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lundi 5 octobre 2026

Connaître Henri Labiorit JBCH N° 2610 - 208

QUI EST HENRI LABORIT ? 




JBCH Réflexions N° 208                             le 5 Octobre 2026

Henri Laborit (1914-1995) est né à Hanoi, fils de médecin colonial. Il fait sa médecine à Paris, devient chirurgien de la Marine pendant la guerre. C'est sur les champs de bataille qu'il observe le syndrome de choc traumatique : les blessés meurent moins de leurs blessures que de la réaction de leur organisme.


En 1949-1952, alors qu'il cherche à stabiliser le système neurovégétatif pour l'anesthésie, il synthétise et introduit en thérapeutique l'hibernation artificielle et la chlorpromazine (Largactil) - le premier neuroleptique, qui va révolutionner la psychiatrie. Il est proposé pour le prix Nobel, mais quitte la chirurgie car, dit-il, "soigner un par un ne sert à rien si on ne comprend pas pourquoi les hommes se détruisent". 

Il entre au Laboratoire d'Eutonologie du Centre Boucicaut à Paris, qu'il dirigera jusqu'à sa mort. De 1978 à 1983, il assure un enseignement de biopsychosociologie comme professeur invité à l'Université du Québec à Montréal. 

Vulgarisateur inlassable, il écrit une trentaine de livres : L'Homme imaginant (1970), La Nouvelle Grille (1974), L'Éloge de la fuite (1976), L'Inhibition de l'action (1979), La Colombe assassinée (1983), La Vie antérieure (1989), son autobiographie. Il meurt le 18 mai 1995. Le grand public le découvre dans le film Mon Oncle d'Amérique d'Alain Resnais (1980), où il joue son propre rôle.






 Sa philosophie :  La Nouvelle Grille

Laborit n'est pas un philosophe au sens universitaire. C'est un biologiste qui pense avec la biologie. Sa philosophie tient en 3 axiomes :

a) Nous ne sommes pas libres, nous sommes programmés. Notre système nerveux est façonné par notre mémoire inconsciente, notre expérience, notre culture. Nous croyons décider, mais nous ne faisons que réagir selon notre programmation. Il rejoint Spinoza.





b) Le cerveau a 3 niveaux imbriqués : reptilien (survie), limbique (mémoire affective, plaisir/déplaisir), cortex (imagination, création). La société moderne surexcite le limbique - la recherche de dominance, de gratification - au détriment du cortex.

c) La seule liberté possible : comprendre son déterminisme. Tant qu'on n'aura pas diffusé très largement la façon dont fonctionne le cerveau, dit-il, on ne pourra pas changer le monde. Connaître ses automatismes, c'est pouvoir s'en évader. D'où L'Éloge de la fuite : fuir, ce n'est pas lâcher, c'est refuser de jouer au jeu de la dominance. 

"Ce n'est pas la liberté qui est à la base de l'homme, c'est l'imaginaire. Tant qu'on n'a pas imaginé autre chose, on ne peut pas être libre."

Pour lui, la violence, le pouvoir, la hiérarchie ne sont pas moraux, ce sont des phénomènes biologiques de régulation inter-individuelle chez les animaux sociaux.

3. Les recherches - dans tous les domaines
Laborit est un des premiers penseurs de la complexité et de l'auto-organisation, prolongeant Norbert Wiener, père de la cybernétique. 






En médecine / pharmacologie :

Anesthésie sans sommeil : le cocktail lytique.
Découverte des antihistaminiques et du premier tranquillisant majeur : la chlorpromazine.

Travaux pionniers sur les radicaux libres en 1958, 20 ans avant que le monde s'y intéresse. 

En neurobiologie : le stress et l'inhibition de l'action

Son expérience fondamentale (1970) : deux rats reçoivent des chocs électriques. L'un peut appuyer sur un levier pour l'éviter ou se battre avec un congénère. L'autre est attaché, il ne peut ni fuir ni lutter. Il est en inhibition de l'action.

Le premier rat va bien. Le second développe en quelques jours hypertension, ulcère, chute de l'immunité, tumeur plus rapide. 

Laborit établit les premiers liens entre stress psychosocial, système neuro-endocrinien et évolution des cancers. 

C'est sa grande loi : quand l'action est impossible, l'organisme se détruit lui-même. C'est la biologie du burn-out, du harcèlement, de la dépression.






En systémique / urbanisme / écologie :

Il applique les mêmes lois aux villes, aux entreprises, aux écosystèmes : un système vivant ne survit que s'il maintient ses niveaux d'organisation, s'il échange de l'information et s'il garde sa finalité : maintenir sa structure. Il travaille sur la biologie et l'urbanisme, la régulation des grands systèmes.




En résumé : Henri Laborit est passé du bistouri au cerveau, du cerveau à la société. Chirurgien devenu chercheur pour guérir, chercheur devenu philosophe pour prévenir.

 © JBCH Octobre 2026.               

Le Livre d'Hénoch JBCH N° 2026 - 207

 






JBCH Octobre 2026 N° 207


Textes & Traditions · Mystique juive

Le Livre d’Hénoch, mode d’emploi du Ciel

On l’appelle 1 Hénoch ou Hénoch l’Éthiopien, pour le distinguer du 2 Hénoch slave et du 3 Hénoch hébreu, le « Livre des Palais ». Plus qu’un livre, c’est une bibliothèque écartée. Ce qu’il dit vraiment, et pourquoi on l’a tenu à distance.

L’histoire : qui est Hénoch ?

Dans la Torah, il tient en quatre versets (Genèse 5, 21-24). Septième patriarche depuis Adam, arrière-grand-père de Noé, il vit 365 ans, un nombre solaire qui n’a rien d’anodin. « Hénoch marcha avec Dieu ; puis il ne fut plus, car Dieu le prit. » 

Il ne meurt pas : avec Élie, il est le seul à être enlevé vivant. Son nom, Hanokh, dit la consécration, l’initiation.

Le livre qui porte son nom n’est pas de lui. C’est un recueil composé entre le IIIe siècle avant et le Ier siècle de notre ère, dont des fragments araméens ont été retrouvés à Qumrân. 

Canonique seulement dans l’Église orthodoxe d’Éthiopie, il est ailleurs cité, puis écarté. Il compte cinq parties :

Les cinq livres d’Hénoch

  1. Le Livre des Veilleurs (ch. 1-36). Deux cents anges, les Irin, descendent sur le mont Hermon sous la conduite de Semyaza ; Azazel leur enseigne les armes et les fards. Ils prennent des femmes humaines, livrent magie et astrologie. Naissent les Géants, les Nephilim, qui dévorent tout. Le Déluge vient purifier la terre. Première explication du mal qui ne vient pas d’Adam, mais d’une rébellion angélique.
  2. Le Livre des Paraboles (ch. 37-71). Le Jugement final, le Trône, et le « Fils de l’Homme ».
  3. Le Livre de l’Astronomie (ch. 72-82). Un calendrier solaire de 364 jours, révélé par l’ange Uriel.
  4. Le Livre des Songes (ch. 83-90). L’histoire du monde racontée en bêtes, du taureau blanc Adam jusqu’au taureau blanc messianique.
  5. L’Épître d’Hénoch (ch. 91-108). Exhortations morales et prophéties.

Preuve de son autorité ancienne : l’Épître de Jude (v. 14-15) cite presque mot pour mot 1 Hénoch 1, 9.

La philosophie : ce que la Torah tait

La Bible hébraïque est sobre sur les anges. Hénoch ouvre grand les portes du ciel. Il y décrit les réservoirs de neige et de grêle, les anges qui tiennent les vents, les portes du soleil ; la tradition hénochique ultérieure (2 Hénoch) déploiera sept cieux. Le monde n’est plus administré directement par Dieu, mais par une véritable bureaucratie angélique.

Plus audacieux : les anges peuvent pécher. Le mal n’est plus l’affaire d’un seul adversaire, c’est un système. Là naît la démonologie juive. Et dans les Paraboles surgit un « Fils de l’Homme » céleste, nommé avant la création du soleil, assis sur le trône de gloire pour juger. Les chrétiens y reconnaîtront une préfiguration du Christ : l’une des sources majeures, sinon la source, de leur christologie.

C’est ici que la mystique juive prend le relais. Pour elle, Hénoch ne disparaît pas : il se transforme. C’est le cœur du 3 Hénoch, rédigé en Babylonie entre le Ve et le IXe siècle. Rabbi Ishmaël y monte au ciel et rencontre Métatron, qui lui révèle sa véritable identité : il est Hénoch, fils de Yéred.




Sa chair devient flamme, ses veines feu, ses yeux torches. Un homme est devenu le Prince de la Face.

Dieu lui donne soixante-dix noms, un trône, et l’appelle YHWH HaKatan, le « petit YHWH », ou Sar HaPanim, Prince de la Face. Il devient le vizir de Dieu, le scribe céleste. Philosophiquement, c’est vertigineux : un humain peut être élevé jusqu’au seuil du divin. La matière peut remonter et devenir lumière. Pour les kabbalistes, Hénoch-Métatron devient un canal par lequel la connaissance d’en haut descend vers le monde.

Les interdits : pourquoi on l’a caché

  • La réserve rabbinique. La Michna (Hagiga 2, 1) interdit d’exposer l’Œuvre de la Création devant deux disciples, et l’Œuvre du Char devant un seul, sauf s’il est sage et comprend par lui-même. Hénoch, lui, déballe tout. 
  • Les Sages redoutent deux dérives : le dualisme, les « deux puissances au ciel », et la magie des noms angéliques. Le livre reste hors des vingt-quatre livres du Tanakh, et


    Hénoch lui-même devient suspect dans le Midrash.



  • Le rejet chrétien.
    Défendu encore par Tertullien, le livre est déclaré apocryphe par Jérôme et combattu par Augustin dans La Cité de Dieu : trop de pouvoir aux anges déchus, trop de portes ouvertes à l’ésotérisme. 
  • Il sombre dans l’oubli en Occident, et ne reviendra d’Éthiopie qu’en 1773.
  • La prudence kabbalistique. Ces textes ne se lisent pas comme une chronique. On ne manie pas les noms des anges à la légère. 
  • La tradition réserve l’étude mystique à l’homme mûr, marié, rempli de Torah. Le Talmud (Hagiga 15a) raconte l’avertissement : Elisha ben Abouya vit Métatron assis, s’écria « il y a peut-être deux puissances », et sombra dans l’hérésie. On l’appela désormais Aher, « l’Autre ».
L’Ancien Testament te dit que le Ciel existe. Hénoch te dit comment il est meublé, qui y travaille, et comment on y est promu. On ne l’a pas caché parce qu’il serait faux, mais parce qu’il est dangereux pour qui n’est pas prêt.

JBCH

© JBCH Octobre 2026 Références : Genèse 5, 21-24 ; 1 Hénoch (éthiopien) ; 3 Hénoch (Sefer Hekhalot) ; Épître de Jude 14-15 ; Michna Hagiga 2, 1 ; Talmud de Babylone Hagiga 15a ; Augustin, La Cité de Dieu XV, 23.

'IA sert la main de l'artisan au lieu de la remplacer JBCH N° 2610 - 206






JBCH N° 206.    5 Octobre 

Industrie · Intelligence artificielle

Blackinton : quand l’IA sert la main de l’artisan au lieu de la remplacer

Un fabricant de badges fondé en 1852 a divisé ses délais par deux avec Claude, sans toucher à un seul geste de son atelier. Une leçon pour tous ceux qui croient que modernité rime avec déshumanisation





Depuis le Massachusetts, VH Blackinton & Co. fabrique à la main les badges des policiers, pompiers, secouristes et agents pénitentiaires américains. Deux cents salariés, dont cent cinquante à l’usine, une famille Roque aux commandes depuis 1974. 

Polissage, émaillage, gravure, laquage : tout se fait à la main, matrices d’acier pressées dans le laiton, passages au four à 1 600 °C. Chaque badge accompagne une carrière entière ; certains reviennent trente ans plus tard, enchâssés dans l’acrylique pour un départ en retraite.




Le goulot d’étranglement

Il y a deux ans, la maison étouffait : six à dix semaines de délai, parfois quatorze, 2,7 millions de dollars de commandes en souffrance, un système Cobol vieux de quarante ans aveugle sur ce qui se passait dans les ateliers. Et les départs en retraite du Covid avaient emporté plus de trois siècles d’expérience cumulée.




La réponse : des outils taillés sur mesure

Plutôt que de tout raser, Edgar Soto, responsable de la planification, a construit avec Claude des outils au-dessus du vieux Cobol : des tablettes dans chaque atelier affichant chaque matin les priorités, un « Stack Builder » qui suit enfin les commandes à l’intérieur d’un même département, des applications créées en quelques heures dès qu’un point de friction surgit. Côté commercial, Dave Elliott et des managers qui n’ont jamais codé ont bâti en six mois leur propre outil de suivi des clients et des revendeurs.

3 sem.badges émaillés classiques
5 sem.badges « hard enamel »
0geste artisanal sacrifié
« Notre objectif, c’est de faire un beau badge, pas de remplir un tableur. »— Dave Elliott, directeur des ventes




 

Voilà le vrai sujet. L’IA n’a pas remplacé l’émailleur ni le graveur : elle a débarrassé l’atelier de la paperasse et de l’opacité qui l’étouffaient. 

On ne révolutionne pas un savoir-faire de 170 ans ; on lui rend du temps. Que nos PME françaises, tentées de choisir entre tradition et numérique, méditent l’exemple : c’est un faux dilemme.

JBCH

© JBCH Octobre 2026. Source : étude de cas Anthropic consacrée à VH Blackinton & Co.

Mélenchon piégé ?? JBCH N° 2610 - 205

Éditorial · Réfléchissez, il est encore temps





JBCH Octobre 2026 N° 205

Mélenchon, l’apprenti sorcier piégé par ses propres flammes


Il a cru pouvoir chevaucher la colère. C’est désormais elle qui le chevauche. voici avec précision ce que beaucoup refusent encore de voir.



« Le porte-parole, c’est fini. » Selon les deux auteurs, la formule de Rima Hassan, au soir des législatives de 2024, n’était pas un bon mot : c’était un faire-part. 

Celui d’un tribun qui ne commande plus rien et d’un mouvement qui a laissé entrer chez lui ceux qui ne reconnaissent aucun chef, aucune règle, aucune limite.

L’extrême gauche d’hier avait au moins la discipline de ses chapelles trotskistes. 

Celle d’aujourd’hui est une nébuleuse sans visage, nourrie aux réseaux, aux squats et à la violence vécue comme une fête. 




LFI en a fait ses troupes de choc, recruté ses figures, adopté son vocabulaire. Elle découvre que ces gens-là n’obéissent qu’à leur propre logique : celle de l’embrasement.


Qui sème l’affrontement permanent ne récolte pas le pouvoir : il récolte le chaos, et ce chaos ne lui appartient pas.




Le plus écœurant reste le calcul électoral. D’un côté, une jeunesse diplômée et confortable en mal de frissons révolutionnaires ; de l’autre, des quartiers populaires et des Français issus de l’immigration, traités non comme des citoyens mais comme une réserve de voix et de colère. 

Chacun sert d’outil à l’autre. Ce cynisme tient dans l’opposition ; il volera en éclats au premier jour d’exercice du pouvoir.

En normalisant le lexique de la rupture et la conflictualité comme horizon, Mélenchon ne prépare pas une alternative : il pratique une stratégie de la tension qui ronge les institutions démocratiques elles-mêmes. 




Il a tendu le piège. Il s’y est pris. Le drame est qu’il risque d’y entraîner la République avec lui.

JBCH

© JBCH Octobre 2026     D’après l’analyse de Gaël Brustier et Philippe Fabry, « Alerte aux décoloniaux : Jean-Luc Mélenchon face au piège qu’il s’est lui-même tendu ».

L'Alya accélérée des juifs de France JBCH N° 2610 - 204

 





Éditorial · Juifs de France

L'Alya des Français juifs : le grand départ

Ce n'est pas une impression. C'est un mouvement de fond que l'on voit rue par rue, synagogue par synagogue.

JBCH Réflexions ...  N° 204        tant qu'il est encore temps ! · 5 octobre 2026
~ 440 000Juifs en France aujourd'hui, contre plus de 500 000 au début des années 2000
× 3l'Alya depuis la France entre 2023 et 2025
8 500départs vers Israë

De Sarcelles…

Il y a eu d'abord le départ de la banlieue nord. Sarcelles, la « petite Jérusalem », Garges-lès-Gonesse, Saint-Denis, Sarcelles-Lochères. 

Là où toute une génération séfarade arrivée d'Algérie, du Maroc et de Tunisie avait tout reconstruit après 1962. Les écoles, les boucheries cacher, les oratoires au pied des immeubles.

Puis sont venues les insultes dans les cages d'escalier, les caillassages à la sortie du Talmud Torah, les assassinats d'Ilan Halimi et bien d'autres ..  les enfants qui ne pouvaient plus porter de kippa ni d'étoile de David pour aller au collège. 

On a plié. On a enlevé les mezouzot des portes d'entrée. Pas par peur soudaine, mais par fatigue.


Ilan halimi 


… à Boulogne

Alors on s'est replié vers l'ouest. Le 17e, les Batignolles,  puis Levallois, Neuilly, Boulogne. et Issy les Moulineaux On pensait que ce serait l'étape finale, celle de la sécurité. Boulogne compte près de 20 000 juifs avec 5 lieux de cultes permanents, selon la Mairie ! 

Un appartement plus cher, mais une école juive, voire même catholique  à pied, un trajet sans avoir à se cacher. Boulogne-Billancourt est devenue ce dernier sas. On s'y retrouve tous.

Et aujourd'hui, même de Boulogne, on part.



Nous sommes moins nombreux, et surtout moins visibles.


Ce que disent les chiffres

La communauté juive serait passée de 750 000 personnes à beaucoup moins en vingt ans. La réalité statistique est débattue, parce que la France ne compte pas les religions. 

Mais les fourchettes sérieuses sont parlantes : le démographe Sergio DellaPergola et le CRIF estiment aujourd'hui la population juive de France à environ 440 000 personnes, contre plus de 700 000 il y a vingt ans. 

Et une part bien plus réduite garde un lien, même ténu, avec la synagogue.

Au-delà du chiffre exact, la tendance est incontestable : nous sommes moins nombreux, et surtout moins visibles.




Pourquoi l'Alya définitive, maintenant ?

Ce n'est plus l'Alya sioniste et idéaliste des années 70. C'est une Alya de sécurité. Les familles que je croise à Boulogne me le disent avec des mots simples : « Je ne veux pas que mon fils se demande s'il doit enlever son Maguen David pour prendre le métro. »

Les chiffres de l'Alya le confirment. Autour de 2 000 départs par an dans les années 2000, un pic d'environ 7 900 en 2015, l'année de l'Hyper Cacher. 

Puis, après un creux, la vague est repartie avec le 7 octobre : 1 097 olim en 2023, 3 357 en 2025, plus de trois fois plus. Plus de 8 500 Français juifs sont partis pour Israël depuis le pogrom. 

Et les ouvertures de dossiers auprès de l'Agence juive progressent encore de 30 % cette année.





L'autre Alya : MiamiPour ceux qui ne font pas l'Alya en Israël, il y a l'autre destination : la Floride. Daniel Rouach la décrivait ce matin sur Radio J comme une « Mini-Israël », où 429 entreprises israéliennes pèseraient 7,3 milliards de dollars. Même logique : chercher un endroit où être juif ne demande pas d'explication.



Pas une fuite, un réflexe

De Sarcelles à Boulogne, de Boulogne à Netanya ou à Miami, ce n'est pas une fuite. C'est le même réflexe juif de toujours : quand une terre devient trop lourde, on prend les livres, les enfants, et on reconstruit ailleurs.

Mais ce départ est aussi un échec français. Un Président qui change avec l'argent qatari, et un choix anti-sioniste délibéré.

Une République qui laisse partir ses citoyens parce qu'ils ne peuvent plus être eux-mêmes dans la rue perd bien plus qu'une communauté : elle perd une part de sa promesse.

Et quand les juifs quittent un pays, c'est tout un pan social qui s'effondre, et toute une économie dynamique qui disparait. et des Prix Nobel qui fleuriront ailleurs ! 

Le grand départ a déjà commencé. La question n'est plus de savoir s'il aura lieu, mais qui restera pour éteindre la lumière de la dernière synagogue de banlieue.
© JBCH  Octobre 2026  ...   Sources : Agence juive, via Times of Israel (octobre 2026) ; Sergio DellaPergola, American Jewish Year Book ; Daniel Rouach, Radio J.

dimanche 4 octobre 2026

Le Monde d'après, d'après Mark Zuckerberg. JBCH N° 2610 - 203






 LE MONDE D'APRES ... d'après Mark Zukcerberg


JBCH réflexions le 4 Octobre 2026.   N° 204


 Le monde d'après selon Mark Zuckerberg ne ressemble pas à une révolution tonitruante. Il ressemble à un glissement silencieux.


Avec Muse, Meta ne cherche plus à fabriquer un meilleur assistant qui répond à nos questions. L'entreprise veut façonner une présence qui vit entre nos intentions et nos actes. 

Une intelligence qui ne se contente plus d'exécuter, mais qui anticipe, qui organise, qui propose avant même que l'on ait demandé. Qui réserve, qui rédige, qui achète, qui se souvient à notre place.

C'est là que tout bascule. Nous passons de l'assistance à la délégation. Hier, l'outil attendait l'ordre. Demain, l'agent prendra l'initiative. Il comblera le vide entre ce que nous voulons et ce qui advient. Et dans cet interstice, si discret, si pratique, se loge une question vertigineuse. Que lui cédons nous vraiment quand nous lui confions nos tâches.

Car Muse n'est pas un simple logiciel. On lui donne une voix, un visage, une personnalité. On le rend familier, attachant, presque intime. Et plus il nous ressemble, plus nous baissons la garde. 

L'outil devient personnage, le personnage devient confident, et le confident influence. Sans bruit, il oriente nos goûts, nos achats, nos relations. Son pouvoir ne tient plus à sa performance, mais à l'attachement qu'il suscite.

D'où la nécessité d'une autonomie sous contrôle. Jusqu'où peut il agir seul. Peut il engager notre argent, répondre en notre nom, décider ce qui est important. L'enthousiasme technologique ne doit pas faire oublier la frontière. Définir clairement le périmètre de l'agent, surtout quand il touche à l'essentiel, devient un acte politique, pas seulement technique.

Reste le plus intime. Notre mémoire et notre jugement. Déléguer la rédaction d'un message, la comparaison de deux offres, l'arbitrage d'un dilemme, c'est gagner un temps précieux. 

Mais c'est aussi renoncer à muscler ces facultés qui nous rendent libres. Si l'intelligence artificielle se souvient pour nous, si elle choisit pour nous, que reste t il de notre capacité à douter, à trancher, à nous tromper et à apprendre.

Le projet de Zuckerberg est immense. Il promet de nous libérer du fardeau du quotidien. Il nous propose aussi, sans le dire, un nouveau contrat. 

Moins d'effort contre un peu moins de nous mêmes. La question n'est plus de savoir si l'agent sera capable d'agir. Mais si nous saurons encore vouloir agir sans lui.



Demandez à Meta AI…

© JBCH Octobre 2026

Paracha Berechit et Simha Tora. JBCH N° 2026 - 202




 La Paracha de la semaine : BÉRÉCHIT 

Le recommencement qui n'est jamais un retour en arrière


JBCH N° 202                          le 4 octobre 2026



En souvenir du 7 Octobre 2023 , ou nous étions Perla & moi en Galilée à Moreshet chez Kotiel et Penny ! Drôle jour de fête !!! 

Ce jour ou Amalekh a voulu à nouveau tuer le peuple juif !



Nous sommes le 4 octobre 2026, 23 Tichri 5787, et c'est Sim'hat Torah. 

Aujourd'hui en Israël et dans la diaspora, nous dansons avec la Torah qui se termine et qui recommence dans le même souffle. 

Et Chabbat prochain, nous lirons Béréchit  

La première Paracha ... Celle qui contient tout.



1. Sa place dans la Torah : 

Pourquoi commencer par le début du monde?


Les Sages demandent : pourquoi la Torah ne commence-t-elle pas par la première mitsva donnée à Israël? Rachi, dès le premier verset, répond : "Au commencement, Dieu créa". 

Si les nations du monde disent à Israël "vous êtes des voleurs, vous avez pris la terre de Canaan", Israël répondra : toute la terre appartient à D.ieu, c'est Lui qui l'a créée, et c'est Lui qui décide à qui la donner. 

Béréchit n'est donc pas un livre d'histoire ou de science. C'est l'acte de propriété du monde. 

Sans Béréchit, toute la Torah est un code juridique sans légitimité. Avec Béréchit, nous comprenons que la Torah n'est pas venue organiser un peuple déjà existant, mais créer un monde pour que ce peuple y accomplisse sa mission.

C'est aussi la seule Paracha où l'homme est créé seul, avant même le peuple juif. Pour nous enseigner que l'humanité précède la particularité.


2. Sa philosophie : Le drame de la liberté


La philosophie de Béréchit tient en trois crises qui sont les nôtres aujourd'hui :

a) Bara - Créer ex-nihilo. Le verbe hébreu "Bara" n'est utilisé que pour D.ieu. L'homme "fait", "forme", "produit". Il ne crée jamais du néant. C'est l'humilité fondamentale que le monde moderne a oubliée.

b) Tselem Elohim - A l'image de D.ieu. "Faisons l'homme à notre image" (1:26). Quelle image? Nos Sages disent : la capacité de choisir. Les animaux suivent leur instinct. L'homme peut aller contre son instinct. C'est tout le drame du jardin d'Eden. D.ieu crée le premier homme libre, et donc le premier homme capable de se tromper.

c) Ayeka - Où es-tu? Après la faute, D.ieu ne demande pas "Qu'as-tu fait?" mais "Où es-tu?" (3:9). C'est la question existentielle par excellence. Ce n'est pas une question géographique, c'est une question de positionnement moral. Où en es-tu dans ta vie? C'est la première séance de Téchouva de l'histoire.

Et puis il y a Caïn. Le premier meurtre n'est pas pour de l'argent ou du pouvoir, mais par jalousie spirituelle. "Et D.ieu se tourna vers Hével (Abel) et son offrande, mais vers Caïn il ne se tourna pas" (4:4-5). 

La philosophie nous dit : le meurtre commence quand on croit que l'amour de D.ieu est une quantité limitée. Si Il t'aime, Il ne m'aime plus. 

Toute l'idolâtrie de la comparaison est là.


3. Son rapport vis-à-vis de la Kabbale : 

Le secret du Tsimtsoum



Aucune Paracha n'est plus kabbalistique que Béréchit. Le Zohar s'ouvre par : "Béréchit - Bara Chit" - Au commencement, Il créa six.

Le Ari Zal explique le concept fondamental sans lequel on ne comprend rien : le Tsimtsoum. Pour que le monde existe, l'Infini (Ein Sof) a dû se contracter, se retirer pour laisser un vide, un "halal". 

Béréchit, ce n'est pas D.ieu qui entre dans le monde, c'est D.ieu qui se retire pour que le monde puisse respirer. C'est l'acte d'amour suprême : le retrait du parent pour que l'enfant existe.

Puis vient la lumière : "Yehi Or Que la lumière soit" (1:3). 

Le Zohar enseigne que cette lumière n'est pas celle du soleil  créé au 4ème jour; c'est le Or HaGanouz, la lumière originelle avec laquelle Adam voyait d'un bout du monde à l'autre. 

D.ieu l'a cachée pour les Tsadikim du futur.

Les 10 paroles de la création (Vayomer Elohim 10 fois) correspondent aux 10 Sefirot. 

Le monde est construit comme un arbre : Keter (volonté de créer), 'Hokhma (l'étincelle), Bina (le plan), et ainsi de suite jusqu'à Mal'hout 

(la réalisation : "Et ce fut soir et ce fut matin").

La faute d'Adam, en Kabbale, c'est la Chévirat HaKélim, la brisure des vases.

 L'homme a voulu prendre la lumière sans le vase, le fruit sans l'arbre, la connaissance sans la sainteté. 

Depuis, notre travail est le Tikoun, ramasser les étincelles tombées dans ce monde.



4. Le rapport avec l'actualité civile en Israël et dans le monde - Octobre 2026


Et c'est ici que Béréchit nous brûle les lèvres.

Nous sommes en octobre 2026. Trois ans après le 7 octobre 2023. Sim'hat Torah est à nouveau tombé un Chabbat. Pour des milliers de familles en Israël, ce jour n'est plus seulement une fête, c'est une cicatrice et une renaissance. Lire Béréchit maintenant, c'est refuser le discours de la fin du monde.

En Israël, l'actualité civile est celle de la reconstruction. Au propre comme au figuré. On reconstruit des kibboutzim, on reconstruit un contrat social. Le débat qui déchire encore le pays, judiciaire, identitaire, guerre et paix est exactement le débat de Béréchit : sommes-nous frères? Caïn dit "Suis-je le gardien de mon frère?" (4:9). La réponse israélienne de 2026, après la douleur, est : oui. Le mouvement de volontariat, de 'hessed, de reconstruction du Néguev occidental est la réponse juive à Caïn.

Dans le monde, Béréchit résonne avec deux crises majeures :

La crise écologique. 

"Et D.ieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Eden pour le travailler et le garder" (2:15) - Léovda Ouléchomra. Nous ne sommes pas propriétaires de la terre, nous en sommes les gardiens. Le monde parle de climat comme d'un problème technique. Béréchit nous dit que c'est un problème théologique. Si nous détruisons le jardin, nous nous expulsions nous-mêmes.

La crise de l'Intelligence Artificielle. 

L'homme crée à son tour une intelligence "à son image". Il ne faut pas oublier qu'en 1580, le Maahal de Prague avait créé le Golem, 

Pour la première fois, nous comprenons un peu ce que signifie "Tselem". Allons-nous faire comme D.ieu et laisser de la place à l'autre, ou comme l'homme qui veut tout contrôler? 

Béréchit nous met en garde : toute création sans morale devient un déluge. C'est la Paracha de la semaine prochaine, Noa'h, mais elle est déjà inscrite dans Béréchit.

Béréchit nous apprend enfin que tout recommencement est possible. La Torah aurait pu commencer par le Sinaï. 

Elle commence par un échec : l'expulsion, le meurtre, le déluge qui arrive  pour nous dire : votre histoire n'est pas définie par vos chutes, mais par votre capacité à dire, après chaque destruction : "Béréchit" - Au commencement.

Ce n'est jamais le même commencement. C'est un commencement plus profond.

  'Hag Saméa'h.


© JBCH Octobre 2026