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jeudi 6 août 2026

Paracha Réé. JBCH N° 2608 - 055

Pensée & traditionParachat Réé

Voir la lumière, choisir le chemin

De l'étude sacrée au destin des peuples

Chaque semaine, la lecture de la Torah nous invite à franchir un seuil invisible : celui qui sépare l'événement du sens, l'histoire ancienne de notre présent.

Réé : Vois et choisis la bonne voie 



L'étude de la paracha n'est pas seulement une mémoire transmise de génération en génération ; elle est une source de réflexion qui accompagne les hommes dans leurs choix, leurs combats et leurs espérances. Cette semaine, la paracha Réé (« Vois »), dans le livre de Devarim, nous place devant l'une des grandes interrogations de l'existence humaine. Moïse, au moment où il s'apprête à quitter le peuple d'Israël, prononce ces paroles :

« Vois, je place aujourd'hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous écoutez les commandements de l'Éternel votre Dieu ; et la malédiction, si vous vous détournez du chemin qui vous est présenté. »


Ce mot « Vois » contient une profondeur particulière. Dans la tradition juive, voir ne signifie pas seulement percevoir avec les yeux. C'est une invitation à éveiller la conscience, à distinguer le vrai du faux, la construction de la destruction, la lumière de l'obscurité. L'homme reçoit une liberté immense : celle de choisir son chemin. Mais cette liberté porte avec elle une responsabilité.



La paracha Réé enseigne que le destin d'un peuple dépend de ses choix collectifs. Une société ne se maintient pas uniquement par ses institutions, son économie ou sa puissance militaire. Elle repose aussi sur une vision morale, sur la capacité à protéger les plus faibles, à respecter la dignité humaine et à préserver un héritage spirituel.

La Torah insiste également sur l'unité : le peuple d'Israël doit se rassembler autour d'un lieu commun, d'une conscience commune. Non pas une uniformité qui efface les différences, mais une unité capable de transformer la diversité en force. C'est l'une des grandes leçons de la tradition juive : le débat peut être fécond lorsqu'il cherche la vérité, mais il devient dangereux lorsqu'il cherche uniquement la victoire sur l'autre.

Cette sagesse ancienne trouve aujourd'hui un écho particulier dans les défis auxquels Israël et la France sont confrontés.



Israël : entre sécurité, identité et unité nationale

Israël porte une responsabilité historique unique. Né du rêve millénaire du retour du peuple juif sur sa terre ancestrale, construit après les épreuves de l'exil et de la Shoah, l'État d'Israël doit depuis sa création répondre à une question fondamentale : comment être à la fois une nation forte capable de défendre ses citoyens et une démocratie fidèle à ses valeurs ?



Les débats qui traversent aujourd'hui la société israélienne touchent aux fondements mêmes du pays : la place de la religion, le rôle des institutions judiciaires, la définition de l'identité nationale, les questions de sécurité et les relations avec ses voisins. 


Ces débats sont légitimes dans toute démocratie. Mais le danger apparaît lorsque chaque partie refuse d'entendre l'autre. 




L'histoire juive elle-même nous enseigne pourtant que la controverse peut exister sans entraîner la rupture : les discussions entre les écoles de Hillel et de Chammaï sont restées dans la mémoire parce qu'elles étaient animées par la recherche de la vérité et non par la haine.


Aucune nation ne peut être durablement forte si elle se divise contre elle-même.



La France : retrouver un chemin entre les extrêmes

La France connaît une interrogation comparable. À l'approche des prochaines élections présidentielles, le pays semble parfois prisonnier d'une opposition entre deux visions irréconciliables. D'un côté, une partie de la population exprime une demande forte d'autorité, de sécurité, de protection des frontières et de défense de l'identité nationale. 


De l'autre, une autre partie insiste sur l'ouverture, la solidarité, la diversité et l'adaptation aux transformations du monde. Ces préoccupations ne doivent pas être caricaturées : une démocratie mature doit être capable d'entendre les inquiétudes des citoyens sans les enfermer dans des étiquettes.


Ni l'un ... Ni l'autre !


Le véritable danger vient lorsque les extrêmes proposent des solutions simples à des réalités complexes. La colère permanente ne construit pas une nation. La peur ne peut pas remplacer une vision. 


Le rejet systématique de l'autre conduit à l'affaiblissement du lien national. La France a besoin d'un équilibre : une autorité républicaine respectée sans excès de pouvoir ; une solidarité réelle sans abandon de la responsabilité individuelle ; une ouverture au monde sans disparition de ses racines historiques et culturelles.


Le choix de Réé : dépasser la fracture

La grande leçon de cette paracha est que l'avenir n'est jamais écrit d'avance. 


Chaque génération reçoit une possibilité de choisir. Les prochaines échéances politiques en Israël comme en France poseront une question essentielle : voulons-nous une société dominée par l'affrontement permanent ou une société capable de transformer ses différences en richesse ?


Violence d'extrême gauche alliéé a LFI


Écarter les extrêmes ne signifie pas supprimer les opinions fortes. Une démocratie a besoin de débats passionnés. 


Mais elle doit empêcher que la haine, le mépris et la radicalisation remplacent le dialogue. La tradition juive nous rappelle que la vérité n'est pas toujours détenue par une seule voix.


Violence d'extrême droite alliée au RN


le Talmud enseigne que les paroles de plusieurs sages peuvent être « les paroles du Dieu vivant » lorsqu'elles sont prononcées dans la recherche sincère de la vérité. La lumière n'efface pas les ombres ; elle permet de mieux les comprendre.

Ainsi, Parachat Réé nous adresse aujourd'hui un message universel : regarder avant de juger, comprendre avant de condamner, choisir avant de subir. Israël et la France sont deux nations attachées à leur histoire, à leur mémoire et à leur avenir. 


Leur défi commun est de retrouver une voie où la force s'accompagne de sagesse, où la liberté s'accompagne de responsabilité, et où la politique redevient l'art de construire un destin partagé.







Repère

Parachat Réé

Livre de Devarim (Deutéronome). Le nom signifie « Vois » — premier mot de la paracha.

Thème central : la bénédiction et la malédiction placées devant le peuple, comme choix collectif et individuel.

À retenir

Comme le rappelle la Torah, devant chaque peuple demeure toujours le même choix : la bénédiction ou la malédiction, la division ou l'unité, l'obscurité ou la lumière.

mercredi 5 août 2026

Le Point sur les matières premieres JBCH N° 2608 - 054

 Économie & matières premières

4 août 2026

Le monde à prix variable : panorama des matières premières

Du café aux métaux industriels, en passant par le gaz et le pétrole, tour d'horizon d'un marché mondial tendu par la géopolitique, le climat et la demande chinoise.

Le végétal d'abord. Le cacao reste installé sur des niveaux historiquement élevés, la faible offre ivoirienne continuant de resserrer le marché après l'envolée spectaculaire de 2024. Le café suit une trajectoire comparable, porté par les mêmes tensions climatiques sur les grands bassins de production. 




Le blé et les céréales, eux, racontent une histoire inverse : des récoltes abondantes en Europe et en Ukraine ont d'abord pesé sur les cours, avant que les canicules à répétition de cet été ne relancent la pression sur le blé tendre, l'orge et le maïs. L'indice général des prix agricoles n'en progresse pas moins nettement cette année, tiré par le renchérissement des engrais azotés — lui-même lié à la hausse du gaz européen et aux tensions au Moyen-Orient.




Le minéral : l'or refuge, le cuivre stratégique

Du côté des métaux précieux, l'or campe sur des niveaux élevés, porté par une demande refuge alimentée par les incertitudes géopolitiques et les achats continus des banques centrales ; l'argent et le platine suivent, dans une moindre mesure. 



Les métaux industriels racontent la même histoire que l'énergie : le cuivre, tiré par la demande chinoise et les besoins massifs de la transition électrique , câbles, batteries, réseaux, reste sur une tendance structurellement haussière, de même que le nickel et le minerai de fer, malgré des prévisions d'excédent qui pourraient tempérer la hausse d'ici la fin de l'année.




Un même fil rouge traverse tous ces marchés : le Moyen-Orient. Chaque tension autour de l'Iran et du détroit d'Ormuz se répercute, en quelques heures, du prix du pétrole à celui de l'engrais et du pain.

Le gaz et le pétrole, baromètres de la tension

Le Brent évolue autour de 85 à 90 dollars le baril, une fourchette élevée directement liée à l'instabilité autour de l'Iran : la région a longtemps concentré plus d'un tiers du transport maritime mondial de brut, et la moindre alerte sur le détroit d'Ormuz suffit à faire bondir les cours. 



Le gaz européen (TTF) illustre cette nervosité de façon spectaculaire : parti d'environ 27 €/MWh en décembre, il a dépassé 60 €/MWh au plus fort des tensions de mars, avant de refluer partiellement sans jamais retrouver son niveau initial. Le gaz américain (Henry Hub), moins exposé à la géopolitique moyen-orientale, reste comparativement stable.




Repères

Tendances 2026

CacaoNiveaux records
CaféEn forte hausse
Blé / céréalesVolatil, pression estivale
OrProche de ses sommets
CuivreTendance haussière structurelle
Brent≈ 85-90 $/baril
Gaz TTF (Europe)Volatil, 27→60+ €/MWh

Les moteurs communs

Géopolitique : tensions Iran / détroit d'Ormuz, guerre en Ukraine.

Climat : El Niño 2026, canicules européennes, sécheresses en Côte d'Ivoire.

Demande structurelle : Chine et transition énergétique pour les métaux industriels.

Coûts des intrants : flambée des engrais azotés, indexés sur le gaz.

L'Antartique ... JBCH N° 2608 - 053

Mystères & sciences4 août 2026

Atlantide gelée : 

Le mur de glace et les mystères de l'Antarctique


Découvert tardivement, encore largement inhabité, le dernier continent nourrit depuis un siècle les théories les plus folles — de l'Atlantide engloutie aux civilisations secrètes sous la glace.

L'Antarctique demeure l'un des derniers grands territoires qui fascinent l'imaginaire collectif. Découvert tardivement et encore largement inhabité, ce continent de glace a nourri d'innombrables théories allant de l'Atlantide engloutie à l'existence d'un immense « mur de glace » comparable à celui de Game of Thrones



Son isolement, son climat extrême et ses vastes zones difficiles d'accès alimentent depuis plus d'un siècle les spéculations les plus diverses.




L'appel de Shackleton

Au début des années 1910, l'explorateur britannique Ernest Shackleton lança une célèbre annonce recherchant des volontaires pour une expédition périlleuse à travers le continent. 

Malgré des conditions annoncées comme terribles, des milliers de candidats répondirent à son appel, illustrant déjà l'immense pouvoir d'attraction de cette terre inconnue.

Un continent inaccessible attire toujours plus de légendes que de cartes précises.


Le terrain de jeu du complotisme

Aujourd'hui, l'Antarctique est le théâtre de nombreuses théories complotistes. Certains y situent les vestiges de l'Atlantide, d'autres affirment qu'un gigantesque mur de glace entourerait la Terre ou cacherait des civilisations secrètes, des bases militaires, voire des technologies extraterrestres. 


Ces récits s'appuient souvent sur des images satellites mal interprétées, des formations géologiques naturelles ou des extrapolations historiques sans fondement scientifique.

En réalité, le continent est régi par le Traité sur l'Antarctique, consacré à la recherche scientifique internationale. 



Des dizaines de stations y étudient le climat, la glaciologie, l'astronomie et la biodiversité. Sous plusieurs kilomètres de glace se trouvent effectivement des montagnes, des lacs sous-glaciaires et des paysages vieux de plusieurs millions d'années,  de quoi nourrir la curiosité sans avoir besoin d'y ajouter la fiction.




Repères

Faits vs légendes

Statut réel : continent régi par le Traité sur l'Antarctique (recherche scientifique internationale).

Sous la glace : montagnes, lacs sous-glaciaires, paysages vieux de millions d'années.

Théories populaires : Atlantide engloutie, « mur de glace », bases secrètes, civilisations cachées.

Origine des rumeurs : images satellite mal interprétées, formations naturelles, extrapolations sans base scientifique.

Une part de mystère qui demeure

L'Antarctique rappelle que, même à l'ère des satellites et de l'intelligence artificielle, certains territoires conservent une part de mystère — non parce qu'ils cacheraient des mondes fantastiques, mais parce que leurs conditions extrêmes rendent leur exploration particulièrement difficile. De quoi laisser une place au rêve, aux légendes… et parfois aux théories les plus étonnantes.



JBCH Aôut 2026

mardi 4 août 2026

Tunis, la Porte de France JBCH N° 2608 - 052

Patrimoine & mémoire1/2

Tunis : La Porte de France : seuil entre deux mondes





Tout jeune, je me promenais, longeais la Cathedrale et arrivais à la Porte de France ... Je ne la franchissais pas, car c'était au delà) un monde inconnu ... 

Mon territoire, celui d'un enfant de moins de dix ans se limitait a l'avenue Gambetta, à la hauteur du Port, en remontant l'Avenue Jules Ferry, , au lac qui sentait si mauvais et au centre duquel se tenait le Fort espagnol ...  Mon chemin parcourait   la rue d'Alger,  la rue de Corse et du Lycée Carnot. 

À Tunis, Bab el Bhar — la « porte de la mer » devenue porte de France sous le protectorat — reste le point de bascule visible entre la médina des souks et la ville coloniale construite dans son ombre.

Son nom arabe, Bab el Bhar, signifie « porte de la mer » — non que la Méditerranée soit jamais venue lécher ses pieds, contrairement à une légende tenace, mais parce qu'elle s'ouvrait en direction du lac de Tunis et du golfe. 



À l'origine, cette porte perçait l'enceinte orientale de la médina et donnait accès aux fondouks où logeaient les marchands chrétiens de la ville : un lieu de passage vers l'étranger bien avant la colonisation.1860 : la porte refaite en arc de triomphe

La forme que l'on connaît aujourd'hui date de 1860 : le consul de France Léon Roches fait démonter les remparts adjacents et reconstruire la porte, avec l'aval du bey, sous la forme d'un arc évoquant l'Arc de triomphe parisien, surmonté d'un parapet à créneaux. 

L'édifice devient alors, de facto, le symbole de la présence française à Tunis,  bien avant même l'instauration officielle du protectorat, en 1881, sous lequel il prendra pour de bon le nom de « Porte de France ».

Repère

Deux noms, deux mémoires

Bab el Bhar : « porte de la mer », nom arabe d'origine, toujours en usage aujourd'hui.

Porte de France : nom donné sous le protectorat français (1881-1956), qui reste courant dans le langage tunisoi2/2

Une frontière, mais laquelle exactement ?

La porte trace bien, physiquement, la limite entre la médina historique — souks, ruelles, mosquée Zitouna, et la ville nouvelle bâtie par l'administration coloniale le long de l'ancienne avenue de France, aujourd'hui avenue Habib Bourguiba. Franchir Bab el Bhar, c'était et c'est resté passer d'un urbanisme à l'autre en quelques mètres : du dédale couvert du souk à l'avenue rectiligne bordée d'immeubles haussmaniens.




Franchir la porte, ce n'est pas seulement changer de rue : c'est passer d'un urbanisme à un autre, d'un temps à un autre, en quelques mètres.

En revanche, l'idée qu'elle séparerait aussi la médina de la hara juive appelle une précision : le vieux quartier juif de Tunis, la Hara — aujourd'hui la Hafsia — se trouvait au nord de la médina, près de Bab Souika, non pas à l'est du côté de Bab el Bhar. 

Sidi Mahrez, saint patron de la ville, aurait obtenu du souverain hafside l'installation de quatre familles juives à cet emplacement précis, choisi selon la légende en lançant un bâton depuis le minaret voisin. 

Bab el Bhar ne longe donc pas la hara : elle marque une autre coupure, entre médina et ville coloniale, tandis que la frontière avec le quartier juif se lisait ailleurs, plus au nord.

Cette hara, devenue l'un des quartiers les plus pauvres de la médina à mesure que les familles aisées migraient vers la ville européenne à partir de 1860,  le même mouvement, précisément, que celui qui redessinait Bab el Bhar, a été en grande partie démolie par les autorités françaises entre 1933 et 1939, jugée insalubre. Il n'en reste aujourd'hui que quelques traces, dont une dernière synagogue reconvertie en commerce.

Chronologie

Repères

Origines : porte médiévale de l'enceinte de la médina, donnant accès aux fondouks des marchands chrétiens.

1860 : reconstruction par le consul Léon Roches, style arc de triomphe.

1881-1956 : protectorat français, nom de « Porte de France ».

1933-1939 : démolition partielle de la Hara, quartier juif, jugée insalubre par l'administration française.

1979 : classement de la médina de Tunis au patrimoine mondial de l'UNESCO.

À retenir

Bab el Bhar sépare la médina de la ville européenne — pas de la hara juive, plus septentrionale. Deux frontières urbaines distinctes, nées du même XIXe siècle colonial.





— 2 

Vers la fin de la Bourse du diamant a Ramat-Gan. JBCH N° 2608 - 051

À mon premier voyage en Israël, notre guide nous faisait passer devant le seul « gratte-ciel » du pays abritant : 



La Bourse des diamants de Ramat Gan. Cette dernière agonise et les chiffres sont sans appel : les exportations israéliennes de diamants se sont effondrées à 2,4 milliards de dollars au premier semestre 2026, un plancher historique jamais atteint depuis la création de l’industrie moderne du pays, contre près de 7 milliards au sommet de 2015 .  






La contrôleuse des diamants Natalie Gutman elle-même reconnaît que le volume du commerce ne représente plus qu’un tiers de ce qu’il était il y a dix ans, avec un déclin ininterrompu depuis 2022 .  ``



Le président sortant de la Bourse, Nissim Zuaretz, impute frontalement l’échec à Netanyahou, l’accusant de n’avoir rien obtenu de Washington alors que la Belgique, elle, a su négocier un accès sans droits de douane au marché américain .  





Israël exporte pourtant environ 4 milliards de dollars de diamants chaque année vers les États-Unis, soit près de 70% de ses ventes à l’export, et ce sont 6 000 négociants et leurs familles qui vivent directement de la Bourse de Ramat Gan . 





Sur le terrain, les témoignages de vétérans du métier confirment que la moitié des négociants a déjà quitté la Bourse, contrainte de se reconvertir en chauffeurs de taxi ou changeurs d’argent .  




S’y ajoute l’effondrement de la demande chinoise, où le diamant, autrefois symbole de statut social et de sécurité financière, a perdu toute crédibilité après la chute des prix .  





La ruée mal maîtrisée vers les diamants de synthèse, produits depuis une quinzaine d’années en laboratoire à des coûts dérisoires, a achevé de saper la confiance dans la pierre naturelle .  



Dubaï, entretemps, capte les négociants avec une fiscalité bien plus clémente, pendant que l’Inde inonde le marché de stocks excédentaires qui tirent les prix vers le bas .  



L’État hébreu, qui a pourtant fait de son savoir-faire diamantaire un pilier discret de son économie, laisse ainsi mourir une industrie entière faute d’un lobbying digne de ce nom à Washington. 



C’est un pan entier du génie mercantile israélien, hérité d’Anvers et bâti sur des générations de confiance et de parole donnée, qui s’éteint dans l’indifférence quasi générale.


Le temps passe ..  Israël mise avec raison  sur ses start’up …



Anvers, Tel Aviv, et Surat en Inde qui regroupe 90% des diamants bruts, pour une taille réalisée à ce jour par l’intelligence Artificielle qui prend le relais… 








JBCH Août 2026


Crapauds et hallucinations ... JBCH N° 2608 - 050

Sciences & anthropologie1/2

Le mythe du crapaud psychédélique

D'un laboratoire tde Tokyo de 1935 à une panique médiatique américaine des années 1980 : comment une molécule réelle a engendré une légende largement fabriquée.

Tout commence par une vraie découverte chimique. En 1935, deux chercheurs japonais synthétisent le 5-MeO-DMT, une molécule cousine de la bufoténine que produisent naturellement crapauds et certains champignons. 

Des décennies plus tard, on la retrouve dans des poudres hallucinogènes utilisées par des peuples d'Amazonie et des Caraïbes, puis, en 1964, dans la peau d'une seule espèce animale : le crapaud du désert de Sonora. 

Cette dernière découverte, due au chimiste italien Vittorio Erspamer, est le seul lien scientifiquement établi entre crapauds et psychédélisme.

SONORA — LA SEULE ESPÈCE CONFIRMÉE
Illustration de principe — le crapaud du désert de Sonora, seule espèce identifiée comme productrice de 5-MeO-DMT.


Le faux coupable mésoaméricain

Le problème commence quand cette découverte se mélange à une tout autre piste : dans les années 1970, des chercheurs postulent que les innombrables représentations de crapauds retrouvées chez les Olmèques, les Mayas ou les Aztèques prouvent un usage rituel psychédélique, via le crapaud-buffle, une espèce sans rapport avec celle de Sonora, dont les sécrétions sont surtout toxiques, pas hallucinogènes. 




Une chercheuse, Alison Kennedy, ira jusqu'à imaginer que des canards auraient servi de « bio-processeurs », mangeant les crapauds pour en neutraliser le poison avant une consommation humaine — théorie spectaculaire, jamais vérifiée expérimentalement.

Repère

Deux molécules, deux crapauds

5-MeO-DMT : hallucinogène confirmé, présent chez le crapaud de Sonora et dans des poudres amazoniennes.

Bufotoxines : présentes chez la plupart des crapauds, dont le crapaud-buffle — toxiques, non hallucinogènes, utilisées historiquement comme poison.

DE LA SCIENCE À LA LÉGENDE
Illustration de principe — la dérive d'une hypothèse scientifique marginale vers un mythe populaire.
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Sciences & anthropologie2/2

L'Australie, terrain de la panique

Le mythe prend une tournure inattendue en Australie, où le crapaud-buffle avait été introduit dans les années 1930 pour lutter contre des insectes ravageurs — avant de devenir lui-même une invasion incontrôlable. Des rumeurs de hippies « léchant des crapauds » pour se droguer circulent localement, reprises avec ironie dans un documentaire satirique de 1988. 

C'est ce film qui met le feu aux poudres : repris par la presse américaine, puis amplifié par une clinique de désintoxication de San Francisco et des propos mal interprétés d'un responsable de la DEA, le « toad licking » devient en quelques mois un fait divers national — sans qu'aucune preuve sérieuse n'établisse que les crapauds concernés étaient réellement hallucinogènes.

Une panique médiatique s'est construite sur une molécule toxique qu'on avait, par erreur, crue psychédélique — la légende s'est répandue plus vite que les faits n'ont pu la rattraper.

Des hospitalisations d'adolescents, des lois votées dans plusieurs États américains et australiens, des scènes de séries télévisées : tout un appareil culturel et législatif s'est construit sur une confusion d'espèces et de molécules. 




Le seul crapaud dont l'usage psychédélique est aujourd'hui scientifiquement reconnu reste celui du désert de Sonora — dont la venue à la mode, elle, est bien postérieure à cette panique des années 1980.

C'est ce chassé-croisé entre une découverte biochimique réelle, une hypothèse archéologique séduisante mais jamais prouvée, et un emballement médiatique classique, que retrace l'ouvrage de Kimon de Greef : une histoire moins de drogue que de la manière dont une rumeur peut se substituer, dans l'imaginaire collectif, à la science elle-même.




Chronologie

Repères

1935 : synthèse du 5-MeO-DMT au Japon.

1964 : découverte de la molécule chez le crapaud de Sonora (Erspamer).

1970s : théorie du crapaud-buffle psychédélique en Mésoamérique.

1988 : documentaire satirique australien, point de départ de la panique du « toad licking ».

1989-1991 : hospitalisations, lois anti-crapauds aux États-Unis, au Canada et en Australie.

Pour aller plus loin

Ce résumé condense très librement The Ego Trip: Psychedelic Toads, a Trail of Deaths, and the Guru Who Peddled Transcendence, de Kimon de Greef (Doubleday, 2026), publié en extrait par Longreads.