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mardi 3 mars 2026

L'éditorial de Serge Siksik JBCH N° 2603 - 917


Le Temps, rien ne peut s’y cacher. L’Autre et la brisure du 7 octobre

Par Serge Siksik,
[Tel-Aviv 25 février 2026]

Le temps est la condition même de la responsabilité »
Emmanuel Levinas, Le Temps et l’Autre, PUF, 1947

Le 7 octobre n’a pas ajouté une tragédie de plus au calendrier. Il a perforé la continuité. Il a fait éclater l’illusion que le temps protège.

En quelques heures, le présent s’est effondré sous le poids d’une volonté de destruction totale, celle d’une autre qui nie jusqu’à la possibilité d’un monde commun….

Ce n’est pas seulement la violence qui a sidéré. C’est la fracture du devenir. Le futur, soudain, n’allait plus de soi. Et c’est là que tout commence.

Car le temps n’est pas un décor : il est une exigence. Lorsqu’il se brise, il ne laisse qu’une alternative nue : sombrer dans la répétition ou réinventer la promesse

Depuis ce jour, chaque minute en Israël est plus qu’une durée : c’est une décision. Le temps ne coule plus. Il regarde.

Le temps est ce que nous croyons le plus familier et ce que nous comprenons le moins.

  • Nous le comptons,
  • nous le mesurons,
  • nous l’échangeons,
  • nous le vendons,
  • nous le gaspillons,

… comme s’il était une monnaie neutre, un simple support de nos existences.

Et pourtant nous ne savons pas ce qu’il est. Nous vivons en lui comme dans un élément invisible, sans jamais en percevoir la profondeur. Il n’est pas seulement ce dans quoi nous avançons :

Il est ce qui nous traverse, ce qui nous façonne, ce qui nous expose, ce qui nous juge silencieusement.

Il est la première loi avant toutes les lois, la première frontière avant toutes les frontières, le premier voile entre le visible et l’invisible.

La modernité l’a réduit à une dimension physique, à une variable dans des équations, à un paramètre du mouvement. Le temps est devenu une donnée technique.

La Torah, elle, ose une affirmation vertigineuse : le temps est une création...

Lorsque la Genèse dit Bereshit bara Elohim – « Dans un commencement Dieu créa » – elle ne décrit pas un instant zéro, mais l’apparition du devenir lui-même. Avant la création, il n’y a ni passé ni futur.

Dieu ne crée pas le monde dans le temps : Il crée le temps avec le monde. Il fait surgir simultanément l’espace, la matière, la durée et la possibilité du récit…

– Le Midrash l’énonce explicitement :

« Le monde fut créé avec le temps, et le temps avec le monde » (Bereshit Rabba 3:7).

– La Kabbale approfondit cette intuition en enseignant que le Tsimtsoum, le retrait divin, n’a pas seulement produit un vide spatial, mais une distance ontologique, une fracture volontaire dans l’infini, condition même de la durée.

Le temps est la trace laissée par l’Infini lorsqu’il accepte de ne plus être seul. Il est la cicatrice métaphysique de la Création.

Sans distance, rien ne peut advenir ; sans durée, rien ne peut être raconté ; sans récit, aucune responsabilité ne peut naître. Le temps est l’architecture invisible du sens...

C’est pourquoi la révélation biblique ne commence pas par « Je suis », mais par « Je serai »Ehyeh asher ehyeh (Exode 3,14) n’est pas un nom, c’est une promesse.

Dieu ne se donne pas comme essence figée, mais comme présence à venir.

La vérité n’est pas ce qui repose derrière nous, elle est ce qui se cherche devant nous. L’avenir n’est pas un prolongement mécanique du présent : il est ce qui appelle, ce qui exige, ce qui convoque la conscience.

Le temps parle, il interroge, il avertit. Chaque instant est une parole non prononcée, chaque minute une question adressée à l’âme.

– Emmanuel Levinas a formulé cette rupture dans un langage philosophique d’une rigueur extrême lorsqu’il écrit que

« le temps est l’événement de l’Autre » (Levinas, Le Temps et l’Autre, PUF, 1947).

Le futur n’est pas ce qui arrive par inertie : il est l’irruption d’un visage qui me réclame. Autrui fissure mon présent, me retire la possibilité de me suffire à moi-même. Le temps n’est donc jamais une durée neutre : il est la structure même de l’éthique.

C’est ce que la Torah exprime lorsqu’elle proclame :

« Aujourd’hui, si vous écoutez Sa voix… » (Psaumes 95,7).

Aujourd’hui n’est pas un point sur un calendrier, mais un appel qui traverse l’instant et le transforme en décision.

– C’est ici que Marcel Proust rejoint, de manière souterraine mais décisive, cette sensibilité. Juif par sa mère, Jeanne Weil, issu d’une grande famille juive alsacienne, il porte dans son œuvre cette intuition de la stratification du temps.

Dans À la recherche du temps perdu (Gallimard, 1913–1927), la mémoire involontaire n’est pas une nostalgie psychologique : elle est une résurrection.

La madeleine ne rappelle pas Combray, elle le fait revenir. Le passé n’est pas mort. Il veille. Il respire sous les couches du présent. Il attend d’être réactivé.

Le souvenir n’est pas un regard en arrière, mais un réveil d’âmes endormies.

– Le Talmud avait formulé cela bien avant Marcel :

« Il n’y a ni avant ni après dans la Torah » (Pessahim 6b). Le temps n’est pas linéaire, il est stratifié. Le présent est traversé de couches anciennes comme une terre est traversée de strates.

C’est la notion juive de zikaron, ce souvenir qui agit, qui transforme, qui convoque les morts pour interroger les vivants.

– Vladimir Jankélévitch, dans L’Irréversible et la nostalgie (Flammarion, 1974), a saisi l’autre versant de cette vérité lorsqu’il écrit :

« L’instant est à la fois ce qui s’enfuit et ce qui décide » Chaque moment est irréversible. Ce que l’on n’a pas fait maintenant ne pourra jamais être refait de la même manière.

Le judaïsme nomme cela sha‘at ratzonl’instant de grâce, la faille fragile où le ciel s’entrouvre, où une parole peut réparer un monde, où un silence peut le perdre...

– Rav Eliyahu Dessler développe dans Mikhtav MeEliyahu l’idée que l’homme n’est jamais immobile spirituellement : à chaque instant, il s’élève ou il décline. Le temps n’est pas un simple écoulement neutre ; il révèle la direction réelle du mouvement intérieur de l’âme.

Pour reprendre son esprit, ce n’est pas le temps qui passe sur l’homme, mais l’homme qui passe à travers le temps. Le temps ne nous emporte pas comme un fleuve indifférent : il nous met à l’épreuve. Il ne fait rien, il révèle tout.

À chaque seconde, nous nous engageons, nous nous élevons ou nous nous altérons et le temps, impassible, enregistre la vérité de notre trajectoire morale.

– Abraham Joshua Heschel a formulé cette intuition avec une clarté lumineuse :

« Le judaïsme est une religion du temps visant à la sanctification du temps » (The Sabbath, 1951).

Dans Les Bâtisseurs du temps (Seuil), il décrit Israël comme un peuple appelé à ériger, jour après jour, une architecture spirituelle dans la durée. Les Juifs n’ont pas sacralisé l’espace mais les jours.

Le Shabbat est un palais dans le temps, un fragment d’éternité inséré dans l’Histoire ; chaque fête devient une structure temporelle où l’homme apprend à habiter le sens.

Heschel a montré que le judaïsme ne sacralise pas l’espace mais le temps. Mais sanctifier le temps suppose qu’il ne retombe pas dans l’informe. Le Talmud (Haguiga 12b)évoque les strates primitives du monde, les régions du Tohu et du Bohu, là où la forme n’est pas encore stabilisée, où la création menace de se dissoudre.

Ce chaos n’appartient pas seulement au commencement : il guette toute Histoire. Le temps devient signifiant lorsqu’il reçoit une structure…

  • Sans fidélité, il se fracture ;
  • sans loi, il se désagrège ;
  • sans Torah, il se répète.

Construire le temps, c’est empêcher le Tohu de redevenir souverain.

Et puis il y a eu le 7 octobre. Non comme une date, mais comme une déchirure du temps.

Comme si la continuité avait été frappée. Comme si l’Histoire avait cessé de respirer. Il y eut un avant et un après qui ne se raccordent plus.

Le choc ne fut pas seulement celui du massacre, mais celui de la rupture du futur.

Mais Israël connaît ce vertige depuis des siècles. Il sait ce que signifie marcher dans un monde dont les fondations viennent d’être ébranlées, vivre lorsque le temps semble brisé, lorsque l’avenir paraît confisqué, lorsque le sens vacille.

Et pourtant, et c’est là son secret le plus profond, le temps a repris. Non par oubli. Non par déni. Non par anesthésie. Mais par fidélité.

  • Les soldats sont retournés au combat.
  • Les enfants à l’école.
  • Des femmes ont accouché.
  • Des mariages ont eu lieu.
  • Des prières ont été murmurées.
  • Des livres ont été ouverts.
  • Des noms ont été transmis.

La vie n’a pas seulement continué : elle a été réaffirmée, choisie, sanctifiée.

La résilience juive n’est pas psychologique. Elle n’est pas une technique de survie. Elle est ontologique. Elle procède d’un pacte avec le futur, d’une alliance silencieuse avec ce qui n’existe pas encore.

Le peuple juif ne survit pas dans le temps : il le relance. Il le remet en marche lorsque tout semble figé. Il le rouvre lorsque tout paraît fermé…

C’est pourquoi le temps est notre allié et l’ennemi structurel de ceux qui veulent nous détruire.

Nos adversaires vivent dans un temps mort. Ils répètent. Ils recyclent la haine. Ils mythifient leurs défaites. Ils sacralisent leurs échecs. Ils n’engendrent rien : ils rejouent…

Israël, lui, attend. Et attendre n’est pas passif : c’est maintenir l’avenir ouvert, refuser la clôture, empêcher la nuit de devenir définitive.

Le temps de ceux qui veulent l’anéantissement des Juifs est compté, non par vengeance, mais par structure parce qu’ils sont enfermés dans la répétition, tandis qu’Israël demeure fidèle au devenir…

Israël vit dans l’intervalle, entre la promesse et l’accomplissement, entre la blessure et la réparation, entre le déjà-là et le pas-encore.

Et depuis Abraham, il sait dire, contre toutes les fatalités : pas encore, mais bientôt.

Le temps finira toujours par choisir le camp de ceux qui engendrent l’avenir. SS♦

lundi 2 mars 2026

Macron et le Quai d'Orsay mis de côté JBCH N° 2603 - 916

La France se ridiculise sur la scène internationale : 

Entre poussière nauséabonde gaullienne et inertie présidentielle


La diplomatie française traverse une crise d’image et de crédibilité sans précédent. Alors que le monde s’agite face aux crises internationales, du Moyen-Orient à l’Afrique, leQuai d'Orsay semble figé dans des méthodes héritées de l’époque de de Gaulle : prestige, posture solennelle, calcul politique, et trahisons.  


Mais dans un monde où la rapidité, la décision et la communication directe sont essentielles, cette approche apparaît dépassée, voire risible.


Le président Emmanuel Macron , par ses hésitations et atermoiements, a aggravé cette perception. Entre déclarations tardives et positions nuancées qui frôlent l’ambiguïté, la France se retrouve spectatrice plutôt qu’actrice des événements.



 Pendant ce temps, des puissances plus réactives imposent leur influence et façonnent l’ordre mondial, laissant Paris à la traîne. Sur les réseaux sociaux et dans les sondages, la frustration monte : la France d’aujourd’hui semble incapable de défendre avec force ses intérêts ou de peser dans les négociations internationales.





Cette paralysie diplomatique s’accompagne d’un autre fléau intérieur : la montée de l’antisémitisme. Les actes et paroles haineux contre la communauté juive se multiplient, et l’État peine à conjurer cette violence sociale. Dans un contexte international tendu, cette incapacité à protéger ses citoyens juifs fragilise l’image de la France et alimente la critique : comment prétendre à un rôle de leader mondial si ses propres fondements républicains et moraux sont fragiles ?



La combinaison de ces échecs — diplomatiques et sociétaux — transforme le pays en caricature aux yeux de ses partenaires. L’opinion publique dénonce une diplomatie « poussiéreuse » et un pouvoir exécutif paralysé, incapable d’affronter les crises avec clarté et courage. La France risque ainsi de perdre non seulement son influence, mais aussi son autorité morale, jadis enviée dans le monde entier.




Pour redevenir crédible, Paris doit réformer sa diplomatie, clarifier ses choix et agir sans tergiverser, tout en s’attaquant fermement aux discriminations et à l’antisémitisme qui gangrènent le pays. 


Sinon, le prestige d’une nation autrefois respectée continuera de s’effriter, et la France restera spectatrice impuissante des bouleversements qu’elle aurait pu façonner.




Des Missiles iraniens, jusqu'à quand ? JBCH N° 2603 - 915

Iran : 

Une capacité balistique mise à l’épreuve par les frappes adverses


Selon plusieurs sources et experts militaires, l’Iran traverse une période critique concernant son arsenal de missiles. Le pays dispose d’un des plus grands stocks balistiques du Moyen-Orient, comprenant plusieurs milliers de pièces allant de missiles à courte portée à des systèmes capables d’atteindre jusqu’à 2 000 km. 


Ces engins sont fabriqués et entretenus dans plusieurs installations, dont des “villes de missiles” souterraines conçues pour protéger la production.




Pourtant, malgré cette puissance apparente, deux défis majeurs compromettent la capacité iranienne à maintenir un rythme élevé de frappes. Le premier est industriel et logistique. Les bombardements ciblés perturbent la fabrication et la maintenance des missiles, mettant sous pression les lignes d’approvisionnement et ralentissant la reconstitution des stocks. Même si les infrastructures souterraines offrent une protection relative, elles deviennent des cibles prioritaires pour réduire la production et la disponibilité des engins.





Le second défi est opérationnel. Les frappes adverses visent spécifiquement les lanceurs et les sites associés, réduisant ainsi la disponibilité des plateformes prêtes au tir. Dans des conflits précédents, environ un tiers des lanceurs avait été neutralisé. Aujourd’hui encore, les opérations visent autant la capacité de lancement que la chaîne de production elle-même.




Résultat : bien que l’Iran conserve une capacité balistique active et continue de lancer des missiles, le rythme actuel ne peut être soutenu indéfiniment. Les analystes estiment que les stocks pourraient ne suffire que pour une période très courte, peut-être d’une semaine seulement à l’intensité actuelle, avant que la pression combinée sur la production et la logistique n’entraîne une réduction significative des engins disponibles.





Cette situation place l’arsenal iranien dans une véritable guerre d’attrition technologique. À court terme, le pays peut encore frapper, mais chaque tir accélère l’épuisement des stocks et met à l’épreuve la résilience de ses infrastructures industrielles. 


Dans les heures et jours à venir, la question clé sera de savoir si Téhéran pourra maintenir ce rythme de lancement tout en reconstituant ses stocks, ou si la pression stratégique combinée finira par limiter de manière significative son potentiel balistique.





Joseph Szidlowski ... des moteurs pour les hélicopteres israeliens JBCH N° 2603 - 914

De Tarbes à Beit Shemesh : 

Quand l’industrie aéronautique française devient stratégique


L’histoire de Joseph Szidlowski et de Turbomeca illustre un pan discret mais crucial de l’industrie aéronautique française. Implantée à Tarbes, l’entreprise a pendant des décennies conçu et fabriqué des moteurs d’hélicoptères, certains équipant des appareils destinés à l’export, dont Israël. 


Ce savoir-faire, longtemps méconnu du grand public, a fait de Tarbes un centre technologique stratégique au cœur de la filière des hélicoptères.



Récemment rachetée par Safran, Turbomeca est désormais intégrée dans un réseau industriel mondial combinant recherche, production et maintenance. Cette évolution a renforcé l’influence de ses sites, mais a également accru leur sensibilité sur le plan géopolitique. 



Les installations de maintenance et de production ne sont plus de simples usines : elles incarnent un savoir-faire technologique à portée militaire.


L’usine de Beit Shemesh, récemment visée par des frappes qui ont échoué, en offre un exemple frappant. Les attaques visaient explicitement des infrastructures liées à la production ou la maintenance de moteurs d’hélicoptères, révélant la portée internationale et stratégique du travail initié à Tarbes. La vulnérabilité de ce site montre comment la localisation d’un savoir-faire peut devenir un enjeu militaire.




Cet épisode rappelle que l’industrie, la géopolitique et les ventes d’armement sont intimement liées. Un site productif, même lorsqu’il abrite des activités civiles ou duales, peut se transformer en cible en période de tension régionale. La chaîne qui relie Tarbes à Beit Shemesh est ainsi un exemple vivant de la manière dont l’expertise industrielle française s’inscrit dans des enjeux de sécurité mondiale.





À travers ce lien discret mais stratégique, on comprend combien les choix industriels, les alliances et les ventes technologiques influencent directement la sécurité et la stabilité régionale, et pourquoi chaque usine, chaque moteur conçu à Tarbes, ou à Beit Shemesch peut se retrouver au cœur de calculs militaires et diplomatiques internationaux.



Israël et Arabie ... Alliance pérenne depuis 2017 JBCH N° 2603 - 913

Une alliance discrète face à un ennemi commun


Depuis près d’une décennie, un rapprochement stratégique inédit s’est opéré entre Israël et l’Arabie saoudite, longtemps ennemis officiels. À la manœuvre, le prince héritier Mohamed Ben Salman connu sous le sigle MBS, qui a progressivement redéfini la diplomatie du royaume autour d’un objectif central : contenir l’expansion régionale de l’Iran.


Dès 2018,  MBS avait rencontré Nathayaou à Néom, à 40 Km d'Eilat, négociations secrètes avec le , parfois en marge des positions opposées du roi Salman. Ces échanges s’inscrivaient dans une vision plus large, incarnée par le projet futuriste de Néom censé faire de l’Arabie saoudite un hub technologique régional, en partie connecté à l’expertise israélienne.




Officiellement, Riyad a longtemps soutenu une politique d’apaisement avec Téhéran, allant jusqu’à renouer des relations diplomatiques sous médiation chinoise. Mais dans les coulisses, la méfiance est restée intacte. Pour MBS, la négociation n’a jamais signifié renoncement : elle servait avant tout à gagner du temps, à stabiliser l’économie et à renforcer les alliances sécuritaires.



Aujourd’hui, alors que l’Iran multiplie les menaces et les tentatives d’attaques contre Riyad et les infrastructures pétrolières, cette ambiguïté apparaît au grand jour. Le royaume se retrouve en première ligne d’un affrontement indirect qui dépasse largement le cadre bilatéral. Quand les raffineries brûlent, ce sont les peuples qui paien




À Abqaiq un site del'Aramco devient le symbole d’une guerre qui menace la stabilité mondiale et sacrifie l’avenir au profit des rivalités géopolitiques.




Les attaques du 7 octobre 2023 ont constitué un séisme géopolitique. Elles visaient  à briser la normalisation en cours entre Israël et les monarchies sunnites. Ce processus, perçu par l’Iran comme une menace stratégique majeure, risquait d’isoler durablement Téhéran dans la région.



Depuis, les discussions entre Riyad et Jérusalem ont ralenti, mais l’alliance de fait n’a pas disparu. Elle s’est simplement rendue plus discrète, plus prudente, sous la pression de l’opinion publique arabe et du conflit à Gaza.




Cette rivalité s’incarne aussi dans le réseau de milices pro-iraniennes déployées dans toute la région. Leur architecte principal fut  Qassem Souleimani , chef de la Force al-Qods, éliminé en 2020 par une frappe américaine.


Derrière les calculs stratégiques modernes se cache une réalité plus ancienne : la rivalité sunnite-chiite, née au VIIᵉ siècle, continue de structurer le Moyen-Orient. L’Iran chiite se voit comme le protecteur des « opprimés » face aux monarchies sunnites, tandis que Riyad défend son rôle de gardien du monde sunnite.




Israël, dans ce jeu, apparaît davantage comme un allié tactique que comme un acteur idéologique. Pour l’Arabie saoudite, il s’agit d’un partenaire militaire et technologique face à une menace existentielle. Pour Israël, Riyad représente un pilier contre l’encerclement iranien.



L’alliance israélo-saoudienne n’est ni sentimentale ni idéologique. Elle est née de la peur commune de l’Iran, de la volonté de préserver la stabilité économique et de l’ambition de remodeler la région. Les événements récents montrent toutefois sa fragilité.


Entre pressions populaires, conflits persistants et escalades militaires, Riyad marche sur une ligne étroite. MBS tente de concilier modernisation, leadership régional et survie politique, tout en affrontant un voisin iranien déterminé à contester son influence.



La confrontation actuelle révèle une vérité durable : malgré la technologie, la diplomatie moderne et les projets futuristes, le Moyen-Orient reste façonné par des lignes de fracture anciennes. La rivalité sunnite-chiite, instrumentalisée par les États, nourrit les conflits contemporains.


Dans ce contexte, l’alliance entre Israël et l’Arabie saoudite demeure un pacte de nécessité, plus qu’un choix de cœur. Un pacte fragile, exposé à chaque crise, mais que ni Riyad ni Jérusalem ne peuvent réellement se permettre d’abandonner.





dimanche 1 mars 2026

Le Jeûne de Pourim ... JBCH N° 2603 - 912


Pourquoi jeûne-t-on à Pourim, alors que c’est une fête d’allégresse ?

La fête de Pourim célèbre la délivrance miraculeuse du peuple juif de l’extermination planifiée par Haman dans l’Empire perse, telle que racontée dans le  Livre d'Esther. On y rit, on festoie, on se déguise, on donne aux pauvres et on lit la Méguila en mémoire de ce renversement de fortune miraculeux. 





Pourtant, Pourim est précédé du jeûne d’Esther (Ta’anit Esther), observé le 13 Adar, la veille de la fête. Ce jeûne n’est pas une commémoration d’un désastre, mais plutôt une remémoration du jeûne collectif que la reine Esther demanda au peuple avant d’aller plaider auprès du roi Assuérus, risquant sa vie pour obtenir l’annulation du décret de mort. Les Juifs s’unirent alors dans la prière et l’abstinence pour implorer la miséricorde divine avant la bataille décisive contre leurs ennemis. 





Ce contraste apparent — un jeûne suivi d’une explosion de joie — reflète une idée profonde dans la tradition juive : la délivrance ne va pas de soi, elle est précédée d’introspection, de prière et d’humilité. Le jeûne symbolise cet état d’esprit intense où l’on retire les distractions matérielles pour se tourner vers l’essentiel — la survie, la communauté, la foi. 


Dans l’histoire juive, nombreux sont les moments où la victoire fut précédée de privations ou de sacrifices. On retrouve cette logique dans d’autres jeûnes communautaires liés à des périodes de conflit ou de péril, souvent conçus comme un appel à la responsabilité collective et à la reliance divine. 




Ce que cela nous apprend face aux défis contemporains. En 2026, au lendemain d’opérations militaires spectaculaires d’Israël et de tensions régionales accrues, l’idée d’un jeûne précédant une célébration peut avoir une résonance symbolique forte. La société, qu’elle soit en temps de guerre ou de paix, est souvent confrontée à des moments qui demandent réflexion, préparation intérieure et solidarité avant l’allégresse ou un triomphe apparent.





La victoire tactique ou stratégique, qu’elle soit militaire ou politique, n’est jamais automatique. Même après des succès, la paix durable, la cohésion interne et l’équilibre moral demeurent des défis. Dans ce sens, Pourim et son jeûne peuvent être vus comme une métaphore : les victoires externes sont précédées d’efforts internes — de retenue, de préparation et d’unité — et ce n’est qu’après cette phase difficile que l’on peut célébrer avec un cœur léger.


Un enseignement pour l’avenir de l’humanité : Alors que le monde affronte crises, guerres, inégalités et tensions religieuses, l’alternance entre jeûne et joie à Pourim rappelle une vérité universelle : la vraie victoire ne réside pas seulement dans l’issue d’une bataille, mais dans la transformation intérieure qui la précède

Cette tension entre préparation, sacrifice et réjouissance des résultats pourrait inspirer non seulement les communautés religieuses, mais toutes les sociétés humaines en quête de stabilité, de paix et de sens. 



vendredi 27 février 2026

Adar , et l'année embolistique JBCH N° 2602 - 911

Adar, le mois en double : 

Quand le temps devient une affaire d’équilibre


Dans le calendrier hébraïque, le mois d’Adar occupe une place singulière. Tous les deux ou trois ans, il apparaît en double : Adar I et Adar II. Une anomalie apparente, mais qui révèle une réflexion millénaire sur le temps, la nature et l’humanité. 


Ce système, fondé sur un calendrier luni-solaire, vise à harmoniser les cycles de la Lune avec ceux du Soleil, afin que les fêtes religieuses restent en phase avec les saisons.



Une année embolistique est une année où l’on ajoute un mois supplémentaire pour aligner le calendrier lunaire sur le cycle solaire. Dans le calendrier hébraïque, ce mois supplémentaire est Adar I, placé avant le mois d’Adar “normal” (Adar II).


Cette correction permet de maintenir les fêtes religieuses dans la bonne saison et d’assurer l’harmonie entre Lune et Soleil. règle, déjà discutée dans le TALMUD fut institutionnalisée au IVᵉ siècle par HILLEL 2.  Elle permet d’éviter qu’une fête printanière, comme Pessa’h, ne dérive vers l’hiver. Le calendrier hébraïque refuse ainsi de choisir entre Lune et Soleil : il les fait dialoguer.




Derrière ce calcul se cache une symbolique profonde. Le cycle lunaire, d’environ 29 jours, est souvent rapproché du cycle féminin, de la fertilité et du renouvellement. Il évoque un temps organique, intime, en mouvement. Le calendrier solaire, lui, impose une stabilité : 365 jours, des saisons fixes, un rythme agricole et social prévisible. Deux visions du monde se rencontrent : l’une fluide, l’autre structurée.



Pour Maïmonide cette articulation entre science, foi et nature illustre la sagesse du judaïsme. Le temps n’y est pas subi, il est ajusté. Doubler Adar, c’est reconnaître que le réel ne se laisse pas enfermer dans un cadre rigide.


Nous constatons que les fêtes juives sont calquées sur les grands événements agricoles : Les fêtes juives sont   alignées sur le calendrier agricole d’Israël : Pessa’h coïncide avec la récolte de l’orge, Chavouot avec celle du blé, Souccot célèbre la fin des récoltes et la vie dans les champs. Cette synchronisation relie spiritualité et cycles naturels, inscrivant la foi dans le rythme de la terre.




Aujourd’hui, cette réflexion prend une dimension nouvelle. À l’heure du dérèglement climatique, de la crise écologique et de l’accélération numérique, la question du rythme devient centrale. Le monde moderne fonctionne presque exclusivement sur le temps solaire, industriel et productiviste. Les calendriers traditionnels rappellent, eux, l’importance des cycles naturels et humains.


Adar, mois de la joie et du renversement, symbolise cette souplesse. Il enseigne que l’équilibre ne vient pas de la domination d’un système, mais de leur harmonisation. Entre Lune et Soleil, entre biologie et technologie, entre tradition et innovation, le temps reste un espace à négocier.


Plus qu’un héritage religieux, le calendrier hébraïque propose ainsi une philosophie de l’avenir : apprendre à synchroniser nos sociétés avec la nature, plutôt que de les opposer. 


Dans un monde en quête de repères, le double Adar rappelle que survivre, c’est d’abord savoir s’ajuster. Nous garderons toujours notre Libre arbitre