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vendredi 7 août 2026

La Lettre KOF JBCH N° 2026 - 059

 Alphabet & mystique

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ק

La lettre Kof : sainteté, singe, cercle

Vingtième lettre de l'alphabet hébreu, valeur 100 : trois sens s'y superposent, du plus élevé au plus trivial, et c'est précisément cette tension qui en fait la clé.



Trois mots partagent la même initiale : kedoucha, la sainteté ; kof, le singe ; hakafa, le cercle. Ce n'est pas un hasard de vocabulaire mais, selon la tradition, une même architecture de sens. 

La sainteté y est définie non comme une qualité morale mais comme une séparation absolue : est saint ce qui est radicalement autre, hors de toute mesure — un peu ce que Freud, sans le vouloir, avait approché en parlant de « sentiment océanique ». 

Demander à un peuple d'être saint, c'est donc moins lui demander d'être vertueux que de rester résolument différent.

Un distinguo fin traverse cette discussion : l'hébreu sépare kadoch, saint — réservé à Dieu et, par extension, à l'homme — de kodech, consacré, réservé aux objets et aux lieux. 

On ne dit pas que la Terre d'Israël est « sainte » mais qu'elle est « consacrée » — une nuance que la traduction française efface presque toujours, et qui déplace le vertige : l'homme n'est pas sommé d'être saint en lui-même, mais d'entretenir un rapport à la sainteté.




Une lettre qui se fissure


La forme graphique du kof porte cette tension jusque dans son tracé : la lettre se compose d'un rèch, associé à la tête et à la transcendance, et d'un vav, qui plonge sous la ligne d'écriture, les deux traits restant physiquement disjoints. 

Cet interstice, disent les kabbalistes, est le vide nécessaire entre l'infini et l'homme : sans cet écart, rien ne pourrait exister à côté de Dieu. Et si la jambe du vav descend sous la ligne, c'est, selon une lecture symbolique, pour offrir une prise à qui tombe : une main courante pour remonter vers la sainteté.

Kof porte en germe son propre contraire : initiale de la sainteté, elle l'est tout autant du mal et de ses « écorces », les fameuses klipoth de la cabbale.
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Alphabet & mystique2/2

Quand l'homme descend du singe






Le second sens de kof est plus trivial en apparence : en hébreu, le mot désigne aussi le singe. 

Un Midrach y voit une inversion facétieuse du darwinisme : ce ne serait pas l'homme qui descendrait du singe, mais certains hommes qui, à force d'imiter sans jamais créer, se seraient transformés en singes. 

Le singe n'est pas ici un animal de zoo, mais une figure de l'imitation pure,celle que la mode, la publicité ou la culture de masse cultivent aujourd'hui à grande échelle, en poussant chacun à copier un modèle plutôt qu'à exister par lui-même.

C'est aussi, dans cette lecture, une manière de désigner la perte d'humanité au sens le plus grave : avoir forme humaine ne suffit pas à faire un homme, si l'on a renoncé à toute part de sainteté — une idée que le dialogue applique, sans détour, à la déshumanisation pratiquée par les nazis eux-mêmes.

Le cercle sans commencement ni fin





Le troisième sens, hakafa, « entourer », ouvre sur la géométrie du divin. Le cercle, dans la cabbale comme dans la pensée hassidique, danses rituelles, hakafot des fêtes symbolise ce qui n'a ni début ni fin, donc l'infini, Ein Sof. 

Il n'y a dans un cercle ni haut ni bas : une égalité de principe que l'on retrouve dans l'image d'une terre ronde, sans point plus élevé qu'un autre. 

Reste une question que le dialogue laisse ouverte : comment relier ce cercle infini à son centre ? Le philosophe, dit le texte, part du monde visible pour y chercher Dieu ; le kabbaliste part de Dieu pour comprendre comment le monde peut exister.

Trois sens, donc, pour une seule lettre : la sainteté qui sépare, le singe qui imite, le cercle qui enveloppe. Trois façons de poser la même question, jamais résolue : où est la limite entre l'homme qui s'élève et l'homme qui se contente de suivre ?




Inspiré de l'entretien entre Josy Eisenberg et Adin Steinsaltz 


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