli et leur obsession de résistance, les nazis ne reculèrent devant rien. À Tunis, Gabès, Sfax, Sousse, ils prirent des otages civils juifs , exécutèrent des résistants, et utilisèrent la torture dans les centres de détention improvisés.


Des documents retrouvés après-guerre révèlent que les Juifs tunisiens furent  rafflés et forcés à des travaux forcés sous la direction de la Wehrmacht : construction de pistes, transports de munitions, fortifications. Certains moururent sous les coups ou d’épuisement. 


Les nazis créèrent de véritables camps de travail à Djedeida, La Manouba et Bizerte.





Les autorités vichystes locales – gouverneur général Jean-Pierre Esteva en tête – collaborèrent sans réserve. Elles mirent en œuvre les lois antisémites de Vichy, déchurent des citoyens juifs de leurs droits, destituèrent enseignants, avocats et médecins juifs et ce dès 1940.





Le Grand Rabbin de Tunis, Haïm Bitan, dénonça :

 « L’humiliation est constante, l’humiliation est quotidienne. »


3.  L’ambivalence de la population locale


Si une partie de la population musulmane tunisienne resta à l’écart du conflit, des tensions apparurent rapidement. Certains notables arabes se montrèrent hostiles aux troupes alliées, vues comme nouvelles colonisatrices. 

Bourguiba se rendit à Rome pour convaincre Mussolini d'accorder l'indépendance à la Tunisie.




Des actes de pillage contre des propriétés juives furent recensés à la suite des bombardements. Dans certains cas, des dénonciations de Juifs aux Allemands ou à la milice vichyste étaient constantes.


4. Les résistants juifs tunisiens : des héros oubliés


La communauté juive de Tunisie ne resta pas passive. De nombreux jeunes juifs rejoignirent des réseaux de résistance clandestine. Ils collectaient des informations, sabotaient les lignes allemandes, aidaient les Alliés à identifier les positions de l’Axe.


Des figures comme Gilbert Mazliah, Georges Adda, Roger Bismuth, Jacques Zérah ont pris des risques insensés pour lutter contre les nazis. Certains furent arrêtés, torturés, et tués.


Les Français libres, arrivés avec Leclerc ou Koenig, s’appuyèrent sur cette jeunesse locale courageuse, souvent instruite, francophone et républicaine.


Le général Juin déclara en mai 1943 : « Les juifs de Tunisie n’ont pas seulement souffert, ils ont combattu. »


5. Conséquences et postérité


En mai 1943, la reddition allemande en Tunisie mit fin à la campagne nord-africaine. Ce fut une victoire stratégique majeure des Alliés. Plus de 275 000 soldats de l’Axe furent capturés. 

Mais le prix fut élevé : plus de 16 000 morts alliés, des milliers de civils tués, des quartiers entiers détruits à Tunis et Sfax.


Pour les 150 000 Juifs, ils ont évité le sort de leurs coreligionnaires de Salonique, et cette période fut le prélude aux grandes migrations post-1945, face à la montée du nationalisme arabe, aux souvenirs cuisants de la guerre et à la marginalisation progressive dans la Tunisie indépendante.


La mémoire officielle, longtemps dominée par le récit national tunisien, a trop souvent occulté l’implication des Juifs dans la résistance, leurs souffrances sous les nazis et les vexations pétainistes.


 Redonner une voix à la mémoire tunisienne juive


La campagne de Tunisie mérite d’être réinscrite dans notre mémoire historique, non comme une simple page militaire, mais comme un moment d’une rare intensité humaine.


Elle révèle les duplicité de Vichy, les lâchetés mais aussi les courages, la complexité des relations intercommunautaires, et surtout le rôle injustement effacé des Juifs tunisiens dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.


« L’Histoire n’oublie que ceux que les nations préfèrent effacer. Il est temps de rétablir la vérité. »


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