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mercredi 28 octobre 2026

Sarkozy-Chirac Une saga nauséabonde en Côte d'Ivoire. JBCH N° 2610 - 293

Côte d'Ivoire · France




JBCH Réflexions N° 293.           28 Octobre 2026


Une de L'Inter qui annonçait la sortie de prison de Gbagbo et Blé Goudé, et en remettant les faits dans leur chronologie. C'est une histoire douloureuse parce qu'elle est celle de la fin d'une amitié de 60 ans.

 L'héritage Houphouët - 

Quand Abidjan était le petit Paris


De 1960 à 1993, la Côte d'Ivoire est le pilier de la Françafrique. Félix Houphouët-Boigny, médecin, planteur, député français en 1945, est l'ami personnel de tous les présidents français. 

Il confie la sécurité du pays à la France : accords de défense de 1961, base du 43e BIMA à Port-Bouët depuis 1978, présence permanente de 500 à 600 hommes.

J'ai vécu en Zone 4 à Abidjan, en 1972, et j'ai aimé ce peuple afriain si attachant


La Françafrique

Le mot désigne le réseau de relations politiques, militaires et économiques que la France a entretenu avec ses anciennes colonies d'Afrique après les indépendances de 1960 : accords de défense, franc CFA, bases militaires, amitiés personnelles entre chefs d'État.


Dans ce système, Jacques Chirac est le fils politique. Houphouët appelle Chirac "mon fils". Quand Laurent Gbagbo arrive, tout change de registre. 

Gbagbo est historien, syndicaliste, opposant historique à Houphouët, emprisonné sous le parti unique. Il est proche des socialistes français - Mitterrand, Guy Labertit, Jospin l'ont soutenu en exil. Il n'est pas l'homme de la droite gaulliste.




Pour Paris, Gbagbo est soupçonné de vouloir casser le pré carré : en 2000, une fois élu dans des conditions chaotiques après le coup d'Etat de Guéï, il ouvre les contrats pétroliers offshore de San Pedro et du bassin de Jacqueville à des compagnies non françaises, américaines et anglo-saxonnes notamment. 

Le pétrole ivoirien n'est pas énorme, mais le symbole est fort : Abidjan diversifie, comme le fait à la même époque l'Angola.

 La déchirure 2002 - Bouaké devient capitale rebelle

Le 19 septembre 2002, alors que Gbagbo est en voyage en Italie, une tentative de coup d'Etat éclate. Des soldats ivoiriens originaires du Nord, avec des soutiens venus du Burkina Faso, du Mali et de Guinée, attaquent Abidjan, Bouaké et Korhogo. 

Ils échouent à Abidjan mais prennent le Nord.

Bouaké, deuxième ville du pays, devient le QG des Forces Nouvelles de Guillaume Soro. Le pays est coupé en deux.

La France ne déclenche pas la rébellion, mais son attitude est vécue comme une trahison à Abidjan. 

Paris déploie l'Opération Licorne, officiellement pour protéger ses ressortissants et interposer ses forces entre les belligérants. 

Sur le terrain, beaucoup de partisans de Gbagbo estiment que Licorne fige la partition et protège les rebelles. C'est le début du sentiment anti-français massif chez les jeunes patriotes.

L'opération Licorne

Lancée en septembre 2002, elle a compté jusqu'à environ 4 000 militaires français, chargés de surveiller la « zone de confiance » séparant le Nord rebelle du Sud loyaliste. Elle a pris fin en 2015, remplacée par les Forces françaises en Côte d'Ivoire.



Le point de non-retour est le 6 novembre 2004 : deux Soukhoï ivoiriens bombardent le camp français de Bouaké, 9 soldats français tués. 

En représailles, Chirac ordonne la destruction de toute l'aviation ivoirienne au sol. A Abidjan, les émeutes anti-français éclatent. 

C'est la première fois que l'armée française et l'armée ivoirienne s'affrontent ouvertement.


Bouaké, 6 novembre 2004

Le bombardement du lycée Descartes, où cantonnaient les soldats français, fait aussi un mort civil américain. Les pilotes biélorusses des Soukhoï, un temps arrêtés au Togo, ne seront jamais jugés par la France ; trois responsables ivoiriens ont été condamnés par contumace à Paris en 2021.


  L'engrenage final - 
Du palais à La Haye


2007-2010 : on tente la paix avec les accords de Ouagadougou. La présidentielle de 2010 doit tout régler. Elle fait tout exploser. 

Second tour Gbagbo contre Alassane Ouattara. Deux résultats, deux présidents prêtent serment. 

Sous la vive recommandation de la France, la communauté internationale, l'ONU, l'Union Africaine, la CEDEAO reconnaissent Ouattara. Gbagbo refuse de quitter le palais.

De décembre 2010 à avril 2011, Abidjan vit la crise post-électorale la plus meurtrière : plus de 3000 morts selon l'ONU.





 

Le 30 mars 2011, le Conseil de sécurité vote la résolution 1975 qui autorise l'ONUCI et les forces françaises à utiliser tous les moyens pour protéger les civils et empêcher l'usage d'armes lourdes.

Du 4 au 11 avril 2011, les hélicoptères de l'ONUCI et de Licorne bombardent les armes lourdes autour de la résidence présidentielle de Cocody, sur ordre de l'ONU. 

Au sol, ce sont les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pro-Ouattara qui mènent l'assaut.

Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo, son épouse Simone et une trentaine de proches sont arrêtés dans le bunker de la résidence par les FRCI, avec appui indirect de l'ONUCI et de Licorne.  Via un tunel secret ... 

Le porte-parole de Gbagbo parlera alors d'arrestation par les Français remis à la rébellion, version démentie par Paris.





Transféré à Korhogo puis à Abidjan, Gbagbo est transféré le 29 novembre 2011 à la Cour Pénale Internationale à La Haye. et y restera  10 ans sans procès, même s'il y a eu un début de procédure : confirmation des charges en 2014, procès de janvier 2016 à janvier 2019, et coup de théâtre : acquittement en première instance, confirmation de l'acquittement en appel le 31 mars 2021. 

Il rentre à Abidjan le 17 juin 2021, après 10 ans d'absence. C'est cette libération sous conditions que titre la "Une" de L'Inter.


Gbagbo et Blé Goudé à la CPI

Poursuivis pour crimes contre l'humanité, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ancien chef des « Jeunes patriotes », sont acquittés le 15 janvier 2019, faute de preuves suffisantes. Libérés sous conditions en Belgique, ils voient leur acquittement confirmé en appel en 2021. Blé Goudé ne regagne Abidjan qu'en novembre 2022.




Port-Bouët désert et le monde d'après


Le traumatisme de 2011 a laissé deux lectures irréconciliables : pour une partie de l'opinion ivoirienne musulmane du Nord) , la France a sauvé la démocratie contre un président qui refusait l'alternance. 

Pour l'autre, elle a chassé un président souverain, panafricaniste, coupable d'avoir voulu diversifier ses partenaires pétroliers.

Ce divorce a accéléré ce qu' Emmanuel Macron a appelé la fin de la Françafrique.

Le 20 février 2025, dans une cérémonie très différente des départs chaotiques du Mali, du Burkina ou du Niger, la France a rétrocédé officiellement le camp du 43e BIMA de Port-Bouët à l'armée ivoirienne. 

La base abritait le 43e Bataillon depuis 1978. Il ne reste plus qu'un petit détachement de liaison.

Le 43e BIMA

Le 43e bataillon d'infanterie de marine s'installe à Port-Bouët, près de l'aéroport d'Abidjan, en 1978. Devenu le cœur des Forces françaises en Côte d'Ivoire, il est rebaptisé camp Thomas d'Aquin Ouattara, du nom du premier chef d'état-major ivoirien, lors de sa rétrocession en 2025.







Aujourd'hui,   il n'y a plus de base opérationnelle française en Afrique de l'Ouest, hors Djibouti. Les immenses casernes de Port-Bouët sont devenues ivoiriennes. 

Le vide est convoité : conseillers russes de l'Africa Corps au Sahel, drones turcs Bayraktar achetés par Abidjan, base américaine de drones à l'est, intérêts chinois sur le port et iraniens qui cherchent des relais.

L'histoire Gbagbo n'est donc pas seulement l'histoire d'un homme. C'est le moment où le modèle Houphouët-Chirac, fait de protection militaire contre loyauté politique et rente pétrolière, s'est brisé. 

La Côte d'Ivoire est restée amie de la France, mais elle n'est plus une alliée exclusive. Et la France a appris, trop tard, que traiter un ancien allié comme une chasse gardée était le meilleur moyen de le perdre.


© JBCH Réflexions Octobre 2026

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