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dimanche 25 octobre 2026

Le Poison antisémite s'infiltre dans la "Musique" ... JBCH 2610 - 281

 









Kanye West et le retour d'un vieux poison


JBCH N° 281.                                                         25 Octobre 2026

L'actualité de départ, c'est la rupture brutale fin octobre 2022 entre Kanye West, désormais Ye, et tout son écosystème économique : Def Jam, Adidas, Balenciaga, Gap.

En cause, une salve de déclarations antisémites assumées sur X et Instagram. L'affaire rappelle une évidence que l'on préfère oublier : la haine des Juifs ne s'est jamais arrêtée avec la Shoah, elle s'est simplement repliée et elle se glisse encore dans la culture populaire, y compris la chanson.




L'émission de Bertrand Dicale, Ces chansons qui font l'actu, montre que la musique a toujours été un véhicule pour ça, avec ses précautions oratoires habituelles : "je ne suis pas antisémite, mais..." avant de déverser les clichés.

L'exemple central choisi est justement Philippe Clay - Les Juifs - 1975. C'est tout sauf une chanson antisémite. C'est l'inverse. Clay, utilise l'ironie féroce pour démonter le mécanisme de l'antisémitisme éternel.

Il reprend un par un tous les stéréotypes : ils ont l'argent, ils contrôlent tout, on les plaint mais on les jalouse, et il les pousse à l'absurde. 

C'est une chanson au second degré, dans la lignée de la tradition du cabaret rive gauche, qui voulait montrer comment l'antisémitisme se répète toujours de la même façon, perpétuellement résurgent. 

C'est pour ça que Franceinfo la ressort en 2022 face à Kanye West : même mécanique, 47 ans plus tard, oui France Info ... un miracle !

             


La France n'est pas épargnée

Dicale rappelle que si on cherche des contenus antisémites dans la pop culture française, on n'a pas besoin d'aller loin, surtout dans le rap.

L'émission diffuse des extraits de :

Freeze Corleone, Freeze Raël (2020) : le rappeur le plus cité pour des références complotistes et antisémites, avec des allusions aux Rothschild et à Hitler.

La Fouine, TLT (2013) et Doc Gynéco, Dans ma rue (1996) repris par Black M, qui contiennent des punchlines devenues des classiques du genre, souvent banalisées comme "provoc".

Plus ancien, Ray Ventura et ses Collégiens, Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine (1936), repris par Suzanne Dehelly en 1937, chanson légère des années 30 qui véhicule déjà des stéréotypes sur les Juifs, preuve que la chanson de divertissement d'avant-guerre en était imprégnée.

Et à l'opposé, Serge Gainsbourg, Yellow Star (1975) : Juif lui-même, Gainsbourg répond à la haine par une chanson où il revendique l'étoile jaune comme une étoile de shérif.  https://www.youtube.com/watch?v=VQonDPDK-rE




La conclusion de Franceinfo est claire : Kanye West n'est pas un accident isolé. De la chanson comique des années 30 au rap conscient des années 2020, en passant par le cabaret engagé de Philippe Clay, le poison antisémite a toujours trouvé un micro. La différence aujourd'hui, c'est que les marques et les labels coupent, alors qu'avant, on laissait passer au nom de la provocation artistique.



                                     © JBCH Octobre 2026

Israël a l heure du choix ! JBCH N° 2610 - 280

 JBCH Réflexions

En famille, entre amis seulement

Un fils planqué à Miami ...  La fin probable 



JBCH Réflexions N° 280              lE 25 Octobre 2026

Israël · Élections du 27 octobre

Le shekel des parias


En préparant un plan « blockchain » pour contourner d'éventuelles sanctions, Netanyahou range Israël, en pensée, dans le club des États hors-la-loi. Mardi, les Israéliens ne votent pas seulement pour un gouvernement. Ils votent pour la respectabilité d'Israël, et par ricochet celle du peuple juif.

Par JBCH — 25 octobre 2026

Un aveu télévisé

Il faut écouter ce que dit Benjamin Netanyahou, car pour une fois, il dit la vérité. Dans un entretien télévisé, à quelques jours du scrutin, le Premier ministre d'Israël a expliqué que son pays pourrait bientôt faire face à des sanctions bancaires étrangères, que l'aide militaire américaine n'était « plus certaine », que « l'Amérique a changé ». 

Et il a annoncé la parade : il a « déjà demandé un plan concret » pour bâtir des circuits de paiement fondés sur la blockchain et les cryptomonnaies, afin que l'économie israélienne continue de tourner si les canaux bancaires se ferment.

Un jeton numérique national, présenté comme un « actif stratégique ». Des transactions massives hors du système bancaire classique. Des devises de contournement. 

Relisez ces mots. Ce n'est pas le vocabulaire d'une démocratie occidentale. C'est le manuel de survie des États sous embargo.

Russiesanctions depuis 2014 et 2022
Iranembargo, cryptominage d'État
Corée du Nordvols de cryptos à grande échelle
Israël ?plan blockchain « anti-sanctions »
Le club que personne ne devrait vouloir rejoindre.

Moscou règle une partie de son commerce en cryptoactifs pour échapper aux sanctions. Téhéran mine du bitcoin pour monnayer son électricité malgré l'embargo. Pyongyang finance ses missiles avec des cryptomonnaies volées. 

Voilà la compagnie dans laquelle le chef du gouvernement israélien installe, par la seule logique de son plan, l'État fondé par Ben Gourion. On n'en est pas encore à remplacer le shekel par un jeton. 

Mais on se prépare à vivre comme un paria. Et un pays qui se prépare à être paria finit par le devenir.

La Banque d'Israël répond« Les cryptomonnaies ne peuvent pas servir à contourner des sanctions. » La banque centrale appelle les dirigeants à préserver les liens commerciaux plutôt qu'à imaginer les moyens de s'en passer.

Même la Banque d'Israël, institution prudente entre toutes, a désavoué publiquement le Premier ministre. 

Quand la banque centrale doit rappeler au chef du gouvernement que l'on ne sauve pas une économie ouverte en s'isolant, c'est que la dérive est déjà avancée.

La commission qu'il fuit

Car d'où viennent ces menaces de sanctions ? Pas d'un complot. D'un isolement croissant, d'une guerre interminable, d'une diplomatie réduite à un seul ami à Washington, et d'un gouvernement qui, depuis trois ans, refuse de rendre des comptes sur le plus grand désastre de l'histoire d'Israël.

Le 7 octobre 2023, 1 200 personnes ont été massacrées en une journée. Après la guerre du Kippour, Golda Meir avait accepté la commission Agranat, et elle est partie. Après Sabra et Chatila, Menahem Begin avait accepté la commission Kahane. 

C'est l'honneur d'Israël : une démocratie en guerre qui enquête sur elle-même. Netanyahou, lui, refuse depuis trois ans une commission d'enquête d'État. D'abord parce qu'on était en guerre. Puis parce que ses membres seraient nommés par le président de la Cour suprême, donc « biaisés ». 

Il a rejeté le compromis proposé par le président Herzog. Il veut une commission dont la composition « reflète la majorité » : autrement dit, une commission qu'il choisirait.

75 %des Israéliens soutenaient, selon un sondage cité par le Times of Israël, la création d'une commission d'enquête d'État sur le 7 octobre. Trois ans après, elle n'existe toujours pas.

Les familles des otages, les rescapés, les parents des soldats tombés la réclament. Son propre ancien ministre de la Défense a dit qu'il devait être interrogé. On attend cette commission, et c'est urgent. 

Non pour humilier un homme, mais pour que la nation sache. Un peuple qui ne sait pas pourquoi il a été frappé ne sait pas comment se protéger la prochaine fois.

« Une démocratie en guerre qui enquête sur elle-même : c'était l'honneur d'Israël. »

Mardi, la respectabilité est sur le bulletin



Une nouvelle knesset ! enfin !! 


Les sondages annoncent l'impasse habituelle : ni le bloc de Netanyahou, ni ses rivaux, de Naftali Bennett à Gadi Eisenkot, ne semblent assurés d'atteindre les 61 sièges. On parlera de coalitions, de marchandages, de semaines d'incertitude. On aura tort de ne parler que de cela.

Car ce scrutin ne porte pas seulement sur la gauche, la droite ou la sécurité. Il porte sur une question plus profonde : Israël veut-il rester une démocratie respectée, ancrée dans le camp des nations libres, ou accepte-t-il de devenir, pas à pas, un État assiégé qui organise sa vie en marge du système international ?

Et cette question nous concerne, nous, Juifs de la diaspora. Qu'on le veuille ou non, dans le regard du monde, Israël et le peuple juif sont liés. Quand Israël est admiré, ses start-up, ses médecins, ses soldats qui sauvent des vies, c'est un peu de fierté qui rejaillit sur la rue des Rosiers. 

Quand Israël se met à parler le langage de Moscou et de Téhéran, ce sont nos enfants qui en paient le prix à la sortie de l'école, à Paris, à Londres ou à Toronto. L'antisémitisme n'a jamais eu besoin d'excuse. Mais il ne faut pas lui en fournir.

Erreur fatale


Voilà l'erreur fatale. Elle n'est pas technique. On peut discuter de blockchain, de jetons, de résilience financière. L'erreur est politique, et elle est morale : confondre la survie d'un homme avec la survie d'un État.

Car le but de Netanyahou, aujourd'hui, se lit à livre ouvert. Échapper à la commission d'enquête. Échapper à son procès pour corruption, ouvert depuis des années. 

Garder le pouvoir, coûte que coûte, avec les extrémistes s'il le faut. Pour cela, il est prêt à préparer son pays à l'isolement plutôt qu'à changer la politique qui y mène. Il ne cherche pas à éviter les sanctions : il cherche à pouvoir vivre avec. 

Je dis STOP !






Israël n'est pas né pour être un paria. Il est né pour que les Juifs n'en soient plus jamais.

Mardi, les Israéliens ont l'occasion de le rappeler. Le monde juif tout entier les regarde.

© JBCH Réflexions Octobre 2026

Sources : entretien télévisé de Benjamin Netanyahou et réaction de la Banque d'Israël (Haaretz, Newshub, Al Jazeera, 23-25 octobre 2026) ; Times of Israël sur la commission d'enquête d'État ; sondages des élections législatives du 27 octobre 2026.

samedi 24 octobre 2026

Trump à Natanyahu : "Je t'aime" JBCH N° 2026 - 279

JBCH Réflexions
En famille, entre amis seulement



Trump soutient Netanyahu, mais son entourage regarde déjà ailleurs


JBCH N° 279.                                                        24 octobre 2026



President Trump has endorsed Benjamin Netanyahu in Tuesday's Israeli election. But some Trump advisers see opportunity for his Middle East agenda in a government led by someone else.

C'est le paradoxe du moment à Washington. Dimanche dernier, après des semaines d'hésitation, Donald Trump a officiellement apporté son soutien à Benjamin Netanyahu pour les élections législatives israéliennes de mardi. 

Il est même allé jusqu'à suggérer qu'une défaite de Netanyahu aurait des conséquences sur les relations entre les États-Unis et Israël.

Pourtant, en coulisses, le tableau est beaucoup plus nuancé.

Selon des sources de la Maison Blanche citées par Barak Ravid pour Axios, une grande partie des conseillers les plus proches de Trump s'est opposée à cette prise de position. 

Leur avis : le président américain aurait dû rester en dehors de l'élection israélienne.

Pourquoi Trump s'accroche à Netanyahu 


C'est simple : Trump n'a jamais travaillé avec un autre Premier ministre israélien que Netanyahu. Il ne connaît personnellement aucun des autres candidats.

Les deux hommes ont forgé une relation étroite, mais souvent turbulente au fil des années.

Comme l'a résumé un conseiller de Trump avec une formule choc : "He's the devil he knows" - "C'est le diable qu'il connaît".

C'est un choix par défaut, plus que par conviction totale.

La preuve la plus visible de cette division interne ? J.D. Vance. Interrogé cette semaine sur l'élection, le vice-président a ostensiblement refusé de suivre Trump.


"Je n'attaque pas Bibi Netanyahu. Je ne soutiens pas Bibi Netanyahu. Je pense que le soutien du président est finalement ce qui compte."


Une prise de distance qui n'est pas anodine, alors que l'hostilité envers Netanyahu grandit dans une partie de la base MAGA.

Le vrai point de rupture : la guerre avec l'Iran

D'après Axios, le vice-président Vance et plusieurs hauts responsables ont commencé à se désillusionner de Netanyahu pendant la guerre avec l'Iran.

Ils estiment que les évaluations de Netanyahu avant la guerre, transmises à la Maison Blanche, étaient erronées. Cela a soulevé une question fondamentale : Netanyahu reste-t-il le meilleur partenaire pour réaliser les ambitions régionales de Trump ?

Car une fois l'élection israélienne et les midterms américaines passées, Trump devra faire un choix déterminant : rejoindre ou non Netanyahu dans une autre opération militaire majeure contre l'Iran.

Netanyahu, lui, est impatient de passer à l'action. Mais le résultat de mardi pourrait influencer la décision de Trump, ou au moins le calendrier de tout nouvel affrontement.

L'agenda caché de Trump après l'élection

Au-delà de l'Iran, Donald Trump veut passer à autre chose et lancer un agenda diplomatique très ambitieux :


1. Mettre en œuvre son plan de paix pour Gaza

2. Négocier des accords entre Israël et le Liban, et entre Israël et la Syrie

3. Le Graal : décrocher un accord de paix historique entre Israël et l'Arabie Saoudite


Pour ses conseillers, atteindre ces objectifs sera peut-être plus facile avec un nouveau visage à Jérusalem. 

Quelqu'un de moins clivant, de plus ouvert à des compromis.

Ce qu'il faut surveiller mardi

Les sondages annoncent un scénario que les Israéliens connaissent bien : le blocage politique.

Ni Benjamin Netanyahu, ni son principal rival, l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, ne semble avoir un chemin clair vers les 61 sièges nécessaires pour former un gouvernement à la Knesset.

On se dirige donc potentiellement vers une impasse, des semaines de négociations de coalition, et une période d'incertitude qui pourrait bien, paradoxalement, servir les intérêts de la Maison Blanche.

Trump a soutenu publiquement son vieil allié. Mais à Washington, tout le monde a compris que le jour d'après pourrait s'écrire sans lui.


© JBCH Octobre 2026

La République de l'anonymat. JBCH N° 2610 - 278

JBCH Fiction 
Romans · Fiction

La République de l'anonymat et de la fuite


La France, ce pays que l'on ne comprend plus
JBCH N° 278.                                          24 Octobre 2026



Ce récit est une fiction. Les personnages, les partis et les situations sont imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes existantes serait fortuite… ou simplement probable.
Les personnages
JBCH 78 ans, ancien éditorialiste, le narrateur.
Léa, 24 ans, sa petite-fille, journaliste stagiaire à la télévision.
Hugues Delorme, président de la République.
Laure Vasseur, ministre du Budget, « venue de la société civile ».
Thibault de Rancourt, conseiller à l'Élysée, jamais élu.
Jean-Baptiste Marcelin, tribun de L'Insurrection populaire. — Hélène Varenne, présidente du Rassemblement de la Nation.
Joseph et Sandrine Benhamou, boulangers à Clichy.
 

Le nom du ministre

Paris, un mardi de novembre

Il y a eu un temps où la France se comprenait d'un seul regard. Un président, un premier ministre, cinq ou six figures qui incarnaient une ligne. On pouvait être d'accord ou non, mais on savait qui décidait et pourquoi. J'ai passé quarante ans à écrire sur ces hommes-là. 

Je les ai combattus, parfois admirés, souvent moqués. Mais je les connaissais. Tout le monde les connaissait.

Ce mardi-là, ma petite-fille Lielle est passée me voir  Elle faisait une enquête pour son-cours d'instruction civique sa première vraie immersion dans le monde de la politique . La question était simple : « Pouvez-vous me citer le nom du ministre du Budget ? »

Elle m'a montré les réponses des élèves sur son téléphone, assise sur le bord de mon fauteuil.  Puis le ministre de l'Éducation. Puis le ministre du Travail. Silence. Un haussement d'épaules. Un rire gêné. « Attendez, je l'ai sur le bout de la langue… » 

Personne. Pas un seul nom en trois heures de tournage.

— C'est grave, Papy ? m'a-t-elle demandé.

— Ce n'est pas de la faute des Français s'ils ne les connaissent plus, lui ai-je répondu. C'est que ce gouvernement a organisé sa propre insignifiance.




Elle a noté la phrase. Elle note toujours mes phrases, Lielle comme on ramasse des coquillages : sans trop savoir ce qu'on en fera.

Je lui ai expliqué. Des ministres interchangeables, nommés pour cocher une case,  une femme de la société civile par ici, un élu local centriste par là, un technocrate jamais élu par ailleurs qui n'ont ni assise populaire, ni mandat, ni même la liberté de démissionner avec fracas. 

Ils gèrent. Ils communiquent. Ils ne gouvernent pas. Le pouvoir réel est ailleurs : à l'Élysée, dans un premier cercle de conseillers non élus, et à Bercy, qui signe des chèques que plus personne ne contrôle.

— Alors va à Bercy, lui ai-je dit. Demande à la ministre elle-même ce qu'elle décide.

Elle a ri. Elle ne savait pas encore qu'elle allait le faire.

« Ils gèrent. Ils communiquent. Ils ne gouvernent pas. »










 

Le robinet

Bercy, dix jours plus tard

Pour son journal de lycéenne, Lielle a rencontré à Bercy Laure Vasseur qui avait dirigé une chaîne de magasins bio avant d'être nommée ministre du Budget, un vendredi  après-midi.

Elle avait une voix douce, un sourire de communicante et une conseillère presse qui coupait l'entretien dès que les questions devenaient précises.

 — Madame la ministre, la dépense publique atteint 57 % du PIB. Qu'est-ce que vous décidez, vous, personnellement ?

La ministre a regardé sa conseillère. La conseillère a regardé sa montre. Puis Laure Vasseur a dit, avec une sincérité désarmante :

— Vous savez, les arbitrages se font… plus haut.

Plus haut, c'était Thibault de Rancourt. Trente-huit ans, inspecteur des finances, jamais candidat à rien, jamais élu nulle part, et qui pourtant tenait dans son ordinateur portable la vraie loi de finances de la République. 

Lielle l'a croisé ce jour-là dans un couloir, l'air pressé, un téléphone à chaque oreille. Il ne s'est pas arrêté. Personne, dans ce pays, ne connaît son visage. C'est précisément pour cela qu'il est puissant.

Le soir, elle m'a tout raconté. Je n'ai pas été surpris. Car la deuxième maladie est là : la dépense publique inconsidérée. Cinquante-sept pour cent du PIB. 

Le record du monde, ou presque. Et pour quel résultat ? L'hôpital s'effondre, l'école dégringole dans tous les classements PISA, l'armée n'a plus de munitions, les tribunaux mettent trois ans à juger un cambriolage.

Ce soir-là, j'ai rouvert un vieux carnet et j'y ai écrit, de ma main  :

On a dépensé des milliards pour le « quoi qu'il en coûte », des milliards pour les boucliers tarifaires, des milliards pour des guichets, des chèques, des aides, des « France 2030 » dont personne n'a vu la couleur. 

On a acheté la paix sociale à crédit, sans jamais réformer la machine.

Chaque crise est devenue un prétexte à ouvrir le robinet, et chaque robinet ouvert est devenu une rente impossible à fermer.

Le contribuable français est devenu le plus taxé d'Europe pour financer un État qui ne sait plus faire son métier régalien. 

Et ce contribuable-là, je le connaissais. Il s'appelait Joseph et Sandrine Benhamou. Il tenait une boulangerie sur la Place Clichy,  Il se levait à trois heures du matin. Il payait tout. Il ne demandait rien.

Trois semaines plus tard, sa vitrine était en morceaux sur le trottoir.

 

Baden-Baden

La nuit du feu

Tout a commencé par un contrôle routier qui a mal tourné, comme toujours. Un jeune homme, une course-poursuite, un mort. 

Puis une nuit, deux nuits, trois nuits. Clichy, Marseille, Roubaix. Les voitures, les mairies, les médiathèques. 

Et la boulangerie des Benhamou, pillée à quatre heures du matin par des gamins qui achetaient leurs croissants chez eux .

Joseph m'a appelé. Il ne pleurait pas. Il était au-delà.

— Monsieur JBCH vous qui connaissez les gens d'en haut… Il est où, le Président ?

Le Président était à Vilnius. Un sommet de l'OTAN, longtemps prévu, « impossible à annuler » selon l'Élysée. 

Puis à Bruxelles, pour un Conseil européen. Puis à Dubaï Le quatrième  jour, on l'a vu à la télévision, sous un ciel bleu, serrer des mains au bord du Pacifique. Partout sauf au centre de Paris, à Marseille, à Roubaix.

Thibault de Rancourt avait préparé la note. Léa l'a lue plus tard, quand elle a fini par la retrouver : « Ne pas surexposer le Président dans la séquence. Laisser le Premier ministre et l'Intérieur en première ligne. Prioriser l'agenda international, qui valorise la stature. »

Prioriser l'agenda international. J'ai repensé à mai 1968. De Gaulle, désorienté, disparaît à Baden-Baden. Il va s'assurer de la fidélité de l'armée, parce qu'il ne comprend plus la rue. 

Lui au moins était revenu, le lendemain, avec un discours et un million de Français "déportés" en cars spéciaux par le SAC  sur les Champs-Élysées. 

Delorme, lui, ne reviendrait qu'avec des photos et un projet de contrat pour importer du gas-oil.

Non pas par lâcheté physique, mais par impuissance politique. Quand la France brûle, le Président s'internationalise. 

C'est plus confortable de parler du monde que de parler aux banlieues. C'est plus gratifiant d'être applaudi à l'étranger que d'être hué à domicile.

« C'est le syndrome de Baden-Baden modernisé : l'éclipse à l'étranger comme aveu que l'on ne sait plus tenir le pays. »

Dans l'avion du retour, raconta plus tard un journaliste accrédité, Hugues Delorme demanda à son conseiller :

— Ça s'est calmé ?

— Ça se calme toujours, monsieur le Président, répondit Rancourt. La seule question, c'est qui récupère la colère.

La bourde s'est produite  : A Trappes un sympathisant né-nazi a mitraille vendredi matin la foule qui grouillait autour de la mosquée, faisant un mort et plusieurs bléssés graves dont une fillette.

Un discours à la va-vite, mal préparé avec des erreurs historiques, voulues ou non qui ont stupéfait le monde ... 

"C’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne" 

Il en oublie tous les attentats qui on touché les chrétiens et les juifs ... du pere Hamel, a Samuel Paty, du massacre de Merah dsur des enfants juifs, ans l'école de Toulouse , etc.. un mesonge voulu ou pas ... une faute ! 


Les deux impostures

Plateau de télévision, un jeudi soir

C'est dans ce vide que prospèrent les deux impostures qui prétendent nous sauver. 

A la TV , Ce  vendredi soir, , elles étaient assises face à face,  

À gauche, Jean-Baptiste Marcelin, de L'Insurrection populaire. Pull-over, barbe de trois jours, voix de tribun. 

Il n'avait plus rien de Jaurès, plus rien de Mendès France plus rien de l'ouvriérisme. Derrière lui, toute une petite bourgeoisie universitaire radicalisée sur les réseaux, qui a remplacé la lutte des classes par la lutte des identités, et Marx par des slogans américains mal traduits.

— La police est structurellement raciste ! a-t-il lancé dès la première minute. Ceux qui brûlent, ce sont des victimes. Les vrais coupables, ce sont les pompiers du système !

Joseph Benhamou, que la chaîne avait invité en duplex depuis sa boutique aux vitres couvertes de contreplaqué, a ouvert la bouche. On lui a coupé le son au bout de vingt secondes. La publicité.

Marcelin promettait de tout nationaliser, d'augmenter toutes les dépenses en baissant tous les impôts, de désobéir à l'Europe tout en gardant les subventions européennes. 

Ses députés hurlent à l'Assemblée, occupent les commissions en pull-over, font du bruit mais n'ont jamais géré une commune de 500 habitants sans la mettre en déficit. 

Leur projet n'est pas de gouverner, c'est de venger. Ils veulent le chaos parce que le chaos les rend visibles.

· · ·

À droite, Hélène Varenne, fille de jean-Michel Varennes du Rassemblement de la Nation. Tailleur bleu, brushing impeccable, sourire de pharmacienne. qui se présentait pour la quatrième fois pour l'élection Présidentielle ... Elle avait compris la leçon. On ne gagne pas en criant. 

Alors on met une cravate à ses candidats, on lisse les cheveux, on parle de « pouvoir d'achat » au lieu de parler de « grand remplacement » en public, même si on le pense toujours en privé.

— Les Français veulent de l'ordre, a-t-elle dit d'une voix posée. Et nous, nous sommes prêts.

 « Madame Varenne, comment financez-vous la retraite à soixante ans ? » Varenne a souri, longuement. Puis elle a parlé des élites, de Bruxelles, des immigrés, de la fraude. 

Pas un chiffre. Grattez le vernis : rien de sérieux sur la dette, rien de crédible sur l'école, rien d'opérationnel sur le régalien. 

Un programme économique copié sur l'extrême gauche, avec un drapeau tricolore en plus. Un programme international de soumission à tous les autocrates du moment.

Nous sommes contre toute guerre et retireront immédiatement toute aide à l'Ukraine , nous renouerons des relations fraternelles avec la Russie ! 

Elle veut être respectable pour être élue, mais elle ne veut pas être responsable pour gouverner. Une entreprise de dédiabolisation marketing, où l'on change le logo, pas le logiciel.

« On change le logo, pas le logiciel. »

À la fin de l'émission, les deux adversaires se sont serré la main en coulisse. On les vus rire ensemble près de la machine à café. Ils se haïssent à l'antenne. Ils ont besoin l'un de l'autre partout ailleurs.

 

La France centrale

Place Clichy, un dimanche matin

La boulangerie des Benhamou a rouvert un dimanche matin, six semaines après la nuit du feu. 

Sans aide de l'État : le dossier d'indemnisation s'était perdu entre trois guichets, deux plateformes et un « référent » que personne n'avait jamais vu. 

Ce sont les clients qui ont payé la nouvelle vitrine. Une cagnotte. Quatre cents donateurs. Des musulmans, des juifs, des catholiques, des gens qui ne croient en rien. La France, quoi.

J'y suis allé avec Lielle. Joseph nous a offert le café dans l'arrière-boutique, au milieu des sacs de farine. Sandrine pétrissait sans lever la tête.

— Vous savez ce qui me fait le plus mal, monsieur JBCH ? m'a-t-il dit. Ce n'est pas la vitrine. C'est que personne n'est venu. 

Pas le Président, pas la ministre, pas même un sous-préfet. Les seuls politiques que j'ai vus, c'était à la télé, et ils se servaient de moi.

Entre ces deux néants, la France centrale, celle qui travaille, qui paie, qui élève ses enfants, ne se reconnaît plus. Elle ne comprend plus un pays où l'on ne connaît plus ses ministres, où l'on dépense sans compter, où le Président s'envole quand il faudrait rester.




· · ·

Le soir, Lielle m'a demandé d'écrire un texte pour son blog de lycéenne. Un dernier éditorial, disait-elle, « comme avant ». J'ai pris mon vieux stylo, et j'ai trouvé le titre tout de suite : La République de l'anonymat et de la fuite.

Elle l'a publié le lendemain. Il a été lu par trois cent douze personnes, partagé quarante fois, puis englouti par le flot. 

Le même jour, une vidéo de Marcelin hurlant dans l'hémicycle faisait deux millions de vues, et une photo d'Hélène Varenne entourée de la famille Varennes neveux, nièces et soeur, caressant un chat en faisait trois.

Léa était déçue. Moi pas. À mon âge, on n'écrit plus pour être lu. On écrit pour avoir dit.

Dans le dernier paragraphe, j'avais mis tout ce que cinquante ans de métier m'avaient appris. 

Je le recopie ici, parce que c'est la seule chose que je sache encore faire :

« La France n'a pas besoin d'extrêmes. Elle a besoin d'un État qui redevient lisible, d'un gouvernement qui redevient incarné, et d'un président qui, quand ça brûle, ne part pas à Baden-Baden, mais va à la rencontre des Français. »

© JBCH Octobre 2026

Ce texte est une œuvre de fiction tirée d'un essai de l'auteur. Les personnages, les partis et les événements sont imaginaires ; les idées, elles, ne le sont pas.

Verdict Moody's. JBCH N° 2610 - 277

 JBCH Réflexions

En famille, entre amis seulement

Avec ou sans Moody's, pour les marchés, la France achète sa paix sociale à crédit

JBCH N° 277.                                                     24 Octobre 2026




Le sursis en trompe-l'oeil

Vendredi soir, contre toute attente, Moody's a maintenu la note de la France.

L'agence parie sur deux choses : l'adoption d'un budget 2027 et un apaisement social après les émeutes du week-end dernier. Dans son communiqué, c'est presque de la foi. La foi qu'au bord du gouffre, la France finira par voter un budget. La foi que la rue va rentrer chez elle.

C'est un sursis en trompe-l'oeil. Parce que le vrai verdict n'est pas tombé à New York chez Moody's. Il tombe tous les jours à Tokyo, Londres et Francfort.

Les marchés ont déjà déclassé la France.

Regardez les signaux faibles qui affolent. Sur certains critères de liquidité et de volatilité, la dette française ne se traite plus comme une dette core de la zone euro. 

Elle se traite comme une dette de pays émergent. Certains gérants le disent en off : au regard de ses fondamentaux, la France est même encore trop bien notée comparée à des émergents bien plus sains.

Et le plus inquiétant n'est pas que l'on vende. C'est QUI vend.

Ce ne sont pas les hedge funds spéculatifs. Ce sont les Japonais. Les investisseurs les plus prudents, les plus long terme, les plus institutionnels au monde. 

Les caisses de pension japonaises vendent de la dette française... tout en continuant d'acheter de la dette allemande et italienne. C'est un vote de défiance chirurgical. Ils ne fuient pas l'Europe. Ils fuient la France.

Pourquoi ? Parce que le risque n'est plus seulement budgétaire. Le vrai risque est bancaire. Les banques françaises portent des montagnes d'OAT. 

Quand le spread France-Allemagne s'écarte, c'est leur bilan qui se dégrade. Et à la fin, qui paiera ? L'entreprise qui emprunte, le ménage qui veut acheter. La hausse des taux, elles finiront par la répercuter sur leurs prêts. 

C'est l'économie réelle qui va payer la prime de risque politique.

On ne réforme plus, on achète

Ce qui a fait basculer les investisseurs étrangers, ce ne sont pas les 3 300 milliards de dette. Ils connaissent le chiffre. Ce sont les images du week-end dernier.

Les émeutes ont servi de déclic. Le déclic psychologique qui fait comprendre que le problème français n'est plus technique. Il est politique.

Pour un investisseur à Tokyo, la grille de lecture est désormais limpide : la France dépense pour acheter la paix sociale. 

Chaque budget est une perfusion pour que la rue ne s'embrase pas. On lâche 2 milliards ici, on renonce à réformer là, on arrose pour tenir jusqu'à la prochaine échéance.

Un pays qui achète sa paix sociale à crédit est un pays qui ne peut plus réformer. Et un pays qui ne peut plus réformer est un pays non investissable à long terme. C'est ça, le déclassement.

Alors reste le mythe du parachute doré : la BCE. Le fameux "quoi qu'il en coûte" européen. Beaucoup à Paris parient encore que si ça tourne vraiment mal, la BCE activera son instrument anti-fragmentation, le TPI, et rachètera nos dettes.

C'est un pari de plus en plus risqué, pour deux raisons que Dembik souligne.

Un : la BCE n'interviendra pas tant que la crise reste franco-française. Sa doctrine est claire : pas de contagion à l'Italie ou à l'Espagne, pas d'intervention. Elle laissera la France se faire punir par les marchés pour donner une leçon.

Deux : si elle intervient, ce sera sous conditions. Des conditions dures. Réformes structurelles, trajectoire budgétaire crédible, respect des règles. Exactement tout ce que la France vient de démontrer qu'elle est incapable de faire sans que le pays ne se bloque.

Moody's nous a laissé un week-end de répit. Les marchés, eux, ont déjà rendu leur verdict : avec ou sans triple A, la France n'a plus de modèle économique, elle a un modèle de maintien de l'ordre à crédit.



© JBCH Octobre 2026