Mémoire · Israël, du Mossad de 1972 à Gaza
Munich, 5 septembre 1972 : onze noms, une doctrine qui n'a jamais changé
Cinquante-quatre ans après l'assassinat de onze membres de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich, il ne suffit pas de dire que nous nous souvenons. Il faut se rappeler aussi combien de temps il fallut au mouvement olympique pour leur accorder cette minute de silence que leurs familles réclamaient, et comment, après trente-quatre heures à peine, les Jeux avaient repris.
À 4 h 30 du matin, le 5 septembre 1972, huit hommes armés du groupe Septembre noir franchissent la clôture du village olympique et se dirigent vers le 31 Connollystraße, où loge la délégation israélienne.
Ils sont venus chercher des Israéliens — pas sur un champ de bataille, mais aux Jeux olympiques. Des hommes venus courir, lutter, entraîner, arbitrer. Moshe Weinberg et Yossef Romano, qui tentent de résister, sont abattus.
Neuf autres otages sont pris. Après l'échec des négociations et le désastre de l'opération de sauvetage à Fürstenfeldbruck, les neuf otages sont exécutés, ainsi qu'un policier ouest-allemand. À la fin, ils sont onze.
Face à cette hécatombe, Golda Meir, alors première ministre d'Israël, ne se contente pas de pleurer les morts. Elle ordonne au Mossad de traquer, un à un, les responsables de la planification et de l'exécution du massacre, où qu'ils se cachent.
L'opération, restée dans l'histoire sous le nom de « Colère de Dieu », s'étendra sur plus de vingt ans, de Rome à Beyrouth, de Chypre à Paris. La doctrine est simple et sans appel : un État qui n'ose pas punir ses bourreaux jusqu'au bout du monde invite les suivants à recommencer.
Cette doctrine, Israël ne l'a jamais reniée. Le 7 octobre 2023, ce n'est plus une délégation olympique mais des kibboutz entiers, une rave party et des familles entières que le Hamas a massacrés, violés, enlevés. Et depuis, un à un, les planificateurs sont tombés : Saleh al-Arouri à Beyrouth en janvier 2024, Ismaïl Haniyeh à Téhéran en juillet 2024, Mohammed Deif visé le même mois, Yahya Sinwar traqué et abattu à Gaza en octobre 2024.
La liste s'allonge, comme s'allongea autrefois celle des artisans de Munich.
Ceux qui s'étonnent encore de cette constance n'ont rien compris à ce que Golda Meir avait posé comme principe il y a cinquante-quatre ans : la mémoire des victimes ne se construit pas seulement dans les commémorations, mais dans la certitude, donnée à leurs bourreaux, qu'aucun d'eux ne mourra tranquille.
Ce qui est arrivé aux assassins de Munich arrivera aux assassins du 7 Octobre. C'est une promesse qu'Israël tient depuis un demi-siècle, et qu'il n'a aucune intention d'abandonner.
- 5 septembre 1972 : onze membres de la délégation israélienne tués à Munich.
- Golda Meir ordonne au Mossad la traque des responsables — opération « Colère de Dieu ».
- 7 octobre 2023 : attaque du Hamas contre Israël.
- 2024 : élimination successive d'al-Arouri, Haniyeh, Deif et Sinwar.
Onze noms à Munich. Une promesse qui, cinquante-quatre ans plus tard, continue de se tenir.
© JBCH Septembre 2026