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mardi 20 octobre 2026

Roman : Le Tri sélectif JBCH N° 2610 - 269

JBCH Nouvelles
En famille, entre amis seulement
JBCH Nouvelles                                        20 Octobre 2026



Nouvelle · Fiction

Le Tri sélectif

Un thriller boulonnais

AVERTISSEMENT — CECI EST UNE FICTION. Ce récit s'inspire librement d'un épisode vécu, mais l'intrigue, les personnages, l'association, la société prestataire et les services cités sont entièrement imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes, des organismes ou des institutions existants serait fortuite.
Les noms, noir sur blanc. Il suffisait de les photographier.
Illustration JBCH Réflexions.

I. Samedi, midi et demi

Il était midi et demi, un samedi ordinaire. Je remontais l'allée pavée de la Résidence des Tilleuls, trois immeubles en pierre de taille plantés autour d'un jardin, à deux rues du bois, le genre d'endroit où l'on se dit bonjour sans se connaître depuis quarente ans. 

J'avais la tête ailleurs,  et refléchissait à  la leon transmise par le rabbin, et dont on parlait dans la paracha de ce samedi matin.

Je me suis alors arrêté net devant le hall d'entrée de mon immeuble ! 

Trois femmes, peut-être quatre, étaient assises sur le banc de velours vert que le syndic avait fait retapisser au printemps. 

Intégralement voilées. Elles parlaient bas, vite, en arabe. Sur le marbre, à leurs pieds, des piles de petits seaux bruns encore emballés dans leur film plastique. 

Manuel, le gardien, avait terminé son service à midi. Sa loge était fermée, rideau tiré.

Rien, dans cette scène, n'était illégal. Rien n'y était à sa place non plus. Elles se sont tues quand je suis passé. 

Une seule a levé les yeux vers moi, puis vers le mur de boîtes aux lettres en laiton, puis de nouveau vers moi. Je l'ai remarqué parce que c'était un regard de vérification, pas un regard de politesse.

J'ai pris l'ascenseur. Quatrième étage. J'ai refermé la porte,  et c'est en me lavant les mains que la sonnette a retenti.

Je n'ai pas ouvert.

Ce n'était pas de la peur. Pas encore. C'était cet instinct qu'on ne sait pas nommer sur le moment et qui, après coup, se révèle n'avoir jamais menti. 

Ma grand-mère disait que les Juifs d'Afrique du Nord naissaient avec une oreille de plus. Celle qui entend les pas dans l'escalier avant qu'ils n'arrivent.

II. « C'est parce que c'est Chabbat » !


De ma fenêtre, on voit le jardin intérieur. Trois hommes s'y tenaient, près du local à vélos : grandes calottes blanches, djellabas immaculées, l'un d'eux un téléphone collé à l'oreille. 

Ils ne distribuaient rien. Ils regardaient les façades. L'un d'eux comptait les fenêtres, je l'ai vu à son index qui montait d'étage en étage, comme un enfant qui compte les moutons.

Dans le hall, en me penchant au-dessus de la cage d'escalier, j'ai aperçu une des femmes devant les boîtes aux lettres. 

Elle tenait son téléphone à hauteur de poitrine. Le flash a claqué une fois, deux fois, douze fois. Une rangée, puis l'autre. Tous les noms des résidents, gravés sur leurs petites plaques de laiton, depuis des décennies.

Les voisins ont ouvert, eux. Je les ai entendus. Madame Delorme, au troisième, avec sa voix de professeur de piano à la retraite : « Ah, les poubelles à compost, oui, la mairie nous avait prévenus ! » 

Le jeune couple du deuxième, qui offre le N° du le digicode à tout le monde parce qu'il trouve impoli de faire attendre. On leur expliquait qu'il s'agissait d'une distribution au nom de la ville : de nouveaux seaux pour les déchets alimentaires, une petite formation au tri, deux minutes à peine. 

Une explication plausible, presque banale. De celles qui désamorcent le soupçon avant même qu'il ne se forme.

Mais une fois dans l'escalier, ces femmes ne distribuaient plus seulement des seaux. Elles montaient lentement. 

Elles s'arrêtaient devant chaque porte. Elles lisaient à vois haute les noms sur les cartons glissés sous les sonnettes. Et leurs yeux, je les voyais faire, glissaient sur le chambranle, à droite, à hauteur d'épaule. Là où, chez certains d'entre nous, est clouée une mezouza. Sur 9 étages, il y en avait six dans mon escalier

On a frappé chez moi, cette fois. Pas sonné : frappé, du plat de la main. J'ai retenu mon souffle. Il y a eu un silence, puis une voix de femme, jeune, avec une pointe d'agressivité à peine voilée :

— Ah. C'est parce que c'est Chabbat que vous n'ouvrez pas.

Je suis resté immobile, le dos contre le mur de l'entrée. La phrase n'avait rien d'innocent. On ne devine pas que quelqu'un observe le Chabbat sans y avoir pensé avant de sonner. 

Sans avoir vu la mezouza. Sans être venu, précisément, un samedi.





III. « Ils étaient agréés »

Le lundi, j'ai appelé la mairie. On m'a passé un adjoint, puis un autre, puis un chargé de mission à la propreté urbaine qui s'appelait Thibault et qui parlait de « parcours usager » et de « biodéchets à la source ». Il a promis de vérifier. Il a vérifié.

— Tout est en ordre, monsieur. Ces personnes étaient agréées.

— Agréées par qui ?

— Par notre prestataire. La ville a sous-traité la sensibilisation au tri à une société spécialisée, Écovia Médiation. 

Ils emploient des personnes en insertion, des habitants des quartiers. C'est très bien noté.

J'ai demandé pourquoi elles photographiaient les boîtes aux lettres. Thibault ne savait pas. Pourquoi elles n'avaient pas attendu le gardien, en semaine, comme tous les autres prestataires. et pourquoi elles portaient des voiles islamiques !

Il a consulté ses notes. Il y a eu un blanc.

— Le prestataire précise qu'ils ont choisi exprès le samedi après-midi. Pour toucher les familles quand elles sont chez elles.

Exprès. Le mot m'est resté dans la gorge comme une arête.

Le soir même, j'ai cherché Écovia Médiation sur Internet. Une société par actions simplifiée, créée dix-huit mois plus tôt, siège social dans une pépinière d'entreprises de Gennevilliers. 

Un site propre, des photos de seaux verts et de sourires. Dans la rubrique « Nos partenaires », entre une régie de quartier et une banque alimentaire, un nom que je ne connaissais pas : la Maison de la Fraternité de l'Ouest parisien. 

Une association. Je l'ai notée sur un bout de papier, que j'ai glissé dans mon portefeuille. Je ne savais pas encore pourquoi.

IV. Nadia

Trois semaines ont passé. J'avais presque oublié. C'est elle qui est revenue.

Un mardi, en fin de matinée, à la terrasse du café de la place, une jeune femme s'est arrêtée devant ma table. Vingt-cinq ans peut-être, foulard bleu marine noué serré, un sac en toile sur l'épaule. Elle a hésité, puis elle a dit mon nom. Mon nom de famille, celui de la plaque de laiton.

— Vous êtes celui qui n'a pas ouvert !

Elle s'appelait Nadia. Elle avait été embauchée par Écovia pour six samedis, en contrat aidé, après une licence de géographie qui ne lui avait ouvert aucune porte. 

On lui avait donné une tablette, des seaux, un argumentaire sur le compost et une consigne qu'elle avait trouvée étrange dès le premier jour : photographier toutes les boîtes aux lettres, « pour le suivi des foyers équipés ».

— Au début, j'ai cru que c'était pour la mairie. Et puis on m'a ajoutée sur un groupe de messagerie. Pas celui d'Écovia. Un autre. Avec un coordinateur que tout le monde appelait Si Hamid.

Elle a sorti son téléphone, l'a posé à plat entre nos deux tasses, l'écran tourné vers moi. Une capture. Un message vocal transcrit. 

Une consigne, en français, d'une sécheresse administrative : pour chaque immeuble, relever les noms, signaler les portes « avec le petit objet », noter les étages, préciser si la famille « ouvre le samedi ».

— Le petit objet, a-t-elle dit. Il ne disait jamais le mot. Mais on savait tous ce que c'était.

Elle avait la voix qui tremblait, pas de peur, de colère.

— Ma mère m'a appris que celui qui fait une liste de voisins pour leur religion prépare quelque chose de sale. Je suis musulmane, monsieur. Je ne suis pas ça.

« Je suis musulmane, monsieur. Je ne suis pas ça. »

V. Le fichier

Ce qu'elle m'a montré ensuite, elle l'avait récupéré par hasard. Le dernier samedi, Si Hamid lui avait confié sa tablette pour recharger la sienne, et un tableur était resté ouvert. 

Elle avait eu le réflexe de le photographier, écran par écran, dans les toilettes d'une boulangerie.

Le fichier s'appelait sobrement Îlots Ouest — v4. Chaque ligne était un immeuble. Chaque immeuble, un onglet. Résidence des Tilleuls, bâtiment B : quatorze foyers. 

Colonne A, le nom relevé sur la boîte aux lettres. Colonne B, l'étage. Colonne C, une lettre : J. Colonne D, une coche : « objet porte ». Colonne E, une mention : « n'ouvre pas sam. ». En face de mon nom, les trois cases étaient remplies.

Il y avait d'autres lettres, plus loin dans le fichier, dans d'autres onglets : C pour les familles qui affichaient un crucifix, M pour les musulmans jugés « tièdes ». 

Mais l'onglet le plus complet, celui qui avait été fait en premier, quartier par quartier, rue par rue, c'était la colonne J. Deux cent quarante-trois foyers, sur un périmètre qui allait du bois jusqu'à la Seine.

un champ  à la fin des feuillets : « destinataire » : MFOP. Maison de la Fraternité de l'Ouest parisien.

Nadia l'a regardé, puis m'a regardé. On n'a rien dit pendant un long moment. 

Au comptoir, la radio annonçait la grande journée de mobilisation du samedi suivant, le 17 octobre, contre la vie chère.

VI. La commandante

Je n'avais pas de contact dans les services. J'avais mieux : un ancien élève de mes formations, devenu officier de police, qui m'a répondu en moins d'une heure et m'a demandé de ne rien envoyer par écrit. 

Le lendemain, une femme m'attendait sur un banc du parc, près de Roland Garros, en imperméable gris, un gobelet de café à la main. Elle s'est présentée comme la commandante Vasseur. Elle n'a pas dit de quel service.

Elle a lu les photographies du fichier sans un mot, en faisant défiler lentement avec le pouce. Arrivée à la colonne J, elle a eu un petit mouvement des lèvres, comme quelqu'un qui reconnaît un visage.

— La MFOP, on la suit depuis un moment, a-t-elle fini par dire. Une vitrine respectable. Soutien scolaire, aide aux devoirs, fêtes de quartier, soupes populaires. 

Et derrière, une idéologie qu'on connaît bien, celle qui vient des Frères musulmans : l'entrisme patient, la conquête par les associations, jamais un mot plus haut que l'autre. 

Ce qui nous manquait, c'était le chaînon entre l'idéologie et le terrain.

— Et maintenant ?

 Maintenant on a un tableur. 

Les idéologues, ça ne s'arrête pas. Un tableur, si.

Je lui ai demandé à quoi pouvait servir une liste pareille. Elle a haussé les épaules, ce geste fatigué des gens qui ont vu trop de dossiers.

À rien, peut-être. À faire pression sur un bailleur, à savoir où distribuer quels tracts, où recruter, où ne pas aller. 

Ou à tout autre chose, un jour où la rue s'enflamme et où quelqu'un, quelque part, a besoin d'une adresse. 

Une liste, monsieur, ça n'a pas d'intention. C'est celui qui la lit qui en a une.

VII. La nuit du 17 octobre


Ce samedi 17, Paris a brûlé. On a vu les images comme tout le monde : la place de la République sous les gaz, les vitrines éventrées, les kiosques en flammes, les drapeaux dits palestiniens et algériens, au-dessus de la fumée.

 À Boulogne, c'était calme. Trop calme. Manuel avait verrouillé la grille du jardin, sans qu'on le lui demande.

Vers vingt  heures, mon téléphone a vibré. Un numéro masqué. La commandante Vasseur.

— Ne sortez pas ce soir. On a interpellé deux personnes il y a une heure, à la sortie d'un parking de  Sèvres. Dans le coffre, des objets qu'on n'a pas le droit de divulger.

Elle a laissé passer un silence.

— Sur la tablette, le fichier. Version 6. Avec un nouvel onglet, créé jeudi. Il s'appelle « Nuit ». Il ne contient que la colonne J.

 

Une liste n'a pas d'intention. C'est celui qui la lit qui en a une.

Épilogue


La Maison de la Fraternité de l'Ouest parisien a fait l'objet d'une procédure de dissolution. 

Écovia Médiation a perdu son marché ; la mairie a publié un communiqué sur « la vigilance renforcée dans le choix des prestataires ». 

Si Hamid n'a jamais été retrouvé. Les journaux ont consacré à l'affaire un entrefilet, coincé entre un reportage sur les pillages et un sondage sur la vie chère.

 Madame Delorme, au troisième, a fait poser une caméra au-dessus de sa porte. 

Le jeune couple du deuxième ne délivre plus le digicode à personne et surtout plus aux livreurs d'Amazon ou de Pizzas ... .

Quant à moi, le syndic  m'a conseillé, avec beaucoup de délicatesse, de retirer ma mezouza. Pour quelque temps. Par prudence. ...  Je ne l'ai pas écouté , mais dans l'escalier il n'y a plus que deux mezouzot !


FIN

Ce récit est une fiction. Les noms Résidence des Tilleuls, Écovia Médiation, Maison de la Fraternité de l'Ouest parisien, Si Hamid, Nadia et la commandante Vasseur sont imaginaires.

© JBCH Nouvelles Octobre 2026

TIKTOK Ennemi N°1. JBCH 2610 - 268






JBCH N°268                                                   20 Octobre 2026
Éditorial · Numérique

TikTok, QG des émeutes du 17 octobre : chronique d'une coordination numérique


Le 17 octobre n'a pas été une explosion spontanée. Il est né sur TikTok, il s'est propagé sur TikTok, et il s'est exhibé sur TikTok, en clair, en direct, devant des millions de mineurs  


Illustration JBCH Réflexions.

Tout est parti de TikTok. Un appel lancé par un jeune surnommé « V2 » contre la hausse du prix des carburants : plus de 500 000 « j'aime ». De là est né le mouvement du 17 octobre. 

Et c'est encore sur TikTok que la journée a basculé : vidéos de pillages et d'affrontements tournant en boucle, vues des millions de fois, des participants se filmant en pleine action, à visage découvert, revendiquant leur butin.

Ce qui frappe les enquêteurs, les maires et les commerçants, c'est la synchronisation. Paris, Lyon, Marseille, Lille : les mêmes modes opératoires, les mêmes cibles, les mêmes appels, à quelques heures d'intervalle. 

Le Premier ministre a mobilisé 200 enquêteurs pour éplucher les images publiées en ligne. Les preuves, ce sont les casseurs eux-mêmes qui les ont fournies.






Comment ça fonctionne

Le langage du direct. Un jeune lance un « live » depuis un toit ou un carrefour : « On est où ? On fait quoi ce soir ? » En quelques secondes, des centaines de commentaires s'affichent. 

Pas besoin d'organigramme : le flux fait le chef. L'algorithme fait le reste, en poussant le direct vers les comptes du même secteur, parce que la proximité est un critère de viralité.

Les codes. Pas de longs discours. Un son, un émoji, un filtre, un morceau de drill en fond, une localisation épinglée, et le message est compris : rassemblement. 

Le rapport du Sénat sur les émeutes de 2023 décrivait déjà ces mécanismes : géolocalisation pour se retrouver, messageries pour signaler la position des policiers, achats de pétards et mortiers sans traçabilité.

La mise en scène. Le sénateur Mickaël Vallet, qui a présidé la commission d'enquête sur TikTok, résume la logique d'une phrase : « Si on ne se filme pas, ça ne vaut pas le coup. » 

Chaque casse devient un contenu, chaque vitrine brisée un exploit, chaque butin étalé sur un lit (chaussures, téléphones, vêtements de marque) une occasion de gagner des abonnés et des « cadeaux » monnayables. La ville d'à côté voit, imite, surenchérit. La bêtise locale devient une compétition nationale : quelle ville cassera le plus ?

On ne parle plus d'un réseau social. On parle d'une infrastructure logistique de la délinquance.

Les mineurs en première ligne. Voilà le plus grave. Un outil qui permet à des adolescents de treize ans d'être enrôlés comme guetteurs, comme casseurs, comme receleurs, sans jamais rencontrer un adulte. 

Et la chaîne ne s'arrête pas au pillage : dès le lendemain, les objets volés réapparaissaient à la revente, au point que Vinted et Leboncoin ont dû s'engager auprès du gouvernement à les retirer et à signaler les vendeurs.





Le 17 octobre et TikTok, en repères
500 000 « j'aime » sur l'appel initial lancé par « V2 »
Des millions de vues pour les vidéos de pillage
200 enquêteurs mobilisés pour analyser les images publiées en ligne
Couvre-feux localisés à Paris, Lyon et Lille
Mai 2024 — TikTok coupé en Nouvelle-Calédonie
Avril 2025 — le Conseil d'État juge cette coupure illégale

La modération a posteriori ne sert à rien

Supprimer une vidéo six heures après qu'elle a fait 300 000 vues et provoqué un pillage ne sert à rien. TikTok n'est pas un simple hébergeur passif. Son algorithme est un amplificateur actif : il pousse ce qui retient l'attention, et rien ne retient mieux l'attention qu'une vitrine qui vole en éclats.

D'autres pays ont compris. Le Gabon a coupé Facebook et TikTok cette année. La France elle-même l'a fait, en Nouvelle-Calédonie, en mai 2024. 

Gabriel Attal, qui avait pris cette décision, plaide aujourd'hui pour un blocage « temporaire et ciblé » dans les territoires touchés par les émeutes.

Mais il faut regarder l'obstacle en face, car c'est là que se joue la bataille. En avril 2025, le Conseil d'État a jugé illégale la coupure calédonienne, faute de durée limitée. 

La loi de 1955 sur l'état d'urgence ne permet de bloquer un réseau qu'en cas d'apologie ou d'incitation au terrorisme, pas d'appel au pillage. Et les grandes plateformes relèvent du règlement européen sur les services numériques, appliqué par Bruxelles. 

Autrement dit : aujourd'hui, l'État n'a pas l'arme. Il doit la forger. Une exception est constatée : celle des dernières émeutes en Nouvelle Calédonie !





La liberté d'expression s'arrête là où commence l'organisation industrielle de la délinquance.

Il faut interdire TikTok. Non pas pour censurer une danse ou une blague, mais pour briser la chaîne logistique qui permet aujourd'hui, en trois clics, de transformer une cité en zone de pillage et de diffuser le mode d'emploi à toute la France en une heure. 

Cela exige une loi claire, votée par le Parlement, qui autorise la coupure d'une plateforme, pour une durée définie et sous le contrôle du juge, quand elle devient le talkie-walkie d'émeutes. 

Et cela exige que la France porte ce combat à Bruxelles, où se décide le sort des grandes plateformes.


Un pays qui laisse un algorithme chinois organiser le pillage de ses villes a renoncé à se gouverner. Il est encore temps de reprendre la main.

© JBCH Réflexions.    Octobre 2026      

Poutine utilise t il Soral ? JBCH N° 2610 - 267



 Éditorial · France – Russie

JBCH N° 267.                                                      20 Octobre 2026

Alain Soral, l'homme que Poutine garde au chaud


Condamné en France, condamné en Suisse, réfugié à Moscou. Le Kremlin n'offre jamais l'asile par charité. Les indices d'une entreprise de déstabilisation de l'Europe s'accumulent ; reste à savoir quelle place y tient l'exilé de Moscou.


Le 28 février 2026, une vidéo apparaît sur la plateforme d'Égalité et Réconciliation. Alain Soral y parle depuis Moscou. Deux jours plus tôt, le tribunal correctionnel de Paris l'a condamné à deux ans de prison ferme. Sur X, il annonce que le combat se mènera « désormais depuis la Russie » et promet son retour. 

La Russie n'extrade pas vers l'Occident. L'homme a trouvé l'abri idéal.

Pourquoi Moscou accueille-t-il un essayiste français condamné à répétition ? Parce que le Kremlin ne collectionne pas les exilés par sentimentalisme. Il collectionne les instruments.




Qui est Alain Soral, et où est-il ?


Essayiste d'extrême droite, 68 ans, Alain Soral fonde en 2007 l'association Égalité et Réconciliation. La même année, il rejoint le Front national, siège à son comité central, puis s'en éloigne dès 2009. Depuis, il a fait de son site et de ses vidéos une fabrique de haine antisémite parmi les plus fréquentées de France.

Son casier parle pour lui : plus d'une vingtaine de condamnations, en France et en Suisse, pour provocation à la haine, injure raciale ou contestation de crimes contre l'humanité. En 2019, il quitte la France pour la Suisse afin d'échapper à une peine de prison. En février 2026, il quitte la Suisse pour la Russie.

Le parcours d'un condamné en fuite
2007 — fondation d'Égalité et Réconciliation ; entrée au Front national
2009 — rupture avec le Front national
2019 — départ pour la Suisse pour échapper à la prison en France
26 février 2026 — Paris : deux ans ferme pour association de malfaiteurs, dans une enquête antiterroriste
28 février 2026 — première vidéo publiée depuis Moscou
Mars 2026 — la justice suisse le condamne à cinq mois de prison
9 octobre 2026 — Beauvau engage la dissolution d'Égalité et Réconciliation

Le jugement de février mérite qu'on s'y arrête. Soral n'a pas été condamné pour une phrase de trop. Le tribunal a retenu qu'il avait apporté un soutien matériel et technique à une chaîne Telegram baptisée « Axe de la Résistance », qui faisait l'apologie du Hamas, du Hezbollah et du Djihad islamique. 

Deux ans ferme, 15 000 euros d'amende, cinq ans de privation des droits civiques. Le militant d'extrême droite servait donc de relais aux milices de Téhéran. Le voilà maintenant hébergé par l'allié de Téhéran.

Le relais du Hamas et du Hezbollah a trouvé refuge chez l'allié de Téhéran. Ce n'est pas un hasard : c'est un écosystème.


Soral : Il a la haine des Juifs 

Pourquoi son association est visée maintenant

Par une lettre du 9 octobre, rendue publique le 11, le ministère de l'Intérieur a engagé une procédure de dissolution d'Égalité et Réconciliation. Les mots de Beauvau sont d'une rare dureté : sous couvert de lutter contre le racisme, l'association « reprend en réalité le courant de la pensée national-socialiste, référence directe au nazisme ». 

Elle diffuserait des discours justifiant la haine et la violence envers les Juifs, les immigrés, les femmes et les personnes LGBT. L'association avait dix jours pour répondre ; le décret pourrait passer en Conseil des ministres dans les prochains jours.

La procédure tombe une semaine avant les manifestations du 17 octobre. Coïncidence de calendrier ou signal d'alerte des services ? Le ministère ne l'a pas dit. Mais la question mérite d'être posée.

Les indices d'une main russe en Europe


Pour comprendre ce que Moscou peut attendre d'un Soral, il faut regarder ce que Moscou fait déjà, et que les services français ont documenté.

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine. La Russie n'extrade pas vers l'Occident : un argument que tous les condamnés en fuite connaissent. Photo kremlin.ru, CC BY 4.0.

Les provocations de rue. Étoiles de David bleues taguées dans Paris à l'automne 2023. Mains rouges peintes sur le Mémorial de la Shoah en 2024. Cercueils déposés au pied de la Tour Eiffel la même année. Têtes de cochon devant des mosquées en 2025. 

À chaque fois, les enquêtes ont remonté vers des exécutants venus de l'étranger, souvent d'Europe de l'Est, et vers des réseaux que les autorités françaises soupçonnent d'agir pour le compte de la Russie. Le principe est toujours le même : frapper à la fois les Juifs et les musulmans pour dresser les communautés les unes contre les autres.

La désinformation en ligne. Cet été encore, Viginum, le service de l'État chargé de traquer les ingérences numériques, a confirmé plusieurs opérations prorusses contre des candidats à la présidentielle de 2027 : fausses unes de médias, faux reportages, rumeurs de maladie. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. Le mode opératoire, baptisé « Matriochka », est actif depuis 2023.

Les relais politiques. Prêt d'une banque russe au Front national en 2014, réception de Marine Le Pen au Kremlin en 2017, refus de La France insoumise de voter l'accord de sécurité avec l'Ukraine en 2024. Les deux extrêmes de l'échiquier se retrouvent sur un point : affaiblir le soutien français à Kiev.







Moscou n'invente pas nos fractures. Il les repère, il les finance, il souffle dessus.

L'objectif ne change jamais : une France occupée à se déchirer est une France qui regarde moins l'Ukraine. 

Dans ce dispositif, un idéologue francophone, condamné, sans autre protecteur que le Kremlin, suivi par des dizaines de milliers d'abonnés et capable de parler à la fois à l'extrême droite identitaire et à une partie des quartiers sur le terrain de l'antisémitisme, est un actif précieux. Poutine ne le protège pas pour rien.


 Le 17 octobre : ce que l'on sait, ce que l'on soupçonne

Samedi 17 octobre, une journée lancée contre la vie chère a tourné à l'émeute dans plusieurs villes. À Paris, des voitures et un kiosque incendiés, des commerces pillés autour de République, plus de 1 200 interpellations dans le pays. 

Le Premier ministre a parlé d'un « mouvement de violences urbaines ». Au milieu des banderoles sociales, des milliers de drapeaux palestiniens.

Un chiffre du parquet de Paris a frappé : sur les 200 premières personnes interpellées dans la capitale, une seule y résidait. 

Gants coqués, projectiles dans les sacs, couteaux. Ces casseurs ne venaient pas manifester ; ils venaient casser, et ils étaient organisés.

Établi ou soupçonné : faisons le tri

Établi. Soral est condamné, en fuite et réfugié à Moscou. Il a été jugé coupable d'avoir soutenu une chaîne pro-Hamas et pro-Hezbollah. Son association est en cours de dissolution pour discours d'inspiration nazie. La Russie mène en France des opérations de déstabilisation documentées par l'État.

Soupçonné :  Que Soral ait piloté depuis Moscou des groupes d'ultra-gauche ou des militants du RN pour organiser les émeutes du 17 octobre. À ce jour, aucune enquête, aucune autorité et aucun média n'a établi ce lien.

Il faut le dire nettement, parce que la précision est notre meilleure arme face à ceux qui manient la rumeur. Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que Soral a donné des ordres aux casseurs du 17 octobre, ni que le RN ou LFI ont coordonné quoi que ce soit avec lui. ``

Soral a quitté le Front national en 2009. Si Mediapart a révélé fin septembre que le jeune Jordan Bardella,   avait été fasciné par ses vidéos, 

Mais l'absence de chef d'orchestre visible n'est pas l'absence de partition. La méthode russe n'a pas besoin de coordonner tout le monde : il lui suffit d'encourager chacun dans sa haine. 

Que des ennemis jurés, extrême droite antisémite, ultra-gauche insurrectionnelle, opportunistes politiques, finissent par produire ensemble le même chaos, et que ce chaos serve exactement les intérêts du Kremlin : voilà le vrai indice. Il ne prouve pas une conspiration ; il révèle une convergence que Moscou sait exploiter.






Le Kremlin n'a pas besoin de tirer toutes les ficelles. Il lui suffit que les marionnettes dansent dans le même sens.

Il appartient désormais aux enquêteurs de dire qui a financé, organisé et transporté les casseurs du 17 octobre. I

l appartient au gouvernement de mener à son terme la dissolution d'Égalité et Réconciliation, et de demander publiquement à Moscou pourquoi il héberge un homme condamné pour avoir servi le Hamas et le Hezbollah. 

Et il nous appartient, à nous citoyens, de ne pas danser au son de la flûte russe, d'où qu'elle joue.

Poutine protège Soral. La question n'est pas de savoir s'il s'en sert, mais à quoi.


© JBCH.   Octobre 2026

dimanche 18 octobre 2026

Combattre pour la Vérité JBCH N° 266

Éditorial · Israël – Mémoire 
JBCH Réflexions N° 266                            18 Octobre 2026



7 octobre : la guerre pour la vérité, selon le créateur de « Fauda »


Trois ans après le pogrom, une entreprise de réécriture est à l'œuvre, portée par des réseaux militants et arrosée par l'argent du Qatar. Avi Issacharoff, qui a passé sa vie à raconter le Hamas, décrit le combat qui vient. Et il ne le voit pas perdu.


Évocation du mémorial du festival Nova, près du kibboutz Re'im : des poteaux portant les visages des victimes et des anémones rouges, fleurs de la forêt voisine. Illustration JBCH Réflexions.

Il y a eu le 7 octobre 2023 : environ 1 200 morts, 251 otages, des kibboutz incendiés, une jeunesse fauchée sur une piste de danse. Et il y a, depuis, un second 7 octobre, plus sournois : celui de la mémoire. 

Sur les campus américains, sur les réseaux sociaux, dans une partie de la presse européenne, une entreprise méthodique s'emploie à renverser la responsabilité du pogrom. Les bourreaux deviennent des « résistants », les victimes des « colons », et le massacre une simple « réaction ».

Mercredi 14 octobre, au Musée de la Tolérance de Jérusalem, à la clôture d'une conférence internationale consacrée à la médecine légale du 7 octobre, un homme a nommé ce combat. 

Avi Issacharoff, 53 ans, Jérusalémite, ancien de l'unité d'élite Duvdevan, correspondant chevronné des affaires arabes et co-créateur de la série « Fauda », parle d'une guerre pour la vérité. Les musées, les médias, les projets de documentation et même les séries télévisées ont selon lui une « mission sacrée » : empêcher que l'histoire ne soit volée.




L'aveu d'un spécialiste : « nous n'avons pas écouté »

Ce qui frappe d'abord chez Issacharoff, c'est l'humilité. Il couvre le Hamas depuis l'an 2000. Il a interviewé ses dirigeants, étudié ses textes, raconté ses méthodes. Il croyait savoir ce que voulait l'organisation. Il reconnaît aujourd'hui qu'il s'était trompé, comme presque tout Israël : les chefs du Hamas annonçaient publiquement, depuis des années, leur volonté d'anéantir « l'entité sioniste » et appelaient tous les musulmans à les rejoindre. On ne les a pas pris au mot.

Sa conclusion, aujourd'hui, est sans détour : le Hamas avait l'intention de commettre un génocide. Il voulait éliminer les Juifs. Et il l'a filmé lui-même, caméras frontales et téléphones à la main, diffusant ses crimes en direct pour que le monde entier les voie.

Le Hamas a filmé ses propres crimes. Et pourtant, on les nie. Comme on a nié la Shoah.
Si le 7 octobre avait frappé l'AmériquePearl Harbor, 19412 403 morts7 octobre, à l'échellede la population américaine≈ 42 000 mortsEn un seul jour, sans compter les milliers d'otages. Qui parlerait alors de proportionnalité ?
La comparaison proposée par Avi Issacharoff. Infographie JBCH Réflexions.






Pour faire mesurer l'ampleur du choc, il propose une comparaison que l'Occident devrait méditer. Pearl Harbor, en 1941, c'est 2 403 Américains tués. Rapportés à la population des États-Unis, les quelque 1 200 morts israéliens du 7 octobre équivaudraient à environ 42 000 Américains tués en une seule journée, sans compter les milliers d'enlèvements. 

Qui oserait alors demander à Washington si sa riposte est « proportionnée » ?

La machine à renverser les responsabilités

Issacharoff le constate de retour d'une tournée de conférences au Royaume-Uni et aux États-Unis : aux yeux d'une partie de l'opinion occidentale, Israël est désormais « l'État génocidaire ». Des projets liés à Israël sont annulés à Hollywood, parfois par des producteurs juifs qui n'ont rien contre Israël mais ont peur d'y être associés. 

À Londres, il a interpellé l'acteur Mark Ruffalo, qui accuse Israël de génocide : sait-il seulement ce que signifie ce mot, quand Israël laisse entrer chaque jour des centaines de camions de vivres à Gaza, et quand la population de l'enclave a continué de croître pendant la guerre ?

Cette inversion ne doit rien au hasard. Elle a ses relais, ses slogans et ses financiers. Il faut nommer l'un d'eux : le Qatar. L'émirat héberge depuis 2012 la direction politique du Hamas. Il possède Al Jazeera, première fabrique mondiale du récit anti-israélien en langue arabe. 




Et il est, selon les déclarations obligatoires faites au ministère américain de l'Éducation, le premier donateur étranger des universités américaines, avec plusieurs milliards de dollars versés en deux décennies. 

Ce sont précisément ces campus où l'on scande « du fleuve à la mer » sans savoir, ironise Issacharoff, de quel fleuve ni de quelle mer il s'agit.

Dohades milliards de dollarscampus américainsL'argent qui achète le récit
Le Qatar, hôte des dirigeants du Hamas et propriétaire d'Al Jazeera, est aussi le premier donateur étranger des universités américaines. Illustration JBCH Réflexions.

Il faut toutefois être précis, car la précision est notre meilleure arme. Ce ne sont pas « les Arabes » qui réécrivent le 7 octobre : ce sont des appareils militants et les puissances qui les financent. 

Issacharoff le rappelle lui-même : parmi les victimes du Hamas ce jour-là, on compte une trentaine d'Israéliens arabes et musulmans. Et c'est le même Hamas qui, en 2007, avait pris Gaza dans le sang en massacrant les hommes du Fatah. Le Hamas n'est pas le défenseur des Arabes ; il a été aussi leur bourreau.


 Comment Issacharoff voit l'avenir

D'abord, la lucidité. Le créateur de « Fauda » ne se raconte pas d'histoires : les dégâts infligés à l'image d'Israël, notamment dans l'opinion américaine, mettront des années à être réparés. Ce ne sera pas une bataille éclair mais une course de fond, et il dit aimer les longues distances : il court des marathons.

Ensuite, la conviction que la vérité se raconte. Issacharoff est un conteur, et il croit à la force du récit. La cinquième saison de « Fauda », dont les épisodes sept et huit s'inspirent directement du festival Nova et des attaques contre les localités du sud, a fait l'objet de recherches minutieuses. 

Elle est devenue la saison la plus regardée de la série, y compris dans des pays hostiles comme le Liban et la Syrie. Une bonne histoire, dit-il en substance, trouve toujours son public. Face à la propagande, la meilleure réponse n'est pas le silence : c'est un récit plus fort, parce que vrai.

SAISON 5Épisodes 7 – 8tiré d'événements réelsLa fiction au service de la mémoire
La cinquième saison de « Fauda » s'inspire du 7 octobre ; elle est devenue la plus regardée de la série, jusqu'au Liban et en Syrie. Illustration JBCH Réflexions.

Enfin, la confiance dans son peuple. Deux jours après le massacre, frustré de ne pas avoir été rappelé sous les drapeaux, Issacharoff s'est porté volontaire pour évacuer les habitants des localités proches de Gaza. Au kibboutz Beit Kama, il a vu des centaines d'hommes et de femmes de son âge faire la queue pour recevoir une mission : un nom, un numéro de téléphone, une personne à aller chercher sous les roquettes, alors que des terroristes rôdaient encore. 

Avec son complice Lior Raz, l'acteur principal de « Fauda », il a fait des allers-retours vers Sderot. C'est là, dit-il, qu'il a su qu'Israël l'emporterait : des inconnus prêts à risquer leur vie pour d'autres inconnus, pour la seule raison qu'ils sont israéliens. Tous responsables les uns des autres.




Une nation où des inconnus risquent leur vie pour des inconnus ne perd pas la guerre de la vérité. Elle la mène, longtemps.
Une course de fond
Avi Issacharoff, coureur de marathon, voit la bataille pour la vérité comme une course d'endurance. Illustration JBCH Réflexions.

Le négationnisme du 7 octobre est la suite logique du pogrom : ceux qui ont tué veulent maintenant effacer. Le danger n'est pas qu'ils mentent ; c'est que nous nous lassions de répéter la vérité. 

Issacharoff, lui, ne s'en lassera pas. Les musées, les témoins, les médecins légistes qui ont identifié les corps, les créateurs qui transforment la mémoire en récit : chacun tient un relais.




La vérité du 7 octobre n'a pas besoin de l'argent du Qatar. 

Elle a besoin de nous, et elle a le temps pour elle.

© JBCH Réflexions.  Octobre 2026