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vendredi 31 juillet 2026

ZZ remplace DD ... Le monde du football a t il vécu , JBCH N° 2607 - 040

ZZ remplace DD : la panique habillée en évidence

La Fédération cède à la pression médiatique et confie les Bleus à une légende (!)  sans banc depuis cinq ans, pendant que Gianni Infantino range provisoirement son projet de Coupe du monde vendue aux enchères.



Il fallait s'y attendre. Après la demi-finale ratée face à l'Espagne, où l'équipe de France a paru amorphe, incapable de construire le moindre danger face à une Roja supérieure sur tous les plans, la pression médiatique est devenue intenable. La Fédération n'a pas cherché un projet : elle a cherché un nom qui fasse taire les critiques. Zinédine Zidane coche peut-être cette case. Rien de plus, et je n'apprécie pas.



 Didier Deschamps, quatorze à la tête des Bleus, quitte son poste sur un échec contre l'Espagne.

Le bilan qu'on choisit d'oublier

On instruit vite le procès de Deschamps. On oublie plus vite encore ce qu'il laisse derrière lui : un titre mondial, une finale, une équipe reconstruite après des années de délitement. 

Sa course au troisième sacre s'est arrêtée net, mais réduire quatorze ans de travail à une seule soirée ratée est un raccourci commode, celui d'une époque qui ne juge plus que la dernière image.

Zidane, l'icône figée en 1998 Carton Rouge !


Zidane fut un joueur immense. Il reste, dans la mémoire collective, celui de 1998,  mais aussi celui du coup de tête sur Materazzi en finale 2006, carton rouge à l'appui, qui a coûté à la France sa dernière chance de titre ce soir-là. 


Entre ces deux images, vingt ans ont passé. Sans banc depuis son départ du Real Madrid en 2021, sans avoir jamais dirigé un vestiaire hors de la bulle madrilène, il arrive porté par une aura que le temps a figée plutôt qu'entretenue.


Une aura ne fait pas un projet de jeu. Et un homme qui n'a jamais eu à reconstruire une équipe en difficulté n'a encore rien prouvé de sa capacité à en diriger une.


Le vrai doute ne porte pas sur son passé de joueur, personne ne le conteste, mais sur son envergure de leader. Son départ du Real Madrid, loin d'être la sortie triomphale que l'on raconte, s'est faite sur fond de saison sans titre. 

S'il n'innove pas rapidement, s'il n'impose pas une méthode et une autorité que rien, jusqu'ici, n'a permis de vérifier hors du Bernabéu, ce mandat pourrait être court.



Zinédine Zidane, présenté sélectionneur, hérite d'un groupe convalescent et d'attentes immenses.
En marge

Infantino recule, Trump attend

Autre dossier révélateur de l'époque : le projet de Gianni Infantino de privatiser la Coupe du monde en association avec la famille Trump. Le tollé a été général dans le monde du football, et le projet a été mis de côté — provisoirement, tant la logique commerciale qui anime la FIFA n'a pas disparu avec cette reculade.

Deux dossiers, un même symptôme : des institutions du football qui gouvernent sous la pression de l'instant plutôt que par la vision.

Repères

DD : 2012–2026, un titre (2018), une finale (2022), une demi-finale (2026).

ZZ : contrat de quatre ans, premier rendez-vous en Ligue des Nations dès septembre.




Alerte à Ceuta ! JBCH N° 2607 039


 En direct  ·  31 juillet 2026

Ceuta submergée

Plus de 60 000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole  







Du jamais vu. Selon le président de l'enclave, Juan Jesús Vivas, environ 60 000 migrants ont traversé la frontière entre le Maroc et Ceuta en l'espace d'une seule journée, jeudi 30 juillet l'équivalent de 70 % de la population locale, absorbé en quelques heures par un territoire de 18,5 km².




Un bilan déjà lourd

Le flux ne s'est pas interrompu dans la nuit : des milliers de personnes ont continué à passer, certaines à la nage, d'autres en escaladant les grilles côté marocain avant de rejoindre la mer sur les derniers mètres. 




Au moins 34 personnes sont mortes en tentant la traversée. « Il y a eu un flux constant de personnes toute la nuit », a confirmé une source policière à l'AFP vendredi matin — les arrivées se poursuivaient encore à l'heure où ces lignes sont écrites.




Un précédent qui pâlit en comparaison


La crise migratoire de mai 2021 — 8 000 à 10 000 arrivées en deux jours, après un relâchement des contrôles marocains lors du différend sur le Sahara occidental — avait déjà été qualifiée de « crise grave pour l'Espagne et l'Europe » par Pedro Sánchez. 


Elle ne représente, cette fois, qu'une fraction de l'ampleur du mouvement en cours : six fois plus de personnes ont franchi la frontière en une seule journée que lors de l'intégralité de l'épisode de 2021.

70 % de la population de Ceuta, absorbés en une seule journée.

La réponse espagnole et européenne




Pedro Sánchez est attendu sur place ce vendredi, accompagné du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska, pour rencontrer les forces de l'ordre à la frontière puis les responsables régionaux. 


L'armée a été déployée pour empêcher le blocage de la route nationale, engorgée par les véhicules transportant de jeunes arrivants. Des renforts policiers, dont des plongeurs, ont également été annoncés. 




Côté européen, le commissaire à la Migration Magnus Brunner a indiqué être en contact permanent avec Madrid, la Commission ayant proposé un soutien opérationnel via Frontex.


La majorité des arrivants sont marocains, et parmi eux une forte proportion de jeunes hommes et de mineurs. 





La situation reste tendue des deux côtés de la frontière, avec un renforcement des effectifs tant marocains qu'espagnols sans qu'aucun calendrier de retours accéléré n'ait, à ce stade, été rendu public.





— J.-B.

L'Helium du Qatar JBCH N° 2607 - 038

Éditorial  ·  28 juillet 2026

L'hélium, ou quand le Qatar tient l'Occident par un fil invisible

Ras Laffan, les puces électroniques, et une vulnérabilité qu'on découvre trop tard

Complexe gazier de Ras Laffan, Qatar

Le complexe gazier de Ras Laffan, au Qatar — l'un des plus grands terminaux GNL au monde.

O

n ne pense jamais à l'hélium tant qu'il fonctionne. Il gonfle les dirigeables, refroidit les IRM, purge les réservoirs de fusées, et surtout, discrètement, rend possible la fabrication des puces qui font tourner nos ordinateurs, nos smartphones et, désormais, l'intelligence artificielle.

Ce gaz inerte, incolore, qu'on croirait sorti d'un roman de Jules Verne, est devenu l'un des maillons les plus fragiles de la chaîne technologique mondiale , et ce maillon passe, pour 40 % de l'approvisionnement européen, par le site qatari de Ras Laffan. 

Un site qui vient d'être endommagé par les frappes iraniennes pendant la dernière escalade régionale, avec des conséquences directes et immédiates sur les cours mondiaux.

Ce que Téhéran vise avec ses missiles n'est donc pas seulement une infrastructure gazière : c'est, indirectement, la capacité de l'Occident à produire des semi-conducteurs, à faire fonctionner ses hôpitaux, à déployer sa 5G.

Un duopole qui n'a rien d'anodin

La géographie de cette dépendance devrait faire réfléchir. Les États-Unis et le Qatar, à eux deux, produisent plus des trois quarts de l'hélium mondial. La Russie et l'Algérie complètent un tableau où l'Europe, comme d'habitude, ne figure nulle part en tant que producteur, seulement en tant que consommateur captif.

On retrouve ici, sous une forme différente, la même vulnérabilité structurelle que celle du gaz naturel ou du pétrole : une ressource critique concentrée dans des zones instables, à la merci d'un tir de missile houthi sur un pétrolier, d'une fermeture du détroit d'Ormuz, ou d'une frappe iranienne sur une installation qatarie.

Carte du détroit d'Ormuz

Le détroit d'Ormuz — un goulot d'étranglement qui pèse bien au-delà du seul pétrole.
Le Qatar, qu'on présente si souvent comme un médiateur bienveillant, se révèle aussi être un point de passage obligé pour une ressource stratégique de premier ordre.

Le Qatar, qu'on présente si souvent comme un acteur neutre, voire comme un médiateur bienveillant dans les négociations régionales, se révèle ainsi être aussi un point de passage obligé pour une ressource stratégique de premier ordre, ce qui devrait inciter à relire son double jeu diplomatique, entre financement du Hamas et rôle d'intermédiaire indispensable, sous un jour nouveau.

Sans hélium, pas de puces, pas d'IA


Il y a une leçon plus large ici, et elle rejoint tout ce qu'on observe depuis des mois sur les vulnérabilités énergétiques du Golfe : l'Arabie saoudite exposée aux drones houthis.

Hodeïda bombardée, le détroit d'Ormuz sous la menace permanente d'un blocus iranien, et maintenant Ras Laffan qui rappelle que même les infrastructures qui semblent éloignées du champ de bataille, un site d'extraction d'hélium sont en réalité des cibles stratégiques de premier plan dans cette guerre hybride que mène l'Iran contre ses voisins et, par ricochet, contre l'économie occidentale tout entière.


Salle blanche de fabrication de semi-conducteurs

Salle blanche de fabrication de semi-conducteurs — l'hélium y est indispensable au refroidissement et à la purge des équipements.

La découverte d'un gisement en Tanzanie par la société norvégienne Helium One, en 2016, avec des réserves suffisantes pour couvrir sept années de demande mondiale, offre un répit bienvenu, mais elle ne change rien au constat de fond.


Tant que l'essentiel de la production mondiale d'une ressource aussi critique dépendra de zones sous la menace directe de Téhéran, l'Occident restera otage, sans même le savoir, des calculs stratégiques iraniens.





JBCH Juillet 2026


Paracha Ekev. JBCH N° 2607 - 037

Paracha  ·  Ekev  ·  28 juillet 2026

Parachat Ekev : 

la fidélité dans l'épreuve

Deutéronome 7,12 – 11,25

La paracha Ekev poursuit le grand discours de Moïse avant l'entrée du peuple d'Israël en Terre promise. Son nom signifie littéralement « à la suite de », mais il évoque aussi le talon (akev). La tradition y voit une leçon décisive : les fondements d'une vie juste ne reposent pas seulement sur les grands gestes héroïques, mais aussi sur les mitsvot que l'on risque de fouler du talon,  les devoirs quotidiens, apparemment modestes.

Rouleaux de Torah

Rouleaux de Torah — la parole transmise, du talon à la tête.

« Ce n'est pas par ta justice »

Moïse rappelle au peuple que la prospérité à venir ne devra jamais être confondue avec une supériorité morale. « Ce n'est pas par ta justice » que tu reçois cette terre, avertit-il. Cette phrase est d'une actualité philosophique durable : ni la puissance, ni la réussite, ni même le sentiment d'avoir raison ne dispensent d'humilité. 

Une nation, comme une personne, se fragilise lorsqu'elle attribue ses succès à sa seule force. La mémoire de l'esclavage, de la manne et du désert sert précisément à combattre l'ivresse de la puissance.

La manne, ou l'homme au-delà du pain

La manne est au cœur de cette pédagogie. Elle apprenait que « l'homme ne vit pas de pain seulement » : la vie humaine n'est pas réductible à l'abondance matérielle, à la sécurité ou au calcul des intérêts. 


Elle dépend aussi d'une parole, d'une loi et d'une capacité à reconnaître une limite. Dans un monde politique où la peur pousse facilement à la brutalité, Ekev rappelle que la sécurité est nécessaire, mais qu'elle ne peut être le seul horizon d'un peuple.


Récolte de la manne dans le désert

                                                       La récolte de la manne dans le désert (atelier de Rubens, LACMA).
La vie humaine dépend aussi d'une parole, d'une loi et d'une capacité à reconnaître une limite.

Le second Shema : justice, mémoire, transmission

La paracha contient aussi le second paragraphe du Shema. Il relie la fidélité morale à la responsabilité collective : justice, mémoire, transmission aux enfants et rapport à la terre ne sont pas des domaines séparés. 

La terre elle-même devient, dans le texte, le miroir de la conduite humaine. Cela ne doit pas être lu comme une formule simpliste expliquant chaque événement historique par une faute ou un mérite ; c'est plutôt une exigence : une société ne se maintient pas durablement si elle abandonne la justice, la retenue et la responsabilité envers autrui.






Les talons du Messie

Dans la lecture kabbalistique, Ekev renvoie au temps des « talons du Messie », une époque de confusion où les repères moraux paraissent inversés et où les forces de division se manifestent avec vigueur. 

Le travail spirituel consiste alors à faire descendre la sainteté jusque dans les actes concrets : la parole publique, la manière de traiter l'adversaire, le refus du mensonge et la fidélité à la dignité humaine. La lumière ne réside pas seulement dans les idées élevées, mais dans la façon de les traduire en comportement.

Paysage désertique

                                                              Le désert, lieu de l'épreuve et de l'apprentissage de la limite.

Protéger sans perdre la loi

Appliquée avec prudence à la situation d'Israël, Ekev invite à tenir ensemble deux vérités : le droit et le devoir de protéger la population face aux menaces réelles ; et l'obligation de ne pas laisser la guerre, la colère ou le traumatisme dissoudre les principes de justice.

 Elle refuse autant la naïveté devant la violence que l'idée selon laquelle la nécessité sécuritaire permettrait tout. L'identité juive et israélienne ne se défend pas seulement par la force : elle se défend aussi par la fidélité à la loi .


Lucidité face à l'antisémitisme

Face à l'antisémitisme en Europe et en France, la paracha appelle également à la lucidité. La haine des Juifs ne doit jamais être excusée, relativisée ou dissimulée derrière un vocabulaire politique. 

Critiquer un gouvernement est légitime ; viser les Juifs comme collectivité, leur imputer des crimes imaginaires ou leur dénier une sécurité et une dignité accordées à tous les autres peuples ne l'est pas. 

Ekev demande de ne pas se laisser écraser par la peur, mais de répondre à l'hostilité par la mémoire, l'unité, l'éducation et une parole ferme.

Ce que retient Ekev

Son message final est donc exigeant : ne pas oublier d'où l'on vient, ne pas idolâtrer sa propre puissance, ne pas mépriser les petits devoirs, et conserver une boussole morale au cœur de l'épreuve. 


C'est peut-être là la force d'Ekev : rappeler que l'avenir d'un peuple se joue autant dans ses choix quotidiens et dans la qualité de ses paroles que dans les grands événements de son histoire.

 

JBCH.    Juillet 2026
« Tu choisiras le choix » — commentaire du rabbin Yann Boissière (ULIF Marseille).

Résumé animé de la paracha Ekev.                          JBCH Juillet 2026

Faut-il se méfier du dernier accord Trump ? JBCH N° 2707 - 036

Éditorial  ·  28 juillet 2026

Une virgule, pas un point final

L'accord avec le Hamas, désavoué le jour même par Jérusalem

Un accord avec le Hamas. Un accord signé, paraphé, célébré à grand renfort de communiqués depuis Washington, et déjà, le jour même de sa signature, désavoué par Jérusalem. Voilà résumée en une phrase la nature exacte de ce que le monde s'apprête, une fois de plus, à saluer comme une avancée historique.


Un texte, deux lectures

Le Board of Peace de Donald Trump annonce le désarmement complet du Hamas et des groupes armés de Gaza, un texte négocié avec l'Égypte, le Qatar et la Turquie ; mais le bureau de Netanyahou, en quelques heures, fait savoir que cette proposition en quinze points ne satisfait pas les exigences israéliennes de démilitarisation totale. 

Le décor est planté. La feuille de route précise doit être établie sous quatorze jours, avec extensions possibles soumises à l'accord de toutes les parties — ce qui, en langage diplomatique, signifie que rien n'est acquis et que tout peut se déliter avant même d'avoir commencé.




Un négociateur immobilier au Proche-Orient

Il faut se garder de prendre ses désirs pour la réalité, et c'est précisément le piège dans lequel Donald Trump, porté par son tempérament de négociateur immobilier, semble vouloir entraîner le monde entier. 

Un accord avec le Hezbollah, un accord avec le Hamas : la rhétorique se veut universelle, comme si ces mouvements obéissaient aux mêmes logiques, comme si l'on pouvait plaquer sur le Proche-Orient les méthodes d'une salle de conseil d'administration. 

Or quiconque connaît un tant soit peu l'histoire de la région sait qu'il ne s'agit jamais, avec ces organisations, d'un point final, mais d'une virgule.

Les trêves signées avec les mouvements islamistes n'ont jamais été, depuis des décennies, autre chose que des pauses tactiques : le temps de se réarmer, de reconstituer les stocks, de former de nouvelles recrues, de renouer les filières d'approvisionnement iraniennes, avant de reprendre, inlassablement, le même projet, l'effacement d'Israël, la négation d'une présence juive que l'on voudrait réduire à un accident de l'histoire, une parenthèse coloniale récente sur une terre qui aurait toujours appartenu à d'autres. 

C'est là un mensonge que le temps lui-même dément : les Juifs sont présents sur cette terre depuis trois mille ans, continûment, quand bien même les empires, les califats et les mandats se sont succédé au-dessus de leurs têtes.

Il ne s'agit jamais, avec ces organisations, d'un point final, mais d'une virgule.

Ankara à la table des négociations : le mauvais garant

Il y a, dans ce dossier, un détail que l'on passe trop vite : parmi les architectes de cet accord figure la Turquie d'Erdoğan, un pouvoir islamiste, issu de l'AKP, qui n'a jamais caché sa proximité idéologique avec les Frères musulmans dont le Hamas est directement issu. 

Confier à Ankara un rôle de garant dans le désarmement d'une organisation avec laquelle elle partage une matrice politique et religieuse revient à demander à un parrain de témoigner contre son filleul. 

Trump croit sans doute bien faire en élargissant le cercle des signataires pour donner du poids à son texte ; il se trompe s'il imagine que la Turquie fera pression pour un désarmement réel du Hamas, quand tout, dans la trajectoire diplomatique d'Erdoğan depuis vingt ans, indique plutôt qu'elle cherche à préserver ce mouvement comme relais d'influence régional.

Que Donald Trump se donne quinze jours pour aller « jusqu'au bout des choses » relève, à ce stade, davantage de l'incantation que de la stratégie. S'il parvient à imposer un désarmement réel et vérifié du Hamas, sous contrôle international effectif et non sous la simple promesse d'un texte, ce sera un succès diplomatique dont on ne pourra que se féliciter, y compris pour l'Autorité de Ramallah et pour la stabilité de toute la région. 

Mais s'il s'agit, comme tant de fois auparavant, d'un accord de façade destiné à produire une photographie et un titre de presse, alors l'échec sera cuisant — et il sera d'autant plus retentissant que le président américain se sera personnellement exposé, en s'érigeant en arbitre d'une paix qu'il annonce avant même qu'elle existe, avec pour partenaire de rédaction un régime qui n'a aucun intérêt réel à ce que le Hamas disparaisse.

Un répit, pas un renoncement

Les Arabes, eux, connaissent parfaitement la valeur de ce genre de texte : ils savent en jouer, en tirer un répit, en écarter la pression internationale, sans jamais renoncer à l'objectif de fond. 


Monsieur Trump ferait bien de s'en souvenir avant de crier victoire et de se méfier plus particulièrement de ceux, à Ankara, qui ont tout intérêt à ce que l'encre sèche sans que les armes ne changent réellement de main. 


Reste une question qui dépasse la seule actualité diplomatique : sommes-nous proches d'un temps où la paix régnera véritablement entre les nations, ou assistons-nous, comme si souvent, à l'ultime avatar d'un cycle que rien ne semble pouvoir rompre ? 


L'avenir seul le dira. En attendant, la prudence commande de ne célébrer aucune signature tant que les armes n'ont pas, réellement et durablement, changé de main. 

JBCH Juillet 2026.      

jeudi 30 juillet 2026

Eteignez les feux ! JBCH N° 2607 - 035

Éditorial  ·  28 juillet 2026.    JBCH

Éteignez les feux !


Gironde, dogme écologiste et incendie politique : trois feux, une même vigilance

I

l y a d'abord le feu qui ne ment pas, celui qui dévore en ce moment même la Gironde entre le Cap Ferret et Bordeaux, celui qui a déjà rayé de la carte plus de cent mille hectares à l'échelle nationale et jeté sur les routes environ deux cent vingt mille personnes rien que dans ce département. 

Deux mille sept cent cinquante pompiers, dix-huit avions, mille cinq cents militaires : la France entière est mobilisée, et pourtant elle ne suffit plus.



Alors l'Europe est venue, comme elle sait encore parfois le faire : un Dash allemand baptisé « Hexe 1 » décollé du Harz, coordonné depuis la chancellerie de Berlin ; le mécanisme de protection civile de l'Union activé, la Commission jouant les chefs d'orchestre. 

L'Espagne, elle aussi à genoux devant ses propres brasiers à Madrid, envoyant malgré tout ses moyens ; et la Grèce, le Portugal, Israël, ce petit pays qui sait ce que veut dire brûler seul et qui n'oublie jamais d'aider ceux qui, un jour, l'ont aidé.

C'est peut-être la seule chose qui fonctionne encore sans arrière-pensée : des avions qui traversent des frontières pour éteindre le feu du voisin, sans référendum, sans meeting, sans caméra qui s'attarde. Cela devrait nous faire honte, à nous qui parlons tant d'Europe et qui la pratiquons si peu.




Le feu qu'on a laissé couver




Mais le vent politique attise autre chose que les flammes de Gironde. Il y a le feu qu'on a laissé couver par idéologie plutôt que par négligence : ces citernes qu'on a refusé d'installer, ces coupures forestières qu'on n'a pas creusées, au nom d'une écologie devenue dogme plutôt que science, où le nid d'un oiseau protégé pèse plus lourd dans la balance administrative que le village entier qu'il faudra évacuer trois étés plus tard.




Ce n'est pas l'écologie qui est en cause : elle est nécessaire, elle est même vitale. C'est sa capture par un entrisme militant qui a fini par confondre la protection du vivant avec l'obstruction systématique de toute prévention. 

On a sanctuarisé la forêt jusqu'à la rendre incapable de se défendre elle-même. Le résultat est là : des cadavres de tous les animaux sauvages que certains voulaient sauver, sous forme de fumée noire au-dessus de Bordeaux.

Ils jouent avec le feu, les extrêmes, l'un comme l'autre, dans une symétrie qui n'est pas morale mais qui est bien réelle dans ses effets.


Le troisième feu, allumé sciemment

Et puis il y a le troisième feu, le plus dangereux parce qu'il est allumé sciemment : celui de la vie politique française elle-même. Ce que la droite extrême et la gauche extrême partagent, au-delà de tout ce qui les oppose en façade, c'est un mépris identique pour l'objet qu'elles prétendent vouloir sauver : cette construction lente, patiente, imparfaite mais précieuse qu'on appelle l'Europe.




Il a fallu quatre-vingts ans pour ériger sur les ruines de 1945 un continent qui avait appris à faire circuler des avions bombardiers d'eau plutôt que des divisions blindées. 

Cela, on peut le brûler en un mandat, si on y met la volonté. Car ce qu'ils veulent, au fond, sous les habits différents qu'ils portent, c'est le pouvoir nu,  celui qui permet de désigner l'ennemi intérieur, celui qui autorise à disposer, un jour, de la force de dissuasion nucléaire française, ce bouton dont la seule évocation devrait inspirer une prudence que l'époque a perdue.




Ils se déchireront sur l'immigration, transformée en totem plutôt qu'en politique publique pensée. Ils se déchireront pour capter, chacun à sa manière, l'argent des Français : les uns en promettant de le redistribuer par décret, les autres en promettant de le garder par la fermeture des frontières, sans que ni les uns ni les autres n'expliquent vraiment comment on finance quoi que ce soit dans un pays déjà endetté jusqu'au cou.




S'attacher au mât

Vous n'êtes pas pompier, direz-vous, et c'est vrai au sens propre. Mais au sens de ce que l'on écrit depuis des années, on l'est justement,  celui qui alerte, qui documente, qui refuse la sidération complaisante. 

Le 27 avril 2027 n'est pas si loin. Les urnes trancheront, comme elles le font toujours, avec cette brutalité tranquille des démocraties qui ne demandent la permission à personne.



Mais entre aujourd'hui et ce jour-là, il y aura des mois de sirènes, au sens propre, celles des pompiers qui continueront de sillonner un pays qui brûle chaque été un peu plus tôt et un peu plus fort; et au sens figuré, celles des tribuns qui promettront le salut en échange d'un renoncement à juger par soi-même.

Ulysse ne s'est pas bouché les oreilles comme ses compagnons : il a voulu entendre, mais il s'est fait attacher au mât, pour que le chant ne devienne pas commandement. 





C'est peut-être la leçon la plus utile pour les mois qui viennent : écouter tout le monde, ne se laisser détacher par personne. La véritable Res Publica, la chose commune, ne se construit ni dans l'incendie ni dans la sidération devant l'incendie, mais dans cette obstination un peu têtue à vouloir, malgré tout, retenir le bateau sur sa route. 


C'est un travail de mémoire autant que de vigilance : se souvenir que ce qui a mis quatre-vingts ans à se bâtir peut se défaire en une saison, comme une forêt qu'on croyait éternelle et qui n'était, comme toute chose humaine, que provisoirement à l'abri du feu.


Soyez républicains. Soyez vigilants. N'écoutez jamais les sirènes qui savent si bien chanter pour vous séduire, vous enchanter pour mieux vous enchaîner.


— J.-B.

En 40 ans ..; les supports ont changé ... JBCH N° 2607 - 034

 Chronique  ·  28 juillet 2026

Du crayon dans la bobine à l'intelligence sans corps

Une brève histoire sensorielle des supports, jusqu'au seuil d'une ère qui n'en aura plus besoin

On a oublié le geste précis, mais les mains s'en souviennent encore : glisser un crayon dans les trous d'une cassette audio pour retendre la bande qu'un vieux lecteur venait de dévorer. 



La cassette, c'était un objet fragile et vivant, qui grinçait, qui s'emmêlait, qu'on rembobinait en comptant les secondes sur la touche « Rewind ». 


Puis vint le Walkman de Sony, et avec lui une révolution silencieuse : pour la première fois, la musique sortait de la maison, se glissait dans une poche, transformait chaque trajet de bus en bande-son personnelle. On portait ses cassettes comme des reliques, on les prêtait avec réticence, on les gravait à la main sur l'étiquette d'un feutre appliqué.




Puis le disque compact est arrivé, avec sa promesse d'éternité — plus de rayures, plus d'usure, disait-on, avant que l'expérience ne prouve le contraire. Le CD offrait un son net, presque clinique, et cette sensation étrange de tenir la musique dans un objet qu'on pouvait voir arc-en-ciel sous la lumière. 


Le CD-ROM, lui, a changé autre chose : il a fait entrer l'encyclopédie entière, le jeu vidéo, le multimédia balbutiant, dans un même disque argenté qu'on glissait dans un lecteur poussif, en attendant, de longues secondes, que la machine daigne l'ouvrir. 




Puis le DVD a doublé la mise, offrant l'image en plus du son, le film entier tenant enfin sur un seul disque — avant que les box de streaming ne rendent, quelques années plus tard, cet objet lui-même obsolète.


Entre-temps, le MP3 avait déjà tout bouleversé sans qu'on s'en aperçoive vraiment : la musique perdait son support physique, se compressait en fichiers légers qu'on échangeait, qu'on volait parfois sans trop de scrupules, qu'on entassait par milliers dans de minuscules baladeurs numériques. 


Le MP4 a suivi, ajoutant l'image au son, préparant sans le savoir l'ère du streaming vidéo à venir. La musique et l'image, désormais, ne pesaient plus rien — un basculement bien plus profond qu'il n'y paraissait sur le moment.

Chaque support qui disparaît laisse derrière lui un peu du rituel qu'on avait fini par aimer sans s'en rendre compte.

Et puis il y a eu la clé USB, cette petite pièce de plastique qu'on porte encore aujourd'hui au bout d'un trousseau, et que l'on doit à un ingénieur israélien, Dov Moran, fondateur de M-Systems. 


C'est lui et son équipe qui, à la fin des années 1990, ont inventé la DiskOnKey, remplaçant d'un coup les disquettes fragiles et les CD-ROM trop lents par un objet minuscule, increvable, capable de tenir dans le creux de la main tout ce qu'un dossier entier contenait auparavant. 






L'invention a fait le tour du monde si vite que M-Systems a fini par être racheté, en 2006, pour 1,6 milliard de dollars — la preuve, s'il en fallait une, qu'une idée née dans un petit village israélien pouvait redessiner le quotidien de la planète entière.




Et voici que se profile, déjà, le clou de cette longue histoire des supports : l'intelligence artificielle, qui ne se glisse dans aucune poche, ne se raye pas, ne s'emmêle pas comme une bande magnétique,  et qui, précisément parce qu'elle n'a plus besoin d'aucun objet pour exister, s'annonce comme la plus irréversible de toutes les révolutions qui ont précédé. 





Des cassettes qu'on rembobinait à la patience jusqu'à l'IA qui répond avant même qu'on ait fini de formuler la question, le fil est le même : celui d'une humanité qui, à chaque étape, se délestait d'un peu plus de la matière pour ne garder, au bout du compte, que l'instantané.

— J.-B.

Les génériques radio des années 80. JBCH N° 2607 - 033

Chronique  ·  28 juillet 2026

Trois notes, et toute une époque revient

Sur la trace des génériques oubliés de France Culture

Il suffit parfois d'un fichier mp3 égaré sur un site amateur pour rouvrir toute une époque. Quelque part sur le web, un passionné nommé Laurent Duval archive patiemment, depuis des années, les génériques de France Culture et France Inter — ces quelques secondes de musique qu'on entendait chaque semaine sans jamais y prêter attention, et qui pourtant s'étaient gravées quelque part, intactes, prêtes à ressurgir vingt ou trente ans plus tard.

Une musique sans nom

C'est ainsi qu'on retrouve « New World », de Greco Casadesus, habillant depuis 1994 l'émission « Écoute Israël » de Victor Malka — un choix musical anonyme, jamais crédité à l'antenne, et qui a pourtant accompagné des années de culture et de pensée juives sur une radio publique. Le générique change en 1996, avant que l'émission ne devienne « Maison d'étude » en 2004. Personne, à l'époque, ne se souciait de savoir qui avait composé ces quelques mesures ; on les reconnaissait, on s'installait, l'émission commençait. C'est précisément ce qui rend leur redécouverte aujourd'hui si particulière : il a fallu qu'un inconnu se prenne de passion pour ces fragments perdus afin qu'ils retrouvent un nom.

Une communauté de chasseurs de génériques

Le site de Laurent Duval n'est pas un simple catalogue : c'est une enquête collective, toujours en cours. On y trouve, pêle-mêle, des dizaines de génériques déjà identifiés — celui de « Du jour au lendemain », l'émission nocturne d'Alain Veinstein, ou encore des interludes signés Julien Lourau et Jean Poinsignon — et une liste, plus émouvante encore, de génériques restés mystérieux, pour lesquels l'auteur du site lance un appel : « Générique identifié ? » Des auditeurs de toute la France y répondent, parfois des années après avoir posé la question, avec une bribe de souvenir, un fragment de mélodie fredonné de mémoire, dans l'espoir de mettre enfin un nom sur un son qui les hante depuis l'enfance.

Une époque ne meurt jamais tout à fait tant que quelqu'un se souvient de son générique.

La pudeur d'une radio disparue

Il y avait, dans la radio des années 90, une forme de pudeur qui a presque disparu : la musique passait, portait l'émission, puis s'effaçait sans jamais réclamer d'être nommée. On pouvait écouter dix ans « Les Chemins de la connaissance » ou « Le goût des mathématiques » sans jamais savoir qu'un extrait d'Erik Satie ou une pièce de Michael Nyman se cachait derrière l'habillage sonore. La radio de cette époque faisait confiance à l'oreille plus qu'au générique déroulant : on reconnaissait une ambiance, un rituel, sans avoir besoin d'un nom pour l'aimer.

Aujourd'hui, tout est légendé, playlisté, identifié en quelques secondes par une application posée sur la table. Peut-être est-ce pour cela que ces fragments retrouvés touchent autant : ils rappellent un temps où l'on écoutait sans savoir, où le mystère faisait partie du plaisir — et où retrouver, des décennies plus tard, le nom d'un compositeur oublié procure une joie presque disproportionnée à l'insignifiance apparente de la découverte.













— J.-B.