JBCH Réflexions
Kabylie — Page 1/2
Le drame des Kabyles : la grande fuite des hommes libres
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Analyse — 25 août 2026
Dans les montagnes du nord-est de l'Algérie, un peuple entier vit sous surveillance. Militants emprisonnés, journalistes condamnés, identité criminalisée La Kabylie paie, depuis des années, le prix d'un particularisme que le régime d'Alger traite comme une menace existentielle au point d'accuser régulièrement ses militants de complicité avec Israël.
La Kabylie, région berbérophone au relief montagneux, entretient depuis l'indépendance algérienne une relation tendue avec le pouvoir central.
Depuis 2001 et la création du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK) par le chanteur et militant Ferhat Mehenni, cette tension a pris une forme organisée, portant une revendication d'autonomie puis d'indépendance que le régime algérien traite comme une entreprise séparatiste à écraser.
2021 : le tournant de la criminalisation
Le point de bascule se situe en 2021. Après une vague d'incendies meurtriers ayant ravagé la Kabylie durant l'été, les autorités algériennes accusent le MAK ainsi qu'Israël et le Maroc d'en être les commanditaires.
Sans procès équitable documenté, un homme soupçonné d'appartenir au mouvement est lynché sur place. Dans la foulée, le régime classe officiellement le MAK comme « organisation terroriste ».
Ce classement transforme, de fait, toute expression de l'identité kabyle en délit potentiel : militants, journalistes, simples citoyens ayant eu un contact avec la mouvance peuvent désormais être poursuivis au nom de la lutte antiterroriste.
L'affaire Gleizes : un journaliste, un club de football, sept ans de prison
Le cas de Christophe Gleizes illustre la portée de cette criminalisation. Journaliste sportif français, collaborateur de So Foot et Society, il se rend en Algérie en mai 2024, muni d'un simple visa touristique, pour préparer un reportage sur les grandes heures de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), club historique de Tizi Ouzou.
Arrêté le 28 mai 2024, placé treize mois sous contrôle judiciaire, il est condamné le 29 juin 2025 à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » la justice algérienne lui reprochant d'avoir échangé, en 2015 et 2017, avec un ancien dirigeant du club par ailleurs lié au MAK. Sa peine est confirmée en appel le 3 décembre 2025.
Reporters sans frontières dénonce une décision « aberrante à l'encontre d'un journaliste n'ayant fait que son travail ».
Un an après son incarcération, Christophe Gleizes reste détenu. En mai 2026, la Cour suprême algérienne rejette l'appel du parquet visant à alourdir sa peine, ouvrant une possible voie vers une grâce présidentielle voie que RSF et sa famille appellent de leurs vœux, sans qu'elle se soit encore concrétisée.
- 2001 : création du MAK par Ferhat Mehenni
- Été 2021 : incendies en Kabylie, classement du MAK comme organisation terroriste
- 28 mai 2024 : arrestation du journaliste Christophe Gleizes à Tizi Ouzou
- 29 juin 2025 : condamnation à 7 ans de prison, confirmée en appel le 3 décembre 2025
- 14 décembre 2025 : déclaration unilatérale d'indépendance de la Kabylie, proclamée à Paris
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Une répression qui ne faiblit pas en 2026
Loin de s'apaiser après la déclaration d'indépendance de décembre 2025, la pression s'est intensifiée à l'approche des élections législatives du 2 juillet 2026. Selon des associations de défense des militants kabyles, arrestations préventives, convocations et intimidations se multiplient dans la région durant cette période.
Le 4 juin 2026, à Aokas, dans la wilaya de Béjaïa, le militant Mourad Chabane est interpellé à son domicile par une unité de police spécialisée puis transféré vers Alger un cas parmi d'autres, révélateur d'une méthode : perquisition matinale, garde à vue prolongée, silence des autorités sur les motifs.
La diaspora elle-même n'échappe pas à la pression. Aksel Bellabbaci, conseiller politique du MAK réfugié en France depuis plusieurs années, a fait l'objet d'une demande d'extradition qu'une cour d'appel parisienne a refusée en mai 2025.
Il reste, selon les informations disponibles, en attente d'un statut de réfugié politique stable — signe que même l'exil vers la France n'offre pas toujours une protection immédiate.
Une identité qui se paie cher
Ce que documentent ces affaires, c'est une politique répressive qui vise moins des actes précis que l'appartenance elle-même : militants, journalistes, défenseurs des droits humains, mais aussi des citoyens ordinaires, coupables d'avoir exprimé pacifiquement leur identité berbère.
La déclaration d'indépendance symbolique de décembre 2025, proclamée à Paris devant plus d'un millier de personnes, a marqué un tournant politique pour le mouvement — mais elle s'est accompagnée, sur le terrain, d'un raidissement supplémentaire du pouvoir algérien plutôt que d'une ouverture.
Ce que l'exil ne dit pas toujours
Les témoignages recueillis par les réseaux de soutien évoquent des parcours heurtés : passage informel vers le Maroc, tentative de rejoindre des proches déjà installés en France, attente d'une hypothétique protection internationale.
Ce que l'on sait avec certitude, documenté par des sources vérifiables, c'est le durcissement légal et judiciaire depuis 2021 ; ce que racontent les exilés eux-mêmes, sur les conditions précises de leur départ, relève davantage du témoignage individuel que de la statistique établie, une nuance qui ne minore pas leur détresse, mais qui doit être posée pour ne pas déborder ce que les faits vérifiés permettent d'affirmer.
Entre le classement du MAK comme organisation terroriste en 2021, la condamnation à sept ans de prison d'un journaliste pour avoir couvert un club de football, et les arrestations préventives qui continuent en 2026, un fait résiste à toute nuance :
En Algérie, l'expression pacifique d'une identité kabyle expose à des poursuites disproportionnées. Ce qui reste plus difficile à établir avec la même rigueur, c'est l'ampleur précise de l'exode qu'elle engendre un chapitre encore largement écrit par les témoignages plutôt que par les chiffres.
Jacques-Bernard JBCH Août 2026