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mercredi 12 août 2026

Futures Elections Présidentielles. JBCH N0 2608- 078

 Chronique · Institutions & présidentielle 2027

« Spoil system » à la française : 

Le vrai problème n'est peut-être pas celui qu'on croit

Gabriel Attal veut donner au futur président davantage de latitude pour choisir ses hauts fonctionnaires. 

François Bayrou dénonce une politisation dangereuse de l'administration. Mais si le blocage de l'action publique venait d'ailleurs ?


À l'approche de la présidentielle de 2027, le « spoil system à la française » revient hanter le débat politique, comme il le fait à chaque cycle électoral depuis les années 1990 sans jamais franchir le cap de la mise en œuvre réelle. 

Gabriel Attal veut donner au président élu davantage de latitude pour choisir les hauts responsables chargés d'appliquer son programme. François Bayrou, lui, dénonce une mesure qui politiserait l'administration. 

Derrière ce clivage, une question plus dérangeante : l'État français est-il vraiment entravé par sa haute administration, ou les responsables politiques cherchent-ils surtout à reprendre la main sur un appareil dont ils peinent, eux-mêmes, à obtenir les résultats promis ?

Un serpent de mer électoral

  • Emmanuel Macron avait déjà promis, dès 2017, un renouvellement des hauts fonctionnaires au nom de leur loyauté aux réformes
  • Le sujet ressurgit à chaque campagne présidentielle depuis les années 1990, sans jamais être formellement instauré
  • Le statut actuel de la fonction publique place déjà les emplois supérieurs à la discrétion du gouvernement


Un pouvoir de nomination qui existe déjà

C'est là que l'argument d'Attal se heurte à une réalité juridique gênante : le système français permet d'ores et déjà au pouvoir politique de reprendre la main sur sa haute administration. 

Les responsables nommés aux postes clés doivent certes être compétents, mais ils doivent surtout être loyaux et bénéficier de la confiance du gouvernement en place — ce qui, dans les faits, s'apparente déjà à une forme de spoil system feutré, sans en porter le nom ni en assumer la brutalité américaine.

Changer les têtes ne change pas les majorités, les arbitrages qui se contredisent d'un mois sur l'autre, ni un budget qui ne boucle jamais.

Le vrai goulot d'étranglement serait ailleurs

C'est l'angle mort de tout le débat : les blocages de l'action publique tiennent sans doute moins à la loyauté supposée insuffisante des hauts fonctionnaires qu'aux revirements politiques à répétition, à l'absence de majorité stable à l'Assemblée, à des arbitrages gouvernementaux qui changent au gré des remaniements, et à des contraintes budgétaires devenues, années après années, quasiment ingérables. 




Un haut fonctionnaire loyal au gouvernement du moment ne peut pas exécuter une politique que le gouvernement suivant renie six mois plus tard.

Le risque d'une fausse bonne idée

Ce que le spoil system pourrait casser

  • Une politisation excessive des nominations, au détriment de la compétence technique
  • Une rupture de la continuité de l'État à chaque alternance, y compris sur des dossiers de long terme
  • Un problème de vivier concret : remplacer massivement les cadres dirigeants suppose d'avoir, en réserve, des profils prêts à les remplacer

Reste que le débat, aussi daté soit-il, dit quelque chose de la présidentielle qui s'annonce : de Gabriel Attal à Jean-Luc Mélenchon, chacun cherche déjà, avant même le premier tour, les leviers institutionnels qui lui permettraient de gouverner sans être immédiatement neutralisé par un appareil d'État jugé, à tort ou à raison, insuffisamment docile.


Réformer les modes de nomination peut avoir du sens. Mais tant que l'instabilité gouvernementale, l'absence de majorité et l'impasse budgétaire resteront la norme, changer les têtes de l'administration ressemblera surtout à un remède qui soigne le symptôme en ignorant la maladie. A suivre ... 




Chronique inspirée d'un article de presse de Nicolas Bina et Pierre Steinmetz sur le débat du spoil system à la française.(Atlantico)                                JBCH Août 2026

Fauda revient. JBCH N° 2608 - 077

Chronique · Culture & séries

« Fauda » revient le 8 septembre, et cette fois la fiction rattrape le 7 octobre

Après un report par rapport à sa date de sortie initiale prévue en mai, la cinquième saison de la série israélienne culte débarque sur Netflix dans 190 pays. 

Deux épisodes, tournés après coup, affrontent directement le massacre du 7 octobre, avec un avertissement à l'écran pour le public israélien.


Pour les fans de Fauda du monde entier, le suspense touche à sa fin, ou plutôt, il est sur le point de commencer. 

Netflix diffusera la cinquième saison de la série israélienne consacrée à une unité de contre-terrorisme à partir du 8 septembre, disponible en arabe, hébreu, français et anglais, avec sous-titres adaptés à chaque public.




Repères

  • Série créée en 2015 en Israël, coproduite et interprétée par Avi Issacharoff et Lior Raz
  • Rachetée par Netflix, diffusée dans 190 pays
  • Saison 4 numéro 1 au Liban en janvier 2023, Top 10 en Jordanie, au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats
  • Saison 5 initialement prévue en mai, repoussée au 8 septembre


Un phénomène qui dépasse les frontières israéliennes

Le succès régional de la série a de quoi surprendre au regard du sujet traité : selon plusieurs témoignages rapportés dans la presse, 

Fauda serait devenue un véritable « plaisir coupable » pour une partie du public palestinien de Cisjordanie et de Gaza, séduit notamment par la présence de nombreux personnages palestiniens à l'écriture soignée, loin des clichés habituels de la fiction sécuritaire.

Une saison réécrite après le 7 octobre

Les scénarios de cette cinquième saison étaient déjà largement bouclés à l'automne 2023. Le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre a contraint Raz et Issacharoff à revoir leur copie pour intégrer cette nouvelle réalité au récit. 

Deux épisodes, diffusés au cœur de la saison, y sont directement consacrés, avec des scènes d'une violence si graphique qu'un avertissement a été ajouté à l'intention des spectateurs israéliens, les autorisant à les sauter s'ils redoutaient d'être trop bouleversés. 

Fait rare, les créateurs ont choisi de rendre ces deux épisodes disponibles gratuitement en ligne, en dehors de tout abonnement, pour quiconque souhaiterait les visionner isolément.

Nous avons voulu poser des questions difficiles à un public du monde entier : la vengeance en vaut-elle la peine ?— Avi Issacharoff, co-créateur de Fauda, interrogé par Deadline

Un casting élargi, direction Marseille

Aux côtés de Lior Raz, on retrouve les visages familiers de Doron Ben-David et Yaakov Zada-Daniel, rejoints cette saison par l'actrice française Mélanie Laurent, révélée notamment dans Inglourious Basterds de Quentin Tarantino. 

Changement de décor notable : une grande partie des premiers épisodes se déroule cette fois à Marseille plutôt qu'en Israël ou dans les territoires palestiniens, une première pour la série.


Reste à savoir si cette cinquième saison parviendra à transformer le traumatisme national qu'elle met en scène en une œuvre qui interroge, plutôt qu'elle ne referme, la question que pose Issacharoff lui-même : jusqu'où mène vraiment la vengeance ?







D'après l'article de Hannah Brown paru dans le Jerusalem Post.                        JBCH Août 2026

Gadi Eisenkot a la Côte ! JBCH N° 2608 - 076

Chronique · Politique israélienne

Gadi Eisenkot : la sobriété ne fait pas une doctrine

À l'approche des élections législatives de 2027, l'ancien chef d'état-major incarne aux yeux de nombreux Israéliens une figure de décence, à rebours du tumulte politique ambiant. 

Mais un premier ministre se juge sur sa vision stratégique, pas sur son tempérament.

À l'approche des élections législatives israéliennes de 2027, une candidature suscite un intérêt particulier : celle de Gadi Eisenkot. 

Ancien chef d'état-major de Tsahal, il incarne aux yeux de nombreux Israéliens une figure de sobriété et de décence, à rebours du tumulte permanent de la vie politique. 

Mais faut-il pour autant s'en remettre à cette seule image ? C'est la question que pose, non sans pertinence, le chroniqueur Eitan Chitayat dans les colonnes du Jerusalem Post.

Car un candidat au poste de premier ministre ne se juge pas sur sa biographie ou son tempérament, mais sur sa vision stratégique. Et à cet égard, le bilan d'Eisenkot mérite un examen sans complaisance.

Le plan Gideon, une doctrine contestée dès l'origine

C'est sous son mandat qu'a été conçu le plan Gideon, qui a réduit les effectifs de l'armée et des réservistes au profit d'une force plus technologique et plus légère. 

Plusieurs officiers, dont le général Yitzhak Brik, avaient alors alerté sur les risques logistiques d'un tel choix pour une armée appelée, un jour, à soutenir un conflit long. Ces mises en garde, rapporte l'article, auraient été largement écartées par Eisenkot.



Depuis le 7 octobre, cette question ne peut plus être esquivée.

La question posée depuis le 7 octobre

  • La doctrine Gideon a-t-elle contribué à rendre Israël trop dépendant du renseignement, de la technologie et de la puissance aérienne ?
  • Au détriment d'une force terrestre robuste et dissuasive, capable d'absorber un conflit long ?
  • Les alertes internes, notamment celles du général Brik, ont-elles été prises au sérieux à l'époque ?

Des positions qui interrogent l'image de centriste

L'article rappelle également certaines de ses positions sur le dossier palestinien — notamment l'idée, réitérée encore en juillet 2026, d'ouvrir le marché du travail israélien à des dizaines de milliers de travailleurs venus de Judée-Samarie. 

Une proximité est également relevée avec le mouvement contestataire de la place Kaplan et avec la gauche israélienne, en délicat contraste avec l'image de centriste consensuel qu'Eisenkot cultive.





La décence personnelle n'a jamais suffi à faire une doctrine de sécurité. Avant de s'en remettre à la figure rassurante du général sobre, les électeurs israéliens devront répondre à une question plus rude : celle du bilan réel de l'homme qui a taillé l'armée dans le format que le 7 octobre a mis si cruellement à l'épreuve.




Chronique s'appuyant sur l'analyse d'Eitan Chitayat parue dans le Jerusalem Post.            JBCH Août 2026

L'IA et le Golem ! JBCH N° 2608 - 075

Chronique · Histoire & intelligence artificielle

Le Golem du Maharal de Prague : 

La première mise en garde contre l'intelligence artificielle

Quatre siècles avant les débats sur l'alignement des grands modèles de langage, un rabbin de Prague façonnait dans l'argile une créature censée protéger sa communauté avant de devoir, lui-même, la désactiver. 

Cette légende dit peut-être mieux que nos rapports d'experts ce qui nous attend avec l'IA.

À la fin du XVIe siècle, Rabbi Yehouda Loew ben Betsalel, connu sous le nom de Maharal de Prague, façonne dans la glaise des rives de la Vltava une créature humanoïde destinée à protéger la communauté juive de la ville contre les persécutions et les accusations de crime rituel. 




Selon la légende, il anime cette créature   le Golem  en inscrivant sur son front le mot hébreu Emet, « vérité »

Une créature puissante, mais sans discernement

Le Golem obéit, protège, exécute. Mais il ne pense pas, il n'a ni libre arbitre, ni conscience morale, ni capacité à s'arrêter de lui-même. 

Dans plusieurs versions du récit, la créature grandit en force et en taille chaque jour, jusqu'à devenir incontrôlable, voire dangereuse pour ceux-là mêmes qu'elle était censée protéger. 

Le Maharal doit alors effacer la première lettre du mot inscrit sur son front, transformant "Emet" (vérité) en "Met" (mort), pour désactiver sa création avant qu'elle ne cause un dommage irréversible.




Un mythe fondateur, bien avant Frankenstein

Cette histoire, popularisée en Europe au XIXe siècle, est souvent considérée comme l'une des matrices du mythe moderne de la création artificielle incontrôlée — antérieure de près de deux cents ans au Frankenstein de Mary Shelley, et directement citée par des générations d'auteurs de science-fiction. 

Le mot même de « robot », inventé par l'écrivain tchèque Karel Čapek en 1920, naît d'ailleurs dans cette même Prague hantée par la légende du Golem.

Ce que la légende met en scène

  • Une créature fabriquée pour protéger, qui échappe progressivement au contrôle de son créateur
  • Une intelligence d'exécution, sans jugement moral propre
  • Un créateur seul responsable, en dernier ressort, d'arrêter sa propre création
  • Un mécanisme de désactivation pensé dès l'origine — l'équivalent, quatre siècles avant l'heure, d'un « bouton d'arrêt d'urgence »

Ce que l'IA contemporaine lui doit vraiment

Le Maharal n'a pas seulement créé le Golem. Il a créé, dans le même geste, la nécessité de savoir l'arrêter.

Ce qui frappe, en relisant cette légende à l'ère des grands modèles de langage, ce n'est pas tant la ressemblance technique, l'argile n'a évidemment rien à voir avec les réseaux de neurones, que la ressemblance structurelle du problème. 

Une intelligence créée pour servir un objectif précis, dotée d'une puissance croissante, mais dépourvue de la capacité à juger par elle-même des limites de son action : c'est très exactement le débat qui agite aujourd'hui les laboratoires d'IA sur l'alignement, le contrôle et la nécessité de conserver, à tout moment, la possibilité humaine d'interrompre le système.




Le Maharal, lui, avait anticipé une évidence que certains promoteurs de l'IA semblent parfois redécouvrir avec surprise : on ne peut pas se contenter de rendre une création puissante et utile, il faut penser, dès sa conception, à la manière de la reprendre en main si elle échappe à son but initial. 




Inscrire le mot juste sur le front de la créature ne suffit pas ; il faut aussi savoir, et pouvoir, en effacer la première lettre.

Un golem (hébreu : גולם, « embryon », « informe » ou « inachevé ») est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre, façonné afin d’assister ou défendre son créateur.(Wikipedia)


Quatre siècles séparent le rabbin de Prague des ingénieurs de la Silicon Valley. Le matériau a changé, l'ambition démesurée, elle, n'a pas bougé d'un pouce, ni la question qui la accompagne depuis l'origine : sommes-nous encore capables d'effacer la première lettre, le jour où il le faudra ?





JBCH Août 2026

mardi 11 août 2026

Pipe-Line Israël / Italie ! JBCH N° 2608 - 074

  

Déception des italiens qui n'ont pas trouvé au large de l'Egypte la nappe de gaz escomptée, 

Quant à la France elle devra probablement  … un jour … exploiter la richesse de son sous sol !





Le quai d’Orsay aurait demandé  « qu’aucun achat de gaz ne se fasse en Israël ». Mais la France n’a jamais imposé officiellement un tel embargo bilatéral. 


Cependant, le projet EastMed (gazoduc Leviathan – Chypre – Grèce – Italie) est bien une réalité. 


Ce projet, soutenu par l’Italie, la Grèce, Chypre et Israël, vise à acheminer le gaz israélien vers l’Europe du Sud d’ici 2027-2030, avec un coût estimé à 6-7 milliards d’euros.


 Il concurrence directement les projets de la France et de l’UE qui privilégient le gaz algérien, le GNL américain ou l’hydrogène vert.


Que ferait la France sans ce gaz ? La réponse est nuancée :


  1. La France n’est pas dépendante du gaz israélien. Sa consommation repose sur : le gaz norvégien (≈30%), le GNL américain et qatari (≈30%), le gaz algérien (≈15-20%), et le gaz néerlandais/russes (résiduel).

    L’arrivée du gaz israélien en Italie ne changerait pas structurellement l’approvisionnement français.

  2. Sur le gaz de schiste : la France possède d’importantes réserves (notamment dans le Bassin parisien et le Sud-Est), mais l’exploitation est interdite depuis 2011 par une loi votée sous Nicolas Sarkozy.
    Cette interdiction repose sur des risques environnementaux (pollution des nappes phréatiques par la fracturation hydraulique).
    Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, a maintenu cette interdiction, malgré des débats récurrents.  

  3. La stratégie française réelle : face à la diversification des routes gazières, la France mise sur :

    • L’électricité nucléaire (70% de son mix) et les renouvelables, réduisant sa dépendance au gaz pour la production d’électricité.
    • Le GNL : la France a investi dans des terminaux méthaniers (Dunkerque, Fos-sur-Mer) pour importer du GNL de multiples sources.
    • L’hydrogène vert et la sobriété énergétique, dans le cadre de la transition écologique.





En conclusion : la France ne serait pas « privée » de gaz si le projet EastMed aboutissait. Elle continuerait d’importer via d’autres canaux en payant bien évidemment le prix fort.


Le gaz de schiste reste une option théorique, politiquement et écologiquement verrouillée. Le vrai défi pour la France n’est pas de remplacer le gaz israélien, mais de garantir sa souveraineté énergétique dans un monde où les routes gazières se diversifient et se politisent. 


La réponse française est donc moins dans le gaz que dans l’accélération de sa transition énergétique et le renforcement de ses alliances (Algérie, Norvège, Qatar).


 On verra bien si les diplomates parti-pris et si naïfs imposeront leurs dogmes. Moi jen doute et je sens avec raison un certain  antisémitisme de la part du quai d’Orsay.



JBCH 2026

Trump à l'attaque du continent Africain. JBCH N° 2608 - 073

 Décryptage · Géopolitique africaine


jbch 2026


Trump redessine la stratégie américaine en Afrique, pendant que la France de Macron efface plus de deux siècles de présence

Loin d'avoir déserté le continent, Washington y renforce méthodiquement ses partenariats sécuritaires, du Sahel aux Grands Lacs, sur fond de rivalité frontale avec Pékin, Moscou, Ankara et Téhéran. 

Pendant ce temps, Paris solde en silence deux siècles de présence — et laisse le champ libre à un acteur autrement plus inquiétant : l'Africa Corps russe.

Un an après son investiture de 2017, Donald Trump choquait le monde entier en qualifiant l'Afrique de « pays de merde ». 

Moins d'une décennie plus tard, la réalité administrative dément largement la formule présidentielle : jamais l'appareil sécuritaire américain n'a été aussi actif sur le continent. 

Le contraste est d'autant plus frappant qu'il s'écrit en miroir inversé du retrait français, brutal et largement subi, des dernières années.

La sécurité comme axe prioritaire

Malgré une rhétorique présidentielle désinvolte, l'armée américaine maintient une architecture de défense à la pointe sur le continent. 

Les stratégies de défense nationale successives identifient la lutte contre l'extrémisme violent comme un objectif prioritaire  et pour cause : 

les pays du Sahel concentrent désormais plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Face à cette menace, Washington muscle ses liens avec les États côtiers, à travers des accords de défense formels avec le Ghana, le Nigeria et le Sénégal, ainsi qu'une coopération renforcée en matière de renseignement au Bénin, en Côte d'Ivoire et au Togo.



Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute, résume la doctrine américaine par une formule limpide : les Américains ont, selon lui, tiré les leçons de l'expérience militaire française sur le terrain. 

Washington privilégie désormais une approche hybride et à distance — surveillance aérienne, capteurs au sol, intelligence artificielle, formation des forces locales — plutôt qu'un engagement massif au contact, jugé à la fois coûteux et politiquement toxique dans la région.




Garantir l'accès aux marchés et contenir Pékin

Cette architecture sécuritaire répond aussi, très directement, à la rivalité stratégique avec la Chine. Le général Dagvin Anderson, chef de l'Africom, s'est publiquement inquiété de ce que les ports chinois installés en Afrique de l'Ouest pourraient, à terme, représenter une menace directe pour les intérêts américains. 

En mars 2026, Washington a repris contact avec les pays de l'Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), tout en se posant en médiateur entre la RDC et le Rwanda, dans un contexte de course effrénée aux minerais stratégiques.

L'Amérique de Trump ne s'est pas retirée d'Afrique. Elle en a simplement changé le prix d'entrée : moins de troupes au sol, plus de contrats et de capteurs.


Le grand vide français

Ce redéploiement américain n'aurait probablement pas la même portée sans l'effondrement, presque volontaire, de la présence française sur le continent. En quelques années, Paris a perdu ses bases au Mali, au Burkina Faso, au Niger, puis au Sénégal et au Tchad parfois expulsée manu militari, parfois sommée de partir par des juntes en rupture ouverte avec l'ancienne puissance coloniale. 





Deux siècles de présence, de réseaux diplomatiques, économiques et culturels, effacés en l'espace d'un mandat, sans qu'aucune stratégie de remplacement crédible n'ait été mise en musique à Paris. L'espace ainsi libéré n'est pas resté vide bien longtemps.




Et l'Africa Corps russe, dans tout ça ?

C'est précisément là que le tableau devient le plus préoccupant. Héritier du groupe Wagner après la mort de Evguéni Prigojine, l'Africa Corps s'est officiellement présenté comme une version plus disciplinée, davantage intégrée à l'appareil d'État russe. Sur le terrain, la continuité l'emporte largement sur la rupture : 


de nombreux combattants portent encore l'insigne Wagner sous leur nouvel uniforme, et la logique reste la même  : sécurité contre ressources.

L'Africa Corps en chiffres

  • Environ 10 000 à 12 000 hommes revendiqués au Mali selon l'Africa Corps lui-même ; des estimations d'analystes indépendants évoquent plutôt 3 500 combattants sur le terrain
  • Présence confirmée au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Centrafrique, en Libye et en Guinée équatoriale
  • Sanctionné par le Royaume-Uni en novembre 2024 pour violations des droits humains et exploitation des ressources naturelles au profit du Kremlin
  • Programme de prospection minière lancé par la société d'État russe Rosgeologie au Mali dès 2025

Le pillage n'est plus un simple soupçon documenté par des ONG : des images ont montré des Russes présents sur le plus grand site d'extraction artisanale d'or du Mali, à N'Tahaka, tandis que Moscou consolide en parallèle son accès à l'uranium nigérien et aux diamants centrafricains via des contrats signés avec les juntes locales. 

La promesse initiale — une sécurité efficace, sans les leçons de démocratie occidentales  s'est heurtée à une réalité plus rude : l'échec de Wagner à endiguer l'insurrection jihadiste a directement contribué à l'essor du Jnim au Mali, dont les blocus routiers ont plongé Bamako dans des pénuries de carburant à répétition ces derniers mois.




Un continent redevenu un marché de dupes

  • La Russie échange sécurité et mercenaires contre l'accès direct aux gisements d'or, de diamants et d'uranium
  • La Chine sécurise ses routes commerciales par des ports stratégiques que Washington juge menaçants pour ses propres intérêts
  • La Turquie et l'Iran étendent leur influence par la coopération militaire et religieuse, profitant du même vide laissé par la France
  • Les juntes sahéliennes, elles, jouent ouvertement ces puissances les unes contre les autres, au meilleur prix sécuritaire du moment

Un ancien diplomate américain résume crûment la vision de Trump : réduire l'Afrique à un réservoir d'opportunités économiques, et être présent partout où se joue la question des ressources stratégiques. 

C'est une realpolitik assumée, sans fard humanitaire,  mais elle a au moins le mérite de la cohérence face à un continent où la France a choisi, sans le vouloir vraiment, de laisser le champ libre à des acteurs autrement moins regardants sur les moyens.




Chronique inspirée d'un article de presse sur la stratégie africaine de l'administration Trump, enrichie d'éléments sur l'Africa Corps russe issus de sources indépendantes (Africom, The Sentry, presse spécialisée). JBCH Août 2026

Excellents résultats pour Milei. JBCH N° 2608 - 072

 Chronique · Économie & Amérique latine

Javier Milei : un pari économique en passe d'être gagné ?

Au début du XXe siècle, l'Argentine comptait parmi les pays les plus riches du monde. Un siècle de péronisme et de pseudo-populismes successifs l'a menée au bord de la ruine. 

Trois ans après l'arrivée de Javier Milei au pouvoir, les indicateurs macroéconomiques virent enfin au vert, mais la partie 'est pas encore gagnée.

Il faut avoir cette histoire en tête pour mesurer ce qui se joue à Buenos Aires : un pays qui, il y a un siècle, figurait parmi les plus riches de la planète, rattrapé par des décennies de dérèglement monétaire, de dépense publique incontrôlée et de démagogie électorale entretenue par le péronisme et ses avatars. 

C'est ce passif que Javier Milei a promis de solder à coups de tronçonneuse budgétaire depuis son arrivée au pouvoir.

Les indicateurs macroéconomiques passent au vert

Après une inflation de 211 % en 2023, le taux annuel est retombé à environ 30 %. Le PIB a rebondi de 4,4 % en 2025 après deux ans de récession, et le FMI anticipe 3,5 % de croissance en 2026. 

Les réserves de change ont franchi le seuil des 50 milliards de dollars début août, un niveau inédit depuis 2019. Le risque pays est retombé sous les 500 points, et l'écart entre le taux officiel et le dollar parallèle s'est réduit à environ 5 %.





Des réformes structurelles engagées

L'excédent primaire est rétabli, la réforme du travail a été adoptée, et le régime d'incitations aux investissements (RIGI) attire des projets dans l'énergie, les mines et l'agroalimentaire, notamment autour du gisement de Vaca Muerta. Le FMI valide cette orthodoxie budgétaire et monétaire, saluant la refonte proposée de la Banque centrale.



Un siècle de démagogie ne se solde pas en trois ans de rigueur budgétaire, même réussie.

Des défis considérables demeurent

Ce qui reste fragile

  • Social : plus de 44 % des emplois sont informels, et la reprise du pouvoir d'achat reste inégale
  • Financier : l'Argentine doit 57 milliards de dollars au FMI, avec un « mur » de remboursements à partir de 2028 (9,5 milliards par an jusqu'en 2031)
  • Politique : le recul sur la libéralisation de l'achat de terres par les étrangers montre la résistance persistante du Sénat

Le verdict

Milei a indéniablement stabilisé l'économie argentine et restauré la crédibilité internationale du pays. Mais la « seconde mi-temps » s'annonce plus difficile : il faut désormais convertir cette stabilité macroéconomique en prospérité microéconomique — emplois formels, financement des PME, hausse des salaires réels.

Le pari est en voie d'être gagné sur le plan macroéconomique, mais reste suspendu à la capacité de transformer ce rebond en cycle de croissance durable.