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vendredi 24 juillet 2026

Mollahs

Chronique · Moyen-Orient

Téhéran, la régence des ombres

Un Guide qu'on ne voit plus, un pouvoir tenu par des vétérans revenus d'entre les morts, une eschatologie de fin des temps qui infuse l'appareil sécuritaire : la République islamique n'est plus gouvernée, elle est administrée par ses propres fantômes.

Il faudrait cesser de parler de « régime » pour désigner ce qui subsiste à Téhéran, et commencer à parler de reliquat. Depuis la frappe du 28 février qui a emporté Ali Khamenei, son épouse et une partie de sa maison, l'Iran n'a plus de Guide suprême au sens plein du terme : il a un nom sur une affiche, celui de Mojtaba Khamenei, blessé lors de la même attaque, et qui n'a plus été aperçu en public depuis. Un pouvoir par procuration, exercé au nom d'un homme qu'on ne montre plus.

Ce vide n'est pas un accident de communication. Il est devenu la méthode de gouvernement elle-même. Une théocratie qui a bâti sa légitimité sur la présence charismatique de ses Guides successifs — Khomeini puis Khamenei père — se retrouve à gérer l'absence comme un régent gère une couronne vacante. Et c'est précisément dans cet interstice que prospèrent les cercles les plus radicaux du Corps des gardiens de la révolution : des officiers que l'on croyait neutralisés, des vétérans de la guerre Iran-Irak rappelés en service, des miliciens du Bassidj dont la seule légitimité tient désormais à leur capacité de nuisance.

Un pouvoir par procuration, exercé au nom d'un homme qu'on ne montre plus.

C'est là que la dimension messianique cesse d'être un folklore de propagande pour devenir une clé de lecture opérationnelle. Un régime qui a perdu sa figure tutélaire et qui se sait à découvert, cerné, humilié par la campagne israélo-américaine, n'a plus grand-chose à perdre à recycler l'imaginaire de la fin des temps pour justifier la fuite en avant. On ne négocie pas avec des hommes convaincus d'agir dans l'antichambre de l'apocalypse : on ne fait que reporter l'échéance.

Les chancelleries occidentales, elles, continuent de raisonner en termes de rapport de force classique — sanctions, canaux diplomatiques, retour hypothétique à la table des négociations. C'est méconnaître la nature de l'interlocuteur qu'on a en face. Un système qui met en scène les funérailles de son Guide comme une démonstration de puissance, quelques mois à peine après avoir vu son sommet décapité par le feu ennemi, n'envoie pas un signal de faiblesse : il envoie un signal de désinhibition.

Le vrai danger n'est donc pas que l'Iran soit dirigé par un homme absent. Le vrai danger est que cette absence ait libéré, en dessous, tout ce que la théocratie contenait tant bien que mal depuis quarante-cinq ans : une garde prétorienne qui n'a plus de compte à rendre à personne, sinon à sa propre lecture de la prophétie. Face à cela, l'Occident ferait bien de comprendre qu'il n'a plus en face de lui un État rationnel affaibli, mais un appareil sécuritaire orphelin, et donc, par construction, imprévisible.

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