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samedi 1 août 2026

Riche dans son sous-sol , pauvre à cause de son dogmatisme JBCH N° 2608 - 043

Énergie & souveraineté1er août 2026

Le gaz qu'on interdit chez nous, le pétrole qu'on refuse même de chercher

La France importe massivement du gaz de schiste des États-Unis et du Canada alors que son propre sous-sol en regorge. Et pendant ce temps, elle ferme aussi la porte à toute recherche pétrolière sur son territoire.

La loi Jacob de 2011 interdit la fracturation hydraulique sur le territoire français — seule technique connue pour extraire le gaz de schiste. Le sous-sol français n'a pourtant rien d'un désert géologique : bassin parisien et bassin du Sud-Est renfermeraient, selon l'Agence américaine de l'énergie, de l'ordre de 3 900 milliards de mètres cubes de gaz techniquement récupérable. 

Ce gaz-là reste sous nos pieds. Celui que nous brûlons vient d'ailleurs : la France est la première capacité européenne d'importation de GNL, et le gaz américain — composé à environ 80 % de schiste selon l'EIA elle-même — en représentait déjà près de la moitié en 2023.

La loi Hulot de 2017 est allée plus loin encore : elle a mis fin à la délivrance de tout nouveau permis de recherche d'hydrocarbures, gaz et pétrole confondus, avec extinction programmée des concessions existantes d'ici 2040. 

Officiellement pour tenir l'objectif de neutralité carbone. Dans les faits, la France a choisi de fermer les yeux sur ce qu'elle a sous les pieds pour continuer d'importer ce que d'autres extraient à sa place, avec les mêmes techniques et les mêmes conséquences environnementales, simplement délocalisées.



On ne défend pas le climat en interdisant chez soi ce que l'on continue d'acheter, par cargos entiers, à l'autre bout du monde. On déplace le problème, on ne le résout pas.


C'est là que le double discours écologiste s'effondre : interdire la recherche sur son propre sol, au nom du principe, tout en finançant à quinze ans les mêmes technologies chez le fournisseur américain, ce n'est pas une politique climatique, c'est une politique d'affichage. 




Le gaz brûlé est le même, le CO2 émis est le même : seule la dépendance stratégique change, de Moscou hier à Houston aujourd'hui.

Repères

Deux lois, une même logique

2011, loi Jacob : interdiction de la fracturation hydraulique.

2017, loi Hulot : fin des nouveaux permis d'exploration d'hydrocarbures, extinction des concessions d'ici 2040.

Production pétrolière française : environ 1 % de la consommation nationale, bassins parisien et aquitain.

Importations gazières : GNL américain ≈ 49 % des importations françaises (2023), ~80 % issu du schiste.

L'autre son de cloche

Les défenseurs de ces lois répondent que la faible part de la production française (1 % de la consommation) rend l'argument de souveraineté marginal, et que les risques justifiant l'interdiction — nappes phréatiques, sismicité, fuites de méthane — ne disparaissent pas parce que le gisement est petit. Pour eux, la réponse à la dépendance importée est la sobriété et les renouvelables, pas la réouverture des forages.

Si la France ouvre les robinets et change ces lois absurdes ... On aura créé près d'un million d'emplois, et une balance des paiements positive pour des dizaines d'années. Pauvre France !

Jeux de puces ... JBCH N° 2608 - 042

 Technologie & géopolitique

1er août 2026

ASML acculé : 

Le verrou hollandais sur les puces se fissure


Le groupe néerlandais détenait un monopole mondial sur les machines de lithographie de pointe. La Chine, longtemps tenue à distance par les restrictions occidentales, s'approche désormais de la même technologie.

ASML n'a jamais eu de concurrent sérieux. Le groupe néerlandais conçoit seul, depuis deux décennies, les systèmes de lithographie par ultraviolet extrême (EUV) qui gravent les circuits les plus fins sur les puces les plus avancées.




Un monopole quasi total sur l'EUV et près de 88 % de part de marché sur le segment DUV Immersion, jamais sérieusement contesté jusqu'ici. 

Toute la stratégie occidentale de restriction technologique envers Pékin reposait sur ce verrou.

Ce verrou vient de se fissurer sur deux fronts à la fois. D'abord la DUV : une société chinoise basée à Shanghai, soutenue par l'État, a entamé une fabrication en série de machines de gravure par ultraviolet profond en immersion, avec une livraison prévue à des fondeurs comme SMIC, Hua Hong et CXMT. Ensuite l'EUV elle-même.




Un premier prototype chinois, dévoilé en juillet à Shenzhen, a généré pour la première fois une lumière UV de 13,5 nanomètres — la signature même de la technologie d'ASML.


Mais la vraie fragilité n'est pas dans l'EUV encore balbutiant : elle est dans la DUV, où la Chine produit déjà — et qui suffit, selon plusieurs analystes, à fabriquer des puces avancées.

Si Pékin et la société SMEE parvient à graver l'essentiel de ses puces avec des outils fabriqués sur son propre sol, les restrictions américaines et néerlandaises perdent une bonne partie de leur portée, quand bien même l'EUV resterait, pour quelques années encore, hors de portée chinoise.


Repères

Le rapport de force

ASML : monopole EUV, ~88 % du marché DUV Immersion, 5 150 fournisseurs dont 80 % en Europe.

Chine : production DUV en série visée dès 2026 (5 machines), prototype EUV à Shenzhen (juillet 2026).

Riposte occidentale : le MATCH Act, déposé en avril 2026, étend les restrictions à l'ensemble des équipements DUV par immersion.



Les Lois Noahides ... JBCH N° 2608 - 041

Pensée & tradition1/2

Les lois noahides : le socle éthique que l'humanité n'a jamais reçu par la raison seule

Bien avant Grotius ou Locke, la littérature talmudique posait l'idée d'un droit minimal commun à tout homme, indépendant de la Révélation faite à Israël. 

Pour moi, les sept lois noahides sont une boussole : elles rappellent que la vie, la justice et la dignité humaine ne sont pas négociables.  Elles peuvent rassembler ce qui paraît aujourd’hui dispersé, sans demander à chacun d’abandonner son identité. Dans le tumulte actuel, elles offrent un langage moral commun pour reconstruire la confiance et la paix.   Jacques-Bernard — Chronique

L'idée d'un socle éthique commun à l'humanité, distinct de la Torah révélée au Sinaï, remonte à la littérature talmudique, Sanhédrin 56a-60a et la Tossefta Avoda Zara, rédigées entre le IIIe et le Ve siècle, mais adossées à une tradition orale que les Sages font remonter bien plus haut. 

Le texte fondateur, dans le récit biblique, se trouve en Genèse 9, la paracha Noah : après le Déluge, D.ieu conclut avec Noé et sa descendance une alliance universelle  interdiction de verser le sang, interdiction de consommer la chair prélevée sur un animal encore vivant, promesse scellée par l'arc-en-ciel.

L'énumération complète des sept lois, pourtant, n'est pas donnée telle quelle dans le texte biblique : elle résulte d'un travail exégétique des Sages, qui en rattachent six à l'injonction faite à Adam en Genèse 2,16, et ajoutent la septième, l'interdiction du membre arraché à l'animal vivant, au moment de Noé. D'où le nom : des commandements antérieurs à Abraham et à la Révélation sinaïtique, valables pour Noé, ses fils, et par extension pour les « soixante-dix nations » de la table des peuples de Genèse 10.




Maïmonide et les « Justes parmi les Nations »

Maïmonide, dans le Michné Torah (Hilkhot Melakhim, chapitre 8), systématise cette doctrine et forge la notion de « Hassidei Oumot HaOlam », 

les Justes parmi les Nations : quiconque observe ces sept lois par soumission à la volonté divine, et non par simple raison, prendra part au monde futur, sans avoir à se convertir au judaïsme.


Repère

Les sept lois noahides

  1. Interdiction de l'idolâtrie (avoda zara)
  2. Interdiction du blasphème (birkat Hashem)
  3. Interdiction du meurtre (shefikhout damim)
  4. Interdiction de l'inceste et unions prohibées (guilouï arayot)
  5. Interdiction du vol (guézel)
  6. Interdiction du membre prélevé sur un animal vivant (ever min ha-haï)
  7. Obligation d'établir des tribunaux (dinim)Maïmonide, Michné Torah— 1 —
Pensée & tradition2/2

Une préfiguration du droit naturel

C'est ce dernier point :  la validité universelle sans conversion — qui ouvre sur la dimension philosophique. Les lois noahides posent, bien avant Grotius ou Locke, l'idée d'un droit minimal commun à toute l'humanité, distinct des lois particulières d'un peuple élu : une préfiguration d'un droit naturel universel, opposable même aux nations qui n'ont pas reçu la Révélation.

Le Siècle des Lumières, en voulant fonder la justice sur la seule raison plutôt que sur le dogme révélé, aboutit à une prétention structurellement analogue — par la voie inverse.

Le point de convergence n'est donc pas la méthode, mais le but : unir l'humanité sous un socle éthique élémentaire, antérieur ou extérieur aux appartenances confessionnelles, permettant de séparer le for civique du for religieux.

 

Une actualité concrète en 2026





Depuis 1991, le Congrès américain inscrit une résolution annuelle, « Education and Sharing Day », faisant explicitement référence aux lois noahides comme fondement moral commun, sous l'impulsion du mouvement loubavitch et du Rabbi Menachem Mendel Schneerson. 

Des communautés de « Bnei Noah » non-juifs ayant volontairement embrassé ces sept commandements sans conversion existent aujourd'hui aux Philippines, en Afrique et en Amérique latine.

Mise au point

Ce que ce n'est pas

Une confusion récurrente, entretenue par certains milieux complotistes, présente les lois noahides comme un cadre que le judaïsme chercherait à imposer par la force aux nations. 


Il s'agit à l'inverse d'un cadre volontaire, offert comme grammaire éthique minimale — un pont, non une contrainte.

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vendredi 31 juillet 2026

ZZ remplace DD ... Le monde du football a t il vécu , JBCH N° 2607 - 040

ZZ remplace DD : la panique habillée en évidence

La Fédération cède à la pression médiatique et confie les Bleus à une légende (!)  sans banc depuis cinq ans, pendant que Gianni Infantino range provisoirement son projet de Coupe du monde vendue aux enchères.



Il fallait s'y attendre. Après la demi-finale ratée face à l'Espagne, où l'équipe de France a paru amorphe, incapable de construire le moindre danger face à une Roja supérieure sur tous les plans, la pression médiatique est devenue intenable. La Fédération n'a pas cherché un projet : elle a cherché un nom qui fasse taire les critiques. Zinédine Zidane coche peut-être cette case. Rien de plus, et je n'apprécie pas.



 Didier Deschamps, quatorze à la tête des Bleus, quitte son poste sur un échec contre l'Espagne.

Le bilan qu'on choisit d'oublier

On instruit vite le procès de Deschamps. On oublie plus vite encore ce qu'il laisse derrière lui : un titre mondial, une finale, une équipe reconstruite après des années de délitement. 

Sa course au troisième sacre s'est arrêtée net, mais réduire quatorze ans de travail à une seule soirée ratée est un raccourci commode, celui d'une époque qui ne juge plus que la dernière image.

Zidane, l'icône figée en 1998 Carton Rouge !


Zidane fut un joueur immense. Il reste, dans la mémoire collective, celui de 1998,  mais aussi celui du coup de tête sur Materazzi en finale 2006, carton rouge à l'appui, qui a coûté à la France sa dernière chance de titre ce soir-là. 


Entre ces deux images, vingt ans ont passé. Sans banc depuis son départ du Real Madrid en 2021, sans avoir jamais dirigé un vestiaire hors de la bulle madrilène, il arrive porté par une aura que le temps a figée plutôt qu'entretenue.


Une aura ne fait pas un projet de jeu. Et un homme qui n'a jamais eu à reconstruire une équipe en difficulté n'a encore rien prouvé de sa capacité à en diriger une.


Le vrai doute ne porte pas sur son passé de joueur, personne ne le conteste, mais sur son envergure de leader. Son départ du Real Madrid, loin d'être la sortie triomphale que l'on raconte, s'est faite sur fond de saison sans titre. 

S'il n'innove pas rapidement, s'il n'impose pas une méthode et une autorité que rien, jusqu'ici, n'a permis de vérifier hors du Bernabéu, ce mandat pourrait être court.



Zinédine Zidane, présenté sélectionneur, hérite d'un groupe convalescent et d'attentes immenses.
En marge

Infantino recule, Trump attend

Autre dossier révélateur de l'époque : le projet de Gianni Infantino de privatiser la Coupe du monde en association avec la famille Trump. Le tollé a été général dans le monde du football, et le projet a été mis de côté — provisoirement, tant la logique commerciale qui anime la FIFA n'a pas disparu avec cette reculade.

Deux dossiers, un même symptôme : des institutions du football qui gouvernent sous la pression de l'instant plutôt que par la vision.

Repères

DD : 2012–2026, un titre (2018), une finale (2022), une demi-finale (2026).

ZZ : contrat de quatre ans, premier rendez-vous en Ligue des Nations dès septembre.




Alerte à Ceuta ! JBCH N° 2607 039


 En direct  ·  31 juillet 2026

Ceuta submergée

Plus de 60 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole  







Du jamais vu. Selon le président de l'enclave, Juan Jesús Vivas, environ 60 000 migrants ont traversé la frontière entre le Maroc et Ceuta en l'espace d'une seule journée, jeudi 30 juillet l'équivalent de 70 % de la population locale, absorbé en quelques heures par un territoire de 18,5 km².




Un bilan déjà lourd

Le flux ne s'est pas interrompu dans la nuit : des milliers de personnes ont continué à passer, certaines à la nage, d'autres en escaladant les grilles côté marocain avant de rejoindre la mer sur les derniers mètres. 




Au moins 34 personnes sont mortes en tentant la traversée. « Il y a eu un flux constant de personnes toute la nuit », a confirmé une source policière à l'AFP vendredi matin — les arrivées se poursuivaient encore à l'heure où ces lignes sont écrites.




Un précédent qui pâlit en comparaison


La crise migratoire de mai 2021 — 8 000 à 10 000 arrivées en deux jours, après un relâchement des contrôles marocains lors du différend sur le Sahara occidental — avait déjà été qualifiée de « crise grave pour l'Espagne et l'Europe » par Pedro Sánchez. 


Elle ne représente, cette fois, qu'une fraction de l'ampleur du mouvement en cours : six fois plus de personnes ont franchi la frontière en une seule journée que lors de l'intégralité de l'épisode de 2021.

70 % de la population de Ceuta, absorbés en une seule journée.

La réponse espagnole et européenne




Pedro Sánchez est attendu sur place ce vendredi, accompagné du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, pour rencontrer les forces de l'ordre à la frontière puis les responsables régionaux. 


L'armée a été déployée pour empêcher le blocage de la route nationale, engorgée par les véhicules transportant de jeunes arrivants. Des renforts policiers, dont des plongeurs, ont également été annoncés. 




Côté européen, le commissaire à la Migration Magnus Brunner a indiqué être en contact permanent avec Madrid, la Commission ayant proposé un soutien opérationnel via Frontex.


La majorité des arrivants sont marocains, et parmi eux une forte proportion de jeunes hommes et de mineurs. 





La situation reste tendue des deux côtés de la frontière, avec un renforcement des effectifs tant marocains qu'espagnols sans qu'aucun calendrier de retours accéléré n'ait, à ce stade, été rendu public.





— J.-B.

L'Helium du Qatar JBCH N° 2607 - 038

Éditorial  ·  28 juillet 2026

L'hélium, ou quand le Qatar tient l'Occident par un fil invisible

Ras Laffan, les puces électroniques, et une vulnérabilité qu'on découvre trop tard

Complexe gazier de Ras Laffan, Qatar

Le complexe gazier de Ras Laffan, au Qatar — l'un des plus grands terminaux GNL au monde.

O

n ne pense jamais à l'hélium tant qu'il fonctionne. Il gonfle les dirigeables, refroidit les IRM, purge les réservoirs de fusées, et surtout, discrètement, rend possible la fabrication des puces qui font tourner nos ordinateurs, nos smartphones et, désormais, l'intelligence artificielle.

Ce gaz inerte, incolore, qu'on croirait sorti d'un roman de Jules Verne, est devenu l'un des maillons les plus fragiles de la chaîne technologique mondiale , et ce maillon passe, pour 40 % de l'approvisionnement européen, par le site qatari de Ras Laffan. 

Un site qui vient d'être endommagé par les frappes iraniennes pendant la dernière escalade régionale, avec des conséquences directes et immédiates sur les cours mondiaux.

Ce que Téhéran vise avec ses missiles n'est donc pas seulement une infrastructure gazière : c'est, indirectement, la capacité de l'Occident à produire des semi-conducteurs, à faire fonctionner ses hôpitaux, à déployer sa 5G.

Un duopole qui n'a rien d'anodin

La géographie de cette dépendance devrait faire réfléchir. Les États-Unis et le Qatar, à eux deux, produisent plus des trois quarts de l'hélium mondial. La Russie et l'Algérie complètent un tableau où l'Europe, comme d'habitude, ne figure nulle part en tant que producteur, seulement en tant que consommateur captif.

On retrouve ici, sous une forme différente, la même vulnérabilité structurelle que celle du gaz naturel ou du pétrole : une ressource critique concentrée dans des zones instables, à la merci d'un tir de missile houthi sur un pétrolier, d'une fermeture du détroit d'Ormuz, ou d'une frappe iranienne sur une installation qatarie.

Carte du détroit d'Ormuz

Le détroit d'Ormuz — un goulot d'étranglement qui pèse bien au-delà du seul pétrole.
Le Qatar, qu'on présente si souvent comme un médiateur bienveillant, se révèle aussi être un point de passage obligé pour une ressource stratégique de premier ordre.

Le Qatar, qu'on présente si souvent comme un acteur neutre, voire comme un médiateur bienveillant dans les négociations régionales, se révèle ainsi être aussi un point de passage obligé pour une ressource stratégique de premier ordre, ce qui devrait inciter à relire son double jeu diplomatique, entre financement du Hamas et rôle d'intermédiaire indispensable, sous un jour nouveau.

Sans hélium, pas de puces, pas d'IA


Il y a une leçon plus large ici, et elle rejoint tout ce qu'on observe depuis des mois sur les vulnérabilités énergétiques du Golfe : l'Arabie saoudite exposée aux drones houthis.

Hodeïda bombardée, le détroit d'Ormuz sous la menace permanente d'un blocus iranien, et maintenant Ras Laffan qui rappelle que même les infrastructures qui semblent éloignées du champ de bataille, un site d'extraction d'hélium sont en réalité des cibles stratégiques de premier plan dans cette guerre hybride que mène l'Iran contre ses voisins et, par ricochet, contre l'économie occidentale tout entière.


Salle blanche de fabrication de semi-conducteurs

Salle blanche de fabrication de semi-conducteurs — l'hélium y est indispensable au refroidissement et à la purge des équipements.

La découverte d'un gisement en Tanzanie par la société norvégienne Helium One, en 2016, avec des réserves suffisantes pour couvrir sept années de demande mondiale, offre un répit bienvenu, mais elle ne change rien au constat de fond.


Tant que l'essentiel de la production mondiale d'une ressource aussi critique dépendra de zones sous la menace directe de Téhéran, l'Occident restera otage, sans même le savoir, des calculs stratégiques iraniens.





JBCH Juillet 2026


Paracha Ekev. JBCH N° 2607 - 037

Paracha  ·  Ekev  ·  28 juillet 2026

Parachat Ekev : 

la fidélité dans l'épreuve

Deutéronome 7,12 – 11,25

La paracha Ekev poursuit le grand discours de Moïse avant l'entrée du peuple d'Israël en Terre promise. Son nom signifie littéralement « à la suite de », mais il évoque aussi le talon (akev). La tradition y voit une leçon décisive : les fondements d'une vie juste ne reposent pas seulement sur les grands gestes héroïques, mais aussi sur les mitsvot que l'on risque de fouler du talon,  les devoirs quotidiens, apparemment modestes.

Rouleaux de Torah

Rouleaux de Torah — la parole transmise, du talon à la tête.

« Ce n'est pas par ta justice »

Moïse rappelle au peuple que la prospérité à venir ne devra jamais être confondue avec une supériorité morale. « Ce n'est pas par ta justice » que tu reçois cette terre, avertit-il. Cette phrase est d'une actualité philosophique durable : ni la puissance, ni la réussite, ni même le sentiment d'avoir raison ne dispensent d'humilité. 

Une nation, comme une personne, se fragilise lorsqu'elle attribue ses succès à sa seule force. La mémoire de l'esclavage, de la manne et du désert sert précisément à combattre l'ivresse de la puissance.

La manne, ou l'homme au-delà du pain

La manne est au cœur de cette pédagogie. Elle apprenait que « l'homme ne vit pas de pain seulement » : la vie humaine n'est pas réductible à l'abondance matérielle, à la sécurité ou au calcul des intérêts. 


Elle dépend aussi d'une parole, d'une loi et d'une capacité à reconnaître une limite. Dans un monde politique où la peur pousse facilement à la brutalité, Ekev rappelle que la sécurité est nécessaire, mais qu'elle ne peut être le seul horizon d'un peuple.


Récolte de la manne dans le désert

                                                       La récolte de la manne dans le désert (atelier de Rubens, LACMA).
La vie humaine dépend aussi d'une parole, d'une loi et d'une capacité à reconnaître une limite.

Le second Shema : justice, mémoire, transmission

La paracha contient aussi le second paragraphe du Shema. Il relie la fidélité morale à la responsabilité collective : justice, mémoire, transmission aux enfants et rapport à la terre ne sont pas des domaines séparés. 

La terre elle-même devient, dans le texte, le miroir de la conduite humaine. Cela ne doit pas être lu comme une formule simpliste expliquant chaque événement historique par une faute ou un mérite ; c'est plutôt une exigence : une société ne se maintient pas durablement si elle abandonne la justice, la retenue et la responsabilité envers autrui.






Les talons du Messie

Dans la lecture kabbalistique, Ekev renvoie au temps des « talons du Messie », une époque de confusion où les repères moraux paraissent inversés et où les forces de division se manifestent avec vigueur. 

Le travail spirituel consiste alors à faire descendre la sainteté jusque dans les actes concrets : la parole publique, la manière de traiter l'adversaire, le refus du mensonge et la fidélité à la dignité humaine. La lumière ne réside pas seulement dans les idées élevées, mais dans la façon de les traduire en comportement.

Paysage désertique

                                                              Le désert, lieu de l'épreuve et de l'apprentissage de la limite.

Protéger sans perdre la loi

Appliquée avec prudence à la situation d'Israël, Ekev invite à tenir ensemble deux vérités : le droit et le devoir de protéger la population face aux menaces réelles ; et l'obligation de ne pas laisser la guerre, la colère ou le traumatisme dissoudre les principes de justice.

 Elle refuse autant la naïveté devant la violence que l'idée selon laquelle la nécessité sécuritaire permettrait tout. L'identité juive et israélienne ne se défend pas seulement par la force : elle se défend aussi par la fidélité à la loi .


Lucidité face à l'antisémitisme

Face à l'antisémitisme en Europe et en France, la paracha appelle également à la lucidité. La haine des Juifs ne doit jamais être excusée, relativisée ou dissimulée derrière un vocabulaire politique. 

Critiquer un gouvernement est légitime ; viser les Juifs comme collectivité, leur imputer des crimes imaginaires ou leur dénier une sécurité et une dignité accordées à tous les autres peuples ne l'est pas. 

Ekev demande de ne pas se laisser écraser par la peur, mais de répondre à l'hostilité par la mémoire, l'unité, l'éducation et une parole ferme.

Ce que retient Ekev

Son message final est donc exigeant : ne pas oublier d'où l'on vient, ne pas idolâtrer sa propre puissance, ne pas mépriser les petits devoirs, et conserver une boussole morale au cœur de l'épreuve. 


C'est peut-être là la force d'Ekev : rappeler que l'avenir d'un peuple se joue autant dans ses choix quotidiens et dans la qualité de ses paroles que dans les grands événements de son histoire.

 

JBCH.    Juillet 2026
« Tu choisiras le choix » — commentaire du rabbin Yann Boissière (ULIF Marseille).

Résumé animé de la paracha Ekev.                          JBCH Juillet 2026

Faut-il se méfier du dernier accord Trump ? JBCH N° 2707 - 036

Éditorial  ·  28 juillet 2026

Une virgule, pas un point final

L'accord avec le Hamas, désavoué le jour même par Jérusalem

Un accord avec le Hamas. Un accord signé, paraphé, célébré à grand renfort de communiqués depuis Washington, et déjà, le jour même de sa signature, désavoué par Jérusalem. Voilà résumée en une phrase la nature exacte de ce que le monde s'apprête, une fois de plus, à saluer comme une avancée historique.


Un texte, deux lectures

Le Board of Peace de Donald Trump annonce le désarmement complet du Hamas et des groupes armés de Gaza, un texte négocié avec l'Égypte, le Qatar et la Turquie ; mais le bureau de Netanyahou, en quelques heures, fait savoir que cette proposition en quinze points ne satisfait pas les exigences israéliennes de démilitarisation totale. 

Le décor est planté. La feuille de route précise doit être établie sous quatorze jours, avec extensions possibles soumises à l'accord de toutes les parties — ce qui, en langage diplomatique, signifie que rien n'est acquis et que tout peut se déliter avant même d'avoir commencé.




Un négociateur immobilier au Proche-Orient

Il faut se garder de prendre ses désirs pour la réalité, et c'est précisément le piège dans lequel Donald Trump, porté par son tempérament de négociateur immobilier, semble vouloir entraîner le monde entier. 

Un accord avec le Hezbollah, un accord avec le Hamas : la rhétorique se veut universelle, comme si ces mouvements obéissaient aux mêmes logiques, comme si l'on pouvait plaquer sur le Proche-Orient les méthodes d'une salle de conseil d'administration. 

Or quiconque connaît un tant soit peu l'histoire de la région sait qu'il ne s'agit jamais, avec ces organisations, d'un point final, mais d'une virgule.

Les trêves signées avec les mouvements islamistes n'ont jamais été, depuis des décennies, autre chose que des pauses tactiques : le temps de se réarmer, de reconstituer les stocks, de former de nouvelles recrues, de renouer les filières d'approvisionnement iraniennes, avant de reprendre, inlassablement, le même projet, l'effacement d'Israël, la négation d'une présence juive que l'on voudrait réduire à un accident de l'histoire, une parenthèse coloniale récente sur une terre qui aurait toujours appartenu à d'autres. 

C'est là un mensonge que le temps lui-même dément : les Juifs sont présents sur cette terre depuis trois mille ans, continûment, quand bien même les empires, les califats et les mandats se sont succédé au-dessus de leurs têtes.

Il ne s'agit jamais, avec ces organisations, d'un point final, mais d'une virgule.

Ankara à la table des négociations : le mauvais garant

Il y a, dans ce dossier, un détail que l'on passe trop vite : parmi les architectes de cet accord figure la Turquie d'Erdoğan, un pouvoir islamiste, issu de l'AKP, qui n'a jamais caché sa proximité idéologique avec les Frères musulmans dont le Hamas est directement issu. 

Confier à Ankara un rôle de garant dans le désarmement d'une organisation avec laquelle elle partage une matrice politique et religieuse revient à demander à un parrain de témoigner contre son filleul. 

Trump croit sans doute bien faire en élargissant le cercle des signataires pour donner du poids à son texte ; il se trompe s'il imagine que la Turquie fera pression pour un désarmement réel du Hamas, quand tout, dans la trajectoire diplomatique d'Erdoğan depuis vingt ans, indique plutôt qu'elle cherche à préserver ce mouvement comme relais d'influence régional.

Que Donald Trump se donne quinze jours pour aller « jusqu'au bout des choses » relève, à ce stade, davantage de l'incantation que de la stratégie. S'il parvient à imposer un désarmement réel et vérifié du Hamas, sous contrôle international effectif et non sous la simple promesse d'un texte, ce sera un succès diplomatique dont on ne pourra que se féliciter, y compris pour l'Autorité de Ramallah et pour la stabilité de toute la région. 

Mais s'il s'agit, comme tant de fois auparavant, d'un accord de façade destiné à produire une photographie et un titre de presse, alors l'échec sera cuisant — et il sera d'autant plus retentissant que le président américain se sera personnellement exposé, en s'érigeant en arbitre d'une paix qu'il annonce avant même qu'elle existe, avec pour partenaire de rédaction un régime qui n'a aucun intérêt réel à ce que le Hamas disparaisse.

Un répit, pas un renoncement

Les Arabes, eux, connaissent parfaitement la valeur de ce genre de texte : ils savent en jouer, en tirer un répit, en écarter la pression internationale, sans jamais renoncer à l'objectif de fond. 


Monsieur Trump ferait bien de s'en souvenir avant de crier victoire et de se méfier plus particulièrement de ceux, à Ankara, qui ont tout intérêt à ce que l'encre sèche sans que les armes ne changent réellement de main. 


Reste une question qui dépasse la seule actualité diplomatique : sommes-nous proches d'un temps où la paix régnera véritablement entre les nations, ou assistons-nous, comme si souvent, à l'ultime avatar d'un cycle que rien ne semble pouvoir rompre ? 


L'avenir seul le dira. En attendant, la prudence commande de ne célébrer aucune signature tant que les armes n'ont pas, réellement et durablement, changé de main. 

JBCH Juillet 2026.