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mercredi 28 octobre 2026

Israël : La victoire du clan arabe. JBCH N° 2610 - 295

 Israël · Élections du 27 octobre 2026

JBCH Réflexions N° 295.                                            28 Octobre 2026



LA VICTOIRE DU CAMP ARABE


Le fait majeur de ces élections

Quels que soient les résultats finaux et quelle que soit la coalition qui sortira des tractations, il y a déjà un vainqueur incontestable dans les urnes de mardi : le camp arabe. C'est le grand gagnant de ce scrutin, au sens historique du terme.



Depuis la renaissance de l'État juif, jamais une telle percée n'avait été observée. Jamais une telle mobilisation. Les partis arabes passent de 10 sièges dans la Knesset sortante à 19 sièges selon les dernières estimations. C'est un bond de 53%, une progression qui change la carte politique d'Israël et qui pulvérise tous les plafonds de verre connus jusqu'ici.

10 → 19sièges pour les partis arabes
+ 53 %de progression
La Knesset en bref

Le Parlement israélien compte 120 sièges, élus à la proportionnelle intégrale sur une liste nationale, avec un seuil de 3,25 %. Il faut 61 sièges pour gouverner. Les citoyens arabes représentent environ un cinquième de la population d'Israël.

Mais le chiffre brut des sièges ne dit pas tout. Le plus significatif est ailleurs : dans la participation.

Alors que lors des précédents scrutins, les citoyens arabes d'Israël avaient pris l'habitude de délaisser les urnes, par défiance, par désillusion ou par consigne de boycott, mardi ils ont fait le chemin inverse. 

Ils se sont mobilisés massivement. Ils ont voté. Et ils ont voté fort.




Le cas le plus emblématique, celui qui devra être étudié de très près dans les semaines à venir par les sociologues et les stratèges politiques, est celui de Rahat. Rahat, ville bédouine de 30 000 habitants perdue dans l'extrême sud du Néguev, longtemps symbole de l'abstention et de la marginalité. 

Mardi, à Rahat, le taux de participation a dépassé les 60%. Plus de 60% ! Un chiffre qui ferait pâlir bien des villes juives du centre du pays. Ce n'est plus un vote protestataire, c'est un message d'ancrage.


Rahat

Fondée en 1972, Rahat est la plus grande ville bédouine d'Israël et la seule à avoir le statut de ville. Elle se situe dans le nord du Néguev, près de Beer-Sheva.


Car c'est bien de cela qu'il s'agit : pour la première fois avec une telle force, les Arabes d'Israël ont signifié une volonté d'appartenance à la communauté nationale. 

Non pas une appartenance folklorique, mais une appartenance politique. En allant voter en masse, ils disent : "Nous comptons dans l'équation nationale. On ne fera plus sans nous." Ils réclament leur part dans la maison commune israélienne.


Et c'est là que réside toute la complexité, toute la tension de ce moment historique qu'il faudra absolument intégrer.


Car cette volonté d'appartenance s'exprime à travers une représentation partisane qui, elle, reste résolument antisioniste. Il ne faut pas se voiler la face. Les mêmes électeurs qui ont fait la queue pendant des heures devant les bureaux de vote ont ensuite célébré leurs résultats en chantant l'hymne palestinien. 

Les mêmes leaders qui revendiquent aujourd'hui 16 sièges à la Knesset n'ont toujours pas trouvé les mots pour condamner clairement le pogrom du 7 octobre, ni pour qualifier le Hamas d'organisation terroriste.





Cette dualité est désormais au cœur de la vie politique israélienne. D'un côté, une intégration civique par les urnes, de l'autre, un divorce idéologique qui persiste. 

Il faudra en tenir compte. On ne pourra plus dire que le secteur arabe est en dehors du jeu. Il est au centre du jeu, mais avec ses contradictions.

Les deux familles des partis arabes

Ra'am, islamiste conservateur dirigé par Mansour Abbas, a choisi depuis 2021 une ligne pragmatique, centrée sur les besoins concrets des citoyens arabes.

La Liste commune (Hadash, Ta'al, Balad) porte une ligne nationaliste palestinienne et refuse le caractère sioniste de l'État.

 Une victoire qui plombe les équations

Et cette victoire, paradoxalement, rend tout plus difficile.

Pendant des années, la formule magique de la gauche et du centre a été celle du "soutien sans participation" : les partis arabes soutiennent de l'extérieur un gouvernement de centre-gauche sans y entrer, sans ministres, sans drapeaux communs. C'était le modèle Rabin en 1992. Ce modèle est mort mardi soir.





Le précédent Rabin et le précédent Bennett

En 1992, Yitzhak Rabin gouverne grâce au soutien extérieur de cinq députés arabes, un « bloc d'empêchement » qui lui permet de signer les accords d'Oslo.

En 2021, Ra'am franchit un pas historique en entrant dans la coalition Bennett-Lapid : c'est le premier parti arabe membre d'une majorité gouvernementale en Israël.

Avec 16 ou 17 sièges, on ne soutient plus discrètement. On pèse, on exige, on conditionne. 

On ne peut plus être un appoint silencieux. Le camp arabe, fort de ce score historique, va demander un prix politique que le camp sioniste de centre-gauche ne peut pas payer sans se renier.

C'est tout le dilemme qui se pose désormais à Gadi Eisenkot et à ce qui reste du camp du changement. 

Comment solliciter le soutien d'un bloc qui représente 16 mandats et qui incarne la mobilisation citoyenne la plus forte du scrutin, tout en sachant que ce bloc refuse les fondamentaux sionistes de l'État ?




La tâche est devenue quasiment impossible. D'autant qu'Avigdor Lieberman, dont les voix seront indispensables à toute alternative à Netanyahou, a déjà posé une ligne rouge infranchissable : aucun soutien, même extérieur, même passif, des partis arabes. 

Pour Lieberman, c'est une question de doctrine sécuritaire et nationale. Sa position ne bougera pas.

Nous voilà donc devant une nouvelle réalité israélienne, brute et incontournable.

Israël est sorti des urnes avec un secteur arabe qui n'est plus une marge, mais un acteur central, discipliné, mobilisé, et sur-représenté par rapport à son histoire électorale. 

C'est un fait démocratique majeur. On ne peut plus analyser la société israélienne en faisant abstraction de Rahat à 60% de participation.

Quant aux  juifs, ils  se sont de tout temps divisés ... Et voilà le résultat 

Il faudra intégrer cette nouvelle réalité. Non pas en l'idéalisant, non pas en oubliant les chants de l'hymne palestinien ni les silences assourdissants sur le 7 octobre, mais en la regardant en face. Le camp arabe a gagné son pari : exister. 


Maintenant, c'est à l'État juif et démocratique de décider quoi faire de cette victoire.



© JBCH Réflexions Août 2026

La prochaine Guerre en France JBCH N° 2610 - 294

 Sécurité · Après le 17 octobre



JBCH N°  294                                                   28 Octobre 2026



LA PROCHAINE GUERRE : 
CELLE DES STUPÉFIANTS


Après le 17 Octobre, quelque chose a basculé. On a appelé ça une insurrection, des pillages, des émeutes. 

Les vitrines ont brûlé, les commissariats ont été attaqués, et le pays a regardé, sidéré. 

Mais les experts en sécurité le disent à demi-mot depuis des mois : ce n'était que le premier acte. Le second acte s'écrit déjà, et il ne se jouera pas avec des pavés. Il se jouera à la kalachnikov.

C'est la guerre des stupéfiants.



On ne parle plus de simples dealers de cité. On parle d'une économie parallèle devenue une économie de guerre. Rien que dans le 93, on estime à plus de 100 000 le nombre de personnes, de tout âge, qui vivent directement ou indirectement du trafic. 100 000. 

Ce n'est plus un réseau, c'est une armée sociale. Des guetteurs de 12 ans payés 100 euros la journée, des nourrices qui stockent, des mères qui blanchissent, des pères qui surveillent. 

Tout un département tenu en otage par la poudre et la résine. Et au centre de ce système, deux générations qui se percutent et s'allient.




D'un côté, la Génération Z. Celle qu'on a cru perdue sur TikTok. Elle est ultra-connectée, sans peur, sans limite. Elle ne respecte plus les anciens codes du milieu. 


Avant, on ne tirait pas en pleine journée, on ne tirait pas devant une école. Eux, ils tirent. Ils filment en direct sur Snap, cagoulés, avec des Glocks et des AK-47 achetés 2 000 euros sur Telegram. Ils font des "descentes" comme on faisait des virées. 


Pour eux, la prison n'est plus une dissuasion, c'est un passage, un diplôme. Ils ont 16, 17, 18 ans et ils ont déjà le sang froid de vétérans. C'est une génération qui a grandi avec l'idée que l'État ne leur donnera rien, alors ils iront tout prendre.


De l'autre côté, les réseaux structurés, les grands et les petits malfrats d'origine algérienne qui ont bâti l'empire. Il faut dire les choses comme elles sont : dans le 93, dans le 92, à Marseille, à Lyon, une grande partie du haut du spectre du trafic est tenue par des clans familiaux algériens. 


Petits au début, venus comme chauffeurs, devenus gérants de four, puis grossistes. Grands aujourd'hui, connectés directement à l'Espagne, au Maroc, à Dubaï, ils importent par tonnes. Ils ont l'argent, les avocats, les complicités, les kalachnikovs en stock. Ce sont eux qui arment la Z génération. Ils sous-traitent la violence aux plus jeunes pour garder les mains propres.

Et maintenant, la guerre a commencé.

Pourquoi ? Parce que le marché explose et que le territoire ne suffit plus. Après le 17 Octobre, l'autorité a reculé. Les policiers n'entrent plus dans certaines zones sans le GIGN. Les douanes sont débordées. Le vide laissé par l'État a été immédiatement comblé. 

Les bandes se tirent dessus pour un point de deal à 50 mètres près, parce que ce point rapporte 30 000 euros par jour. On a vu les premières fusillades contre les autorités : des tirs à balles réelles sur des patrouilles de police à Sevran, à Saint-Denis, à Clichy-sous-Bois. Ce n'est plus du refus d'obtempérer. Ce sont des embuscades.





La prochaine guerre aura trois fronts :

I

Entre bandes : La guerre des jeunes contre les anciens, et des clans algériens contre les autres réseaux - Comoriens, Maliens, gitans. Le monopole algérien est contesté par sa propre jeunesse qui ne veut plus partager les 10%.

II

Contre l'État : On ne caillassera plus les CRS. On tirera. Les kalachnikovs sont déjà sorties, nettoyées, prêtes. Les stocks d'armes de guerre saisis ne sont que la partie visible de l'iceberg.

III

Contre la population : C'est la plus terrible. Les 100 000 qui vivent du trafic contre les 1,5 million qui veulent juste vivre en Seine-Saint-Denis. Chantage, racket, loi du silence imposée dans les immeubles.




On nous a préparés à une guerre à l'Est, à une guerre de haute intensité contre la Russie. 

Mais la vraie guerre, celle qui fera tomber la République par en bas, elle se prépare à 10 km de Paris, dans des caves où l'on compte des liasses et où l'on charge des chargeurs.

Le 17 Octobre était une répétition. La guerre des stupéfiants sera la première représentation.

Et cette fois, personne ne pourra dire "on ne savait pas".



© JBCH Réflexions Octobre 2026



Sarkozy-Chirac Une saga nauséabonde en Côte d'Ivoire. JBCH N° 2610 - 293

Côte d'Ivoire · France




JBCH Réflexions N° 293.           28 Octobre 2026


Une de L'Inter qui annonçait la sortie de prison de Gbagbo et Blé Goudé, et en remettant les faits dans leur chronologie. C'est une histoire douloureuse parce qu'elle est celle de la fin d'une amitié de 60 ans.

 L'héritage Houphouët - 

Quand Abidjan était le petit Paris


De 1960 à 1993, la Côte d'Ivoire est le pilier de la Françafrique. Félix Houphouët-Boigny, médecin, planteur, député français en 1945, est l'ami personnel de tous les présidents français. 

Il confie la sécurité du pays à la France : accords de défense de 1961, base du 43e BIMA à Port-Bouët depuis 1978, présence permanente de 500 à 600 hommes.

J'ai vécu en Zone 4 à Abidjan, en 1972, et j'ai aimé ce peuple afriain si attachant


La Françafrique

Le mot désigne le réseau de relations politiques, militaires et économiques que la France a entretenu avec ses anciennes colonies d'Afrique après les indépendances de 1960 : accords de défense, franc CFA, bases militaires, amitiés personnelles entre chefs d'État.


Dans ce système, Jacques Chirac est le fils politique. Houphouët appelle Chirac "mon fils". Quand Laurent Gbagbo arrive, tout change de registre. 

Gbagbo est historien, syndicaliste, opposant historique à Houphouët, emprisonné sous le parti unique. Il est proche des socialistes français - Mitterrand, Guy Labertit, Jospin l'ont soutenu en exil. Il n'est pas l'homme de la droite gaulliste.




Pour Paris, Gbagbo est soupçonné de vouloir casser le pré carré : en 2000, une fois élu dans des conditions chaotiques après le coup d'Etat de Guéï, il ouvre les contrats pétroliers offshore de San Pedro et du bassin de Jacqueville à des compagnies non françaises, américaines et anglo-saxonnes notamment. 

Le pétrole ivoirien n'est pas énorme, mais le symbole est fort : Abidjan diversifie, comme le fait à la même époque l'Angola.

 La déchirure 2002 - Bouaké devient capitale rebelle

Le 19 septembre 2002, alors que Gbagbo est en voyage en Italie, une tentative de coup d'Etat éclate. Des soldats ivoiriens originaires du Nord, avec des soutiens venus du Burkina Faso, du Mali et de Guinée, attaquent Abidjan, Bouaké et Korhogo. 

Ils échouent à Abidjan mais prennent le Nord.

Bouaké, deuxième ville du pays, devient le QG des Forces Nouvelles de Guillaume Soro. Le pays est coupé en deux.

La France ne déclenche pas la rébellion, mais son attitude est vécue comme une trahison à Abidjan. 

Paris déploie l'Opération Licorne, officiellement pour protéger ses ressortissants et interposer ses forces entre les belligérants. 

Sur le terrain, beaucoup de partisans de Gbagbo estiment que Licorne fige la partition et protège les rebelles. C'est le début du sentiment anti-français massif chez les jeunes patriotes.

L'opération Licorne

Lancée en septembre 2002, elle a compté jusqu'à environ 4 000 militaires français, chargés de surveiller la « zone de confiance » séparant le Nord rebelle du Sud loyaliste. Elle a pris fin en 2015, remplacée par les Forces françaises en Côte d'Ivoire.



Le point de non-retour est le 6 novembre 2004 : deux Soukhoï ivoiriens bombardent le camp français de Bouaké, 9 soldats français tués. 

En représailles, Chirac ordonne la destruction de toute l'aviation ivoirienne au sol. A Abidjan, les émeutes anti-français éclatent. 

C'est la première fois que l'armée française et l'armée ivoirienne s'affrontent ouvertement.


Bouaké, 6 novembre 2004

Le bombardement du lycée Descartes, où cantonnaient les soldats français, fait aussi un mort civil américain. Les pilotes biélorusses des Soukhoï, un temps arrêtés au Togo, ne seront jamais jugés par la France ; trois responsables ivoiriens ont été condamnés par contumace à Paris en 2021.


  L'engrenage final - 
Du palais à La Haye


2007-2010 : on tente la paix avec les accords de Ouagadougou. La présidentielle de 2010 doit tout régler. Elle fait tout exploser. 

Second tour Gbagbo contre Alassane Ouattara. Deux résultats, deux présidents prêtent serment. 

Sous la vive recommandation de la France, la communauté internationale, l'ONU, l'Union Africaine, la CEDEAO reconnaissent Ouattara. Gbagbo refuse de quitter le palais.

De décembre 2010 à avril 2011, Abidjan vit la crise post-électorale la plus meurtrière : plus de 3000 morts selon l'ONU.





 

Le 30 mars 2011, le Conseil de sécurité vote la résolution 1975 qui autorise l'ONUCI et les forces françaises à utiliser tous les moyens pour protéger les civils et empêcher l'usage d'armes lourdes.

Du 4 au 11 avril 2011, les hélicoptères de l'ONUCI et de Licorne bombardent les armes lourdes autour de la résidence présidentielle de Cocody, sur ordre de l'ONU. 

Au sol, ce sont les Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pro-Ouattara qui mènent l'assaut.

Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo, son épouse Simone et une trentaine de proches sont arrêtés dans le bunker de la résidence par les FRCI, avec appui indirect de l'ONUCI et de Licorne.  Via un tunel secret ... 

Le porte-parole de Gbagbo parlera alors d'arrestation par les Français remis à la rébellion, version démentie par Paris.





Transféré à Korhogo puis à Abidjan, Gbagbo est transféré le 29 novembre 2011 à la Cour Pénale Internationale à La Haye. et y restera  10 ans sans procès, même s'il y a eu un début de procédure : confirmation des charges en 2014, procès de janvier 2016 à janvier 2019, et coup de théâtre : acquittement en première instance, confirmation de l'acquittement en appel le 31 mars 2021. 

Il rentre à Abidjan le 17 juin 2021, après 10 ans d'absence. C'est cette libération sous conditions que titre la "Une" de L'Inter.


Gbagbo et Blé Goudé à la CPI

Poursuivis pour crimes contre l'humanité, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ancien chef des « Jeunes patriotes », sont acquittés le 15 janvier 2019, faute de preuves suffisantes. Libérés sous conditions en Belgique, ils voient leur acquittement confirmé en appel en 2021. Blé Goudé ne regagne Abidjan qu'en novembre 2022.




Port-Bouët désert et le monde d'après


Le traumatisme de 2011 a laissé deux lectures irréconciliables : pour une partie de l'opinion ivoirienne musulmane du Nord) , la France a sauvé la démocratie contre un président qui refusait l'alternance. 

Pour l'autre, elle a chassé un président souverain, panafricaniste, coupable d'avoir voulu diversifier ses partenaires pétroliers.

Ce divorce a accéléré ce qu' Emmanuel Macron a appelé la fin de la Françafrique.

Le 20 février 2025, dans une cérémonie très différente des départs chaotiques du Mali, du Burkina ou du Niger, la France a rétrocédé officiellement le camp du 43e BIMA de Port-Bouët à l'armée ivoirienne. 

La base abritait le 43e Bataillon depuis 1978. Il ne reste plus qu'un petit détachement de liaison.

Le 43e BIMA

Le 43e bataillon d'infanterie de marine s'installe à Port-Bouët, près de l'aéroport d'Abidjan, en 1978. Devenu le cœur des Forces françaises en Côte d'Ivoire, il est rebaptisé camp Thomas d'Aquin Ouattara, du nom du premier chef d'état-major ivoirien, lors de sa rétrocession en 2025.







Aujourd'hui,   il n'y a plus de base opérationnelle française en Afrique de l'Ouest, hors Djibouti. Les immenses casernes de Port-Bouët sont devenues ivoiriennes. 

Le vide est convoité : conseillers russes de l'Africa Corps au Sahel, drones turcs Bayraktar achetés par Abidjan, base américaine de drones à l'est, intérêts chinois sur le port et iraniens qui cherchent des relais.

L'histoire Gbagbo n'est donc pas seulement l'histoire d'un homme. C'est le moment où le modèle Houphouët-Chirac, fait de protection militaire contre loyauté politique et rente pétrolière, s'est brisé. 

La Côte d'Ivoire est restée amie de la France, mais elle n'est plus une alliée exclusive. Et la France a appris, trop tard, que traiter un ancien allié comme une chasse gardée était le meilleur moyen de le perdre.


© JBCH Réflexions Octobre 2026

Lutte de deux geants : Airbus et Boeing JBCH N° 2610 - 292

Économie · Commerce transatlantique





JBCH Réflexions N° 292.              28 Octobre 2026

Airbus-Boeing : un combat de géants ?


Washington menace de rallumer la guerre commerciale de l'aéronautique. En cause : un prêt de 3 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement à Airbus.

 
AIRBUS · EuropeÉtats-Unis · BOEING
 

Le prêt qui fâche Washington

Lundi soir, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a fait parler la poudre. Dans un communiqué, il avertit qu'un financement de 3 milliards d'euros accordé à Airbus par la Banque européenne d'investissement (BEI) pourrait mettre en péril la trêve qui suspend, depuis 2021, les droits de douane entre l'Europe et les États-Unis sur une série de produits.

« J'avais sincèrement espéré que les subventions européennes à Airbus, qui faussent les échanges, appartenaient au passé. »Jamieson Greer, représentant américain au Commerce (USTR)
3 Md€le plus gros financement d'entreprise de l'histoire de la BEI, annoncé en juin, pour des projets d'Airbus en France, en Allemagne et en Espagne.

Le calendrier n'a rien d'innocent. La trêve venait d'être prolongée en juillet quand la BEI a annoncé ce financement record. 

Washington affirme n'avoir reçu aucun détail sur ce prêt, « malgré des demandes répétées », et réclame une solution rapide pour éviter une violation de l'accord.

Airbus, de son côté, joue la sérénité. Son porte-parole explique que l'entreprise, « comme la plupart des grands industriels mondiaux », diversifie régulièrement ses sources de financement. 

Le prêt de la BEI ne serait qu'une facilité de crédit classique, comparable aux prêts commerciaux déjà signés par le passé. L'avionneur se dit prêt à partager davantage d'informations avec les gouvernements.

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Vingt-deux ans de guerre froide dans le ciel

La querelle ne date pas d'hier. Elle commence en 2004, quand les États-Unis attaquent devant l'Organisation mondiale du commerce les aides européennes à Airbus. Bruxelles riposte aussitôt par une plainte symétrique contre les subventions américaines à Boeing. 

L'OMC finira par donner tort aux deux camps.




2004Washington saisit l'OMC contre les aides à Airbus ; Bruxelles réplique contre Boeing.
2019-2020Guerre commerciale ouverte : les États-Unis taxent les fromages, les vins et les spiritueux européens ; l'Europe taxe le jus d'orange, les spiritueux et les avions américains.
2021Trêve : les droits de douane sont suspendus pour cinq ans.
Juillet 2026La trêve est prolongée.
Juin 2026La BEI annonce son prêt record de 3 milliards à Airbus.
Octobre 2026Washington menace de tout remettre en cause.



Un combat de géants ? Oui, mais un combat où chacun reproche à l'autre ce qu'il pratique lui-même. Boeing a profité pendant des décennies de contrats militaires, d'aides fiscales et de crédits de recherche publics ; l'OMC l'a reconnu. 

Airbus est né de la volonté de quatre États européens de ne pas laisser le ciel aux seuls Américains ; il ne s'en est jamais caché. Les deux avionneurs sont des champions nationaux, et les deux puissances les défendent comme tels.




Ce qui a changé, c'est le rapport de forces. Airbus livre désormais plus d'avions que Boeing, empêtré depuis des années dans ses déboires industriels. Et l'Amérique d'aujourd'hui n'hésite plus à brandir la menace tarifaire à chaque contrariété. 



Les premières victimes d'une reprise des hostilités seraient, comme en 2019, les vignerons, les fromagers et les distillateurs européens, qui n'ont rien à voir avec les avions.

L'Europe a le droit de financer son industrie, à condition de le faire dans la transparence. Les États-Unis ont le droit de demander des comptes, à condition de ne pas oublier les leurs.

Dans ce duel de géants, ceux qui risquent de payer l'addition ne volent pas : ils produisent du vin et du fromage.


© JBCH Réflexions Octobre 2026
D'après un article de Sofía Sánchez Manzanaro, Rapporteur, octobre 2026.

La CPI , la fin de son mandat ? JBCH N° 2610 - 291

Justice internationale





JBCH Réflexions N° 291.                28 Octobre 2026

La Cour Pénale Internationale : d'une ambition de justice à un instrument politique


La CPI a été créée en 1998 par le Statut de Rome, entrée en vigueur en 2002, avec une idée noble et simple qui faisait consensus : établir la justice là où il n'y en avait pas. Juger les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les génocides dans les pays où l'Etat s'était effondré, où les tribunaux nationaux étaient inexistants, complices ou impuissants. 

Elle devait être la juridiction de dernier recours, complémentaire, pour le Rwanda, pour l'ex-Yougoslavie, pour les dictatures sanguinaires qui massacraient leur propre peuple en toute impunité. C'était sa mission, sa légitimité, sa raison d'être.

Mais cette mission a été dévoyée.

Le tournant s'est produit avec l'arrivée massive au sein de l'Assemblée des Etats parties de pays musulmans et du bloc dit du Sud global, qui ont vu dans la Cour non plus un tribunal, mais une arme diplomatique. 




L'objectif n'était plus de juger les vrais criminels de guerre, mais de détourner le droit international pour faire de la politique. Et la cible idéale, obsessionnelle, a été trouvée : Israël.

Israël est une démocratie, dotée d'une Cour suprême indépendante, d'un système judiciaire robuste, d'une armée dotée d'un corps de procureurs militaires qui enquête  ce qui, selon le principe même de complémentarité du Statut de Rome, devrait exclure toute compétence de la CPI. 


La CPI n'est censée intervenir que si l'Etat concerné ne veut pas ou ne peut pas juger. Or Israël veut et peut juger. Son intervention contre Israël est donc une violation flagrante de ses propres statuts.

 

Pourquoi alors s'acharner ? Parce qu'il s'agit de mettre Israël, dont l'existence même est insupportable pour une partie de ses accusateurs, au ban de la société internationale. 

Il s'agit de lui appliquer un traitement que l'on n'applique à aucune autre démocratie en guerre contre le terrorisme. 





Il s'agit, sous n'importe quel prétexte  un prix Sakharov, un Prix Nobel de la paix détourné en mandat d'arrêt  de lui rendre une forme de virginité morale à une institution qui a échoué partout ailleurs.

Où était la CPI en Syrie ? Où était-elle au Yémen, au Soudan, au Xinjiang, en Iran ? 


Muette. Inefficace. Absente. Mais elle se découvre une énergie nouvelle quand il s'agit de lancer des mandats contre des dirigeants israéliens élus démocratiquement, qui défendent leur population après le plus grand pogrom depuis la Shoah.


C'est un renversement moral complet : on met sur le même plan l'agresseur terroriste et la démocratie qui se défend. On criminalise la légitime défense



Cette justice à deux vitesses a fini par ouvrir les yeux de nombreux Etats. Une dizaine de pays, et non des moindres, ont compris l'imposture. 

Le Venezuela, le Burundi, les Philippines avant lui, et d'autres qui menacent de suivre, ont décidé de quitter cette organisation devenue inique. 

Ils ont compris que la CPI n'était plus un tribunal, mais un club politique où l'on vote des condamnations selon l'origine de l'accusé, pas selon les faits. 

Aux USA Trump lutte pour dissoudre ce soit disant tribunal... 




En voulant juger Jérusalem, la CPI s'est jugée elle-même. Elle a perdu sa crédibilité, son impartialité et sa vocation universelle. 


Créée pour établir la justice dans les pays qui n'en avaient pas, elle a fini par vouloir donner des leçons de justice aux seuls pays qui en ont. C'est l'histoire d'une institution qui, à force de vouloir exister politiquement, a cessé d'exister juridiquement.


© JBCH Réflexions Octobre 2026