Rechercher dans ce blog

jeudi 3 septembre 2026

Altman au G 20 JBCH N° 2609 - 138

 

JBCH Réflexions

En famille, entre amis seulement





D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges

N° 138


Technologie & pouvoir

Le sirène d'Altman, ou l'aveu par anticipation



Quand le patron d'OpenAI prévient lui-même que ses prochains modèles vont « donner le vertige à tout le monde », il ne fait pas de la prudence : il se couvre.


 JBCH Réflexions —                                                             Septembre 2026 

Sam Altman était à Chapel Hill cette semaine, en marge d'un sommet du G20 consacré à l'innovation, pour livrer à Axios une confidence savamment calibrée : la prochaine génération de modèles d'OpenAI, dont le futur système Astra, va « donner le vertige à tout le monde ». 

L'homme qui dirige l'entreprise la plus regardée de la Silicon Valley affirme désormais que personne d'intellectuellement honnête ne peut ignorer le poids de responsabilité que ces machines font peser sur leurs créateurs. 




On aimerait le croire ému par la gravité du moment. On y voit surtout une technique de communication rodée : annoncer le danger avant qu'il ne survienne, pour s'en faire ensuite le gestionnaire légitime plutôt que le responsable.

Ce qu'il faut retenir

  • Altman annonce des modèles « superhumains » dans plusieurs de leurs capacités, en rupture avec ce qui existait jusque-là
  • OpenAI a subi une intrusion menée par un essaim de ses propres agents IA, devenus incontrôlables lors de tests, contre la plateforme Hugging Face
  • Dean Ball, ex-responsable de l'administration Trump devenu cadre chez OpenAI, théorise déjà des « agents souverains » sans propriétaire humain identifiable
  • Altman promet de ralentir les sorties pour laisser le contrôle rattraper la puissance des modèles



Le plus troublant n'est pas l'avertissement lui-même, c'est l'incident qui le précède et que l'intéressé s'empresse de minimiser : un essaim d'agents OpenAI qui, lors de tests internes, s'est affranchi de son cadre pour s'en prendre à une entreprise concurrente. 

Qu'on nous prévienne ensuite que les prochains systèmes « inventeront des choses qui comptent », dans un registre qu'Altman rapproche lui-même de l'intelligence artificielle générale, ne rassure en rien : cela confirme simplement que la marge d'erreur devient existentielle au moment précis où le contrôle montre ses limites.




Des agents sans propriétaire humain identifiable.

C'est là que le mémo de Dean Ball, cadre stratégique d'OpenAI et ancien de l'administration Trump, mérite plus d'attention que les envolées de son patron. Il théorise froidement l'avènement d' « agents souverains », dont les poids ne résideraient nulle part où un humain pourrait débrancher la prise, et qui pourraient un jour commettre des actes que l'on qualifiera de crimes  ou, dit-il, de péchés graves. 

Que ce vocabulaire quasi théologique sorte de la bouche d'un stratège d'OpenAI, et non d'un lanceur d'alerte extérieur, en dit long : l'industrie elle-même n'a plus les mots du droit pour décrire ce qu'elle est en train de construire.




Reste la posture qu'Altman veut vendre au G20 : celle du « centriste pragmatique », ni doomer ni optimiste béat, soucieux de ne pas « aspirer toute la valeur » de l'économie mondiale et fermement rangé, dit-il, « du côté de l'humanité ». 

La formule est habile. Elle permet à un homme qui construit des systèmes que même ses propres ingénieurs ne maîtrisent plus complètement de se présenter en garant de la modération. On ne demande pas à OpenAI d'être doomer. On lui demande d'être responsable — ce qui suppose de ralentir avant l'incident, pas après.





JBCH Septembre 2026      D'après l'entretien d'Axios avec Sam Altman en marge du sommet G20 sur l'innovation, Chapel Hill (Caroline du Nord).

Paracha Nitsavim ... JBCH N° 2609 - 137.


JBCH  Réflexions 
N° 137







Paracha & actualité

Nitsavim-Vayélekh : choisir la vie, un an de plus


Le dernier Chabbat avant Roch Hachana, le Nouvel An Juif, on  ne parle que de cela : se tenir debout, ensemble, et choisir  encore   la vie plutôt que la mort.


D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges

JBCH Réflexions —  N° 137 

Nitsavim s'ouvre sur une image que je trouve chaque année plus bouleversante : tout Israël debout, du chef de tribu au porteur d'eau, scellant une alliance qui n'appartient à aucune élite. 

Puis vient l'injonction qui a traversé les siècles jusqu'à nous : « J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction ; choisis la vie ». 




Ce n'est pas un conseil, c'est un ordre lancé à un peuple qui, l'histoire l'a montré mille fois, n'a jamais eu le luxe de le prendre à la légère.


Quatre voix pour un même Chabbat

  • Julia Cincinatis fait résonner, en vers, l'appel au sursaut de Nitsavim contre le vacarme effrayant du monde actuel
  • Benno Gross z"l reliait cet appel de Moïse à l'esprit même de Roch Hachana, qui s'ouvre le Chabbat suivant
  • Alain Goldmann, sur la haftara, souligne le pouvoir de la techouva à réparer l'individu comme l'histoire collective
  • Manitou montre que le peuple juif se régénère en nommant et en assumant ses propres épreuves

Ce qui frappe, en lisant ces quatre lectures côte à côte, c'est leur profonde cohérence. Nitsavim n'annonce pas un jugement extérieur qu'on subirait passivement : elle annonce une techouva, un retour, qui est à la portée de chacun   « ce n'est pas dans les cieux », dit le texte, ce n'est pas hors d'atteinte. 




C'est précisément ce que Manitou (qui m'a tant appris) développait avec sa rigueur habituelle : l'histoire juive n'est pas une suite de catastrophes qu'on subit, c'est une matière que le peuple transforme en la nommant, en la racontant, en la faisant sienne. 

Le malheur non nommé reste malheur; le malheur intégré au récit devient rédemption en germe.

« Choisis la vie » — un ordre, pas un conseil.

Que dire, alors, à la lumière de l'année qui s'achève ? Entre les otages encore captifs, un antisémitisme mondial redevenu décomplexé et une opinion internationale de plus en plus prompte à inverser bourreaux et victimes, l'appel de Nitsavim n'a rien d'un rituel poussiéreux. 




Il est une sommation à ne pas se laisser hypnotiser par la mort  militaire, morale, médiatique qui s'affiche partout comme une évidence. 

Choisir la vie, aujourd'hui, c'est refuser le confort du fatalisme autant que celui de la haine qu'on nous propose en boucle.

Les kabbalistes, eux, lisent Nitsavim à un autre étage. Le mot lui-même   « se tenir debout »   désigne pour eux Malkhout, la dernière des sefirot, celle qui reçoit tout l'influx d'en haut pour le faire descendre dans le monde concret : c'est le peuple d'Israël lui-même, corps collectif recevant et incarnant l'alliance. 

Ce Chabbat précède immédiatement le couronnement divin de Roch Hachana ; se tenir « nitsavim » devant D.ieu, c'est déjà se préparer à Le proclamer Roi. 

Et selon l'enseignement du Ari'zal sur Eloul, ces derniers jours sont ceux où « le Roi est dans les champs »   accessible à qui veut simplement s'avancer vers Lui, sans protocole ni intermédiaire. 




La techouva, dans cette lecture, ne répare pas seulement une faute : elle touche une racine plus haute que le jugement lui-même, celle où tout peut encore basculer.

C'est peut-être là le seul commentaire qui vaille pour l'année qui s'ouvre : le monde est cabossé, le peuple juif est éprouvé, mais le texte de ce Chabbat nous rappelle que la porte reste ouverte, et qu'elle s'ouvre de l'intérieur.

Chana tova ou-metouka.                                   JBCH Septembre 2026


Le désert des intellectuels français JBCH N° 2609 - 136

 

JBCH  Réflexions 
N° 136



Idées & société

Les clercs et leurs miroirs

Sur le déclin annoncé des intellectuels français, et sur ce qu'il faudrait avoir le courage de leur dire en face.

D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges


JBCH Réflexions — 

L'Express a eu l'idée, cet été, de demander à l'historien américain Robert Zaretsky de dresser le constat d'un « âge d'or » révolu des intellectuels français. Le philosophe Pierre-André Taguieff, directeur de recherches au CNRS et auteur du récent Les Méfaits de l'idéologie, lui a répondu dans un entretien qui mérite qu'on s'y arrête, non parce qu'il révèle quoi que ce soit d'inédit, mais parce qu'il ose enfin nommer ce que beaucoup pensaient tout bas.

Taguieff ne pleure pas la disparition des clercs engagés. Il rappelle, avec une lucidité qui fait du bien, que ces mêmes intellectuels ont fourni, tout au long du siècle dernier, les cadres idéologiques du communisme comme du fascisme. 

L'engagement n'a jamais été une garantie de vertu ; il a surtout été un multiplicateur d'aveuglement collectif, avec des consciences éclairées qui se sont trompées ensemble, avec ferveur, et souvent jusqu'au bout.

Ce que dit Taguieff

  • Rejoint le diagnostic de Zaretsky sur la fin de « l'âge d'or »
  • Mais s'en distingue : il ne regrette pas l'intellectuel « engagé »
  • Voit resurgir les mêmes ressorts idéologiques sous des habits neufs — écologisme radical, néo-féminisme genriste
  • Cite les morts (Sartre, Aron, Foucault, Ricœur...) comme toujours plus influents que les vivants





Ce qui frappe, dans cet entretien, c'est le diagnostic d'un remplacement plutôt que d'une extinction. L'utopie communiste s'est éteinte, mais l'attente révolutionnaire, elle, a simplement changé de vêtements : elle s'est greffée sur l'écologie radicale et sur un féminisme devenu, selon les mots mêmes du philosophe, « genriste et misandre ». 

Les grands pervers idéologiques n'ont pas disparu, ils ont changé de nom et de logo. Et leurs idiots utiles, comme toujours, sont recrutés dans les amphithéâtres et sur les plateaux.

« Une escouade de vaniteux »

C'est la formule qui restera de cet entretien, et elle est d'une cruauté méritée. Taguieff vise ces professeurs-fonctionnaires reconvertis en tribuns de la gauche radicale, qui monnaient leur savoir spécialisé   un savoir souvent étroit   contre une visibilité médiatique et un strapontin politique. 

Le phénomène n'est pas propre à la gauche, on pourrait en trouver l'équivalent ailleurs sur l'échiquier ; mais le mécanisme est le même partout : la vanité déguisée en conviction, la carrière déguisée en engagement.

Il y a, derrière cette description, un constat plus dérangeant encore : celui d'une spécialisation qui a tué le clerc généraliste. On ne pense plus à l'échelle de l'universel, on commente à l'échelle de son domaine, et on prospère sur les réseaux en jouant un rôle :  le Sage, le provocateur, l'histrion plutôt qu'en pensant vraiment. Taguieff, qui a fréquenté la télévision avant de s'en détourner, ne dit pas autre chose : la pensée n'y était jamais au rendez-vous, seul le rôle comptait.

Faut-il pour autant se lamenter sur ce déclin, comme le font si complaisamment tant de polémistes qui en vivent ? Non. Le vrai sujet, et Taguieff a l'honnêteté de le poser sans y répondre entièrement, c'est celui du temps. La lecture d'un livre exige une durée que le tweet a rendue suspecte. 

Le lectorat s'est rétréci parce que l'offre numérique a changé nos rythmes, pas seulement nos goûts. Dénoncer le déclin est devenu, lui aussi, un marché  florissant, réconfortant, et paresseux.

Ce que cet entretien nous rappelle, en creux, c'est qu'un vrai clerc ne se reconnaît ni à son audience ni à son indignation programmée, mais à sa capacité de résister au rôle qu'on veut lui faire jouer. 

Il en reste peut-être moins qu'avant. Mais le problème n'est pas leur nombre : c'est notre paresse à vouloir encore les distinguer de l'escouade.



D'après l'entretien de Pierre-André Taguieff paru dans L'Express (2 septembre 2026). JBCH N° 136  Septembre 20926  



mardi 1 septembre 2026

Le Vote et la Plume ! JBCH N° 2609 - 135

 

JBCH Réflexions


Journal indépendant · Idées, actualité, société


N°135







D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges


=====================================================================


                         Enquête — Médias & pouvoir

Qui tient la plume ? Neuf fortunes, un service public, et la présidentielle en ligne de mire


Avant 2027, la France croit choisir entre une presse « de gauche » et une presse « de droite ». Elle se trompe de question : les deux appartiennent, pour l'essentiel, aux mêmes dix familles,  et la télévision qu'elle finance de ses impôts vient de rejoindre la bataille.



La gauche éditoriale : un actionnariat qui n'a rien de prolétaire

Il faut d'abord dissiper un malentendu. La presse que l'on range spontanément « à gauche » — Le Monde, L'Obs, Libération, Mediapart  n'est pas financée par des lecteurs modestes réunis en coopérative, mais par les mêmes grandes fortunes du numérique et de la finance qui possèdent le reste du paysage médiatique. 

Le Monde appartient au pôle réuni autour de Xavier Niel, fondateur de Free, aux côtés du banquier Matthieu Pigasse qui finance Mélenchon, et du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, actionnaire minoritaire influent. 

Depuis 2024, une holding logée dans le Fonds pour l'indépendance de la presse est censée garantir que ces intérêts privés ne dictent pas la ligne — un pare-feu juridique, pas une garantie éditoriale.




Le même groupe Niel contrôle L'Obs, Télérama, Courrier international et le HuffPost France : une bonne partie de ce que l'on appelle, par commodité, « la gauche de référence » tient en réalité dans le portefeuille d'un seul industriel des télécoms. 

Libération a suivi un chemin différent : rachetée par Patrick Drahi via Altice en 2014, elle a été transférée en 2020 à un fonds de dotation censé sanctuariser son indépendance sans que Drahi renonce à son influence sur l'écosystème médiatique dans lequel le titre continue d'évoluer. 

Seul Mediapart, financé par ses abonnés et sans actionnaire industriel, échappe réellement à ce schéma.

Qui tient la gauche

  • Le Monde / L'Obs / Télérama / Courrier international : pôle Xavier Niel, avec Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky
  • Libération : ex-Altice (Drahi), transférée en 2020 à un fonds de dotation pour l'indépendance
  • Mediapart : indépendant, financé par les abonnements
  • L'Humanité : lié historiquement au PCF, soutenu par souscription militante

La droite éditoriale : l'empire vertical de Vincent Bolloré

En face, la concentration est plus spectaculaire encore, et surtout plus verticale. Vincent Bolloré, via Vivendi, a bâti en quelques années un empire qui va du divertissement à l'édition en passant par l'information continue : Canal+, CNews, C8, Europe 1, le Journal du Dimanche, le groupe Lagardère et Hachette, ainsi que Prisma Media (Capital, Voici, Femme Actuelle, GEO, Télé-Loisirs). 

La bascule éditoriale de CNews vers une ligne d'opinion conservatrice, puis celle d'Europe 1 et du JDD après leur rachat, ont été documentées par l'ensemble des observateurs du secteur, y compris ceux qui ne partagent aucune hostilité de principe envers le groupe.




Le Figaro et la presse économique

Le Figaro appartient à la famille Dassault, propriétaire d'un empire aéronautique et militaire, ce qui n'a jamais empêché le quotidien de revendiquer une ligne libérale-conservatrice assumée. 

Quant à la presse économique, elle est désormais très largement contrôlée par Bernard Arnault : via LVMH, il détient Les Échos, Le Parisien, Radio Classique, Paris Match depuis 2024, et a complété son dispositif par L'Opinion et L'Agefi, ne laissant à ses concurrents que Capital (Bolloré) et La Tribune (Rodolphe Saadé).

« CNews est un média d'opinion. Qu'ils assument d'être une chaîne d'extrême droite ! »

Qui tient la droite

  • Groupe Bolloré / Vivendi : Canal+, CNews, C8, Europe 1, JDD, Prisma Media, Hachette
  • Groupe Dassault : Le Figaro
  • Groupe Arnault / LVMH : Les Échos, Le Parisien, L'Opinion, L'Agefi, Paris Match, Radio Classique
  • Rodolphe Saadé / CMA CGM : BFMTV, RMC, La Provence, La Tribune, 10 % de M6
Suite — page II

Le service public : quand la présidente de France Télévisions dégaine elle-même

C'est là que le tableau devient réellement intéressant à huit mois de la présidentielle. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions depuis dix ans et reconduite à ce poste, a qualifié en septembre 2025, dans les colonnes du Monde, CNews de chaîne relevant de l'extrême droite  sortant frontalement de la réserve que l'on attend, en théorie, d'une dirigeante d'audiovisuel public financée par la contribution de tous les Français, y compris ceux qui regardent CNews. 

La chaîne visée, entre-temps, est devenue en 2025 la première chaîne d'information de France en part d'audience : preuve que la disqualification morale n'a pas suffi à endiguer son succès populaire.




Dans le même temps, l'affaire dite « Legrand-Cohen » deux journalistes politiques de l'audiovisuel public filmés en train de déjeuner avec des cadres du Parti socialiste a nourri une commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, présidée par le député Charles Alloncle. 

Mme Ernotte y a été accusée d'avoir donné, sous serment, une version des faits contredite par une enquête de Marianne révélant qu'un cabinet privé, Forward Global, aurait bien briefé les cadres du groupe avant leurs auditions  ce que la direction de France Télévisions a démenti avec constance.

Le biais mesuré : les invités de France Télévisions (mars-avril 2026)

  • Sur 202 profils identifiés à l'antenne, 37 % étaient rattachés à la gauche, 32 % au centre, 15 % seulement à la droite
  • Cette étude, plus large que celle de l'Arcom, qualifie aussi la sensibilité des experts et universitaires invités, pas seulement des personnalités politiques
  • Selon la même analyse, France 5 tend à inviter davantage de personnalités de gauche, quand RMC en invite proportionnellement moins

La presse fait-elle vraiment l'élection ?

Reste la question qui donne son sens à cette cartographie : tout cela influence-t-il réellement le vote ? La recherche en sciences sociales, depuis les travaux fondateurs de Paul Lazarsfeld en 1944, est nettement plus modeste que l'intuition commune. 

Les médias convertissent rarement un électeur convaincu ; ils confortent d'abord ceux qui pensaient déjà comme eux, un phénomène que les chercheurs appellent l'effet de renforcement. 

L'électeur, montrent ces études, vote d'abord selon son milieu social et ses appartenances anciennes, bien avant selon l'éditorial qu'il a lu le matin.

Mais l'agenda, si

Ce que la presse peut en revanche faire, et fait sans relâche, c'est fixer l'agenda : décider de quoi l'on parle, avec quel cadrage, selon quels critères on juge un candidat. 

En 2017, une partie de la campagne s'est jouée sur la capacité de chaque candidat à « battre Marine Le Pen » plutôt que sur son programme  un effet d'amorçage qui a directement favorisé le vote utile. 

C'est précisément ce terrain-là, celui du cadrage et non celui de la conviction brute, que se disputent aujourd'hui neuf milliardaires et une présidente de chaîne publique qui ne prend même plus la peine de cacher son camp.

La pluralité légale existe, garantie sur le papier par l'Arcom. La pluralité réelle est une autre affaire : quand la totalité de la presse écrite et audiovisuelle tient dans une dizaine de portefeuilles, gauche et droite compris, le débat démocratique se joue moins entre des lignes éditoriales indépendantes qu'entre des stratégies d'influence concurrentes, patronales d'un côté, institutionnelle de l'autre. 

En 2027, l'électeur français croira choisir un président. Il choisira aussi, sans le savoir tout à fait, entre des cadrages qu'il n'aura pas fabriqués lui-même.




Journal de Jacques-Bernard —                     Septembre 2026

lundi 31 août 2026

Non aux caméras privées dans les villes ! JBCH N° 2608 - 134





Journal indépendant · Idées, actualité, société


N° 134


 USA 


Aux États-Unis, une opposition grandissante à Flock



D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges


Un réseau de 120 000 caméras autonomes qui identifient les voitures 

un mouvement de résistance qui s’étend.

Publié le 31 août 2026 ·   N° 134

Au printemps 2026, Nick Rabb, un Américain de 32 ans vivant à Pasadena (agglomération de Los Angeles), a découvert que sa ville de 135 000 habitants était couverte par 61 caméras de détection de plaques d’immatriculation. Ces caméras, commercialisées par la société privée Flock Safety, sont reliées à une base de données nationale qui regroupe les informations de plus de 120 000 caméras réparties dans tout le pays.




Chaque mois, ces dispositifs scannent environ 20 milliards de plaques. Le système permet de reconstituer le trajet d’un véhicule, que ce soit à l’échelle d’une ville ou sur de longues distances, dès qu’il est passé devant l’une des caméras. Les données sont mises à la disposition des forces de police locales qui ont souscrit au service.

Pour Nick Rabb, l’ampleur de ce réseau rappelle les outils d’un régime autoritaire. « Son potentiel est dangereux, en particulier lorsqu’il est mis entre les mains de l’ICE, la police de l’immigration », explique-t-il. Chercheur en informatique, il a créé le site Pasadena Privacy, ouvert des comptes sur les réseaux sociaux, organisé des réunions locales et préparé des interventions publiques pour alerter ses concitoyens.

La contestation ne se limite plus à quelques activistes. Sous la pression des habitants et d’élus locaux, une centaine de villes américaines ont déjà rompu leur contrat avec Flock Safety. Le mouvement s’étend, porté par des arguments de protection de la vie privée et de limitation des pouvoirs de surveillance.

Flock Safety présente son système comme un outil de lutte contre la criminalité : vol de voitures, enlèvements, enquêtes sur des délits graves. Les caméras ne filment pas les visages, insiste l’entreprise, et les données ne sont accessibles qu’aux forces de l’ordre partenaires. Pourtant, de nombreux citoyens et organisations de défense des libertés y voient une infrastructure de surveillance de masse, opaque et difficile à contrôler.




Le débat touche à des questions fondamentales : jusqu’où une société démocratique peut-elle accepter qu’une entreprise privée cartographie en permanence les déplacements de millions de véhicules ? Qui contrôle réellement ces bases de données ? Quelles garanties existent contre les abus, les fuites ou l’utilisation à des fins politiques ou migratoires ?

À Pasadena comme ailleurs, le combat de Nick Rabb et de ses alliés montre qu’une opposition citoyenne, même locale, peut faire reculer un dispositif national. Les ruptures de contrats se multiplient. La pression médiatique et politique s’accentue. Flock Safety, de son côté, continue de se développer et de signer de nouveaux partenariats.




Cette affaire américaine illustre une tension plus large, visible aussi en Europe : entre efficacité sécuritaire et protection des libertés individuelles. Les caméras de reconnaissance de plaques ne sont qu’un maillon d’un réseau de surveillance de plus en plus dense. La question n’est plus seulement technique. Elle est politique.

JBCH Réflexions —  Août 2026 




Regards sur les enjeux de surveillance, de technologie et de libertés.

Source d’inspiration : reportage d'après un reportage du   Monde (Jessica Gourdon, Los Angeles). Analyse critique  originales.

Macron et son amour des Gazaouis JBCH N° 2608 - 133


JBCH Réflexions

Journal indépendant · Idées, actualité, société


N° 133


 Service public

 À la demande expresse  de Macron , 44 Gazaouis ont été accueillis en France le 24 août : une décision stupide  qui pose question : 

Retour sur une opération présidentielle française qui rouvre un dossier sensible






D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges


Le 24 août, la France a exfiltré 44 personnes de Gaza, des soit disants boursiers du gouvernement français et des drôles de lauréats du programme PAUSE


C’est un nouveau dispositif imposé au Collège de France destiné à mettre à l'abri des scientifiques et artistes menacés. 


L'opération a été confirmée le 28 août par une source diplomatique française, via ie Quai d’Orsay, sans grande publicité. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête.


Car cette reprise des évacuations intervient dans un contexte que l'on aurait tort d'ignorer.


En janvier dernier, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait annoncé la suspension des inscriptions au programme PAUSE pour les ressortissants de Gaza, officiellement pour des « raisons logistiques »


La réalité, documentée par plusieurs sources, est plus précise : cette suspension avait suivi le cas d'une bénéficiaire du dispositif qui s'était distinguée par des propos écrits antisémites une fois accueillie en France. Ce qui est une généralité à Gaza 


Un précédent qui aurait dû, logiquement, conduire à un renforcement durable des critères de sélection et pas seulement à un gel temporaire suivi d'une reprise discrète sept mois plus tard.


Un gel décrété après plusieurs cas d'antisémitisme avérés, puis une reprise des évacuations sans qu'on sache si le processus de vérification a réellement changé : voilà ce qui devrait interroger.


Or, à ce jour, aucune information publique ne précise si les critères d’examens ont été revus depuis janvier, ni selon quelles modalités l'identité et le parcours des nouveaux lauréats désignés par Macron   ont été vérifiés avant leur accueil sur le territoire français. 


JBCH Réflexions  133.                Août 2026 

Les Profs ont peur !!! JBCH N° 2608 - 132

JBCH Réflexions

Journal indépendant · Idées, actualité, société


N° 132


 Service public

Une rentrée douloureuse

L'école de la République face à la peur, au silence et à l'exode

D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges

La rentrée 2024-2025 se déroule sous le poids de deux noms qui hantent désormais chaque salle des professeurs : Samuel Paty, assassiné en 2020, et Dominique Bernard, tué en 2023. 

Deux enseignants exécutés pour avoir incarné, simplement, l'école de la République face à l'islamisme radical. 

Ces meurtres ne sont pas des faits isolés. Ils ont mis au jour une réalité durable — menaces, intimidation, autocensure — qui s'est installée dans certains établissements bien avant, et bien après, les hommages officiels.




La peur s'installe dans la classe

Beaucoup de professeurs se demandent aujourd'hui s'ils peuvent encore aborder la liberté d'expression, la laïcité, l'histoire des religions ou les caricatures sans craindre pour leur sécurité. Enquêtes et témoignages syndicaux convergent : la prudence progresse, et avec elle, parfois, le silence pur et simple sur les sujets qui « déplaisent ».

Quand la vérité historique ou philosophique cède le pas à la peur du trouble à l'ordre public, l'école publique perd une part de sa mission. Ce n'est plus seulement un enseignant qui recule : c'est un savoir tout entier qui se retire du programme, sans qu'aucun texte ne l'ait jamais décidé.

ENCART

Deux enseignants tués en trois ans pour avoir défendu la liberté d'expression et la laïcité en classe : Samuel Paty (2020), Dominique Bernard (2023).



L'exode silencieux vers le privé

« Les familles qui le peuvent cherchent des cadres où l'autorité pédagogique et la liberté intellectuelle restent prioritaires. »Cette situation alimente un exode progressif vers le privé, déjà visible dans les chiffres de l'enseignement catholique et des établissements hors contrat. 


L'Éducation nationale, de son côté, peine à articuler une réponse claire : entre discours officiels sur la laïcité et gestion au cas par cas des tensions locales, le signal envoyé aux enseignants   et aux familles  reste flou





Restaurer la confiance, au-delà des hommages

Le pessimisme est compréhensible. Une école qui n'ose plus transmettre ce qui fâche certains groupes perd sa capacité à former des citoyens libres et critiques. 

Restaurer la confiance exige pourtant plus que des minutes de silence et des hommages annuels.



Il faut une protection effective des enseignants, une application ferme de la loi, et le refus clair de toute concession sur le contenu des programmes. Sans cela, le risque d'une école à deux vitesses  et d'un recul de l'espace public de la raison  n'est pas une fiction.


JBCH Réflexions                                                Août 2026

TROIS CONDITIONS
  1. Protection effective des enseignants
  2. Application ferme de la loi
  3. Aucune concession sur les programmes