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mardi 23 décembre 2025

7 Milliards US $ , Armis start up israélienne rachetée. . JBCH N° 2512 - 748

Pourquoi l’économie israélienne et en particulier la “Start-Up Nation”  demeure extrêmement performante malgré la guerre, en s’appuyant implicitement sur l’exemple Armis / ServiceNow.


Malgré un contexte sécuritaire parmi les plus complexes au monde, l’économie israélienne continue de démontrer une résilience et une attractivité remarquables, en particulier dans le secteur des technologies de pointe. 


L’acquisition d’Armis par ServiceNow pour plus de 7 milliards de dollars en est une illustration frappante. Alors même que le pays est engagé dans un conflit prolongé, les grandes multinationales américaines poursuivent – et parfois accélèrent – leurs investissements dans l’innovation israélienne. Ce paradoxe apparent s’explique par une combinaison unique de facteurs structurels, culturels, technologiques et géopolitiques.


Le premier pilier de cette performance réside dans la spécialisation stratégique d’Israël dans les technologies critiques. Cybersécurité, intelligence artificielle, défense numérique, cloud, data, semi-conducteurs et technologies médicales constituent le cœur de son écosystème. Ces secteurs ne sont pas conjoncturels mais structurellement indispensables aux économies occidentales. 


Dans un monde marqué par la montée des cyberattaques, des conflits hybrides et des vulnérabilités numériques, des entreprises comme Armis répondent à des besoins vitaux. Leur capacité à surveiller en continu des infrastructures complexes, à détecter les failles et à prévenir les menaces fait d’elles des actifs stratégiques, indépendamment du contexte local.

La deuxième clé est la nature même de l’écosystème entrepreneurial israélien, fondé sur une culture du risque et de la vitesse. Contrairement à d’autres économies où l’échec est stigmatisé, Israël valorise l’expérimentation, l’agilité et la remise en question permanente. 


Cette mentalité est largement héritée du service militaire obligatoire, notamment dans les unités technologiques d’élite, où de jeunes ingénieurs apprennent très tôt à travailler sous pression, à prendre des décisions rapides et à gérer des systèmes critiques en temps réel. Cette expérience forge des profils extrêmement recherchés par les grands groupes internationaux.

https://www.youtube.com/@ArmisSecurity/videos

Troisièmement, la guerre, loin de paralyser l’innovation, agit paradoxalement comme un accélérateur technologique. Les situations de crise obligent à inventer, optimiser et sécuriser rapidement. Nombre de technologies aujourd’hui commercialisées à l’échelle mondiale ont été développées initialement pour répondre à des contraintes sécuritaires locales. La cybersécurité israélienne n’est pas théorique : elle est éprouvée dans des conditions réelles, ce qui confère aux solutions proposées une crédibilité opérationnelle exceptionnelle. Pour un groupe comme ServiceNow, intégrer Armis revient à acquérir non seulement un logiciel, mais une expertise forgée dans un environnement extrême.


Un autre facteur décisif est la forte intégration d’Israël dans l’économie mondiale. Les start-ups israéliennes pensent global dès leur création. 


Le marché intérieur étant réduit, elles se conçoivent immédiatement comme des acteurs internationaux, avec des équipes bilingues, des standards américains et une implantation rapide aux États-Unis ou en Europe. 


Armis, israélo-californienne, incarne parfaitement ce modèle hybride, capable de rassurer les investisseurs internationaux tout en conservant son ADN technologique israélien. Cette double culture facilite les acquisitions, les partenariats et les introductions en bourse.









Jared Kushner est il le nouveau boss des négotiations ? JBCH N° 2512 - 747

Comment Donald Trump a replacé son gendre Jared Kushner au centre des négociations diplomatiques face aux performances médiocres de Steve Witkoff

Dans le second mandat de Donald Trump, entamé en 2025, la diplomatie américaine sur les dossiers les plus épineux: le cessez-le-feu à Gaza et les négociations pour mettre fin à la guerre Russie-Ukraine a initialement reposé sur Steve Witkoff, un magnat de l'immobilier proche de Trump, nommé émissaire spécial sans expérience gouvernementale préalable.


Cependant, face aux difficultés rencontrées par Witkoff, Trump s'est tourné vers son gendre, Jared Kushner, pour renforcer ces efforts, marquant un retour discret mais décisif de ce dernier sur la scène diplomatique.``


Kushner, architecte des Accords d'Abraham lors du premier mandat de Trump, avait initialement choisi de rester en retrait, se concentrant sur ses affaires privées à Miami via sa firme d'investissement Affinity Partners. Il refusait même une implication directe, se contentant d'un rôle informel de conseiller. Pourtant, au fil de l'année 2025, les négociations menées presque seul par Witkoff ont montré leurs limites.



Witkoff, décrit comme un personnage extraverti voyageant en jet privé et louant publiquement Trump, a été critiqué pour son manque d'expérience : diplomates ukrainiens et européens l'ont accusé d'être trop complaisant envers les intérêts russes, mal interprétant les signaux de Moscou et misant excessivement sur des incitations économiques plutôt que sur des concessions territoriales ou sécuritaires.

C'est sur le dossier Gaza que le tournant s'opère. Les efforts de Trump pour un accord de cessez-le-feu patinaient durant l'été 2025. Kushner intervient alors, mobilisant son expérience et ses contacts régionaux issus des Accords d'Abraham. Aux côtés de Witkoff, il contribue à finaliser un plan en 20 points, conclu fin septembre après des discussions intenses autour de l'Assemblée générale de l'ONU. Cet accord, toujours en cours d'application, prévoit une coordination par Kushner et son ancienne équipe. Trump lui-même loue publiquement ce rôle : « Nous amenons toujours Jared quand nous voulons conclure l'accord. Nous avons besoin de ce cerveau de temps en temps », déclare-t-il au Knesset israélien.




À peine ce cessez-le-feu Gaza stabilisé (avec une mise en œuvre fragile de sa seconde phase), Trump sollicite à nouveau Kushner pour le conflit Russie-Ukraine, bloqué malgré les initiatives de la Maison Blanche. Fin 2025, les deux hommes mènent une intense diplomatie à Miami : rencontres avec l'émissaire russe Kirill Dmitriev, l'équipe ukrainienne de Rustem Umerov, et des responsables européens, turcs et qataris. Ces discussions, qualifiées de « productives » par Witkoff, visent à aligner les positions, bien que les avancées restent limitées et que Moscou critique certaines propositions comme « non constructives ».



Ce recours à Kushner reflète une complémentarité perçue au sein du cercle trumpien : l'expérience diplomatique et le réseau de Kushner compensent le style plus transactionnel mais moins crédible de Witkoff aux yeux des partenaires internationaux. Des critiques persistent toutefois, pointant les conflits d'intérêts liés aux investissements moyen-orientaux de Kushner (notamment saoudiens et qataris) et de Witkoff. La Maison Blanche défend ces interventions comme conformes à la loi et essentielles pour des « succès diplomatiques historiques ».

Face aux impasses rencontrées par son émissaire officiel, Trump a replacé Kushner, citoyen privé sans salaire gouvernemental au cœur des négociations les plus délicates, confirmant son statut de « fixer » familial pour les dossiers à haut risque.


Ce duo informel illustre l'approche non conventionnelle de la diplomatie trumpienne en 2025.




Israël, Chypre et Grèce contre le Sultan Ottoman JBCH N° 2512 - 746

On assiste  à une certaine vomlonté de construction des Empires ... La Russie veut que l'Europe lui soit soumise, La Chine que Hong Kong, Taiwan, Singapour rejoignent le giron communiste, Les USA veulent planter leur drapeau sur le Groenland et Panama, et la Turquie, reconstruire l'Empire Ottoman ... de belles années de guerre en perspective ... et nous sommes loin d'être prêts ! 


L’article du Jerusalem Post du 23 décembre 2025, intitulé “From Antiochus to Mitsotakis: Israel’s Mediterranean ties defy historical precedent”, capture un moment symbolique et stratégique lors de la visite du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis en Israël, aux côtés du président chypriote Nikos Christodoulides, pour un sommet trilatéral avec Benjamin Netanyahu. 





Coïncidant avec la fin de Hanouka – fête commémorant la victoire des Maccabées sur le roi séleucide Antiochus IV Épiphane –, cette rencontre illustre un revirement historique ironique : d’anciens adversaires helléniques deviennent des alliés solides face aux défis régionaux.



Au cœur de cette actualité brûlante : le renforcement des liens entre Israël, la Grèce et Chypre, motivé par la dégradation des relations avec la Turquie sous Erdogan. 


Depuis les années 2000, Israël a pivoté vers ces deux États membres de l’UE, partageant des craintes communes vis-à-vis des ambitions turques en Méditerranée orientale. L’article souligne l’évolution d’une coopération initialement centrée sur l’énergie découvertes de gaz offshore, projets de pipelines comme EastMed (bien que freinés par des coûts élevés et des changements de marché), vers un partenariat plus large en sécurité et technologie. Netanyahu évoque l’avancement du “Corridor Inde-Moyen-Orient-UE”, combinant routes maritimes, pipelines énergétiques et câbles de connectivité, reliant l’Asie à l’Europe via ces trois pays. Cela représente une opportunité géopolitique majeure, transformant la Méditerranée en hub stratégique.




Sur le plan sécuritaire, les exercices militaires conjoints (aériens, navals, terrestres), le partage d’intelligence et les accords de défense se sont institutionnalisés. La Grèce, confrontée à des tensions en mer Égée, et Chypre, divisée par l’occupation turque, trouvent en Israël un partenaire fiable pour contrer l’instabilité. 


Netanyahu n’hésite pas à lancer un avertissement voilé à la Turquie : “À ceux qui fantasment de rétablir leurs empires… oubliez ça.” Mitsotakis, quant à lui, voit une “fenêtre d’opportunité” pour une architecture de sécurité régionale promouvant paix et prospérité, surtout après deux ans de conflits qui ont révélé les vrais alliés d’Israël – la Grèce ayant même organisé une cérémonie de solidarité au kibboutz Beeri.




Ce sommet n’est pas anodin dans un contexte de “nouvelle phase géopolitique” marquée par l’agression, le terrorisme et l’instabilité au Moyen-Orient. Il défie non seulement le legs d’Antiochus, mais aussi les critiques européennes passées envers Israël. Pour Jérusalem, ces liens offrent un accès accru à l’Europe et une diversification diplomatique cruciale. 


Cependant, des défis persistent : les projets énergétiques peinent à se concrétiser, et les tensions avec la Turquie pourraient escalader. 


Au final, cette alliance trilatérale symbolise une Méditerranée redéfinie, où l’histoire cède la place à la realpolitik, potentiellement stabilisante mais fragile face aux empires “fantasmés”. 




lundi 22 décembre 2025

Prof. Yifat Merbl Israélienne et N° 1 mondiale ... JBCH N° 2512 - 745

Une Scientifique Israélienne Figure sur la Liste des Dix Personnes qui ont Marqué la Science en 2025 Selon le Journal ‘Nature’


La ‘Détective des Peptides’ et Immunologiste du Weizmann, Prof. Yifat Merbl, Reconnue pour la Découverte d’un Nouveau Mécanisme Immunitaire Caché


Prof. Yifat Merbl


Dans une année marquée par des découvertes révolutionnaires au milieu de défis mondiaux, une immunologiste israélienne s’est imposée comme un phare d’innovation. La Prof. Yifat Merbl, biologiste senior en systèmes au Weizmann Institute of Science à Rehovot, a été nommée parmi les dix personnes qui ont façonné la science en 2025 par le prestigieux journal Nature



Surnommée la “détective des peptides” pour son travail minutieux sur les “déchets” cellulaires, les recherches du Pr.  Merbl ont révélé un mécanisme immunitaire jusqu’alors caché qui pourrait révolutionner les traitements contre le cancer, les maladies infectieuses et la résistance aux antibiotiques.




L’inclusion du Pr.  Yfat Merbl sur la liste annuelle de Nature – établie par les éditeurs du journal sans recommandations externes – met en lumière ses contributions à la compréhension de la dégradation protéasomale, le processus par lequel les cellules décomposent et éliminent les protéines indésirables. 




Ce “bac à ordures cellulaire”, comme Yfat Merbl décrit le protéasome, ne se contente pas de nettoyer les débris cellulaires, mais génère également des peptides – de petits fragments protéiques – qui exercent des fonctions immunitaires inattendues. Les découvertes de son laboratoire, publiées plus tôt cette année, montrent que ces peptides peuvent agir comme des agents antimicrobiens naturels, en ciblant et en rompant directement les membranes bactériennes.




“Nous avons mis au jour des couches cachées de la biologie au-delà du génome”, a déclaré Yfat Merbl au Jerusalem Post lors d’une interview exclusive. “Ces peptides, dérivés de protéines non nécessairement liées à l’immunité, sont répandus dans la cellule comme un écosystème interne. Ils pourraient devenir la base de nouveaux médicaments à une époque où la résistance aux antibiotiques représente l’une des plus grandes menaces pour la santé mondiale.”




Cette reconnaissance survient alors que les scientifiques israéliens continuent de surmonter l’hostilité internationale, y compris les boycotts et l’isolement dans certaines parties de la communauté académique mondiale. Malgré ces obstacles, le travail de Merbl a reçu un accueil enthousiaste, s’inscrivant dans une tradition d’excellence israélienne en biochimie. 


Il convient de noter que le Prix Nobel de Chimie 2004 a été décerné conjointement aux Israéliens Aaron Ciechanover et Avram Hershko, ainsi qu’à l’Américain Irwin Rose, pour la découverte de la dégradation protéique médiée par l’ubiquitine – un processus fondamental qui sous-tend les recherches du Pr.  Merbl.





Yfat Merbl, âgée de 45 ans, a grandi à Ramat Gan, au centre d’Israël, loin des projecteurs scientifiques. Elle a servi dans les Forces de Défense d’Israël mais a rapidement réalisé qu’elle n’était “pas faite pour une carrière militaire”. Au lieu de cela, elle s’est tournée vers les études, obtenant un baccalauréat en biologie à l’Université Bar-Ilan et une maîtrise en immunologie au Weizmann Institute sous la direction du Prof. Irun Cohen, aujourd’hui âgé de 89 ans, un pionnier dans la recherche sur l’auto-immunité. Son doctorat en biologie des systèmes a été obtenu à l’Université Harvard sous la tutelle du Prof. Marc Kirschner, suivi d’une formation postdoctorale là-bas avant de retourner au Weizmann en tant que chercheuse principale.


La science n’était pas dans l’ADN familial – ses parents sont à la retraite, l’un étant ingénieur en énergie – mais la sœur jumelle de Merbl est vétérinaire, et elle attribue sa perspective multidisciplinaire à ses percées. Son laboratoire, composé de 20 chercheurs et étudiants issus de divers horizons, incluant des Israéliens, des Palestiniens et des internationaux d’Inde, de Chine, d’Italie, de Russie et du Chili, favorise la collaboration entre des domaines comme la protéomique, les modèles animaux et la biologie computationnelle.


L’année dernière, Merbl a reçu le Prix Rappaport pour la Recherche Biomédicale dans la catégorie Chercheur Prometteur, décerné annuellement à des scientifiques dont les travaux innovants font avancer la santé humaine. L’équipe de Merbl explore au-delà des antimicrobiens : ils ont étudié comment les “déchets” protéasomaux influencent l’auto-immunité, le diabète et le cancer. Dans une étude clé, ils ont identifié un mécanisme permettant aux cellules cancéreuses d’échapper à la détection immunitaire, ouvrant la voie à des immunothérapies améliorées. En analysant le contenu des ordures cellulaires, la technologie de Merbl pourrait prédire les réponses des patients aux traitements, faisant progresser la médecine personnalisée.


“Ces peptides nous renseignent sur le mode de vie de la cellule – ce qui se passe à l’intérieur et que nous ne pouvons pas voir par d’autres moyens”, a expliqué Yfat le Pr. Merbl. “Cela pourrait permettre des alertes précoces pour les troubles auto-immuns, des diagnostics de cancer plus sensibles et des thérapies immunitaires sur mesure.”




La découverte a des implications profondes. Le laboratoire du Pr.  Yfat Merbl a montré que la plupart des protéines humaines contiennent au moins un peptide antimicrobien, qui s’active lorsque la protéine est dégradée. Cette défense “cellulaire autonome” pourrait inspirer de nouvelles thérapies, surtout alors que les antibiotiques traditionnels échouent. Au-delà des infections, ce travail pourrait améliorer l’immunothérapie en rendant les cellules cancéreuses “visibles” au système immunitaire.



Merbl partage la liste de Nature pour 2025 avec un groupe éclectique de visionnaires : un génie financier chinois qui a développé le modèle d’IA DeepSeek, stupéfiant le monde par ses applications ; un ingénieur agricole et entomologiste qui a exploité les insectes pour combattre les maladies des cultures ; un pionnier de l’exploration des fonds marins qui a découvert de nouveaux écosystèmes animaux ; un physicien dont les innovations ont permis les premières images d’instruments astronomiques révolutionnaires au Chili à l’aide de la plus grande caméra numérique au monde ; et un neurologue offrant de l’espoir pour la maladie de Huntington grâce aux thérapies géniques.


Pourtant, le parcours du Pr. Yfat Merbl n’a pas été sans obstacles. Pendant la guerre avec l’Iran en juin dernier, des missiles balistiques ont frappé plusieurs laboratoires au Weizmann, y compris le sien dans le bâtiment Wolfson, causant des millions de dommages et la perte d’échantillons irremplaçables. “J’étais chez moi quand les sirènes ont retenti”, se souvient-elle. “Cela aurait pu être bien pire. La communauté du Weizmann a été incroyable dans sa réponse – en trouvant de nouveaux emplacements pour environ 20 laboratoires afin que la science puisse continuer, même en ces temps.”


L’institut a rapidement relogé les équipes affectées dans des bâtiments survivants et a acquis l’équipement nécessaire, minimisant les perturbations. La résilience de Merbl reflète ses recherches : transformer les “déchets” en opportunités.




“Je ne savais pas que j’allais être incluse jusqu’à ce que je sois interviewée par un journaliste de Nature – c’est là que j’ai appris que j’avais été nominée”, a déclaré Merbl avec humilité. Son travail, mêlant détermination et technologie de pointe, illustre comment la science transcende les frontières et les adversités.


Alors que 2025 touche à sa fin, les découvertes du Pr.  Merbl nous rappellent que les plus petits fragments cellulaires peuvent détenir la clé des plus grands défis de santé de l’humanité. 


Avec la résistance aux antibiotiques causant des millions de décès chaque année et les immunothérapies contre le cancer en pleine évolution, son approche de “détective des peptides” pourrait remodeler la médecine pour les générations futures.







Grand Frais racheté par un fonds américain ... JBCH N° 2512 - 744

Partir d’un bazar de quartier pour bâtir l’une des enseignes alimentaires les plus florissantes de France relève presque du roman entrepreneurial. 



C’est pourtant l’histoire bien réelle des frères Badurian, originaires de Lyon, qui ont su transformer une intuition simple en un concept redoutablement efficace : redonner toute sa noblesse au produit frais, en s’inspirant à la fois des marchés traditionnels et des codes modernes de la grande distribution.




Dans les années 1980, à Lyon, les frères Badurian tiennent un commerce de bazar, un lieu où l’on vend un peu de tout, sans spécialisation marquée. Très vite, ils observent un phénomène qui leur saute aux yeux : les clients reviennent toujours pour les mêmes produits, ceux qui ont du goût, ceux qui sentent le terroir, ceux qui rappellent les étals colorés des marchés populaires. 


Fruits, légumes, fromages, viandes, poissons. À l’époque, la grande distribution mise sur le volume, les prix cassés et la standardisation. Eux pressentent au contraire une lassitude croissante des consommateurs face à des produits fades, sans identité ni traçabilité.


L’idée de Grand Frais naît ainsi d’un constat presque banal mais visionnaire : les Français aiment manger bien, mais veulent aussi de la transparence, du choix et une forme de mise en scène du produit. Les frères Badurian imaginent alors un lieu hybride, à mi-chemin entre le marché couvert et le supermarché, où chaque univers serait confié à un spécialiste. Le primeur resterait primeur, le boucher resterait boucher, le fromager resterait fromager. Une révolution silencieuse dans un secteur dominé par les centrales d’achat et les rayons uniformisés.


Le premier magasin Grand Frais ouvre ses portes et le succès est immédiat. Les clients sont frappés par l’abondance, la fraîcheur apparente, les couleurs, les odeurs. On ne pousse plus un chariot dans un alignement froid de gondoles : on déambule. On choisit. On compare. On redécouvre des produits oubliés. Très vite, le bouche-à-oreille fait son œuvre. Grand Frais n’est pas seulement un lieu où l’on achète, c’est une expérience presque sensorielle.




Au fil des années, le concept s’affine sans jamais se renier. L’enseigne refuse la dilution de son ADN. Elle ne cherche pas à concurrencer frontalement les hypermarchés sur les prix, mais sur la qualité perçue et la diversité. Elle s’appuie sur Prosol, son principal grossiste en produits frais, pour sécuriser les approvisionnements et maintenir une exigence constante. Cette organisation en pôles spécialisés devient la clé de son efficacité économique.


Alors que beaucoup d’enseignes traditionnelles peinent à se renouveler, Grand Frais poursuit une croissance régulière. Là où d’autres ferment des magasins, elle en ouvre. Là où le commerce de centre-ville souffre, elle voit une opportunité. L’enseigne comprend très tôt que les consommateurs veulent revenir à des commerces de proximité, sans renoncer à l’offre large ni à des prix maîtrisés. Cette stratégie explique aujourd’hui l’intérêt porté aux magasins Gifi en difficulté. Transformer des rayons de bazar en temples du produit frais n’est pas une provocation, mais presque un clin d’œil à l’histoire des frères Badurian.


Le rachat annoncé de 25 à 30 magasins Gifi s’inscrit dans cette logique de reconquête des centres-villes français. Derrière la boutade sur les carottes remplaçant les tabourets se cache une réalité économique puissante : Grand Frais est devenu un moteur d’emplois. Entre 3 000 et 3 500 embauches sont prévues dès 2026, notamment grâce à l’ouverture d’une vingtaine de nouveaux magasins. Une performance remarquable dans un contexte où le commerce de détail traverse une crise profonde.


L’entrée du fonds américain Apollo au capital de Prosol marque une nouvelle étape. Certains y voient une rupture, d’autres une accélération. Jean-Paul Mochet, PDG de Prosol, parle d’un engouement fort et assume une ambition claire : doubler la taille de l’entreprise en cinq ans. L’arrivée d’Apollo, qui prévoit d’installer une présence renforcée à Paris pour piloter son développement européen, témoigne de la confiance accordée à un modèle français devenu référence.



Ce succès n’est pas seulement financier. Il raconte aussi une évolution sociétale. Grand Frais prospère parce qu’il répond à une attente profonde : manger mieux sans renoncer à l’accessibilité. En remettant le produit au centre, en valorisant les métiers, en recréant une forme de marché moderne, les frères Badurian ont anticipé un mouvement de fond bien avant qu’il ne devienne une tendance.


De Lyon aux centres-villes de toute la France, l’histoire de Grand Frais est celle d’un pari sur le goût, la proximité et l’intelligence du consommateur. Un pari qui, aujourd’hui, continue de porter ses fruits et légumes.









Un grand photographe : Alfred Stieglitz JBCH N° 743

Alfred Stieglitz, né le 1er janvier 1864 à Hoboken dans le New Jersey et mort le 13 juillet 1946 à New York, reste une figure centrale de l'histoire de la photographie américaine.

Issu d'une famille aisée d'origine judéo-allemande, il découvre la photographie lors de ses études en Europe dans les années 1880, où il expérimente intensivement les techniques chimiques et remporte rapidement des prix internationaux.


De retour à New York en 1890, Stieglitz défend ardemment le pictorialisme, puis évolue vers la photographie straight, cherchant à faire reconnaître ce médium comme un art à part entière.


Il fonde en 1903 la revue Camera Work, publication emblématique qui diffuse jusqu'en 1917 des photogravures de haute qualité et promeut les idées modernistes.



À travers ses galeries successives, la célèbre 291 de la Fifth Avenue, puis The Intimate Gallery et An American Place, il introduit aux États-Unis l'art moderne européen en exposant Rodin, Matisse, Picasso, Cézanne ou Brancusi, tout en soutenant des artistes américains comme John Marin, Arthur Dove et surtout Georgia O'Keeffe, qu'il épouse en 1924 et dont il réalise des centaines de portraits intimes.




Ses œuvres emblématiques capturent la vie urbaine new-yorkaise avec Winter on Fifth Avenue en 1893, les immigrés dans L'Entrepont en 1907, ou explorent l'abstraction émotionnelle à travers la série des Equivalents, photographies de nuages des années 1920-1930.



Stieglitz transforme profondément la perception de la photographie, la faisant entrer dans les musées et les collections majeures comme celle de la National Gallery of Art ou du MoMA, laissant un héritage durable au XXe siècle.

L'Aspirateur-Espion robot est bien chinois ... JBCH N° 2512 - 742

Dans un article publié récemment dans le Washington Post, la journaliste Shira Ovide pose une question directe et légitime aux consommateurs américains : faut-il s'inquiéter du fait que la grande majorité des aspirateurs robots vendus sur le marché soient désormais détenus par des entreprises chinoises ?


L'actualité donne du poids à cette interrogation avec la mise en faillite d'iRobot, pionnier du secteur avec son célèbre Roomba, et son rachat imminent par le groupe chinois Shenzhen Picea Robotics. Après des années de difficultés commerciales, l'ancienne icône américaine rejoint ainsi les rangs des marques déjà dominantes comme Roborock, Ecovacs, Eufy ou Dreame, toutes originaires de Chine.


Ces petits robots qui sillonnent nos salons ne sont pas de simples balais motorisés. Ils fonctionnent comme de minuscules voitures autonomes, équipés de capteurs, de caméras et de radars qui cartographient précisément l'intérieur de nos maisons.


Ils collectent des plans d'étage détaillés, des images de nos intérieurs, parfois même des photos de personnes ou d'animaux domestiques, tout en se connectant à notre réseau Wi-Fi. La question de la confiance devient donc centrale : à qui confions-nous ces données sensibles ?


Shira Ovide refuse de tomber dans la sinophobie facile. Elle rappelle que le rachat d'iRobot n'est pas nécessairement suspect en soi et que l'entreprise assure maintenir ses pratiques actuelles en matière de protection des données.


Pourtant, l'absence de régulation fédérale américaine et européenne claire sur le domaine privé numérique rend toute garantie fragile. Comme le souligne Stacey Higginbotham de Consumer Reports, une politique de confidentialité n'est souvent qu'une « promesse sur l'honneur » que l'entreprise fera bien les choses. Sans loi contraignante, les consommateurs restent démunis, quelle que soit la nationalité du fabricant.




Je mets en lumière un paradoxe américain. D'un côté, les autorités ont bloqué en 2022 le rachat d'iRobot par Amazon pour des raisons de concurrence, contribuant indirectement à la chute de l'entreprise face à la concurrence chinoise low-cost. De l'autre, Washington reste incapable de définir des standards minimaux de sécurité et de confidentialité pour les objets connectés. Résultat : les consommateurs choisissent souvent le produit le moins cher et le mieux noté, qui se trouve être chinois, faute de repères fiables.


Les incidents passés ne rassurent guère. Des images intimes capturées par des Roombas de test ont circulé sur des groupes privés entre sous-traitants, et des hackers ont déjà pris le contrôle de certains appareils pour diffuser des insultes racistes. Même si iRobot a historiquement obtenu de bonnes notes en matière de sécurité, ses pratiques récentes en privacy sont jugées moyennes par les experts.




Au-delà du cas particulier des aspirateurs robots, Shira Ovide pointe un problème structurel plus large : la domination chinoise dans de nombreux secteurs technologiques stratégiques, des batteries aux panneaux solaires en passant par les drones et les véhicules électriques. Sans politique industrielle cohérente ni régulation forte sur les données, les États-Unis laissent le champ libre à cette concurrence tout en alimentant une méfiance diffuse envers les produits chinois.




La conclusion de l'article est sans appel : ce n'est pas la révolution numérique qui impose ce fatalisme, mais bien des choix politiques. En refusant d'instaurer des normes claires et contraignantes, le gouvernement américain prive ses citoyens d'outils pour faire des choix éclairés et favorise paradoxalement les acteurs étrangers qu'il prétend parfois craindre.


En attendant une hypothétique législation fédérale, ou européenne, on propose quelques gestes concrets pour limiter l'exposition : déconnecter l'appareil du Wi-Fi ou demander la suppression de ses données via l'application. Des palliatifs imparfaits, mais qui rappellent que la vigilance individuelle reste, pour l'instant, la seule réponse possible face à un vide réglementaire persistant.


Un constat amer qui dépasse largement la question des aspirateurs robots pour toucher au cœur de la souveraineté numérique américaine.



dimanche 21 décembre 2025

Les russes se retirent ... face aux drônes ukrainiens JBCH N° 2512 - 741

Les drones marins ukrainiens perturbent la marine russe en mer Noire depuis plusieurs semaines, et l’Ukraine a intensifié l’utilisation de drones marins télécommandés, surnommés Sea Babies, pour cibler les pétroliers et les infrastructures maritimes liées à l’exportation de pétrole russe. 


Ces petits navires, chargés d’explosifs et pilotés par satellite, peuvent parcourir de longues distances et frapper des cibles stratégiques avec précision. L’objectif de ces opérations est double : affaiblir les revenus énergétiques de la Russie et envoyer un signal aux compagnies internationales qui continuent de coopérer avec la Russie malgré les sanctions occidentales.





Les attaques ukrainiennes ont provoqué une baisse notable des exportations de pétrole russe en novembre, car de nombreux acheteurs ont réduit leurs achats par crainte des frappes et des perturbations logistiques. Selon le rapport des services de sécurité ukrainiens, plusieurs pétroliers ont été endommagés dans la mer Méditerranée et en mer Noire, renforçant l’impact économique des sanctions déjà imposées par les États-Unis et l’Union européenne.



Ces opérations révèlent également la capacité ukrainienne à innover sur le plan militaire, utilisant des technologies relativement légères pour infliger des dommages significatifs à un adversaire conventionnel plus puissant. Les frappes ont ciblé non seulement des navires en mer, mais également des raffineries et des dépôts de carburant, perturbant la chaîne logistique russe et augmentant les coûts d’assurance pour toute la flotte pétrolière russe.




Les experts soulignent que ces attaques ont un effet psychologique important : elles démontrent que même face à une puissance militaire majeure, des forces plus petites et agiles peuvent exploiter la technologie et la stratégie pour protéger leur territoire et affaiblir l’ennemi. 



Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a souligné que ces actions font partie d’une stratégie globale visant à réduire les profits de guerre de la Russie et à soutenir la résilience de l’économie ukrainienne.


Les drones marins ukrainiens sont devenus un outil stratégique clé dans le conflit, permettant à l’Ukraine de frapper efficacement des cibles économiques et militaires russes, de sécuriser ses côtes et d’envoyer un signal fort à la communauté internationale sur sa capacité à protéger ses intérêts. 


Ces opérations illustrent la transformation des conflits modernes, où l’ingéniosité et la technologie peuvent compenser des déséquilibres de force traditionnels.