JBCH Réflexions
Journal indépendant · Idées, actualité, société
N° 131
Économie & Service public
Fonction publique : la réduction des effectifs etc ...
D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS, UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges
Le Medef et plusieurs responsables politiques appellent à une diminution drastique du nombre de fonctionnaires — les experts estiment que cette approche comptable risque de manquer sa cible
Entretien avec Michel Ruimy d'après Atlantico
C'est devenu un serpent de mer du débat public français. À chaque annonce budgétaire, la même rengaine revient : il faut réduire le nombre de fonctionnaires. Le Medef, ces dernières semaines, a remis le sujet sur la table avec une vigueur renouvelée, proposant des suppressions massives de postes dans la fonction publique.
Plusieurs responsables politiques, de droite comme de l'extrême centre, ont emboîté le pas, y voyant une promesse d'économies rapides et un signal fort envoyé aux marchés.
Pourtant, cette approche purement quantitative pourrait bien se révéler contre-productive. C'est en tout cas la thèse défendue par Michel Ruimy, observateur avisé des politiques publiques, qui voit dans ce débat « un angle mort » : celui de l'organisation même de l'État.
Un diagnostic erroné
« Réduire l'action de l'État au seul comptage d'effectifs constitue une erreur de diagnostic », assène-t-il. Et pour cause : la France ne souffre pas tant d'un excès de fonctionnaires que d'une mauvaise répartition de ceux-ci.
Les administrations concentrent leurs forces là où les besoins ont diminué, pendant que des secteurs entiers — la transition écologique, le numérique, l'accompagnement social — manquent cruellement de bras.
Le vrai gisement d'économies
Selon les spécialistes du management public, le véritable potentiel d'économies réside dans la simplification des normes, la réorganisation des services et la modernisation des procédures. Un agent dont le temps est absorbé par des tâches administratives redondantes produit peu de valeur ajoutée. Réorganiser le travail, digitaliser les processus, mutualiser les moyens : autant de leviers qui permettraient de dégager des marges financières sans sacrifier la qualité du service public.
L'échec annoncé des suppressions massives
L'histoire récente a montré les limites de cette politique du chiffre. Les suppressions de postes décidées sans réflexion sur l'organisation ont souvent conduit à des engorgements, des délais allongés et une dégradation des conditions de travail, sans générer les économies escomptées.
Les « chocs » successifs imposés à la fonction publique ont davantage fragilisé les services que modernisé l'État.
Ce qu'il faut retenir
- Le problème n'est pas le nombre de fonctionnaires, mais leur répartition entre secteurs
- Le vrai gisement d'économies : simplification des normes, digitalisation, mutualisation des moyens
- Les suppressions massives passées ont fragilisé les services sans générer les économies attendues
- Une vraie réforme du management public suppose volonté politique et acceptation du changement
Une nécessaire refonte managériale
La piste d'une meilleure allocation des effectifs, adossée à une vraie réforme du management public, apparaît comme une alternative crédible. Encore faut-il en avoir la volonté politique. Car réorganiser l'État est infiniment plus complexe que de brandir un chiffre de suppressions de postes. Cela suppose de bousculer des habitudes, de revoir des procédures, de former les agents, d'accepter des résistances au changement.
En définitive, le débat sur le nombre de fonctionnaires occulte la vraie question : comment rendre l'État plus efficace, non pas en le vidant de sa substance, mais en le transformant en profondeur.
Un chantier autrement plus ambitieux que la simple arithmétique budgétaire. Et peut-être, à terme, autrement plus rentable pour les finances publiques.
JBCH Réflexions Août 2026