Rechercher dans ce blog

vendredi 2 octobre 2026

Knafo et le Casse du siècle ... Hervé Kabla. JBCH N° 2610 - 195

Le casse du siècle

Albert Spaggiari peut aller se cacher, les véritable sauteurs du casse du siècle courent toujours...

Je ne suis pas fan de Sarah Knafo et de son époux, Eric Zemmour. Leur projet politique, leur parcours politique, leur manière même de faire de la politique, ne réveillent pas, chez moi, un enthousiasme fou. Et les résultats obtenus à ce jour, tant par Zemmour à la présidentielle que par Knafo aux municipales à Paris, tendent plus à affaiblir les candidats avec lesquels ils partagent des idées qu’à réduire les chances de leurs véritables adversaires. 


Sans parler de leur ancrage national, qui se révèle bien faible au-delà de Paris et de la région parisienne, et rend peu crédible toute candidature présidentielle. Bref, beaucoup de bruit pour un impact finalement assez faible.

Je ne suis pas non plus fan des livres politiques en général. Leur parution, souvent concomitante à un projet électoral bien déterminé, fait partie d’un rituel qui n’apporte pas grand chose aux débats. Et si certains les écrivent eux-mêmes, beaucoup font appel à des plumes rémunérées pour mettre en forme des idées brouillonnes. 


On les lit parfois plus pour les anecdotes qu’ils révèlent, que pour la valeur du programme qu’ils défendent. Quand on les lit.





Top 50

Évidemment, quand un livre politique se classe longtemps en tête des ventes Amazon, le sujet m’intrigue. Cela ne me pousse pas forcément à faire l’acquisition du livre en question – la vie d’un Jordan Bardella ne m’intéresse absolument pas – mais si on me l’offre, je ne me fais pas plus obséquieux que je ne le suis, et je mets un point d’honneur à le finir. Ce qui fut le cas avec Le casse du siècle, le livre de Sarah Knafo, que j’ai lu avec finalement un intérêt soutenu. Je remercie donc chaleureusement l’ami qui m’en a fait cadeau.

Pour un livre politique, c’est un livre original, construit comme une enquête policière suivie d’un procès, dans le but de déterminer les auteurs du casse du siècle, à savoir l’appauvrissement de la France, plombée par une dette qui ne finit pas de croître, alors que de nombreux Français se plaignent de la dégradation de leur cadre de vie et de leur pouvoir d’achat.

Pour les lecteurs paresseux, c’est écrit gros, dans un style enjoué, qui – évidemment, par les temps qui courent, on finit pas se poser la question – a probablement reçu un petit relooking via une IA : les triades d’arguments, les formulations ternaires, une fois ça va, mais leur répétition finit par intriguer…

Cela n’enlève rien à l’agrément de lecture, et j’ai même vu un lecteur passer une après-midi en sa compagnie, installé dans un café du bord de mer à Deauville,accompagné d’un bon cigare, plutôt que de regarder la mer et les mouettes…





Spolier alert

Mais revenons au livre lui-même. Le projet de Sarah Knafo, c’est de comprendre comment la France, un des pays développés où les prélèvements sociaux sont les plus élevés, ne parvient pas à réduire sa dette, alors que la qualité des services, le pouvoir d’achat et le niveau de sécurité ou d’éducation ne cessent de baisser. 


Les coupables, bien évidemment, ce sont les responsables politiques qui se sont succédés depuis un demi-siècle, qui ont prétendu résoudre ce problème sans aller au bout, en renonçant, par clientélisme, paresse ou instinct de survie politique, à mettre en peuvre les réformes qui s’imposent.


Ces réformes, Sarah Knafo les propose vers les trois-quarts du livre. Il y a bien sûr le couplet sur l’immigration, mais la liste des propositions ne se réduit pas à cela. Elle vise surtout à rationaliser le budget de l’État, à mieux contrôler les dépenses, à supprimer celles qui n’ont pas de sens ou ne se justifient plus. Difficile de lui donner tort sur ces sujets là. 


Le seul problème, c’est la mise en oeuvre de ces changements, sans disposer de relais politiques ou de supporters suffisamment fort pour tenir bon.

Knafo veut mettre le temps de son côté, en faisant appel aux référendums et des décrets rapides. Elle invoque une culture du résultat. Elle veut agir vite. Cela ne vous rappelle rien ? Évidemment, on pense à Elon Musk, et à son court passage au DOGE, qui s’était achevé en eau de boudin, sur un fond de désaccords profonds entre Trump et son ancien meilleur ami. Mais la comparaison s’arrête là. Knafo est une énarque, elle connaît un peu mieux certains rouages de la fonction publique, alors que Musk, chef d’entreprise, n’ aucune culture du service de l’État – à part comme fournisseur de la commande publique.


Bref, en refermant ce livre, je me suis posé deux questions. Est-il habile ? Certainement, par sa construction, par son argumentation, par ses formules chocs. Par sa présentation astucieuse, au début du livre, d’un exemplaire de fiche de paie, le document le plus incompréhensible qui soit, remis chaque mois à des millions de salariés qui ne comprennent pas à quoi correspond chaque poste de prélèvement. 


Cependant, dans son argumentation étayée de sources parfaitement documentées, Sarah Knafo joue parfois sur des subterfuges, comme par exemple le fait de ne jamais parler en euros constants. L’inflation est peut-être faible, mais sur la durée, cela peut représenter des hausses de 30 à 50%, et quand on compare des montants entre aujourd’hui et le début du siècle, il est surprenant de passer cet aspect sous silence. Le lecteur peu attentif se peut-être laisse berner, l’économiste chevronné un peu moins.






Est-il utile ? Je doute qu’il soit utile à Madame Zemmour dans l’immédiat. Ces chances de parvenir à la fonction suprême sont bien minces, et je ne pense pas que les chances soient réunies pour qu’elle reproduise un coup de poker du même ordre que celui qui a réussi à Emmanuel Macron en 2017. 


Mais au travers de son livre vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, elle distille des idées qui finiront par « percoler » jusqu’à des cadres de la fonction publique désireux de mettre un terme à la gabegie qui nous plombe. 


C’est peut-être cela son véritable intérêt, et pourquoi vous pouvez le lire. Et si vous ne voulez pas l’acheter, par conviction ou dogmatisme, allez l’emprunter dans une bibliothèque…



https://us14.campaign-archive.com/?e=030a049f70&u=b12173e55819a818747666bb8&id=8cc83fb931


© Hervé Kabla sur JBCH Octobre 2026

Pas Royal du tout, et disqualifiée JBCH 2610 - 194

 Éditorial · Primaire de la gauche





Ségolène Royal, ou la sécurité des Juifs sous condition


Doute sur Boutcha hier, injonction aux Juifs aujourd'hui : chez l'ancienne candidate, la même mécanique revient toujours. Quand le bourreau est loin et puissant, c'est la victime qu'on somme de se justifier.

Par Jacques-Bernard Cohen-Hadria · 2 octobre 2026 N° 194

Il suffit parfois d'une phrase pour qu'une carrière politique dise enfin ce qu'elle pense. 

Mercredi 23 septembre, sur le plateau de LCI, lors du premier débat de la primaire sociale-démocrate, Ségolène Royal a livré la sienne. 

La montée de l'antisémitisme, a-t-elle expliqué, n'est « pas due à Israël » mais à ses « actuels dirigeants » ; il faudrait donc « plus de voix israéliennes et juives » pour dire que ce qui se passe à Gaza est intolérable — car c'est cela, assurait-elle, qui freinera la haine.

Relisons lentement. Les Juifs de France sont agressés, insultés, menacés. Et la réponse d'une ancienne finaliste de la présidentielle n'est pas de s'adresser à ceux qui frappent, mais à ceux qui sont frappés. Qu'ils parlent. Qu'ils se désolidarisent. Qu'ils prouvent. Alors, peut-être, on les laissera tranquilles.





L'inversion de causalité

Peggy Sastre, dans Le Point, a nommé la chose sous un titre sans détour : « L'incurie de Ségolène Royal ». Son diagnostic est imparable. On ne combat pas l'antisémitisme en demandant aux Juifs de mériter leur sécurité par de bonnes opinions sur la politique d'un gouvernement étranger. 

On réactive au contraire la plus vieille des logiques : celle d'une tranquillité juive conditionnelle, révocable, suspendue à la bonne conduite morale de la minorité.

« Elle alimente précisément le mal qu'elle fait mine de combattre. »Peggy Sastre, Le Point

L'éditorialiste ouvre d'ailleurs sur une scène devenue banale : une agression ponctuée de « sale sioniste ». Tout est là. Dans une partie de l'espace public, « sioniste » est devenu le synonyme fréquentable de « Juif ». 

En liant l'apaisement à une condamnation d'Israël par les Juifs eux-mêmes, Royal ne désarme pas cette confusion : elle la valide. Elle installe l'idée que le Juif de Sarcelles ou de Marseille porte une part de responsabilité dans la guerre de Gaza tant qu'il ne l'a pas publiquement reniée.

Yonathan Arfi, président du Crif, a parlé d'une « trahison de l'idéal républicain ». Le mot est juste. La République ne connaît que des citoyens ; elle ne leur demande pas de certificat d'opinion sur des capitales étrangères pour garantir leur sécurité.




Le test Guedj

Sur le plateau, c'est Jérôme Guedj qui a porté l'estocade, avec un argument d'une simplicité désarmante. 

A-t-on exigé des Français musulmans qu'ils haussent la voix contre Daech pour mériter qu'on les protège ? Non   parce qu'ils sont Français avant d'être musulmans. Personne, à juste titre, n'a osé cette injonction. Pourquoi deviendrait-elle acceptable dès qu'il s'agit des Juifs ? 

Raphaël Glucksmann a enfoncé le clou : les Juifs ne sont en rien responsables de la politique de Netanyahou.

Royal s'est défendue le lendemain sur X : elle n'aurait « jamais essentialisé » ses compatriotes juifs, il s'agissait d'un « appel », pas d'une injonction. Mais en politique, une phrase vaut ce qu'elle dit. « Voix juives » plus « c'est ça qui va freiner l'antisémitisme » : la mise en demeure est collective, et le chantage, implicite.

Une constante, pas un accidentMai 2025, sur RTL : « C'est Netanyahou qui crée l'antisémitisme », lance déjà Ségolène Royal, en réaction à l'agression d'élus socialistes — dont des élus juifs — lors du défilé du 1er mai. Elle y avait jugé qu'il n'y avait « pas mort d'homme » et qu'il fallait « faire la hiérarchie des choses ».

De Boutcha à Gaza, la même pente

Ceux qui découvrent cette dérive ont la mémoire courte. Le 1er septembre 2022, sur BFMTV, Ségolène Royal dénonçait une « propagande de guerre par la peur » orchestrée par Volodymyr Zelensky, mettait en doute le bombardement de la maternité de Marioupol, le massacre de Boutcha, les récits de violences sexuelles. 

Les excuses vinrent deux jours plus tard — adressées aux victimes « si elles l'ont pensé ». Et dès octobre, sur i24, elle assurait : « j'avais raison ».

Dès février 2022, alors que les chars russes roulaient vers Kiev, elle réservait ses flèches non à Moscou mais aux candidats socialiste et écologiste, coupables d'être des « va-t-en-guerre ». Le 23 septembre encore, interpellée sur la Russie, elle se plaignait d'être traitée de « poutinolâtre » pour avoir parlé de paix.

Voilà la matrice. Face à l'agresseur puissant — le Kremlin hier —, prudence, nuance, appel à « la médiation ». Face à la victime l'Ukrainien qui compte ses morts, le Juif français qui compte les agressions , soupçon et sommation. La compassion de Ségolène Royal est sélective, et elle tombe toujours du même côté.




Le grand absent : le Hamas

Car il manque un acteur dans le récit royaliste. Dans cette chaîne causale où Netanyahou fabrique l'antisémitisme et où les Juifs doivent le désamorcer, le Hamas s'évapore. 

Le 7 octobre, ses massacres, ses otages, sa charte, sa stratégie qui consiste précisément à exposer sa propre population  tout cela disparaît du raisonnement. 

Royal, qui avait défilé contre l'antisémitisme deux jours après le pogrom, réclame aujourd'hui qu'on reconnaisse un « génocide » commis par Israël, mais n'exige rien de ceux qui ont ouvert cette guerre.

Elle n'a pas besoin de soutenir le Hamas pour lui rendre service : il lui suffit de construire un monde où il n'existe pas, où toute la responsabilité de la haine pèse sur Jérusalem   et, par ricochet, sur les Juifs de Paris. 

C'est exactement le récit dont les propagandistes du mouvement islamiste ont besoin pour prospérer en Europe.

Cette candidate cherche elle aussi à séduire l'électorat musulman et islamiste en accusant Israël ... et bien sûr les juifs.

Et c'est là l'illusion la plus dangereuse, que Sastre démonte en conclusion : croire qu'un gouvernement israélien « plus juste » réconcilierait les Juifs avec le monde. 

L'antisémitisme n'a jamais attendu Netanyahou. Il a précédé l'État d'Israël, il lui survivra s'il le faut. Il change de prétexte, jamais de cible.

Ségolène Royal brigue l'investiture d'une gauche qui prétend incarner l'universalisme. Elle vient de lui proposer une citoyenneté à deux vitesses : pleine pour les uns, conditionnelle pour les autres. Ce n'est pas une maladresse. C'est une régression. Les électeurs de la primaire, les 9 et 10 octobre, sauront s'ils veulent la ratifier.
Sources : débat LCI du 23 septembre 2026 ; dépêches AFP ; Peggy Sastre, Le Point ; Europe 1 (septembre 2022) ; Times of Israel (mai 2025).                     © JBCH  octobre 2026

jeudi 1 octobre 2026

La Méthode Milei ... JBCH N0 2610 - 193





Méthode Milei :

imposer le libéralisme à un pays shooté à la dépense publique... 
quelles leçons pour la France?



La venue de Javier Milel Président élu de l'Argentine à Paris du 30 septembre au 2 octobre pour l'Argentina Week et sa rencontre avec Emmanuel Macron tombe à pic. 




L'homme à la tronçonneuse est le seul libéral au monde à avoir été élu en promettant explicitement de couper dans l'État. 

Pour une droite française qui depuis 40 ans promet de baisser la dépense sans jamais le faire, le cas argentin est une expérience en laboratoire. 

C'est quoi, la méthode Milei?

Ce n'est pas juste "couper". C'est trois chocs simultanés :

1. Le choc budgétaire : A son arrivée, 18 ministères ramenés à 8, 50 000 à 80 000 emplois publics supprimés selon les bilans, fermeture d'agences clientélistes. Résultat : premier excédent budgétaire en 14 ans. 



2. Le choc monétaire : Arrêt de la planche à billets pour financer le déficit. L'inflation qui était à plus de 200% en 2023 est retombée à environ 30% en septembre 2025. 

3. Le choc narratif : La tronçonneuse brandie en meeting. Milei a assumé un "mépris infini pour l'Etat" et a transformé l'austérité en geste héroïque, pas en gestion comptable.

Aujourd'hui, le revers de la médaille apparaît : PIB en repli de 0,6% au T2 2026 et un redécollage qui se fait attendre. La thérapie de choc stabilise, elle ne garantit pas la croissance. 

Peut-on l'importer en France?

Non, pas en copier-coller. Et pour trois raisons structurelles :

L'Argentine était au bord du gouffre, pas la France. Milei a pu imposer 200% d'inflation comme argument massue. 

La France a 57% de dépenses publiques sur PIB, 3200 milliards de dette, mais une inflation à 2% et un euro qui nous protège. 

On n'a pas le sentiment d'effondrement qui fait accepter la tronçonneuse.





 L'Argentine n'avait plus d'Etat social à défendre. Milei a coupé dans un Etat corrompu et inefficace. 

En France, couper touche immédiatement le pouvoir d'achat, la retraite, la fonction publique territoriale. Politiquement, c'est suicidaire sans majorité idéologique.

 L'Argentine est présidentielle. Milei, même minoritaire au Congrès, gouverne par décrets. La France est une démocratie parlementaire fragmentée où chaque niche fiscale a son lobby.

C'est là qu'est la "malédiction libérale" française : nous voulons l'équilibre argentin sans jamais oser la campagne argentine.



Les 4 leçons transposables pour 2027

Si la méthode n'est pas importable, l'esprit l'est :

Leçon 1 : Le mandat clair. Milei a été élu SUR la tronçonneuse, pas malgré elle. La droite française a toujours fait l'inverse : promettre de ne pas toucher aux retraites pour rassurer, puis échouer à réformer. Il faut faire campagne en disant exactement où on va couper.

Leçon 2 : Couper l'Etat, pas les services. La bonne tronçonneuse française n'est pas de supprimer des infirmières. 
C'est de faire ce que Milei a fait : 18 ministères -> 8. En France : fusionner les agences, supprimer les comités Théodule, fermer l'ADEME, l'OFII et les 1200 agences d'Etat qui sont en double, 80 000 postes administratifs centraux, pas 80 000 soignants.

Leçon 3 : La séquence. Milei a d'abord fait l'excédent, puis la dérégulation. En France, on fait l'inverse : on libère un peu sans jamais équilibrer. 

La leçon c'est : 18 mois de rigueur crédible pour baisser les taux, puis baisse massive des charges.

Leçon 4 : La bataille culturelle. Le rassemblement de quelques dizaines de pro- Milei près de l'ambassade d'Argentine à Paris le 30 septembre montre que la demande existe. 



Milei a gagné parce qu'il a parlé aux jeunes qui n'avaient jamais connu autre chose que la décadence. La droite française parle encore aux retraités. Ma nièce qui vit a Buenos Aires a souligné la popularité de Milei partout et dans tous les milieux.

En conclusion, la France n'a pas besoin d'un Milei français. Elle a besoin de son audace. 

Pas d'une tronçonneuse aveugle, mais d'une tronçonneuse assumée, avec un mandat de rupture clair : "Nous allons dépenser moins pour taxer moins."



Qui était Aboulafia ... JBCH N° 2610 - 192

 


Abraham Aboulafia (1240 - 1291) 

Le père de la Kabbale prophétique

C'est l'image que tu as postée, une des figures les plus fascinantes et les plus controversées du mysticisme juif.

1. Les origines

Abraham ben Samuel Aboulafia naît en 1240 à Saragosse, en Espagne, dans une famille séfarade distinguée. Très jeune il étudie la Torah, le Talmud, la philosophie - notamment Maïmonide et son Guide des égarés - et la Kabbale. Après la mort de son père en 1258, il commence une vie d'errance qui va le marquer : Grèce, Terre d'Israël en 1260, il veut retrouver les dix tribus perdues, puis l'Italie.




2. Le voyageur visionnaire

Pendant 10 ans il vit entre Capoue, Bologne et Messine. Il se présente comme un prophète, voire le Messie. Son acte le plus audacieux : en 1280, il décide de convertir le Pape Nicolas III à Rome pour obtenir la paix entre les religions et la libération de la Terre Sainte. Il se rend à Suriano, près de Rome, où le Pape séjournait l'été. Le Pape, furieux, ordonne de le brûler. La veille du rendez-vous, Nicolas III meurt subitement d'une apoplexie. Aboulafia est arrêté puis libéré.

Après cet épisode, il s'exile à Messine, en Sicile, où il passe les 10 dernières années de sa vie, entouré de disciples. Il y meurt vers 1291


                            




3. Sa révolution : la Kabbale prophétique

Jusqu'à lui, la Kabbale était surtout théosophique : on expliquait la structure de Dieu (les Sefirot). Aboulafia invente autre chose : la Kabbale Ecstatique ou Prophétique.

Pour lui, le but n'est pas de comprendre Dieu, mais de s'unir à Lui. Cette union s'appelle la devekut. Sa méthode est unique :

•  Méditation sur les lettres hébraïques, leurs combinaisons, leur numérologie (gematria)

•  Respiration contrôlée, mouvements de tête, répétition de Noms Divins

•  Il veut par ces techniques libérer l'âme du rationnel et atteindre l'état prophétique, comme les prophètes bibliques.

C'est pour cela qu'il a été rejeté par une grande partie des rabbins de son époque, dont le Rashba (Salomon ben Adret), qui l'excommunie en 1305.





4. Son oeuvre

Auteur extrêmement prolifique - plus de 50 livres. Les deux plus connus que tu vois sur l'affiche :

•  Sefer ha-Ot (Le Livre du Signe) : récit autobiographique et prophétique

•  Imre Shefer (Paroles de Beauté) : traité de Kabbale prophétique

Ses enseignements vont influencer toute la mystique juive, de la Kabbale de Safed au hassidisme, et aujourd'hui il est redécouvert par les universitaires comme le grand maître de la méditation juive.





En une phrase : c'était un intellectuel séfarade qui a voulu transformer la Kabbale d'une théorie sur Dieu en une pratique pour devenir prophète soi-même.


https://www.facebook.com/watch/?v=442252500455861

mercredi 30 septembre 2026

Des Anticorps et la Biodiversité pour contrôler l'IA. JBCH N° 2026 - 191



Red Queen Bio : 

L’IA contre les bioweapons de demain



Dans un bar à vin près des bureaux d’OpenAI à San Francisco, deux entrepreneurs biotech, Hannu Rajaniemi et Nikolai Eroshenko, discutaient d’une double émotion : l’inquiétude et l’excitation. Les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle rendaient plausible la conception de nouveaux agents pathogènes par des terroristes ou des États voyous. Leur idée ? Utiliser l’IA pour créer des remèdes contre ces menaces… et contre d’autres fléaux au passage.

C’est ainsi qu’est née Red Queen Bio, une startup de biosécurité IA dans laquelle OpenAI est un investisseur majeur. La société a levé 36 millions de dollars. Elle se concentre sur la conception d’anticorps capables de protéger contre des familles entières de virus, y compris des pathogènes encore inexistants, conçus par IA.




Pourquoi les anticorps ?

Les fondateurs (tous deux titulaires de doctorats, en physique mathématique et en bio-ingénierie) misent sur les anticorps pour une raison simple : ils peuvent offrir une protection large et relativement rapide. « Plus la liaison est forte, moins il en faut. Soudain, on a quelque chose de scalable », explique Nikolai Eroshenko, le CEO.

L’entreprise travaille déjà sur des anticorps contre la grippe aviaire et d’autres virus de la famille des grippe. Des essais cliniques humains sont prévus pour l’année prochaine. Ensuite, elle élargira ses recherches aux coronavirus, aux virus de type Ébola, aux virus transmis par les chauves-souris, aux fièvres hémorragiques et aux pathogènes de type variole.

Le contexte de la menace

Les grands acteurs de l’IA constatent une augmentation des demandes dangereuses. OpenAI a observé des centaines d’utilisateurs interrogeant ses modèles sur la fabrication et le déploiement de poisons et d’armes biologiques. Anthropic a détecté des tentatives d’utiliser Claude pour modifier un virus de la grippe aviaire afin de le rendre plus dangereux pour les mammifères, ou pour rendre le chikungunya plus pathogène.

Dans ce domaine, l’avantage va souvent à l’attaquant : il peut prendre tout le temps qu’il veut pour concevoir une arme. Les défenseurs, eux, n’ont pas des années pour développer une contre-mesure. La réponse au Covid-19 a montré qu’un effort accéléré de mise au point d’un vaccin peut tout de même prendre environ neuf mois.




Une approche « Red Queen »

Le nom de la société fait référence à la Reine Rouge de Lewis Carroll (De l’autre côté du miroir) : il faut courir sans cesse pour rester sur place. Red Queen Bio part du principe que si les protections actuelles échouent, la société doit être prête. « Nous voulons permettre que des choses positives se produisent. Si nous détruisons la civilisation, nous n’y arriverons pas », résume Hannu Rajaniemi.

En plus de concevoir des anticorps, l’entreprise collabore avec OpenAI sur des tests de type red-teaming et discute de stratégies de réponse aux risques biologiques. Dans son laboratoire de Boston, les scientifiques testent des échantillons d’anticorps antigrippaux et réinjectent les résultats dans leurs modèles d’IA, qui proposent ensuite des designs de plus en plus efficaces.

Une industrie émergente

Red Queen Bio s’inscrit dans un écosystème naissant de startups de biosécurité à l’ère de l’IA : détection de virus dans l’air, surveillance des eaux usées, systèmes d’alerte précoce, etc. L’objectif à plus long terme est d’intégrer ces anticorps dans les stocks stratégiques américains et européens, et de pouvoir en concevoir et en produire de nouveaux assez rapidement pour stopper une menace émergente.

Comme le souligne Rajaniemi :

« Ce n’est pas limité par la biologie. C’est limité par notre intelligence. »





https://www.youtube.com/watch?v=XLg-mgvmsrs


© JBCH Réflexions.        Septembre 2026

Article inspiré d’un reportage du Wall Street Journal (Georgia Wells). Version condensée et réécrite pour le blog.