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dimanche 16 août 2026

La Bio-Surveillance JBCH N° 2608 - 100

JBCH Réflexions

Journal indépendant · Idées, actualité, société



Enquête & Société







Cauchemar biométrique : quand votre corps trahit votre droit à la vie privée

Visage, voix, démarche, ADN : la biométrie et l'intelligence artificielle redessinent les frontières de l'intime



Et si notre corps était devenu la dernière frontière de la vie privée ? Visage, voix, démarche, ADN, rythme cardiaque ou traces biologiques laissées dans l'environnement : les progrès de la biométrie et de l'intelligence artificielle permettent désormais d'identifier, de suivre et de profiler un individu sans même qu'il en ait conscience. 




De la police scientifique aux objets connectés, des bases génétiques à la reconnaissance faciale, cette révolution ouvre des perspectives inédites pour les enquêteurs comme pour les entreprises, mais fait aussi émerger un risque vertigineux : celui d'une société où notre corps, devenu une source permanente de données, ne nous appartiendrait plus tout à fait.

Un corps devenu mot de passe

Ce basculement s'est opéré presque sans bruit. Déverrouiller un téléphone d'un regard, payer un café d'un sourire, franchir une frontière sans montrer de passeport.




La biométrie s'est installée dans le quotidien sous des dehors de confort. Mais chaque geste laisse une empreinte irréversible. 

Contrairement à un mot de passe, un visage ou une démarche ne se change pas si la donnée est compromise — c'est là toute la singularité, et le danger, de cette catégorie de données.

La Chine, laboratoire grandeur nature

Nulle part cette bascule n'est plus visible qu'en Chine, qui concentrerait à elle seule plus de la moitié des caméras de vidéosurveillance installées dans le monde. 








Huit des dix villes les plus surveillées de la planète s'y trouvent, selon un classement établi par la société Comparitech. 

Le pays produit également l'écrasante majorité de la recherche scientifique mondiale sur la reconnaissance faciale, ses algorithmes figurant en tête des évaluations internationales de référence.

Un visage ou une démarche ne se change pas, contrairement à un mot de passe compromis.

Ces réseaux de caméras, tous interconnectés, sont couplés aux super-applications installées sur le téléphone de chaque citoyen, qui servent à la fois à payer, s'identifier et se déplacer. 





Le système de crédit social chinois s'appuie précisément sur cette infrastructure : les citoyens y sont notés en continu selon leur comportement, y compris dans l'espace public, avec des conséquences concrètes sur l'accès au crédit, aux transports ou à certains emplois en cas de mauvaise note. 

La reconnaissance faciale, désormais utilisée jusque dans le paiement quotidien, permet en théorie de suivre un individu d'un bout à l'autre de son parcours urbain, dans les transports, les commerces ou son lieu de travail — brouillant la frontière entre vie publique et intimité la plus élémentaire.

Un encadrement juridique encore balbutiant

Face à la controverse, Pékin a fini par publier en 2025 de nouvelles règles imposant un principe de consentement non forcé, la reconnaissance faciale ne pouvant plus, en théorie, être exigée comme seul mode d'identification. 

Mais les organisations de défense des droits humains continuent de documenter un usage à outrance de ces technologies, notamment dans certaines régions soumises à une surveillance renforcée, où la biométrie sert autant à ficher qu'à punir.

Ce que révèlent les chiffres

  • Plus de la moitié des caméras de surveillance mondiales installées en Chine
  • 8 des 10 villes les plus surveillées au monde sont chinoises
  • Environ 80 % des publications scientifiques sur la reconnaissance faciale sont chinoises
  • Système de crédit social : notation continue du comportement, avec sanctions à la clé
Une menace qui dépasse la seule Chine

Le cas chinois n'est toutefois que la version la plus aboutie d'une tendance mondiale. En Europe comme aux États-Unis, la vidéosurveillance algorithmique gagne du terrain, portée par des impératifs sécuritaires, tandis que les cadres juridiques peinent à suivre le rythme de l'innovation. 

La question posée est désormais universelle : qui possède les données de notre corps, et jusqu'où sommes-nous prêts à le laisser parler à notre place



Proust à Cabourg. JBCH N° 2608 - 099

JBCH Réflexions

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Livres & Culture



D'après Mes analyses, mes lectures dans les journaux français et Internationaux_et les Medias, un complément se touve dans JBCH Clips 





Avec « Le Parfum des années » : Evelyne Bloch-Dano offre une promenade nocturne dans le monde évanoui de Marcel Proust

L'écrivaine fait le récit de sa nuit à la Villa du Temps retrouvé, à Cabourg, au plus près de l'auteur de la « Recherche » — et d'elle-même



Le livre

  • « Le Parfum des années », Evelyne Bloch-Dano
  • Éditions Stock, collection « Ma nuit au musée »
  • 240 pages, 19,50 € (14 € en numérique)

Evelyne Bloch-Dano est une biographe émérite et plutôt prolifique ; on se souvient par exemple d'un de ses essais au titre imparable, Madame Proust (Grasset, 2004), qui lui valut naguère un grand succès. 




Il est tentant, à cet égard, de la présenter comme une « spécialiste de Marcel Proust » et de voir dans le livre qu'elle publie aujourd'hui, Le Parfum des années, la confirmation de son goût presque maniaque pour l'auteur d'À la recherche du temps perdu.


Une nuit dans la villa « Bon Abri »

À l'invitation de la collection « Ma nuit au musée », elle a choisi pour lieu de rêverie et de création nocturne la Villa du Temps retrouvé, à Cabourg (Calvados), qu'elle a elle-même contribué à créer.




 Inaugurée en 2021, la demeure se veut « non pas un musée Proust mais une maison-musée avec Proust », lequel constitue un « fil conducteur » pour évoquer la Belle Époque, ces années où l'écrivain venait passer l'été au Grand Hôtel voisin, de 1907 à 1914.

La villa « Bon Abri » — comme pour signifier le refuge d'un autrefois d'avant-guerre.
Le refuge d'un temps révolu

L'ancien nom de la demeure, conçue par l'architecte Clément Parent (1823-1884), se révèle en tout cas particulièrement évocateur : 



La villa « Bon Abri », comme pour signifier le refuge d'un autrefois d'avant-guerre et, pour Evelyne Bloch-Dano, peut-être, le confort un peu fantasmé d'un espace tout à soi.



L'Obésité se soigne ... JBCH N° 2608 - 098

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Enquête & SANTE 



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Fast-food, Hollywood, transport aérien :

 comment la révolution Ozempic bouleverse l'économie


Les traitements contre l'obésité transforment déjà des pans entiers de l'économie mondiale




Un marché en pleine explosion

  • 6 Md$ en 2023 → jusqu'à 144 Md$ estimés d'ici 2030 (Morgan Stanley)
  • Marché mondial appelé à doubler entre 2026 et 2030 (Roland Berger)
  • 120 millions d'utilisateurs attendus au total
  • 1 Américain sur 8 déjà sous traitement (12,5 %), contre moins de 10 % au Royaume-Uni et 1,3 % en France


Fini les piqures ... en Cachets , et savoir que l'obésité a enfi été reconnue comme étant une maladie !

Hollywood, le transport aérien, l'industrie agroalimentaire, la grande distribution, l'habillement, les fast-foods, les salles de sport et les vins et spiritueux : une liste hétérogène dont les protagonistes ont pourtant un point commun.


Enfin en cachets  

 Tous ces secteurs vivent une petite révolution due aux nouveaux comportements de millions de consommateurs.

Des molécules nées contre le diabète

Depuis plus de cinq ans, le développement international des traitements contre l'obésité   nés des médicaments contre le diabète   bouscule la stratégie de nombreux secteurs. 

Ozempic et Wegovy, pour le laboratoire danois Novo Nordisk, Mounjaro et Zepbound pour son concurrent américain Eli Lilly, offrent un espoir thérapeutique à plus d'un milliard de personnes sur la planète. Mais ils bouleversent également, avec plus ou moins d'intensité, l'univers économique tout entier.






Une croissance de marché vertigineuse

Le marché mondial des médicaments contre l'obésité connaît une croissance fulgurante. Estimé à 6 milliards de dollars en 2023, 

Il pourrait bondir à plus de 100 milliards de dollars d'ici 2030   voire atteindre 144 milliards selon Morgan Stanley, soit entre 17 et 24 fois plus en sept ans. Pour le cabinet Roland Berger, ce marché va doubler entre 2026 et 2030, avec 120 millions d'utilisateurs au total.

La moitié de la population mondiale sera obèse ou en surpoids en 2035, selon le consensus des experts.
Les États-Unis en tête, la France très en retrait

C'est aux États-Unis, pays qui compte le plus d'obèses au monde, que le nombre de patients sous traitement explose.



Un Américain sur huit (12,5 %), d'après une enquête de l'institut Gallup en 2025. Une proportion qui tombe à moins de 10 % en Grande-Bretagne, nation la plus touchée par cette pandémie en Europe, et à seulement 1,3 % en France.



samedi 15 août 2026

Vance favori de Trump mais Rubio est en embuscade. JBCH 2608 - 097

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Politique américaine

Vance, Rubio, Trump Jr. et Cruz dominent la course 2028



Succession trumpiste : quand la dynastie familiale éclipse le talent



Les quatre prétendants

  • JD Vance — vice-président, héritier désigné du mouvement MAGA
  • Marco Rubio — secrétaire d'État, profil modéré et expérimenté
  • Donald Trump Jr. — jamais élu, mais omniprésent dans l'entourage présidentiel
  • Ted Cruz — outsider tentant de se positionner face à Vance

La course à la Maison Blanche de 2028 s'annonce déjà comme un bras de fer entre l'instinct dynastique de Donald Trump et les réalités politiques d'un parti républicain orphelin de son chef charismatique. 

Car si le président sortant a théoriquement laissé la voie libre en évoquant avec une fausse modestie l'impossibilité constitutionnelle d'un troisième mandat, c'est bien par la pression de son propre fils qu'il semble avoir désigné son dauphin.



Vance, l'héritier plutôt que le fils

Donald Trump Jr., jamais élu mais omniprésent dans l'entourage présidentiel, a laissé entendre dès l'automne que « l'appel » de la présidence le titillait. 

Cette ambition affichée a paradoxalement servi de révélateur : plutôt que de laisser son fils hériter directement du trône MAGA, Trump père a opté pour JD Vance, le vice-président actuel, comme héritier naturel du mouvement. Vance cumule les missions sensibles négociations avortées avec l'Iran, lutte contre la fraude sociale   et affiche une fidélité sans faille au nationalisme trumpiste. 

Pourtant, cette proximité risque de se retourner contre lui si les élections de mi-mandat, en novembre prochain, sanctionnent l'administration par une vague démocrate.

Rubio, l'anti-Vance par excellence

Dans ce tableau, Marco Rubio apparaît comme l'anti-Vance par excellence. Secrétaire d'État et conseiller à la sécurité nationale, il gère des dossiers d'envergure planétaire tout en cultivant une image de conservateur traditionnel, moins embrigadé dans le dogme MAGA que son rival. 

Les stratèges républicains le considèrent comme le candidat naturel d'une éventuelle débâcle électorale, celui qui saurait redonner au parti une allure présidentielle sans renoncer à l'essentiel de l'agenda conservateur.

Le parti républicain, sous influence familiale et populiste, semble condamné à choisir le clone avant le talent.

La leçon des primaires récentes

Mais l'histoire des primaires républicaines récentes montre que la mesure et l'intelligence politique ne suffisent pas. Le parti a choisi Trump en 2016 contre toute attente, puis a sacrifié sur l'autel du populisme des candidats plus compétents mais moins spectaculaires. Rubio, justement, en a fait les frais. Dans cette configuration, la candidature de Vance, portée par la bénédiction implicite de Trump et le vent de la radicalisation continue du parti, semble suivre la même trajectoire. 

Le « gentil », celui qui parle diplomatie et workload, celui qui évite les provocations outrancières, peine à emporter la faveur d'une base avide de combat idéologique.



Cruz et les autres, en retrait

Ted Cruz tente de se faufiler dans une brèche en se positionnant comme l'alternative crédible à Vance, mais son offensive reste timide. 

Les autres prétendants  gouverneurs en retrait, secrétaire à la Défense controversé, ou même Tucker Carlson converti à l'anti-trumpisme  peinent à constituer un bloc cohérent. Au final, la bataille de 2028 ressemble à une répétition de la même histoire.


Le rachat des Lakers 12 Milliards US $. JBCH N° 2608 - 096

JBCH Réflexions

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Sport & Affaires

Kushner et Iger s'offrent les Lakers pour 12,5 milliards de dollars, un record historique



La plus grande vente de franchise sportive de l'histoire, un an à peine après le rachat par Mark Walter





Le monde du sport américain vient de basculer. Joshua Kushner, le milliardaire venture capitaliste, et Bob Iger, l'ancien patron emblématique de Disney, ont conclu l'acquisition des Los Angeles Lakers pour la somme faramineuse de 12,5 milliards de dollars, établissant un nouveau record absolu pour la vente d'une franchise sportive. L'annonce, relayée par ESPN, a fait l'effet d'une détonation dans l'univers de la NBA, à peine plus d'un an après que Mark Walter, le PDG de Guggenheim Partners, eut lui-même racheté la participation majoritaire du club pour 10 milliards de dollars.



Une revente éclair sous pression

Cette revente s'explique par la situation délicate de Walter, qui n'est pas juif : sous le coup d'une enquête du ministère américain de la Justice, il chercherait à dégager des liquidités urgentes pour désendetter ses positions. L'homme d'affaires, qui contrôle également les Dodgers, les Sparks de la WNBA, le club de Chelsea, une équipe de hockey féminin et l'écurie Cadillac en Formule 1, semble contraint de se séparer d'un joyau qu'il peine à consolider.

Qui est Joshua Kushner ?

Joshua Kushner, 41 ans, n'est pas un inconnu des arènes sportives. Petit-fils de rescapés de la Shoah et élevé dans une famille orthodoxe de Livingston, dans le New Jersey, il détient déjà une participation minoritaire dans le Miami Heat, qu'il devra céder pour finaliser l'opération, après avoir auparavant investi dans les Memphis Grizzlies. Venture capitaliste de renom, il est surtout connu du grand public comme le frère cadet de Jared Kushner, gendre et ancien conseiller de Donald Trump, figure centrale de la politique américaine envers Israël.

« Devenir les gardiens des Los Angeles Lakers, l'une des franchises les plus emblématiques au monde. »

Dans un communiqué commun, les deux hommes d'affaires ont exprimé leur ferveur, saluant « le leadership et la vision » des anciens propriétaires Jerry et Jeanie Buss, et affirmant leur engagement « à bâtir sur cette fondation, à rivaliser au plus haut niveau et à servir cette équipe extraordinaire, ses supporters et la ville de Los Angeles ».




Une séquence marquante dans la NBA

Cette transaction s'inscrit dans une séquence remarquable de mouvements de propriété dans la NBA, marquée par la forte présence d'hommes d'affaires juifs : Mat Ishbia a racheté les Phoenix Suns, Gabe Plotkin et Rick Schnall ont pris le contrôle des Charlotte Hornets aux dépens de Michael Jordan, et Mark Cuban a cédé les Dallas Mavericks à Miriam Adelson.

La transaction en bref

  • 12,5 Md$ — record absolu pour une franchise sportive
  • Rachetée 10 Md$ par Mark Walter il y a un peu plus d'un an
  • Kushner devra céder sa part minoritaire dans le Miami Heat
  • Vague récente de rachats NBA par des investisseurs juifs (Suns, Hornets, Mavericks)

Un revers récent dans le football

Kushner avait pourtant connu un revers cinglant quelques semaines plus tôt : son fonds Thrive Eternal avait tenté d'acquérir une participation dans les tournois de la Coupe du Monde de la FIFA, avant que l'instance internationale, face à une levée de boucliers des acteurs du football, ne retire son offre de privatisation. Une défaite qui n'a pas entamé l'appétit de l'investisseur pour le sport de haut niveau.



Des liens forts avec la communauté juive

La famille Kushner entretient par ailleurs des liens étroits avec la communauté juive des deux côtés de l'Atlantique, ayant versé des millions de dollars à des organisations juives américaines et israéliennes, notamment les Friends of the Israel Defense Forces et le centre médical Shaare Zedek de Jérusalem.



Europe/Afrique le Tunnel JBCH N° 2608 - 094

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Infrastructures & Géopolitique


L'Afrotunnel, ce vieux rêve qui pourrait enfin relier l'Europe à l'Afrique


Le tunnel sous le détroit de Gibraltar quitte le domaine de l'utopie pour entrer dans celui du chantier



Depuis près de deux siècles, il hante les cartes des ingénieurs et les discours des diplomates. Le tunnel sous le détroit de Gibraltar, ce serpent de mer né sous la plume des visionnaires du XIXe siècle, semble aujourd'hui sur le point de quitter le domaine de l'utopie pour entrer dans celui du béton et de l'acier. Surnommé Afrotunnel, ce projet de liaison ferroviaire fixe entre l'Espagne et le Maroc connaît une accélération sans précédent.




Un rêve vieux de presque un siècle

Dès 1930, la revue Popular Mechanics imaginait un tunnel sous-marin reliant l'Europe à l'Afrique. Mais ce n'est qu'en 1979 que l'Espagne et le Maroc entament de véritables études de faisabilité, créant la SECEGSA. Pendant des décennies, le projet a oscillé entre espoirs et oublis, jusqu'à ce qu'une réunion bilatérale de haut niveau, en février 2023, donne un coup d'accélérateur décisif.

42 kilomètres sous le détroit

Le tunnel ferroviaire projeté s'étirerait sur environ 42 kilomètres, dont 27,7 kilomètres sous le détroit lui-même, à une profondeur maximale de 475 mètres. Deux tubes ferroviaires à voie unique, reliés par une galerie de service centrale, relieraient Vejer de la Frontera, en Espagne, à Malabata, aux portes de Tanger.




En trente minutes, le tunnel transformerait le détroit d'une barrière naturelle en un pont permanent.
Le feu vert technique de Herrenknecht

En janvier 2025, l'Espagne a confié au géant allemand des tunneliers Herrenknecht une étude sur le franchissement de l'Umbral de Camarinal, arête sous-marine séparant Méditerranée et Atlantique. Verdict : le projet est techniquement viable, la roche de flysch ne constituant plus un obstacle insurmontable pour les machines modernes.




Le risque sismique, obstacle majeur

Le détroit se situe toutefois à la jonction de deux plaques tectoniques, dans la zone qui provoqua le séisme dévastateur de 1755. En décembre 2025, Madrid et Rabat ont signé un mémorandum pour trois années d'études conjointes sur la sismicité et les risques de tsunami, dotées d'une campagne de recherche marine de 553 187 euros.






Les chiffres du projet

  • 42 km de tunnel, dont 27,7 km sous le détroit (-475 m)
  • 9,61 M€ de financement public espagnol depuis 2022
  • 8,5 Md€ pour la seule partie espagnole (15-20 Md€ au global)
  • Appel d'offres possible dès 2027, premiers trains entre 2035 et 2040
  • + de 460 000 poids lourds transitent déjà chaque année par Algeciras
Un horizon calé sur le Mondial 2030

Le calendrier reste mesuré : une galerie de reconnaissance pourrait être lancée dès 2027, pour une phase exploratoire de six à neuf ans avant les travaux proprement dits. Les premiers trains pourraient circuler entre 2035 et 2040 — un horizon qui coïncide avec la Coupe du monde 2030, coorganisée par l'Espagne, le Portugal et le Maroc, événement qui a largement remis le projet sur le devant de la scène.





Des réticences bien réelles

L'Afrotunnel ne fait pas l'unanimité : craintes environnementales, inquiétudes sur un afflux migratoire facilité, complexité souveraine liée à Gibraltar, Ceuta et Melilla, et doutes sur la rentabilité d'un investissement colossal face à un trafic encore incertain. Reste que jamais le projet n'avait bénéficié d'un tel alignement des planètes — volonté politique, faisabilité technique avérée et financements européens Next Generation — pour transformer, peut-être, quatorze kilomètres d'eau en une demi-heure de train.