Avec l'armada de Trump qui encercle l'Iran des ayatollahs, On oublie la guerre qui tue des civils dans toutes l'Ukraine,
L’Ukraine cherche un nouveau plan de guerre face à l’avancée méthodique de la Russie
Dans le sud-est de l’Ukraine, les routes enneigées sont jonchées d’épaves de pick-up calcinés. Les drones russes frappent sans relâche les civils et les arrières ukrainiens, ciblant immeubles d'habitation, dépôts, convois et opérateurs de drones. Objectif : couper les lignes logistiques, user les défenses et surtout briser le moral. À l’approche de la quatrième année de guerre, cette stratégie porte ses fruits.
La Russie progresse lentement mais sûrement. Son avance, qualifiée de « broyage » par les analystes militaires, ne permet pas de percée décisive, mais elle affaiblit progressivement la position de Kyiv, y compris sur le plan diplomatique. À la table des négociations, l’Ukraine subit une pression croissante pour céder des territoires stratégiques.
Le cœur de la nouvelle efficacité russe repose sur l’usage systématique des drones à moyenne portée, entre 20 et 80 kilomètres. Moscou cible prioritairement les équipes ukrainiennes de drones et les centres de commandement tactiques, cherchant à neutraliser ce qui constitue le pilier de la défense ukrainienne.
« La Russie chasse désormais méthodiquement les équipes de drones ukrainiennes », explique Franz-Stefan Gady, analyste militaire basé à Vienne. « C’est une approche beaucoup plus structurée. »
Face à cela, la stratégie ukrainienne reste largement axée sur l’infliction de pertes massives à l’infanterie russe lorsqu’elle entre dans des zones de tir proches du front. Le nouveau ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, a récemment affirmé viser 50 000 soldats russes tués par mois, contre 35 000 en décembre. Mais sur le terrain, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que cette logique atteint ses limites.
« Il faut frapper l’arrière, pas seulement le front », plaide le major Oleh Shyriaïev, commandant du 225ᵉ régiment d’assaut, engagé dans la région de Zaporizhzhia. Selon lui, cibler les postes de commandement russes et les opérateurs de drones, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres derrière la ligne de contact, est devenu crucial. « Tout repose sur eux au niveau tactique », dit-il.
Les chiffres donnent la mesure de l’attrition. Selon le Center for Strategic and International Studies, les pertes russes — tués et blessés — approcheraient 1,2 million. L’Ukraine aurait de son côté subi entre 500 000 et 600 000 pertes. Pourtant, ces coûts humains colossaux n’ont pas infléchi la détermination du Kremlin.
Sur le terrain, l’équilibre reste fragile. Les plaines ouvertes de Zaporizhzhia, hérissées de tranchées, de barbelés et de « dents de dragon », exposent les forces russes aux drones ukrainiens. Mais la faiblesse du dispositif ukrainien réside ailleurs : le manque de drones et d’armes capables de frapper efficacement à moyenne distance, entre 30 et 200 kilomètres. Un déficit que seuls des soutiens occidentaux accrus pourraient combler.
À moins de 25 kilomètres de la ville de Zaporizhzhia, désormais à portée de drones russes, la crainte grandit de voir la Russie reproduire le scénario de Kherson : rendre la vie civile intenable par une campagne de harcèlement quotidien.
Dans les campagnes, les routes protégées par des filets antidrones témoignent d’une guerre d’usure où chaque déplacement devient un pari mortel.
L’Ukraine tient encore la ligne. Mais pour combien de temps — et à quel prix — si elle ne parvient pas à adapter sa stratégie à celle, plus méthodique et implacable, de son adversaire ?