Illustration : les murailles de Jéricho et le son des chofars (Josué 6).
Jéricho : renouveau, défi ou provocation ?
Des murailles de Josué à huit maisons de novembre 2026
JBCH Réflexions N° 310 5 Novembre 2026
Quarante années d’errance dans le désert du Sinaï avaient forgé un peuple. Moïse n’est plus ; c’est Josué qui franchit le Jourdain et se trouve face à Jéricho, ville close, « fermée et verrouillée » selon le livre qui porte son nom. Pas de bélier, pas d’échelles : l’ordre reçu est d’une étrangeté totale.
Sept prêtres, sept chofars, l’arche portée en tête. Pendant six jours, le peuple fait en silence le tour de la ville, une fois par jour. Le septième jour, sept tours. Puis la sonnerie prolongée, la clameur, et les murailles s’effondrent. Rien, dans ce récit, ne relève de la force militaire : tout repose sur la foi, la discipline et le son.
Une ville plus vieille que l’histoire
Jéricho n’est pas une ville biblique parmi d’autres : c’est l’une des plus anciennes cités habitées de la planète. Sur le site de Tell es-Sultan, les fouilles ont mis au jour des vestiges néolithiques remontant à environ dix mille ans, dont une tour de pierre célèbre. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2023.
Les archéologues débattent encore de la datation de la chute des murailles : les fouilles du XXᵉ siècle ont donné lieu à des lectures très différentes quant à l’époque de leur destruction, et la question de la conquête menée par Josué reste ouverte entre lecture littérale et lecture critique. Ce débat n’enlève rien à la force du récit dans la mémoire juive.
Plus tard, la région de Jéricho a connu une présence juive attestée. Aux abords de l’actuel village d’Ein Diouk, la synagogue de Naaran, avec ses mosaïques de l’époque byzantine, en est l’un des témoignages les plus connus ; à Jéricho même, une mosaïque portant l’inscription « Shalom sur Israël » fait partie des trésors du site de Hisham.
Mercredi 4 novembre 2026 : huit maisons
Plus de trois mille ans après Josué, huit familles juives ont pris possession de huit maisons à proximité de Jéricho. L’opération a été préparée dans le plus grand secret par le mouvement Nahala, que préside Daniella Weiss, avec le soutien du Conseil régional de Binyamin, puis sécurisée par Tsahal à l’arrivée des familles.
Les maisons se trouvent dans le secteur d’Ein Diouk al-Tahta, au nord de Jéricho, en zone C : donc sous contrôle civil et sécuritaire israélien, mais à quelques mètres de portions de la ville relevant de la zone A. Selon les promoteurs, les acquisitions ont été payées en liquide ; leurs adversaires parlent d’une prise de possession de maisons palestiniennes.
Plusieurs médias israéliens indiquent que l’armée a été prise de court : l’arrivée n’avait pas été coordonnée avec elle, et des troupes ont dû être détournées d’autres missions. Le président Herzog aurait, par ailleurs, averti le Premier ministre des risques liés à la montée de la violence en Judée Samarie.
Un responsable du mouvement a affirmé vouloir « démanteler les accords d'Oslo, devenus caduques vu le refus de l'autorité palestinienne de Ramallah de traiter avec l'Etat d'Israël, maison après maison ».
Renouveau, défi ou provocation ?
Un renouveau
Pour ses partisans, Jéricho est le berceau d’une histoire juive trois fois millénaire, et revenir y habiter, par achat de biens et en zone C, relève du droit élémentaire de vivre là où l’on a acquis une maison. Ils y voient la suite naturelle des mosaïques de Naaran et du récit de Josué.
Un défi
C’est un défi lancé aux accords d’Oslo, dont les promoteurs assumaient de vouloir sortir, mais aussi à l’armée, mise devant le fait accompli, et à la sécurité de familles installées à portée immédiate d’une ville autonome arabe.
Une provocation
Pour l’Autorité de Ramallah et pour une large partie de la communauté internationale, qui juge les implantations contraires au droit international, ce geste est une provocation. Israël conteste cette lecture juridique, mais le geste intervient à un moment de tensions.
Un Occident toujours hostile à Israël ?
Les critiques occidentales visent la méthode (secret, fait accompli, escorte militaire) autant que le principe.
Jéricho : Pouvoir privilégier la mémoire et le droit d’acquérir, c'est la question qu il faudra résoudre et faire tomber à nouveau les murs !
Les faits, eux, sont établis : huit familles, ont acquis légalement huit maisons, une zone C collée à une ville de zone A, une armée surprise, et un débat qui ne fait que commencer.




























