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vendredi 2 octobre 2026

Pas Royal du tout, et disqualifiée JBCH 2610 - 194

 Éditorial · Primaire de la gauche





Ségolène Royal, ou la sécurité des Juifs sous condition


Doute sur Boutcha hier, injonction aux Juifs aujourd'hui : chez l'ancienne candidate, la même mécanique revient toujours. Quand le bourreau est loin et puissant, c'est la victime qu'on somme de se justifier.

Par Jacques-Bernard Cohen-Hadria · 2 octobre 2026 N° 194

Il suffit parfois d'une phrase pour qu'une carrière politique dise enfin ce qu'elle pense. 

Mercredi 23 septembre, sur le plateau de LCI, lors du premier débat de la primaire sociale-démocrate, Ségolène Royal a livré la sienne. 

La montée de l'antisémitisme, a-t-elle expliqué, n'est « pas due à Israël » mais à ses « actuels dirigeants » ; il faudrait donc « plus de voix israéliennes et juives » pour dire que ce qui se passe à Gaza est intolérable — car c'est cela, assurait-elle, qui freinera la haine.

Relisons lentement. Les Juifs de France sont agressés, insultés, menacés. Et la réponse d'une ancienne finaliste de la présidentielle n'est pas de s'adresser à ceux qui frappent, mais à ceux qui sont frappés. Qu'ils parlent. Qu'ils se désolidarisent. Qu'ils prouvent. Alors, peut-être, on les laissera tranquilles.





L'inversion de causalité

Peggy Sastre, dans Le Point, a nommé la chose sous un titre sans détour : « L'incurie de Ségolène Royal ». Son diagnostic est imparable. On ne combat pas l'antisémitisme en demandant aux Juifs de mériter leur sécurité par de bonnes opinions sur la politique d'un gouvernement étranger. 

On réactive au contraire la plus vieille des logiques : celle d'une tranquillité juive conditionnelle, révocable, suspendue à la bonne conduite morale de la minorité.

« Elle alimente précisément le mal qu'elle fait mine de combattre. »Peggy Sastre, Le Point

L'éditorialiste ouvre d'ailleurs sur une scène devenue banale : une agression ponctuée de « sale sioniste ». Tout est là. Dans une partie de l'espace public, « sioniste » est devenu le synonyme fréquentable de « Juif ». 

En liant l'apaisement à une condamnation d'Israël par les Juifs eux-mêmes, Royal ne désarme pas cette confusion : elle la valide. Elle installe l'idée que le Juif de Sarcelles ou de Marseille porte une part de responsabilité dans la guerre de Gaza tant qu'il ne l'a pas publiquement reniée.

Yonathan Arfi, président du Crif, a parlé d'une « trahison de l'idéal républicain ». Le mot est juste. La République ne connaît que des citoyens ; elle ne leur demande pas de certificat d'opinion sur des capitales étrangères pour garantir leur sécurité.




Le test Guedj

Sur le plateau, c'est Jérôme Guedj qui a porté l'estocade, avec un argument d'une simplicité désarmante. 

A-t-on exigé des Français musulmans qu'ils haussent la voix contre Daech pour mériter qu'on les protège ? Non   parce qu'ils sont Français avant d'être musulmans. Personne, à juste titre, n'a osé cette injonction. Pourquoi deviendrait-elle acceptable dès qu'il s'agit des Juifs ? 

Raphaël Glucksmann a enfoncé le clou : les Juifs ne sont en rien responsables de la politique de Netanyahou.

Royal s'est défendue le lendemain sur X : elle n'aurait « jamais essentialisé » ses compatriotes juifs, il s'agissait d'un « appel », pas d'une injonction. Mais en politique, une phrase vaut ce qu'elle dit. « Voix juives » plus « c'est ça qui va freiner l'antisémitisme » : la mise en demeure est collective, et le chantage, implicite.

Une constante, pas un accidentMai 2025, sur RTL : « C'est Netanyahou qui crée l'antisémitisme », lance déjà Ségolène Royal, en réaction à l'agression d'élus socialistes — dont des élus juifs — lors du défilé du 1er mai. Elle y avait jugé qu'il n'y avait « pas mort d'homme » et qu'il fallait « faire la hiérarchie des choses ».

De Boutcha à Gaza, la même pente

Ceux qui découvrent cette dérive ont la mémoire courte. Le 1er septembre 2022, sur BFMTV, Ségolène Royal dénonçait une « propagande de guerre par la peur » orchestrée par Volodymyr Zelensky, mettait en doute le bombardement de la maternité de Marioupol, le massacre de Boutcha, les récits de violences sexuelles. 

Les excuses vinrent deux jours plus tard — adressées aux victimes « si elles l'ont pensé ». Et dès octobre, sur i24, elle assurait : « j'avais raison ».

Dès février 2022, alors que les chars russes roulaient vers Kiev, elle réservait ses flèches non à Moscou mais aux candidats socialiste et écologiste, coupables d'être des « va-t-en-guerre ». Le 23 septembre encore, interpellée sur la Russie, elle se plaignait d'être traitée de « poutinolâtre » pour avoir parlé de paix.

Voilà la matrice. Face à l'agresseur puissant — le Kremlin hier —, prudence, nuance, appel à « la médiation ». Face à la victime l'Ukrainien qui compte ses morts, le Juif français qui compte les agressions , soupçon et sommation. La compassion de Ségolène Royal est sélective, et elle tombe toujours du même côté.




Le grand absent : le Hamas

Car il manque un acteur dans le récit royaliste. Dans cette chaîne causale où Netanyahou fabrique l'antisémitisme et où les Juifs doivent le désamorcer, le Hamas s'évapore. 

Le 7 octobre, ses massacres, ses otages, sa charte, sa stratégie qui consiste précisément à exposer sa propre population  tout cela disparaît du raisonnement. 

Royal, qui avait défilé contre l'antisémitisme deux jours après le pogrom, réclame aujourd'hui qu'on reconnaisse un « génocide » commis par Israël, mais n'exige rien de ceux qui ont ouvert cette guerre.

Elle n'a pas besoin de soutenir le Hamas pour lui rendre service : il lui suffit de construire un monde où il n'existe pas, où toute la responsabilité de la haine pèse sur Jérusalem   et, par ricochet, sur les Juifs de Paris. 

C'est exactement le récit dont les propagandistes du mouvement islamiste ont besoin pour prospérer en Europe.

Cette candidate cherche elle aussi à séduire l'électorat musulman et islamiste en accusant Israël ... et bien sûr les juifs.

Et c'est là l'illusion la plus dangereuse, que Sastre démonte en conclusion : croire qu'un gouvernement israélien « plus juste » réconcilierait les Juifs avec le monde. 

L'antisémitisme n'a jamais attendu Netanyahou. Il a précédé l'État d'Israël, il lui survivra s'il le faut. Il change de prétexte, jamais de cible.

Ségolène Royal brigue l'investiture d'une gauche qui prétend incarner l'universalisme. Elle vient de lui proposer une citoyenneté à deux vitesses : pleine pour les uns, conditionnelle pour les autres. Ce n'est pas une maladresse. C'est une régression. Les électeurs de la primaire, les 9 et 10 octobre, sauront s'ils veulent la ratifier.
Sources : débat LCI du 23 septembre 2026 ; dépêches AFP ; Peggy Sastre, Le Point ; Europe 1 (septembre 2022) ; Times of Israel (mai 2025).                     © JBCH  octobre 2026

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