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vendredi 23 octobre 2026

Pars pour toi-même , Lekh Lekha (suite). JBCH 2610 - 275

Paracha de la semaine

Lekh Lekha

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JBCH Réflexions, paracha Lekh Lekha, 13 Heshvan 5784, Paris, octobre 2023
JBCH Réflexions  N° 275                             23 Octobre 2026 





Un ordre qui ressemble à une adresse


Il est des phrases que l'on croit connaître et qui, un matin, nous regardent droit dans les yeux. « Lekh lekha me-artsekha, mi-moladetekha, u-mi-beit avikha, el ha-arets asher arekha » : « Pars pour toi, de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai » (Genèse 12, 1). 

Ainsi s'ouvre l'histoire d'Abraham, et avec elle l'histoire juive tout entière.

Cette année, cette paracha tombe le samedi 28 octobre 2023. Trois semaines à peine nous séparent du 7 octobre. Le pays d'Israël est en guerre, les otages sont à Gaza, les familles pleurent leurs morts. 

Et à Paris, où j'écris ces lignes, on entend de nouveau, dans les conversations, dans les regards, une question que l'on croyait enfouie : faut-il partir ?

Il faut lire le verset lentement. « Lekh lekha » : littéralement, « pars pour toi », « pars pour toi-même ». 

Rachi y entend un départ pour ton bien, pour ton intérêt, car c'est loin de tout ce qui est familier qu'Abraham deviendra une grande nation et une bénédiction. 

D'autres y lisent un voyage vers le plus intérieur de soi-même. Notez l'ordre de la gradation : le pays, puis le lieu de naissance, puis la maison du père. 

On quitte d'abord le plus large, on termine par le plus intime, et c'est le plus dur. Le texte ne ménage pas Abraham : il lui retire ses appuis un à un, avant de lui promettre quoi que ce soit.

Abraham, lui, ne sait pas où il va. « Vers le pays que je te montrerai » : la destination n'est pas donnée, elle se révèle en marchant. 

C'est cela, la foi telle que la Torah la raconte : non pas une certitude, mais un pas.

« La foi telle que la Torah la raconte : non pas une certitude, mais un pas. »
 

La valise de Georgette


Mamy Georgette, disait toujours : « La valise et le passeport doivent être prêts, et à jour. » 

Elle ne le disait pas avec panique, mais avec la tranquillité de celle qui sait. C'était une phrase de famille, presque une prière laïque, que l'on se transmettait comme on se transmet une recette.

Il y avait une version musicale de cette sagesse. Que nos enfants fassent du violon plutôt que du piano. Le piano reste dans l'appartement, lourd, noble, immobile. 

Le violon se glisse sous le bras, la clarinette dans un sac, la flûte dans une poche de manteau. Ce que l'on tenait à transmettre devait pouvoir voyager. 

La culture, la vraie, n'a pas de mur : elle passe les frontières avec nous, et dans les pires circonstances, elle est la seule richesse que l'on ne nous confisque pas.


« Le piano reste dans l'appartement, lourd, noble, immobile. Le violon se glisse sous le bras. »

Ces conseils, je les entends aujourd'hui autrement. Georgette ne prophétisait pas la catastrophe. 

Elle disait quelque chose d'une condition historique : celle d'un peuple qui a si souvent dû partir qu'il a appris à vivre léger, sans jamais cesser de construire. 

Les deux gestes vont ensemble. On plante, on bâtit, on enseigne, et on garde pourtant une valise, non par défiance envers ses voisins, mais par mémoire.

 

Ceux que l'on a poussés dans le dos

Dans ma famille, la valise n'a pas été une métaphore. Nous avons quitté la Tunisie sans l'avoir choisi, poussés dans le dos. 

Mon père, André, qui fut Grand Reporter et Journaliste à La Presse de Tunis, a été expulsé. Nous sommes partis sans un sou, évidemment, avec ce que l'on pouvait porter et avec ce que l'on portait en soi : la langue, les livres lus, les amitiés tissées entre communautés, ce monde tunisois où Corses, Maltais Siciliens, Tunisiens, Juifs et Français se côtoyaient et se respectaient.

Nous avons rejoint la France, qui était notre patrie depuis déjà de nombreuses années, par la langue, par l'école, par le cœur. 

Et la France nous a accueillis. Je tiens à l'écrire sans détour, parce que c'est la vérité : j'ai bien vécu. Jamais, dans ma scolarité ni dans ma vie professionnelle, je n'ai eu à souffrir de l'antisémitisme. 

Cette expérience est la mienne ; elle est sincère, elle est vraie, et aucun événement récent ne peut l'effacer.

Mais il y a la différence entre l'exil subi et le départ choisi. Abraham, lui, est appelé. Nous, nous avons été chassés. 

Le texte biblique nous rappelle que ces deux départs ne se ressemblent pas, et que l'on ne guérit pas de l'un en invoquant l'autre. 

Partir sans l'avoir voulu laisse une trace, une prudence, une manière de regarder les portes. Cette trace, je crois, est ce qui fait que la phrase de Mamy Georgette résonne encore.

Un nom qui se lit avant que l'on parle

Pourtant, je dois le dire aussi : mon nom ouvre la porte à toutes les imaginations. Chemouny, Hattab, Lumbrose, Calvo, ...  ces noms disent la Tunisie, le judaïsme, une histoire. 

Ils se lisent avant que l'on prononce un mot, et chacun y projette ce qu'il veut y voir. Pendant des décennies, cela n'a rien changé à ma vie. Aujourd'hui, je sens ce nom plus exposé qu'avant.

Il y a, dans ces semaines d'octobre, un climat qui se lève : des manifestations où la douleur légitime pour les victimes civiles côtoie parfois des slogans qui n'ont plus rien de politique, des tags, des menaces, des familles qui hésitent à laisser une mezouza sur la porte. 

Je ne généralise pas. Je ne dis pas que la France est perdue, ni que notre histoire avec elle est terminée. Je dis que lorsqu'un nom devient un risque, on a le droit de se poser la question, et que cette question n'est pas une trahison.

« Lorsqu'un nom devient un risque, on a le droit de se poser la question, et cette question n'est pas une trahison. »
 

Partir, rester : la question juste

Lekh Lekha ne dit pas « fuis ». Il dit « pars pour toi-même ». La nuance est décisive. On peut partir de chez soi et ne jamais arriver à soi-même ; on peut rester et être pleinement fidèle à ce que l'on est. 

Le texte ne tranche pas pour nous entre la géographie du départ et la géographie du maintien. Il demande autre chose : que notre choix, quel qu'il soit, soit un choix de fidélité et non de panique.

L'Aliyah, pour beaucoup d'entre nous, c'est la réponse naturelle : retourner vers la terre que la promesse désigne, au moment même où elle est blessée, et la rejoindre précisément parce qu'elle est blessée. 

Pour d'autres, la fidélité consiste à tenir sa place, à continuer d'enseigner, d'écrire, de transmettre, de rappeler à la République, celle que nous soutenons, laïque et indivisible,  ce qu'elle nous a promis. 

Pour d'autres encore, la prudence commande de préparer le départ sans le décider. Ces chemins ne s'excluent pas, et nul n'a le droit de juger celui qui hésite : on ne prend pas ce genre de décision dans l'émotion d'un mois d'octobre, mais en famille, à la table de Chabbat, sur la durée.

Il est encore temps. C'est peut-être la première leçon pratique de cette paracha. Abraham aussi a pris le temps du chemin, et la Torah ne nous dit rien d'une précipitation. Ce qu'elle nous demande, c'est d'être prêts : prêts dans l'âme, prêts dans les papiers, prêts avec nos enfants et leur violon.

Pars pour toi-même


Alors, que faire de ce verset, ce samedi, à Paris ? Peut-être d'abord le prendre au sérieux comme une adresse personnelle. 

Chacun de nous a un « pays », un « lieu de naissance » et une « maison de père » à quitter, au sens propre ou figuré, pour devenir ce qu'il doit être. 

Et chacun de nous a la valise de Mamy Georgette quelque part, ouverte ou fermée.

Je ne sais pas, en cette fin octobre 2026, ce que sera l'année qui vient. Je sais seulement que nous portons nos langues, notre mémoire, nos noms, et que cela ne s'expulse pas. 

Mon père a pu être chassé de Tunis ; personne n'a pu lui retirer ce qu'il était. 

C'est cela, au fond, que dit Lekh Lekha : où que l'on aille, ou que l'on reste, on emporte l'essentiel. 

Et l'essentiel, c'est qu'il y ait quelqu'un, quelque part, qui nous appelle par notre nom, et à qui l'on répond : Hineni, me voici*.

(*) Hineni (הִנֵּנִי) veut dire « me voici »


© JBCH Réflexions Octobre 2026

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Le préfet et les milices privées ... Incompréhensible ! JBCH N° 2610 - 274

Éditorial

JBCH N° 274.                                             23 octobre 2026



Le dernier rempart de la République

Le préfet de police conseille aux commerçants parisiens de se payer leur propre sécurité. L'État, dans sa capitale, sous-traite sa mission première.

Le préfet de police appelle les commerçants à se protéger eux-mêmes. Dans une lettre officielle adressée à la veille des manifestations du 24 octobre, il leur recommande de recourir à des « agents de sécurité privée », de baisser leurs rideaux, de rentrer tout ce qui pourrait servir de projectile et de fermer plus tôt. 

L'aveu est brutal, à peine voilé. L'État, dans sa capitale, renonce à assurer sa mission première.

La phrase qui dit toutLe dispositif policier « ne peut toutefois garantir à lui seul la protection de chaque établissement ». — Lettre du préfet de police aux commerçants, octobre 2026

La sécurité, fonction régalienne par excellence, est désormais sous-traitée au privé. Rue de Rivoli, boulevard Haussmann, les rideaux baissés témoignent déjà de la peur. Après les pillages du 17 octobre et l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges, les commerçants n'attendaient qu'une chose : la protection de la République. 

Ils reçoivent une injonction à se débrouiller. Le préfet a parlé ensuite de « maladresse » et rappelé que leur sécurité relevait « de la responsabilité de l'État ». Trop tard : la vérité avait été écrite noir sur blanc.

Préfecture de police, île de la Cité
La préfecture de police, île de la Cité. D'ici est partie la lettre qui invite les commerçants à se protéger seuls.
Rue de Rivoli, rideaux baissés
Rue de Rivoli. Les jours de manifestation, les arcades se ferment et les vitrines disparaissent derrière le métal.

Un vigile se paie environ vingt-cinq euros de l'heure, un maître-chien près de quarante, pour remplacer ce que l'impôt devrait garantir. C'est le symbole d'une faillite qui ne dit plus son nom. Quand l'État demande aux citoyens de payer deux fois leur sécurité, il avoue son impuissance.

« Quand l'État demande aux citoyens de payer deux fois leur sécurité, il avoue son impuissance. »

La préfecture, débordée, en sous-effectif, s'en remet aux vigiles, et bientôt aux molosses, pour faire ce que les uniformes ne font plus. Demain, ce seront des barricades devant les boutiques et des milices devant les immeubles. 

Paris n'a jamais eu autant besoin d'autorité, et n'en a jamais autant manqué.

Le chien est devenu le dernier rempart de la République.

Sources : lettre du préfet de police Patrice Faure aux commerçants, rapportée par Le Figaro, Boulevard Voltaire et franceinfo (22 octobre 2026). Tarifs indicatifs du marché de la sécurité privée. Photographies : Wikimedia Commons.
© JCBH Réflexions.  Octobre 2026

Opération Crèche ! JBCH N° 2610 - 273




 JBCH Réflexions

En famille, entre amis seulement
Romans · Politique-fiction

Opération Crèche

Cinq semaines pour faire tomber la République  
Ce récit est une fiction. Les personnages, les partis et les organisations qui y figurent sont imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes existantes serait fortuite… ou simplement probable.
JCCH N° 273.                                      23 Octobre 2026
Les personnages
Nadia Benali, 41 ans, analyste à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), cellule « ingérences numériques ».
Hugues Delorme, président de la République, en fin de second mandat.
Antoine Valcourt, Premier ministre.
Jean-Baptiste Marcelin, tribun de L'Insurrection populaire (LIP), gauche radicale.
Hélène Varenne, présidente du Rassemblement de la Nation (RDN), droite nationaliste.
Samir Haddad, président d'une fondation genevoise « pour la dignité », proche de la mouvance des Frères musulmans.
Viktor Sorokine, colonel, « service des mesures actives », Moscou.
Cheikh Abdelkader Mansouri, vieil imam, Grande Mosquée de Paris. — Karim Lahlou, maire de Saint-Denis.
 

Les cicatrices

Paris, 17 novembre

Paris porte encore les cicatrices. Un mois plus tôt, le 17 octobre, des bandes venues de plusieurs banlieues ont convergé vers la capitale sous couvert d'une manifestation « contre la vie chère ». Vitrines brisées, pillages, affrontements. 

L'image a tourné en boucle sur toutes les chaînes TV et sur tous les réseaux sociaux du monde : un jeune homme drapé dans un drapeau tricolore, un autre drapé d'un drapeau palestinien debout devant un office du tourisme en flammes.

La réponse de l'État a été massive. Vague d'interpellations, plusieurs milliers de gardes à vue, des incarcérations rapides  dont une partie sera jugée, plus tard, injustifiée. La tension ne retombe pas. Elle s'installe, comme une fièvre qu'on ne soigne plus.

Au quatrième étage d'un immeuble sans nom de Levallois-Perret, Nadia Benali ne regarde pas les images. Elle regarde les horloges. Depuis trois semaines, elle reconstitue minute par minute la chronologie du 17 octobre, et quelque chose cloche. 

Les premiers appels au pillage  « Rendez-vous à 16 h, Champs, on reprend ce qu'ils nous volent » sont apparus sur les réseaux à 15 h 12. Mais les mots-clés qui les accompagnaient circulaient déjà depuis 14 h 30, relayés par onze mille comptes dont aucun n'existait six mois plus tôt.

Onze mille comptes. Des photos de profil générées par ordinateur, des prénoms de cité, des fautes d'orthographe soigneusement dosées. Et une même signature technique, que Nadia connaît bien pour l'avoir déjà vue pendant la campagne contre les Jeux olympiques : une ferme de serveurs ( on appelle ca des trolls) installée entre Saint-Pétersbourg et un hébergeur de façade aux Seychelles.

Elle rédige une note de deux pages. Sa hiérarchie la lit, la classe, et lui répond qu'on a « d'autres urgences ».

Arrive décembre. Comme chaque année, plusieurs mairies installent des crèches de Noël devant leur parvis. Les tribunaux ont souvent tranché, dans un sens puis dans l'autre ; c'est devenu un rituel, une petite guerre stupide  que la France aime se jouer. 

Mais cette année, rien n'est petit. Pour une partie des habitants des quartiers, déjà à vif après octobre, ces santons sur le domaine public sont perçus comme une provocation contre l'islam, à deux semaines des fêtes, au moment crucial pour le commerce.

Le 2 décembre, une vidéo apparaît. On y voit une crèche municipale piétinée par des jeunes masqués en survêtement, sous des cris d'« Allahou akbar ». 

Elle est vue quatre millions de fois en une nuit. Hélène Varenne la partage à 23 h 40 : « Voilà la France qu'ils nous préparent. » Jean-Baptiste Marcelin réplique à minuit : « Les crèches de la honte : la mairie qui provoque est la seule coupable. »

Nadia, elle, passe la nuit sur la vidéo. Au matin, elle a la certitude qu'elle a été tournée en Seine-Saint-Denis… mais pas en décembre. En juillet. Les arbres sont en feuilles. Et les cris ont été ajoutés au montage.

« On ne fabrique plus les guerres civiles. On fabrique les images, et l'on attend que les gens fassent le reste. »

L'étincelle de Limoges

Nuit du 5 au 6 décembre

Dans la nuit du 5 décembre, une dizaine de mairies de villes moyennes s'enflamment presque à la même heure : Limoges, Trappes, Corbeil, Vaulx-en-Velin. Incendies volontaires, façades noircies, registres d'état civil réduits en cendres. À Limoges, l'hôtel de ville, déjà meurtri en octobre, est cette fois éventré.

En remontant la piste des incendiaires, la police judiciaire tombe sur autre chose : trois entrepôts logistiques, en zone industrielle, remplis de résine de cannabis et d'opium afghan. Les enquêteurs découvrent un système parallèle. Selon leurs estimations, plus de cent mille personnes vivraient indirectement de cette économie : petites mains, guetteurs, chauffeurs, logisticiens, et tout un réseau de blanchiment à travers des commerces de proximité — boulangeries, barber shops, snacks, ongleries. Les stocks saisis représentent plusieurs milliards d'euros à la revente. Sur ordre du parquet, les douanes procèdent à leur destruction, devant les caméras, au lance-flammes.

Pour les réseaux, c'est une déclaration de guerre économique.

Pour Nadia Benali, c'est une piste. Le bail des trois entrepôts a été signé par une société de transport immatriculée à Dubaï. Cette société a versé, l'année précédente, un « don » de 1,8 million d'euros à la Fondation Al-Karama pour la dignité, à Genève, présidée par le docteur Samir Haddad, figure courtoise des plateaux de télévision, invité de colloques universitaires, inlassable dénonciateur de « l'islamophobie d'État ».

La fondation, à son tour, finance une constellation d'associations françaises : soutien scolaire, aide juridique aux familles de détenus, collectifs « contre les violences policières ». 

Rien d'illégal. Tout est déclaré. Mais l'un de ces collectifs a loué, le 4 décembre, deux minibus. Et l'un de ces minibus a été flashé, le 5 au soir, à six cents mètres de la mairie de Corbeil.


CONFIDENTIEL — DGSI
Objet : convergence de flux. — Le portefeuille de cryptomonnaie ayant rémunéré au moins quatre incendiaires (500 € par personne, versés via une application de paiement) a été alimenté par une plateforme d'échange basée à Moscou. Ce même portefeuille a payé, en septembre, des « prestations de communication » à une agence ayant travaillé pour deux campagnes municipales, l'une du LIP, l'autre du RDN.


Nadia relit trois fois. Ce n'est pas un complot au sens des romans : personne ne commande tout. C'est plus subtil, et plus terrifiant. Moscou fournit l'argent et les images. 

Les réseaux islamistes fournissent le récit : l'humiliation, la dignité, l'Occident qui méprise. Les trafiquants fournissent la main-d'œuvre. Et les deux partis extrêmes fournissent l'écho, chacun persuadé de servir sa propre cause.

Le soir même, sur une chaîne d'information, Marcelin explique que « la destruction des stocks est une provocation policière qui affame les quartiers ». 

Une heure plus tard, Varenne exige « l'armée dans les cités » et parle de « reconquête ». Les deux extraits sont repris par les mêmes onze mille comptes. Ils se répondent, ils se nourrissent. Ils ne le savent pas, mais ils travaillent pour le même employeur.

 

Le jour noir

7 et 8 décembre

La riposte est immédiate et aveugle. Dans plusieurs cités d'Île-de-France, des armes de guerre circulent  : des kalachnikovs entrées par les Balkans, mais aussi, découvrira-t-on plus tard, quelques lance-roquettes dont les numéros de série renvoient à des stocks ukrainiens « disparus » sur le front du Donbass. 

Des explosifs sont utilisés contre un commissariat de Sevran et une sous-préfecture. Ce n'est plus une émeute. C'est une insurrection urbaine armée.

Le bilan est lourd : des centaines de morts en quarante-huit heures. Des policiers, des trafiquants, et surtout des habitants pris au milieu;  une infirmière qui rentrait de garde, un livreur, deux adolescents sur un toit. 

Paris est tétanisé. Le gouvernement décrète l'état d'urgence ; l'armée est déployée pour sécuriser les points sensibles ; couvre-feu à 19 heures en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d'Oise et à l'intérieur de Paris.

Le soir du 8 décembre, Antoine Valcourt monte sur le perron de Matignon. Il a les yeux rouges. Il annonce la démission de son gouvernement. 

Il annonce qu'il « ne peut plus garantir la sécurité des Français avec une Assemblée qui refuse de voter les crédits d'urgence ». Personne ne l'écoute vraiment. Le pays a compris une seule chose : il n'y a plus personne.

Dans le vide, des milices de riverains se forment. Des groupes d'autodéfense communautaires montent la garde devant les synagogues,  devant les églises. 

Des collectifs de commerçants s'arment de battes et de fusils de chasse. À Lyon, un groupe se réclamant du RDN patrouille dans la Presqu'île ; Varenne condamne « mollement », puis s'affiche le lendemain avec ses chefs. À Marseille, des militants proches du LIP dressent des barricades « antifascistes » qui bloquent… les ambulances.

Moscou, même soir. Un bureau sans fenêtre, quelque part près de la place Loubianka.

Le colonel Viktor Sorokine regarde les chaînes françaises sur quatre écrans. Il n'a pas l'air triomphant. Il a l'air d'un comptable satisfait.

— Combien nous a coûté la France, ce trimestre ? demande-t-il à son adjoint.

— Onze millions d'euros, colonel. Serveurs, influenceurs, quelques transferts.

— Moins qu'un char, dit Sorokine. Le reste, ils le font eux-mêmes. Ils ont toujours tout fait eux-mêmes. Nous ne faisons qu'ouvrir les portes qu'ils ont laissées entrouvertes.

« Moins qu'un char. Le reste, ils le font eux-mêmes. »
 

Le vide

Du 9 au 12 décembre

Plus personne ne commande. Le président Delorme est isolé à l'Élysée, entouré de conseillers qui se contredisent. Il parle à la télévision une fois, d'une voix blanche, de « l'unité de la Nation ». Il annonce qu'il maintient son déplacement au sommet de l'OTAN, « parce que la France doit tenir son rang ». 

La phrase fait l'effet d'une gifle. Le Sénat, par la voix de son président Paul-Henri Castagné, assure de fait la continuité de l'État. À l'Assemblée, il n'y a plus de majorité, plus même de minorité cohérente : seulement deux blocs qui hurlent.

Le 10 décembre, Nadia Benali obtient enfin un rendez-vous rue du Faubourg-Saint-Honoré. Un secrétaire général adjoint, quarante ans, costume impeccable, l'écoute pendant dix-huit minutes. 

Elle lui montre les flux, les comptes, la vidéo truquée de juillet, le portefeuille moscovite, la fondation genevoise, l'agence de communication des deux partis.

Il la remercie. Il dit que c'est « remarquable ». Puis il ajoute, en refermant le dossier :

— Vous comprenez bien qu'on ne peut pas sortir ça maintenant. Si nous accusons la Russie, on dira que nous fuyons nos responsabilités. Si nous parlons des Frères musulmans, nous mettons le feu aux mosquées. Si nous révélons que les deux partis extrêmes ont payé la même agence, ils crieront au complot d'État, et ils auront chacun quinze points de plus. Il faut d'abord rétablir l'ordre. La vérité, ce sera pour après.

Nadia sait ce que signifie « après » dans cette maison. Cela signifie jamais.

· · ·

Dans les quartiers, deux pouvoirs s'affrontent désormais. D'un côté, les trafiquants, qui veulent garder le contrôle territorial après la perte de leurs stocks et qui découvrent, grisés, que l'État recule. 

De l'autre, des figures religieuses et associatives : imams, éducateurs, mères de famille  qui veulent arrêter le bain de sang et qui enterrent leurs fils.

C'est un vieil homme, l'Iman Chalgoutaoui,  et Karim Lahlou, maire de Saint-Ouen qui forcent le premier dialogue. Une salle des fêtes à Aubervilliers, des chaises en plastique, des néons qui grésillent, des soldats en faction sur le parking. Autour de la table : trois chefs de réseau qui ne donnent que leurs surnoms, deux commissaires, un préfet, quatre mères de famille, et Mansouri, qui ouvre la séance par une phrase que personne n'oubliera :

— Je suis venu en France en 1962. J'ai vu ce pays nous accueillir mal, puis un peu mieux. Je ne laisserai pas des gens qui ne sont pas d'ici le brûler en notre nom.

Il ne dit pas qui sont « ces gens ». Il n'a pas lu le rapport de Nadia. Mais il a compris.

 

Le compromis sous couvert de triomphe

15 décembre — et après

La sortie de crise trouvée le 15 décembre sera racontée différemment selon les camps. Pour une partie de la rue, elle sera présentée comme un triomphe de l'islamisme : « Ils ont retiré les crèches, ils ont fait plier l'État. » Dans les faits, c'est un compromis républicain, sec et pragmatique :

  1. Retrait des crèches des parvis des mairies vers l'intérieur des églises et des lieux privés, au nom de la stricte neutralité de l'espace public, pour apaiser le symbole.
  2. Création d'un fonds de reconstruction de deux milliards d'euros pour les mairies brûlées et les commerces pillés, cogéré par les maires et des associations de quartier.
  3. Amnistie pour les délits mineurs liés aux manifestations d'octobre et de novembre ; maintien des poursuites lourdes pour trafic de stupéfiants, incendies et homicides ; peines alourdies pour le blanchiment à travers les commerces.
  4. Installation, dans chaque département touché, d'un Conseil de sages — imams reconnus, élus, policiers, commerçants — chargé d'obtenir le désarmement et la levée du couvre-feu.

Les prêcheurs radicaux crient victoire : « L'État a cédé. » Mais sur le terrain, les armes se taisent. 

Les milices se dissolvent. L'armée se retire progressivement. Les boulangeries et les barber shops rouvrent, sous contrôle fiscal renforcé. 

Ce n'est pas une victoire de l'islamisme : c'est une victoire de façade qu'on lui abandonne pour qu'il accepte de déposer les armes. 

L'État, lui, récupère le monopole du maintien de l'ordre, légitime sans nouvelles effusions de sang.

Voilà ce qu'écrivent les éditorialistes raisonnables, le 16 décembre. Ils ont raison. Et cela n'a aucune importance.

Car le soir même, les onze mille comptes se remettent au travail. Ils n'ont plus besoin de vidéos truquées : la réalité suffit. « Ils ont retiré l'Enfant Jésus pour faire plaisir aux dealers » : quatorze millions de vues. « L'État négocie avec les assassins de nos policiers » : neuf millions. 

Et, de l'autre côté du miroir : « Amnistie au rabais, les vrais coupables sont en uniforme » : six millions. Hélène Varenne tient meeting à Limoges, devant l'hôtel de ville en ruine, et parle de « Munich républicain ». Jean-Baptiste Marcelin, à Saint-Denis, dénonce « un accord colonial signé sous la menace des fusils de l'État ». Ils se haïssent. Ils se citent l'un l'autre à chaque phrase.

Le 20 décembre, Samir Haddad publie une tribune dans un grand quotidien du soir : il salue « la sagesse des musulmans de France » et réclame que les Conseils de sages deviennent permanents, avec un budget. Personne ne relève que sa fondation n'a jamais été dissoute.

Le 3 janvier, le premier sondage de l'année pour l'élection présidentielle tombe. Hélène Varenne : 36 %. Jean-Baptiste Marcelin : 21 %. Le meilleur candidat du centre plafonne à 11 %. 

Pour la première fois sous la Ve République, le second tour promet d'opposer deux candidats qui, chacun à sa manière, ont promis de sortir du commandement intégré de l'OTAN, de « renégocier » le soutien à l'Ukraine et de « parler avec tout le monde ».

· · ·

Le 8 janvier, le rapport de Nadia Benali est classé « secret défense ». Elle est mutée, avec une promotion, à la cellule « coopération internationale », à Lyon. On lui dit que c'est une marque de confiance.

Le même jour, à Moscou, le colonel Sorokine signe un document de deux lignes, qu'il glisse dans un classeur gris étiqueté Opération Crèche. Il ne s'est jamais intéressé à l'islam, ni à la gauche, ni à la droite française. 

Il s'intéresse à une seule chose : qu'au printemps prochain, la deuxième puissance militaire d'Europe ait à sa tête quelqu'un qui doute de tout, sauf de son ressentiment. et qui lâche son appui à l'Ukraine.

СЕКРЕТНО
Objectif atteint. Aucun soldat engagé. La France n'a pas été vaincue : elle a été convaincue.

Il éteint la lumière.
À Paris, il neige sur les parvis vides.

Ce texte est une œuvre de fiction. Il s'inspire de mécanismes réels et documentés — campagnes d'ingérence numérique étrangères, entrisme de réseaux islamistes, économie du narcotrafic, polarisation politique — mais tous les personnages, organisations, partis et événements postérieurs au 17 octobre 2026 sont imaginaires. Les musulmans de France n'y sont pas l'ennemi : ils en sont, avec tous les autres Français, les premières victimes
© JBCH Roman Fiction. Octobre 2026

jeudi 22 octobre 2026

La Parole trahie JBCH N° 2610 - 272

Témoignage

La parole trahie

En 1995, la France par la voix de Jacques Chirac, devant le Vel'd'hiv avait reconnu sa faute envers ses Juifs et juré qu'elle ne les laisserait plus jamais seuls. 

Trente et un ans plus tard, je regarde mon pays et je ne suis plus certain qu'il se souvienne de ce qu'il a promis.

  JBCH  N° 272                                                                            22 octobre 2026

Il y a eu un temps où la France se comprenait d'un seul regard. On savait qui gouvernait, on savait ce qu'il défendait, et l'on savait surtout ce que la République ne tolérerait jamais. Pour un Juif de ma génération, cette certitude tenait en une date : le 16 juillet 1995. 

Ce jour-là, devant les survivants du Vél d'Hiv, Jacques Chirac a dit ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait voulu dire : que la folie criminelle de l'occupant avait été secondée par des Français, par l'État français, par la police française. Que la France, ce jour de juillet 1942, avait accompli l'irréparable.

J'ai pleuré ce jour-là. Pas de chagrin : de soulagement. Une nation adulte venait de regarder son passé en face, et de ce regard naissait une promesse implicite, plus forte que tous les textes de loi. 

Puisque nous avons livré nos Juifs une fois, nous ne laisserons plus jamais quiconque les menacer sur notre sol. C'était un contrat moral. Je l'ai cru. Je l'ai transmis à mes enfants, puis à mes petits-enfants.



Drancy, cité de la Muette, 1942. Près de 63 000 Juifs de France sont passés par ce camp gardé par des gendarmes français avant d'être déportés, pour la plupart vers Auschwitz. (Bundesarchiv, Wikimedia Commons)

Ce que la France avait promis

Soixante-seize mille noms gravés sur un mur du Marais. Onze mille enfants parmi eux. Le Mémorial de la Shoah, le wagon de Drancy, les plaques sur les écoles de Paris, la journée nationale du 16 juillet, les voyages scolaires à Auschwitz : la France a bâti, pendant trente ans, une liturgie républicaine de la mémoire. On nous disait que cette mémoire était un rempart. 

Qu'un pays qui se souvient ne recommence pas.

On ne nous avait pas dit que la mémoire pouvait devenir un décor. Qu'on peut fleurir un monument le matin et, le soir, ne plus savoir protéger un rabbin dans la rue.




« On peut fleurir un monument le matin et, le soir, ne plus savoir protéger un rabbin dans la rue. »

Le décompte

Je n'ai pas besoin de statistiques pour savoir ce qui se passe. Je n'ai qu'à réciter des noms. Chacun d'eux a été, en son temps, présenté comme un « électrochoc ». Aucun n'a rien changé.

Ils étaient français. Ils étaient juifs.Ilan Halimi, 2006. — Jonathan, Arié et Gabriel Sandler, Myriam Monsonego, à l'école Ozar Hatorah de Toulouse, 2012. — Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada, à l'Hyper Cacher, 2015. — Sarah Halimi, 2017. — Mireille Knoll, rescapée de la rafle du Vél d'Hiv, assassinée chez elle en 2018.

Et puis il y a eu le 7 octobre 2023. Depuis, la courbe ne redescend plus. Les chiffres du ministère de l'Intérieur sont sans appel : 1 676 actes antisémites en 2023, 1 570 en 2024, 1 320 en 2025,  le troisième niveau le plus élevé depuis l'an 2000. 

On nous présente la « baisse » de 2025 comme une bonne nouvelle. Elle signifie simplement que l'anormal est devenu la norme.

1 320actes antisémites recensés en France en 2025
53 %de l'ensemble des actes antireligieux
< 1 %de la population : la part des Juifs en France

Moins d'un pour cent de la population, plus de la moitié des actes antireligieux. Cinq cent trente-trois actes encore au premier semestre 2026. Le rabbin d'Orléans frappé en pleine rue devant son fils de neuf ans. Les arbres plantés à la mémoire d'Ilan Halimi, vandalisés les uns après les autres. 

Autour de moi, des familles retirent la mezouza de leur porte, des parents changent leurs enfants d'école, des jeunes ne portent plus la kippa que sous une casquette. Et devant chaque synagogue, des soldats en armes. 

Qu'on ne s'y trompe pas : ces soldats ne sont pas une protection, ils sont un aveu. Un pays qui doit garder ses lieux de prière comme des casernes a déjà perdu quelque chose qu'aucun budget ne rachète.

Un État que l'on ne voit plus

Qui, aujourd'hui, est chargé de tenir la promesse de 1995 ? Demandez dans la rue le nom du ministre de l'Éducation, du ministre de la Justice, du ministre du Budget. Silence. 

Un haussement d'épaules. Ce gouvernement a organisé sa propre insignifiance : des ministres interchangeables, nommés pour cocher une case, sans assise populaire ni liberté de démissionner avec fracas. Ils gèrent. Ils communiquent. Ils ne gouvernent pas.

Et pourtant l'argent coule. Avec une dépense publique autour de 57 % du PIB, parmi les plus élevées du monde développé, la France dépense plus que presque tous ses voisins pour un État qui ne sait plus faire son métier premier : protéger. L'hôpital s'effondre, l'école recule, la justice met des années à juger. 

Et dans les salles de classe de la République, des professeurs renoncent à enseigner la Shoah, parce qu'ils savent ce que certains élèves leur répondront, et que s'ils parlent de a laîcité, de la Shoah, de l'islam radical ils riquent de se faire décapiter comme Samuel Paty, héros de la République, ou Daniel Bernard.

On a acheté la paix sociale à crédit. On n'a jamais acheté le courage.




Le Mur des Noms, au Mémorial de la Shoah, dans le Marais : 76 000 hommes, femmes et enfants juifs déportés de France entre 1942 et 1944. La mémoire comme promesse — ou comme décor.

La fuite

En mai 1968, de Gaulle, désorienté, disparaît à Baden-Baden. Il ne comprend plus la rue ; il va chercher l'armée. Le syndrome est resté. Le 12 novembre 2023, plus de cent mille personnes ont marché dans Paris contre l'antisémitisme,  la plus grande mobilisation de ce genre depuis Carpentras. 

Le président de la République n'y était pas. Il a envoyé une lettre. Il a expliqué que son rôle n'était pas de marcher mais de préserver l'unité du pays. Je me souviens d'avoir pensé : l'unité de qui, avec qui, contre quoi ?

Trois ans plus tard, le scénario se rejoue. Le 17 octobre dernier, la France a brûlé : pillages à Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, l'hôtel de ville de Limoges incendié, près d'un millier de policiers blessés. Deux jours après, le chef de l'État s'envolait pour le Golfe:  Koweït, Émirats, Bahreïn, Qatar, Arabie saoudite. Pour l'énergie, dit l'Élysée. 

Peut-être. Mais quand la France brûle, le Président s'internationalise. C'est plus confortable de parler au monde que de parler à son pays.




Et pendant ces mêmes journées, sur les réseaux, une vieille rengaine a refait surface : ce chaos, ce serait la faute des Juifs. 

Des centaines de comptes, des milliers de messages, certains appelant ouvertement à l'expulsion ou à pire. Rien, absolument rien, ne relie les émeutes françaises aux Juifs. 

Mais c'est toujours ainsi que cela commence : un pays en désordre cherche un coupable, et le coupable a toujours le même visage.

« Un pays en désordre cherche un coupable, et le coupable a toujours le même visage. »

Les deux impostures

C'est dans ce vide que prospèrent ceux qui prétendent nous sauver.

La première imposture, c'est une extrême gauche qui n'a plus rien de Jaurès, plus rien de Mendès France, plus rien de Blum. 

Une petite bourgeoisie radicalisée sur les réseaux, qui a remplacé la lutte des classes par la lutte des identités, et qui, depuis le 7 octobre, a refusé de nommer le Hamas pour ce qu'il est. 

Qui défile derrière des slogans dont elle feint d'ignorer le sens. Qui explique, chaque fois qu'un Juif est frappé, qu'il faut « contextualiser ». La gauche de Zola défendait Dreyfus. Celle-ci a choisi son camp, et ce n'est pas le nôtre. 

Une enquête publiée ce mois-ci désigne La France insoumise, avec le RN, comme l'épicentre du soupçon antisémite dans la vie politique française. Je n'avais pas besoin d'un sondage pour le savoir. Ce parti est soutenus et aidés par Moscou ! 

La seconde imposture, c'est une extrême droite qui a compris qu'on ne gagne pas en criant. Alors elle a mis une cravate. Elle est allée se recueillir à Yad Vashem, devant les caméras. Elle nous jure qu'elle est devenue notre meilleure protectrice. 

Mais on ne change pas d'âme en changeant de logo. Ce parti a été fondé par d'anciens collaborateurs ; son fondateur parlait des chambres à gaz comme d'un « détail ». 

Et voici qu'en septembre, Mediapart publie des messages antisémites attribués à son président, écrits en 2013 et 2014. Il nie. Soit. Mais je ne confierai pas la sécurité de mes petits-enfants à ceux qui ont eu besoin de quarante ans de maquillage pour paraître fréquentables. Ce parti est soutenus et aidés par Moscou ! 

Entre ces deux néants, la France juive est sommée de choisir entre ceux qui la trahissent par idéologie et ceux qui la courtisent par calcul. 

Je refuse ce choix. Il n'est pas digne de nous. Il n'est pas digne de la France.


Paris, 12 novembre 2023 : plus de 100 000 personnes « pour la République et contre l'antisémitisme ». Le chef de l'État avait choisi de ne pas défiler.

Ce qu'il me reste

Je ne suis pas un homme en colère. Je suis un homme fatigué. J'ai été nourri par Lévinas, pour qui tout commence par le visage de l'autre, par cette responsabilité qu'on ne choisit pas et qui nous oblige. 

La France de 1995 avait regardé en face le visage des enfants du Vél d'Hiv. Elle s'était reconnue obligée. C'est cette obligation qu'elle laisse aujourd'hui s'éteindre, non par haine, mais par lassitude, par lâcheté, par calcul électoral, par cette indifférence polie qui fut déjà, en 1942, la plus grande complice des bourreaux.

Je ne partirai pas. Ce pays est le mien. Mes grands-parents l'ont choisi, en 1921,  mes enfants y sont nés, mes petits-enfants y grandissent. 

Mais je veux qu'on sache qu'une génération de Juifs français vieillit avec ce sentiment étrange et triste d'avoir cru une parole, et de la voir se défaire sans bruit. 

Il ne faut pas grand-chose pour la tenir : un président qui, quand ça brûle, reste ; un État qui punit vite et fort ; une gauche qui retrouve Zola ; une droite qui n'a rien à faire oublier. Et un pays qui se souvient que ses Juifs ne sont pas une communauté à protéger, mais des citoyens à qui l'on a fait une promesse.

« Plus jamais ça », disait-on.
Je voudrais seulement qu'on le dise encore — et qu'on le pense.

Chiffres : ministère de l'Intérieur, bilan des actes antireligieux 2025 (février 2026) et données du premier semestre 2026 ; Combat Antisemitism Movement, rapport du 18 octobre 2026 ; enquête Ifop – Fondation Jean-Jaurès, octobre 2026. Photographies : Wikimedia Commons.
© JBCH Réflexions.  Octobre 2026