Le prêt qui fâche Washington
Lundi soir, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a fait parler la poudre. Dans un communiqué, il avertit qu'un financement de 3 milliards d'euros accordé à Airbus par la Banque européenne d'investissement (BEI) pourrait mettre en péril la trêve qui suspend, depuis 2021, les droits de douane entre l'Europe et les États-Unis sur une série de produits.
Le calendrier n'a rien d'innocent. La trêve venait d'être prolongée en juillet quand la BEI a annoncé ce financement record.
Washington affirme n'avoir reçu aucun détail sur ce prêt, « malgré des demandes répétées », et réclame une solution rapide pour éviter une violation de l'accord.
Airbus, de son côté, joue la sérénité. Son porte-parole explique que l'entreprise, « comme la plupart des grands industriels mondiaux », diversifie régulièrement ses sources de financement.
Le prêt de la BEI ne serait qu'une facilité de crédit classique, comparable aux prêts commerciaux déjà signés par le passé. L'avionneur se dit prêt à partager davantage d'informations avec les gouvernements.
Vingt-deux ans de guerre froide dans le ciel
La querelle ne date pas d'hier. Elle commence en 2004, quand les États-Unis attaquent devant l'Organisation mondiale du commerce les aides européennes à Airbus. Bruxelles riposte aussitôt par une plainte symétrique contre les subventions américaines à Boeing.
L'OMC finira par donner tort aux deux camps.
Un combat de géants ? Oui, mais un combat où chacun reproche à l'autre ce qu'il pratique lui-même. Boeing a profité pendant des décennies de contrats militaires, d'aides fiscales et de crédits de recherche publics ; l'OMC l'a reconnu.
Airbus est né de la volonté de quatre États européens de ne pas laisser le ciel aux seuls Américains ; il ne s'en est jamais caché. Les deux avionneurs sont des champions nationaux, et les deux puissances les défendent comme tels.
Ce qui a changé, c'est le rapport de forces. Airbus livre désormais plus d'avions que Boeing, empêtré depuis des années dans ses déboires industriels. Et l'Amérique d'aujourd'hui n'hésite plus à brandir la menace tarifaire à chaque contrariété.
Les premières victimes d'une reprise des hostilités seraient, comme en 2019, les vignerons, les fromagers et les distillateurs européens, qui n'ont rien à voir avec les avions.
L'Europe a le droit de financer son industrie, à condition de le faire dans la transparence. Les États-Unis ont le droit de demander des comptes, à condition de ne pas oublier les leurs.
Dans ce duel de géants, ceux qui risquent de payer l'addition ne volent pas : ils produisent du vin et du fromage.





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