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mercredi 14 octobre 2026

Echec de l'Occident pour tout le Moyen-Orient. JBCH N° 2610 - 249





JBCH N°   249                                                                                    14 Octobre 2026

 Tribune · Antisémitisme

« Libérez ces territoires ! » : autopsie d’un échec mondial


Jamais une cause n’a reçu autant de publicité pour obtenir si peu

Trois ans de manifestations, de slogans et de harcèlement en ligne. Résultat : aucun gain pour les Palestiniens, une vague d’antisémitisme sans précédent, et des Juifs plus attachés que jamais à Israël. L’exact inverse de ce que voulait le mouvement.

À première vue, le mouvement « Libérez la Palestine » semble prendre de l’ampleur. En réalité, il s’est avéré être un échec total qui ne mène nulle part. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, une cause n’a bénéficié d’une telle publicité tout en obtenant si peu de résultats.

Ayant atteint une impasse, cet effort s’est transformé en une orgie mondiale d’antisémitisme qui n’a fait que renforcer chez les Juifs l’importance d’Israël, ce qui est l’inverse de ce que ce mouvement souhaitait.

L’erreur stratégique : l’Intifada mondiale

La principale erreur stratégique a été de passer d’un mouvement propalestinien à une Intifada mondiale. Ses dirigeants ont décidé que la meilleure façon de faire plier Israël était d’intimider les Juifs du monde entier. 

Cela impliquait également de faire pression sur les alliés non politisés ou juifs, en les forçant tyranniquement à déclarer « Libérez la Palestine » sous peine de subir des menaces et une réaction négative fabriquée en ligne.

En adoptant de telles tactiques répugnantes, le mouvement a irrité et aliéné les personnes mêmes qu’il aurait dû chercher à séduire. Il s’est réduit à traquer des chanteurs et des acteurs juifs, à harceler des épiceries et à invectiver des synagogues.

Les Palestiniens n’étaient qu’un élément secondaire d’une croisade plus vaste : la haine des Juifs.

Si l’Intifada mondiale, possible par les milliars de milliards déversés depuis 20 ans par le Qatar, avait pour objectif d’influencer la politique israélienne, elle organiserait des manifestations ciblées devant l’ambassade d’Israël pour condamner le gouvernement de Benjamin Netanyahou. 

En élargissant ses cibles aux artistes, aux étudiants, aux politiciens, aux chefs d’entreprise et aux lieux de culte juifs, l’Intifada mondiale a révélé sa véritable mission : utiliser la situation à Gaza comme prétexte pour déclencher des vagues d’antisémitisme. 

Dans cette équation, les Palestiniens n’étaient qu’un élément secondaire de leur croisade.

La prémisse selon laquelle la diffusion de la haine inciterait les Juifs de la diaspora à faire pression sur Israël pour qu’il change de cap était fondamentalement erronée. Après trois ans d’efforts vains pour transformer le mot « sioniste » en insulte et pour exclure systématiquement les Juifs de la vie publique, ces insultes se sont estompées et sont devenues un simple bruit de fond.

La spirale du toujours plus fort

Une telle colère amère, combinée à une incohérence chronique en matière de politique, a conduit cette croisade désespérée à se radicaliser de plus en plus. Après avoir faussement accusé Israël de génocide et adopté toutes les théories du complot antisémites les plus farfelues, le mouvement n’avait plus d’arguments à faire valoir. 

Une fois qu’un mouvement qualifie ses adversaires de tueurs de bébés, il n’a plus de marge de manœuvre rhétorique. Les militants avisés le savent : c’est pourquoi ils s’expriment avec prudence et évitent une escalade prématurée.

Le mouvement propalestinien s’est enfermé dans une position où sa seule option est de crier « Israël ». Lorsque rien ne change, il augmente le volume. Après que cela échoue inévitablement, il l’augmente encore.

IsraëlISRAËLISRAËL !

À aucun moment ces militants de seconde zone ne se demandent si leurs tactiques sont contre-productives, ni s’ils poursuivent un objectif réalisable.

80 %des Israéliens sont nés en Israël
≈ 90 %des Juifs voient en Israël la patrie ancestrale du peuple juif
3 ansde mobilisation mondiale, sans résultat politique

Lorsque vous parlez à ces radicaux, un pourcentage élevé d’entre eux croient réellement qu’ils peuvent insulter les Israéliens, dont quatre sur cinq sont nés en Israël, au point de les amener à déraciner leur vie et à partir vers des pays lointains qu’ils n’ont jamais visités. Les hallucinations sont si fortes dans ce groupe qu’ils devraient transformer leurs délires collectifs en drogue et la vendre dans les boîtes de nuit.

Des carrières bâties sur la souffrance des autres

Après trois ans à saturer les ondes et à dominer Internet sans succès, on pourrait penser qu’ils seraient assez intelligents pour passer à un terrain plus productif. Au lieu de cela, l’Intifada mondiale a souvent dégénéré en mouvement identitaire personnel, ou en quête égoïste d’abonnés sur les réseaux sociaux. 

Il est grotesque de voir des charlatans politiquement habiles exploiter cyniquement la souffrance des Palestiniens pour faire avancer leur carrière.

Prenons l’exemple de Greta Thunberg. Après avoir apparemment résolu le problème du changement climatique, elle a redirigé ses efforts vers Gaza lorsque cela est devenu à la mode. Ses détracteurs l’ont depuis longtemps qualifiée de narcissique. Alors, qu’a-t-elle fait ? Elle a littéralement navigué jusqu’à Gaza avec une flottille de bateaux de plaisance, un voyage qui a surtout permis de faire la une des journaux… pour elle-même.

Les slogans qui trahissent

Autre erreur de communication : le chant « De la rivière à la mer, la Palestine sera libre ». Comme si nous ne savions pas que, dans sa version arabe originale, les paroles disent autre chose.

Ce qu’on crie en Occident« De la rivière à la mer, la Palestine sera libre »
Ce qu’on crie en arabe« De l’eau à l’eau, la Palestine est arabe »


Nous nous souvenons également que, pendant la guerre d’indépendance d’Israël en 1948, le refrain des armées et des dirigeants arabes était qu’ils allaient « jeter les Juifs à la mer ».

Pire encore, ces génies ont exhibé toute une série de Juifs de façade opposés au sionisme, alors que près de neuf Juifs sur dix considèrent Israël comme la patrie ancestrale du peuple juif. 

Cette industrie naissante du « En tant que Juif… » a été accueillie avec à peu près autant de mépris que celui manifesté par la communauté LGBT envers la droite chrétienne, lorsque celle-ci présentait d’« anciens homosexuels » comme ses représentants.

Le théâtre de l’absurde

Le mouvement ressemble désormais à un théâtre de l’absurde, intégrant des minorités qui sont une abomination pour les fondamentalistes religieux qui mènent sa cause. 

En règle générale, on ne devrait jamais crier « Libérez la Palestine » si l’on ne serait pas soi-même libre en Palestine. Plaider pour un État qui vous opprimerait, vous et votre famille, relève d’une faible estime de soi, combinée à un manque d’information.

Des Terroristes, des corrompus  ... et des naïfs en occident qui paient pour des caisses noires cachées en Suisse

À tout le moins, ces manifestants occidentaux auraient pu accompagner leur soutien aux Gazaouis d’une défense des droits des femmes et des minorités sexuelles dans le monde musulman. Mais quand avez-vous entendu parler pour la dernière fois d’une rencontre entre Queers for Palestine et un imam conservateur pour plaider en faveur des Palestiniens LGBT ou des femmes ? Du silence : c’est tout ce que j’entends.

Face à la manière dont ils se sont rabaissés, ces idiots utiles affirment de manière absurde que la cause est si unique et si importante que des préoccupations « futiles », comme les droits des femmes ou le fait que les personnes LGBT ne soient pas exterminées, doivent attendre que la Palestine soit libre, quoi que cela signifie.

Je déteste devoir annoncer cette vérité à ces personnes égarées, mais il n’y a pas de solution miracle. Il suffit de regarder les pays islamiques prétendument modérés pour voir la réalité. Dans la Turquie « laïque », un paquebot de croisière a récemment été refoulé, d’importants militants LGBT ont été arrêtés et des centaines de comptes sur les réseaux sociaux ont été 

Par Wayne Besen, journaliste d’investigation américain

. 

Que diriez-vous si les défenseurs des droits LGBT, qui se battaient autrefois pour leurs propres familles, revenaient au bercail et criaient enfin : « Libérez la Turquie ! »
Wayne Besen est journaliste d’investigation américain, ancien reporter pour la chaîne WABI-TV et ancien porte-parole de la Human Rights Campaign, la principale organisation de défense des droits LGBT aux États-Unis.

© JBCH Octobre 2026

Les Houtis, bras armé de l'Iran ... JBCH N° 2610 - 248

Moyen-Orient · JBCH N° 566 (mise à jour)

JBCH N° 248.                                                            14 Octobre 2026


Riyad sous les missiles houthis, 

et le canal discret vers Israël


L’alliance de La Mecque devait protéger le royaume. 

C’est vers Jérusalem que regarde Riyad.

Deux mois après avoir signé à La Mecque un pacte de défense « à l’OTAN » avec le Pakistan et la Turquie, l’Arabie saoudite voit l’aéroport de sa capitale frappé trois fois en une semaine. Les alliés musulmans tergiversent, Washington hésite. Et c’est d’Israël, par la porte de service américaine, que vient le renseignement.

Les tours de Riyad
Riyad, vitrine de la « Vision 2030 » de Mohammed ben Salmane, se découvre vulnérable. Photo : domaine public, Wikimedia Commons

IL’alliance de La Mecque : du rêve à l’épreuve

Le 7 août 2026, sous les ors d’un palais mecquois, Riyad a voulu frapper fort. Mohammed ben Salmane, Recep Tayyip Erdoğan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif signent l’Alliance de La Mecque pour la défense. La clause centrale est calquée sur l’article 5 de l’OTAN : « toute attaque armée contre l’un des trois États sera considérée comme une attaque contre tous ».

Pour le prince héritier, c’était le couronnement d’une doctrine : l’autonomie stratégique sunnite, sans tuteur occidental, avec en prime le parapluie nucléaire pakistanais obtenu dès septembre 2025. Les communiqués parlaient d’« ère nouvelle ». Sur le papier, 1,4 million de soldats, 3 400 avions, 6 000 chars.

Une alliance sans volonté de combattre n’est qu’un communiqué de presse.

IILes Houthis : le crash-test

Le test n’a pas tardé. Pendant que l’Amérique et Israël sont en guerre contre l’Iran depuis février, les Houthis, son bras armé au Yémen, relancent le front saoudien. Ils avancent le long de la mer Rouge, prennent le port de Mokha et l’île de Perim, au cœur du détroit de Bab el-Mandeb, et pilonnent les villes, les bases et les installations pétrolières du royaume.

Riyad appelle à l’aide. Islamabad et Ankara ? Rien pendant deux mois. Il faut attendre le 5 octobre pour que l’alliance soit enfin activée, après une réunion d’urgence à Riyad : des « forces et capacités convenues » seront déployées, sans chiffres, sans calendrier, « selon les lois de chaque pays ». La Turquie précise que son aide sera surtout technique et qu’elle ne participera à aucune action offensive au Yémen. Mohammed ben Salmane demande alors à Donald Trump de frapper les Houthis. Refus : Washington se contente de fournir du renseignement et de désigner des cibles.

IIIRiyad sous le feu

Puis vient la semaine noire. Pour la première fois, la capitale elle-même est frappée, et à répétition.

8 octobreUn missile balistique frappe l’aéroport international King Khalid de Riyad. Trois morts, dont un commandant de bord de la Saudia, et des dizaines de blessés.
10 octobreAttaque coordonnée : des drones ouvrent la voie à des missiles de croisière et balistiques. 12 à 13 morts selon les sources, et plus de 300 blessés.
11 octobreNouvelle frappe : un mort, onze blessés. L’aéroport reste fermé.
12 octobreRiyad affirme avoir intercepté trois missiles visant la capitale et Khamis Mushait.
3attaques sur l’aéroport de Riyad en une semaine
≥ 16morts depuis le 8 octobre
300+blessés dans la seule attaque du 10 octobre
Aéroport international King Khalid de Riyad
L’aéroport King Khalid de Riyad, frappé trois fois en une semaine. Les compagnies suspendent leurs vols, le forum d’investissement de la capitale est perturbé. Photo : Vanquish0, CC BY-SA 4.0

Le royaume a dépensé des dizaines de milliards de dollars en batteries Patriot. Elles n’ont pas suffi. Les drones saturent d’abord les radars, puis arrivent des missiles à ogive manœuvrante, conçus pour déjouer les intercepteurs. Riyad a ouvert une enquête pour comprendre pourquoi ses défenses ont cédé, et pourquoi aucune alerte n’a été donnée. Les Houthis, eux, ordonnent aux compagnies aériennes d’éviter les aéroports saoudiens, sauf ceux de La Mecque et de Médine.

IVLe canal CENTCOM : de Djeddah à Jérusalem

C’est là que l’histoire devient intéressante. Dès la mi-septembre, la presse israélienne révèle que le prince héritier a sollicité ses voisins du Golfe et l’Égypte, et aussi, indirectement, Israël. Le 14 septembre, à Djeddah, il reçoit l’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient. Le lendemain, selon des sources diplomatiques citées par Ynet et Israel Hayom, Israël fournit déjà du renseignement à l’Arabie saoudite via le CENTCOM, sans participation directe aux combats.

DJEDDAHDemande d’aide
→
CENTCOMRelais américain
→
JÉRUSALEMRenseignement

Le canal est logique : indirect, déniable, efficace. Ni Riyad ni Jérusalem ne le reconnaissent officiellement. Le chef des Houthis, Abdel-Malik al-Houthi, a lui-même accusé l’Arabie d’avoir « ouvert ses aéroports aux vols de renseignement israéliens ». Et il ne naît pas de rien : selon d’anciens responsables du Mossad, les contacts secrets entre les deux pays remontent à 2006.

Le détroit de Bab el-Mandeb vu de l’espace
Le détroit de Bab el-Mandeb vu de l’espace : le verrou de la mer Rouge, au cœur des combats. Photo : NASA, domaine public
Tir d’essai d’un intercepteur israélien Arrow 3
Un intercepteur israélien Arrow 3 lors d’un essai : le système qui abat les missiles balistiques houthis depuis 2023. Photo : Missile Defense Agency, domaine public

Ce qu’Israël peut apporter, et que personne d’autre n’a

  • L’expérience : depuis le 7 octobre 2023, Israël a intercepté des centaines de missiles et de drones houthis, souvent tirés sur Eilat et Tel-Aviv.
  • La détection : radars, renseignement électronique et satellites qui suivent les lancements depuis le Yémen.
  • Le ciblage : Israël a déjà frappé le port de Hodeïda et l’aéroport de Sanaa ; il connaît les infrastructures houthies.
  • L’alerte précoce : exactement ce qui a manqué à Riyad le 10 octobre.

Après la semaine noire de Riyad, la question n’est plus de savoir si Israël aide l’Arabie, mais jusqu’où il ira. Aucune source n’évoque à ce jour un soutien israélien en défense antiaérienne. Mais la logique est implacable : le royaume a besoin de voir venir les missiles plus tôt, et le seul pays de la région qui les abat régulièrement, c’est Israël. 

Une aide accrue, en alerte précoce et en données de trajectoire, transitant toujours par les Américains, est le scénario le plus probable.

Ma réflexion

Je ne suis pas surpris. Je l’écris ici depuis des années : la normalisation saoudo-israélienne ne passera pas par une poignée de mains à la Maison-Blanche, mais par une nécessité opérationnelle partagée. Les Houthis, qui tirent aussi sur Israël, en sont le catalyseur parfait.

L’Arabie a voulu s’émanciper des États-Unis avec un pacte islamique. Elle découvre que la géographie ne ment pas : le Pakistan est loin et fauché, la Turquie ne veut pas se battre, l’Amérique est épuisée par la guerre contre l’Iran. 

Le seul acteur qui peut voir, entendre et frapper vite dans le sud de la mer Rouge, c’est Israël, ce même Israël que les capitales européennes rêvent d’isoler.

EN BREF

  • 7 août 2026 : signature à La Mecque de l’alliance de défense Arabie saoudite, Pakistan, Turquie.
  • Clause d’assistance mutuelle de type article 5 de l’OTAN.
  • Été 2026 : offensive houthie sur la côte de la mer Rouge, Mokha et l’île de Perim tombent.
  • 14-15 septembre : rencontre MBS et amiral Cooper à Djeddah ; Israël fournit du renseignement via le CENTCOM.
  • 5 octobre : l’alliance est enfin activée, sans chiffres ni calendrier.
  • 8-12 octobre : l’aéroport de Riyad frappé trois fois, au moins 16 morts.
On ne signe pas la paix parce qu’on s’aime. On la signe parce qu’on a le même radar.

© JBCH Octobre 2026 

Sources : Al Jazeera (7 août, 5, 9 et 12 octobre 2026) ; Breaking Defense (août 2026) ; AP via PBS NewsHour (12 octobre 2026) ; Ynet et Israel Hayom (13 et 15 septembre, 13 octobre 2026) ; The Jerusalem Post ; Christian Science Monitor (13 octobre 2026). Bilans humains selon les autorités saoudiennes, susceptibles d’évoluer. Photos : Wikimedia Commons.

Ceux qui ont trahi la France depuis Pétain ... JBCH N° 2510 - 247

 Le Mal français · Histoire

Charles Hernu, 

le ministre qui avait trahi

De l’agent « André » aux tentations du RN et de LFI : la question qui revient


JBCH N° 247                                                               14 Octobre 2026

Depuis Pétain, la France a connu au plus haut niveau des hommes qui ont servi d’autres intérêts que les siens. 

Après François Fillon, voici le cas le plus vertigineux de la Ve République : un ministre de la Défense dont le passé d’agent de l’Est fut, de surcroît, couvert par l’Élysée.

Portrait officiel de Charles Hernu
Charles Hernu, ministre de la Défense de 1981 à 1985. Photo : US Air Force, domaine public

Charles Hernu n’est pas un ministre comme les autres. Ami intime de François Mitterrand depuis les années 1950, compagnon de la traversée du désert, fondateur en 1953 du Club des Jacobins, maire de Villeurbanne à partir de 1977, c’est lui que Mitterrand choisit en mai 1981 pour le poste le plus sensible de l’État : ministre de la Défense.

L’homme de confiance absolue. Celui qui a accès à tout : la dissuasion nucléaire, les secrets de l’OTAN, les opérations au Tchad et au Liban, les services secrets. Celui qui démissionnera en septembre 1985, emporté par l’affaire du Rainbow Warrior.

Et c’est cet homme-là qui, dans sa jeunesse politique, avait renseigné l’Est.

IL’agent « André »

Les pièces s’emboîtent dès 1953. Jeune militant de la gauche radicale, Hernu est approché à Paris par Raïko Nikolov, officier de renseignement à l’ambassade de Bulgarie. Il devient une source. En 1956, son traitement passe à un officier du KGB soviétique. Plus tard, la Securitate roumaine reprend contact à son tour. Trois services du bloc de l’Est, un seul homme.

« André »son nom de code pour les Bulgares et le KGB
« Dinu »son nom de code pour la Securitate roumaine
3services de l’Est l’ont traité

Contre de l’argent, il fournit des notes sur la vie politique française, sur la gauche non communiste, sur les réseaux atlantistes. Moscou va jusqu’à financer sa campagne législative de 1958. Ce n’est pas un militant naïf qui bavarde au café : c’est une source rémunérée, suivie par des officiers traitants.

1953Premier contact avec le renseignement bulgare.
1956Le KGB prend le relais. Hernu est élu député.
1963La Securitate roumaine renoue ; le KGB reprend la main.
1981Mitterrand le nomme ministre de la Défense.
1985Démission après le sabotage du Rainbow Warrior.
1990Il meurt d’une crise cardiaque, le 17 janvier.
1992Un dossier roumain parvient à la DST. Mitterrand en est informé.
1996L’Express révèle l’affaire.
2023Trois anciens hauts responsables de la DST confirment.
Le Rainbow Warrior à Amsterdam en 1981
Le Rainbow Warrior à Amsterdam en 1981. Quatre ans plus tard, son sabotage par la DGSE à Auckland, qui tue le photographe Fernando Pereira, coûte son poste à Charles Hernu. Photo : Hans van Dijk / Anefo, CC0

IIUne double trahison, et un mensonge d’État

La trahison est à deux niveaux. Personnelle d’abord : Hernu a menti à Mitterrand, qui voyait en lui un frère, et l’a laissé lui confier les clés de la défense nationale. D’État ensuite : un homme qui a été source rémunérée de trois services ennemis n’aurait jamais dû approcher le secret de la dissuasion. Car même si nul n’a prouvé qu’il renseignait encore Moscou une fois ministre, son passé faisait de lui une cible idéale pour le chantage. Le KGB savait. La France, elle, ne savait pas.

Le paradoxe rend l’affaire plus troublante encore. Ministre, Hernu se montre un atlantiste ferme pendant la crise des euromissiles : il soutient l’installation des Pershing américains face aux SS-20 soviétiques. Ses défenseurs y voient la preuve de son innocence. D’autres y lisent le comportement classique d’un ancien agent qui a tourné la page, ou qui donne des gages.

François Mitterrand en 1983
François Mitterrand en 1983 : l’ami qui a nommé Hernu, puis enterré le dossier. Photo : Comet Photo AG (Zurich), CC BY-SA 4.0
Lanceur mobile de missile soviétique SS-20
Un lanceur de SS-20 soviétique, au cœur de la crise des euromissiles. Photo : département de la Défense américain, domaine public

Mais le vrai scandale, le « mal français », est ailleurs. En 1992, le patron de la DST, Jacques Fournet, apporte à l’Élysée le dossier transmis par un responsable roumain. La réaction de François Mitterrand ? Classer le passé de son ami secret d’État, au motif qu’un mort ne peut se défendre. Pas d’enquête, pas de débat, pas de vérité. Il faudra attendre la presse, en 1996, puis le livre de trois anciens de la DST, Raymond Nart, Michel Guérin et Jean-François Clair, en 2023, pour l’établir : Hernu a bien été, « pendant une partie de sa carrière politique », l’agent de trois services de l’Est.

Le traître n’est jamais seul. Il lui faut, pour durer, des amis qui ne veulent pas savoir.

Hernu n’est d’ailleurs pas un cas isolé. En février 2024, L’Express révélait que son propre ancien directeur, Philippe Grumbach, avait été pendant des décennies une source du renseignement soviétique. 

Chaque fois, la même indulgence : les fonctionnaires et les militaires sont poursuivis ; les hommes politiques et les notables, protégés.

IIILe RN et LFI prennent le même chemin !


La question qui se pose aujourd’hui n’est pas historique. Elle est actuelle.

Soyons précis : ni le Rassemblement national ni La France insoumise ne sont accusés d’espionnage au sens pénal. 

Personne n’a retrouvé de fiches de paie du SVR. Mais la mécanique de l’influence a changé. 

On ne recrute plus avec une enveloppe dans un café. On agit par des prêts bancaires, des invitations, des relais médiatiques et, surtout, par la convergence idéologique.

Il faut souligner que le "Mentor" de Bardella et copain de la "Marine" Alain Soral " se le plus antisémite, trouve logé et nourri chez Monsieur Poutine ! Soyez Vigilents !!!


Le RN : l’alignement
  • En 2014, un prêt de 9,4 millions d’euros obtenu auprès d’une banque tchéco-russe.
  • Des années de voyages à Moscou et un discours faisant de la Russie de Poutine un modèle d’ordre et de puissance.
  • Au Parlement européen, des votes contre ou des abstentions sur des résolutions visant le Kremlin.
  • Depuis 2022, une prise de distance affichée… sans jamais lever tout à fait le doute. et l'empreinte d'Alain Soral sur Bardella & Co !
LFI : la justification
  • Dès 2014, Jean-Luc Mélenchon renvoie dos à dos la Russie et l’OTAN sur l’Ukraine.
  • En 2022, refus des livraisons d’armes au nom du risque de « cobelligérance ».
  • En mars 2024, vote contre l’accord de sécurité franco-ukrainien.
  • Un anti-américanisme qui excuse presque tout à Moscou.
  • Un amour inconsidéré pour les partis dits Bolivariens en Amérique du Sud.

Le RN incarne l’alignement : ce n’est pas de l’espionnage, c’est de la connivence. 

LFI incarne l’autre jambe : la justification idéologique de l’adversaire, l’idée que l’OTAN serait coresponsable de la guerre et que désarmer l’Ukraine servirait "leur paix"



Dans les deux cas, l’effet stratégique rejoint celui que recherchait Moscou avec Hernu : affaiblir le pilier atlantique, fissurer la solidarité européenne, disposer de relais au cœur du débat français.

Une constante de l’histoire de France

Pétain qui pactise avec l’occupant au nom de la paix. Les compagnons de route qui chantaient Staline. Hernu qui renseigne l’Est. Fillon qui, sorti du pouvoir, a siégé aux conseils d’administration de groupes pétroliers russes jusqu’à l’invasion de l’Ukraine. À chaque génération, des hommes ont cru que la France serait mieux servie en s’accommodant de la puissance d’en face.

Hernu a sans doute cru, jeune, que l’Est l’emporterait, ou qu’il fallait s’en accommoder. Il a vendu des informations pour une place dans le monde d’après. 

C’est la même tentation qui guette aujourd’hui les extrêmes : vendre l’indépendance française, non plus pour de l’argent soviétique, mais pour une rente électorale. 

Dire aux Français qu’ils seront plus forts seuls avec Poutine qu’avec leurs alliés.

La différence, c’est que Hernu opérait dans l’ombre, et que Mitterrand l’y a laissé. Le RN et LFI, eux, avancent en plein jour, devant les caméras, au nom de la souveraineté. C’est peut-être plus dangereux encore : on ne démasque pas ce qui ne se cache pas.

© JBCH Octobre 2026 

Sources : Jérôme Dupuis et Jean-Marie Pontaut, « Charles Hernu était un agent de l’Est », L’Express, 31 octobre 1996 ; The Irish Times, 31 octobre 1996 ; Raymond Nart, Michel Guérin et Jean-François Clair, La DST sur le front de la guerre froide (2023), recensé par Conflits ; L’Express, février 2024 (affaire Grumbach). Photos : Wikimedia Commons.

Le Pardon. JBCH N° 2610 - 246

 Philosophie · Mémoire

JBCH N° 246                                                                   14 Octobre 2026






Le pardon est-il 

un devoir ou un don ?



Levinas, Jankélévitch et l’épreuve du 7 octobre

On nous répète depuis l’enfance qu’« il faut pardonner », comme on dit merci. Deux philosophes juifs et une tradition trois fois millénaire répondent autrement : le pardon ne s’exige pas de la victime, il se mérite par le coupable.

On nous répète depuis l’enfance : « Il faut pardonner. » Comme si le pardon était une politesse morale, une étape obligatoire pour être une bonne personne. Pardonner pour tourner la page, pardonner pour se libérer, pardonner pour « guérir ».

Et puis on tombe sur une phrase qui fait s’effondrer tout ce catéchisme. Vladimir Jankélévitch, dans L’Imprescriptible :

Le pardon est mort dans les camps de la mort.
— Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible

Une phrase qui claque comme une porte. Elle oblige à reposer la vraie question : le pardon est-il un devoir qu’on impose à la victime, ou un don fou, gratuit, que seule elle peut décider d’offrir ?

IJankélévitch : on excuse ce qui s’explique, on pardonne l’inexcusable

Jankélévitch fait une distinction que nous avons perdue : l’excuse et le pardon ne sont pas synonymes.

ExcuserC’est reconnaître des circonstances atténuantes. On excuse un retard, une maladresse, une parole sous le coup de la colère. On comprend, donc on excuse.
PardonnerC’est faire grâce à ce qui n’a pas d’excuse. Voilà pourquoi le pardon est si grand, et si rare.

Pour Jankélévitch, philosophe juif révoqué par Vichy et entré dans la Résistance, il existe des crimes qui sortent de l’échelle humaine. Le crime contre l’humanité, le génocide, n’est pas un crime « très grave » : c’est un crime d’une autre nature. Il ne vise pas ce que l’homme a fait, mais ce qu’il est. Il veut nier l’humanité de l’autre.

Face à cela, le pardon devient impossible, et même immoral. Car les victimes ne sont plus là pour pardonner, et nul n’a le droit de pardonner à leur place. Pardonner au nom des morts, c’est les trahir une seconde fois. Jankélévitch ajoute, cinglant, que les bourreaux n’ont d’ailleurs jamais demandé pardon.

D’où le concept d’imprescriptible. Juridiquement, un crime prescrit ne peut plus être jugé. Moralement, un crime imprescriptible ne peut jamais être effacé par le temps. Il ne se pardonne ni par décret, ni par une loi, ni par une commission.

Dans cette logique, le pardon n’est jamais un devoir. Dès qu’il le devient, il cesse d’être pardon : il se dégrade en amnistie, en arrangement politique, en oubli forcé. Un vrai pardon ne peut être que libre, personnel, et adressé par la victime à celui qui l’a frappée






Levinas : le pardon qui répare le temps

Emmanuel Levinas déplace le problème. Pour lui, le pardon n’est pas d’abord une affaire de tribunal, mais une affaire de temps et de visage.

Quand je te blesse, je te fige. Je te condamne à revivre sans cesse l’instant de la faute ; le passé devient une prison. Le pardon, s’il advient, est ce qui permet de réparer le temps. Levinas l’écrit dans Totalité et Infini :

Le pardon conserve le passé pardonné dans le présent purifié.
— Emmanuel Levinas, Totalité et Infini

Le pardon n’oublie pas : il garde le passé, mais lui retire son venin. Et Levinas, fidèle à la tradition juive, insiste sur un point essentiel : le coupable n’a jamais le droit d’exiger le pardon. Le pardon est toujours un don asymétrique, qui vient d’autrui.

Dans une de ses Lectures talmudiques, « Envers autrui », il commente précisément ce passage du traité Yoma (85b), que le Talmud enseigne depuis quinze siècles :

Pour les fautes entre l’homme et Dieu, le Jour du Pardon efface. Pour les fautes entre l’homme et son prochain, le Jour du Pardon n’efface pas, tant qu’il ne s’est pas réconcilié avec son prochain.— Talmud de Babylone, Yoma 85b

Autrement dit : Dieu lui-même ne peut pas te pardonner d’avoir frappé ton voisin. Il faut d’abord aller voir ton voisin. Le pardon est une affaire entre humains, pas entre l’homme et le ciel. Et il ne se décrète pas.







La téchouva : le travail qui doit précéder tout pardon

C’est là que la tradition juive apporte ce qui manque cruellement à notre culture du « il faut pardonner » : la téchouva. Téchouva ne veut pas dire pardon. Elle veut dire retour : retour vers soi, retour vers l’autre, retour vers le droit chemin.

Les quatre étapes de la téchouva selon Maïmonide

Au XIIe siècle, dans les Hilkhot Téchouva, Maïmonide les codifie. Toutes concernent le coupable, jamais la victime.

  1. Azivat ha-het : l’abandon de la faute. Arrêter, concrètement.
  2. Harata : le regret sincère, pas la peur d’être puni.
  3. Vidouï : la confession à voix haute. Nommer ce qu’on a fait, sans détour.
  4. Kabbala le-atid : l’engagement pour l’avenir. Prouver que, placé dans la même situation, on ne recommencerait pas.
Et pour les fautes envers autrui, il faut en outre réparer et aller apaiser celui qu’on a blessé. On doit lui demander pardon jusqu’à trois fois. S’il refuse après trois demandes sincères, c’est lui qui porte alors la faute de la dureté de cœur. Mais pas avant.

Voyez le renversement. Notre société dit à la victime : « Tu dois pardonner pour te guérir. » Le judaïsme dit au coupable : « Tu dois travailler, longtemps, pour peut-être mériter un pardon que tu ne pourras jamais exiger. 




IV
Le 7 octobre 2023 : quand l’imprescriptible refait surface

Le 7 octobre 2023, cette architecture philosophique a cessé d’être abstraite.

Ce matin-là, des milliers de terroristes du Hamas ont envahi le sud d’Israël. Le bilan est connu : près de 1 200 personnes assassinées en quelques heures, 251 otages traînés à Gaza, parmi lesquels des bébés, des enfants, des vieillards et même des survivants de la Shoah.

Ce ne sont pas des « dommages collatéraux ». Ce sont des crimes filmés par les assaillants eux-mêmes, caméra GoPro au casque.

Au festival Nova, près de Re’im, 364 jeunes ont été pourchassés dans les champs, abattus à l’arme automatique, brûlés dans leurs voitures. Une mission de l’ONU a conclu à des « motifs raisonnables » de croire que des violences sexuelles, dont des viols, y ont été commises.

À Be’eri, Kfar Aza, Nir Oz, kibboutzim paisibles, des commandos sont entrés maison par maison. Des familles entières anéanties dans leur pièce sécurisée, des maisons incendiées pour asphyxier ceux qui s’y cachaient.

Des corps profanés, exhibés ; des otages promenés en trophée dans les rues de Gaza.

Le à cela, que vaut notre injonction à « pardonner » ?

Ici, Jankélévitch redevient brutalement actuel. Le pardon est mort à Be’eri comme il est mort à Auschwitz, et pour la même raison : on ne peut pas pardonner au nom des morts de Nova. 

On ne peut pas pardonner au nom des otages qui ont agonisé des mois dans les tunnels. Et l’on ne peut pas pardonner quand il n’y a pas eu le début du commencement d’une téchouva.

L’abandon de la faute ?Le Hamas revendique, célèbre, et promet de recommencer.
Le regret ?Les massacres sont enseignés comme un modèle et chantés comme une victoire.
La confession ?Au contraire : on nie, on minimise, on inverse les rôles.
L’engagement pour l’avenir ?La charte de 1988, qui appelle à la destruction d’Israël, n’a jamais été abrogée.

Vouloir imposer le pardon aujourd’hui, c’est commettre exactement ce que Jankélévitch dénonçait : une fausse générosité qui lave les bourreaux et culpabilise les victimes. 

Ceux qui, en Europe, somment Israël de « tourner la page » sans exiger le moindre retour du Hamas ne prêchent pas la paix. Ils prêchent l’amnistie des assassins.

Conclusion : garder le pardon vivant, en acceptant qu’il puisse ne pas avoir lieu

Alors, devoir ou don ?

C’est un don. Un don immense, qui seul peut briser la chaîne de la vengeance. Levinas a raison : quand il advient, il répare le temps.

Mais c’est un don qui ne peut exister que si le devoir a été fait avant, entièrement du côté du coupable. Sans téchouva, le pardon n’est qu’une amnistie déguisée.

Et parfois, comme à Auschwitz, comme à Be’eri, le pardon doit savoir rester en retrait. 

Non par haine, mais par respect : respect pour les morts qui ne peuvent plus parler, respect pour la vérité, respect pour l’idée même de justice, sans laquelle le pardon n’est qu’un mot vide.

La plus grande dignité du pardon, c’est d’accepter qu’il puisse ne pas être accordé. C’est à ce prix qu’il reste humain.

© JBCH Octobre 2026

Références : Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible (Seuil, 1986) et Le Pardon (Aubier, 1967) ; Emmanuel Levinas, Totalité et Infini (1961) et Quatre lectures talmudiques (1968) ; Talmud de Babylone, Yoma 85b ; Maïmonide, Michné Torah, Hilkhot Téchouva, chap. 1-2 ; Rapport de la mission de l’ONU sur les violences sexuelles liées au conflit (Pramila Patten, mars 2024).