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Le vaccin qui devait tout changer
et ce qu'il change vraiment
Moderna a réussi son pari. Un vaccin thérapeutique contre le mélanome, construit sur la même technologie ARNm qui a sauvé la planète pandémique, franchit une phase III avec des résultats que même les sceptiques du secteur ont du mal à contester.
C'est une victoire scientifique réelle, et il faut se garder de la minimiser par réflexe de méfiance envers les biotechs cotées.
Mais il faut aussi regarder ce que cette annonce raconte du monde pharmaceutique tel qu'il est devenu : un théâtre où l'oncologie sert désormais de martingale boursière autant que de promesse thérapeutique.
Le titre bondit de treize pour cent en une séance, la valorisation grimpe vers les cinquante-huit milliards de dollars, et l'on sent, dans le luxe des éditorialistes financiers, que le patient importe moins que le graphique.
Intismeran, coup de génie marketing autant que scientifique, incarne une bascule : celle du médicament de masse vers le traitement sur-mesure, calibré sur la signature génétique de chaque tumeur. L'idée est belle.
Elle est aussi redoutablement coûteuse à industrialiser, et rien ne garantit que les systèmes de santé européens, déjà exsangues, pourront se l'offrir au rythme où l'Amérique la commercialisera.
C'est là que le bât blesse. Pendant que Moderna capitalise sur son avance ARNm et que Merck valide chaque étape avec la discipline d'un actionnaire satisfait, l'industrie pharmaceutique française regarde le train passer depuis le quai. Sanofi commente, Servier observe, aucun laboratoire tricolore ne dispute sérieusement ce terrain.
La désindustrialisation biotechnologique française n'est pas un slogan de tribune : elle se lit noir sur blanc dans la nationalité des brevets qui vont soigner nos malades de demain.
Il faudra bien, un jour, cesser de célébrer ces succès américains comme s'ils étaient une victoire collective de la science, et se demander pourquoi la France, avec ses écoles d'ingénieurs et ses chercheurs de premier plan, continue de financer l'exil de ses talents vers Cambridge et Boston.
Applaudir Moderna, oui. Mais sans complaisance sur ce que cet applaudissement coûte, chaque année, à notre souveraineté sanitaire.