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jeudi 5 novembre 2026

Jericho les "trompettes" reviennent ! JBCH N° 2611 - 310



Illustration : les murailles de Jéricho et le son des chofars (Josué 6).



Jéricho : renouveau, défi ou provocation ?

Des murailles de Josué à huit maisons de novembre 2026


JBCH Réflexions N° 310                                                                           5 Novembre 2026


Quarante années d’errance dans le désert du Sinaï avaient forgé un peuple. Moïse n’est plus ; c’est Josué qui franchit le Jourdain et se trouve face à Jéricho, ville close, « fermée et verrouillée » selon le livre qui porte son nom. Pas de bélier, pas d’échelles : l’ordre reçu est d’une étrangeté totale.


Sept prêtres, sept chofars, l’arche portée en tête. Pendant six jours, le peuple fait en silence le tour de la ville, une fois par jour. Le septième jour, sept tours. Puis la sonnerie prolongée, la clameur, et les murailles s’effondrent. Rien, dans ce récit, ne relève de la force militaire : tout repose sur la foi, la discipline et le son.


« Ce ne sont pas des trompettes, mais des chofars : la corne de bélier, celle des grands rendez-vous d’Israël.

 
Suggestion de légende : « Le chofar, voix d’Israël depuis Josué. »

Une ville plus vieille que l’histoire

Jéricho n’est pas une ville biblique parmi d’autres : c’est l’une des plus anciennes cités habitées de la planète. Sur le site de Tell es-Sultan, les fouilles ont mis au jour des vestiges néolithiques remontant à environ dix mille ans, dont une tour de pierre célèbre. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2023.


« Tell es-Sultan, dix mille ans d’histoire. »


Les archéologues débattent encore de la datation de la chute des murailles : les fouilles du XXᵉ siècle ont donné lieu à des lectures très différentes quant à l’époque de leur destruction, et la question de la conquête menée par Josué reste ouverte entre lecture littérale et lecture critique. Ce débat n’enlève rien à la force du récit dans la mémoire juive.

Plus tard, la région de Jéricho a connu une présence juive attestée. Aux abords de l’actuel village d’Ein Diouk, la synagogue de Naaran, avec ses mosaïques de l’époque byzantine, en est l’un des témoignages les plus connus ; à Jéricho même, une mosaïque portant l’inscription « Shalom sur Israël » fait partie des trésors du site de Hisham.

« Jéricho, la ville des palmiers, a vu passer Cananéens et Hébreux,  Perses, Grecs, Romains, Byzantins, Omeyyades, Croisés, Ottomans, et Anglais. »
                                  
    Jericho choisit le jeu et le Casino, interdits en _Israël !
Repère de 1994. Dans le cadre des accords d’Oslo, Jéricho a été la première ville transférée à l’Autorité de Ramallah. 
Depuis, la ville elle-même relève de la zone A confiée à Ramallah ; mais ses abords peuvent relever de la zone C, qui est sous contrôle israélien.
 « Des mosaïques qui parlent d’une présence ancienne. »

Mercredi 4 novembre 2026 : huit maisons


Plus de trois mille ans après Josué, huit familles juives ont pris possession de huit maisons à proximité de Jéricho. L’opération a été préparée dans le plus grand secret par le mouvement Nahala, que préside Daniella Weiss, avec le soutien du Conseil régional de Binyamin, puis sécurisée par Tsahal à l’arrivée des familles.


Les maisons se trouvent dans le secteur d’Ein Diouk al-Tahta, au nord de Jéricho, en zone C : donc sous contrôle civil et sécuritaire israélien, mais à quelques mètres de portions de la ville relevant de la zone A. Selon les promoteurs, les acquisitions ont été payées en liquide ; leurs adversaires parlent d’une prise de possession de maisons palestiniennes.

 
« Un renouveau pour les uns, une rupture d’Oslo pour les autres. »


Plusieurs médias israéliens indiquent que l’armée a été prise de court : l’arrivée n’avait pas été coordonnée avec elle, et des troupes ont dû être détournées d’autres missions. Le président Herzog aurait, par ailleurs, averti le Premier ministre des risques liés à la montée de la violence en Judée Samarie. 

Un responsable du mouvement a affirmé vouloir « démanteler les accords d'Oslo, devenus caduques vu le refus de l'autorité palestinienne de Ramallah de traiter avec l'Etat d'Israël, maison après maison ».

Renouveau, défi ou provocation ?




 Un renouveau

Pour ses partisans, Jéricho est le berceau d’une histoire juive trois fois millénaire, et revenir y habiter, par achat de biens et en zone C, relève du droit élémentaire de vivre là où l’on a acquis une maison. Ils y voient la suite naturelle des mosaïques de Naaran et du récit de Josué.

Un défi

C’est un défi lancé aux accords d’Oslo, dont les promoteurs assumaient de vouloir sortir, mais aussi à l’armée, mise devant le fait accompli, et à la sécurité de familles installées à portée immédiate d’une ville autonome arabe.

Une provocation

Pour l’Autorité de Ramallah et pour une large partie de la communauté internationale, qui juge les implantations contraires au droit international, ce geste est une provocation. Israël conteste cette lecture juridique, mais le geste intervient à un moment de tensions.

Un Occident toujours hostile à Israël ?

Les critiques occidentales visent la méthode (secret, fait accompli, escorte militaire) autant que le principe.  

« Les murailles de Josué sont tombées au son du chofar ; celles du débat, elles, ne tombent pas au son des communiqués. »



Jéricho : Pouvoir privilégier la mémoire et le droit d’acquérir,   c'est la question qu il faudra résoudre et faire tomber à nouveau les murs !

Les faits, eux, sont établis : huit familles, ont acquis légalement huit maisons, une zone C collée à une ville de zone A, une armée surprise, et un débat qui ne fait que commencer.

Sources consultées (4-5 novembre 2026) : i24NEWS, Times of Israel, ynet, Israel National News,  N12, 
© JBCH Réflexions Novembre 2026

mercredi 4 novembre 2026

Perdu ? La faute à qui ... Devinez ! JBCH 2611 - 309


JBCH Réflexions.                 4 Novembre 2026

Si les Républicains ont perdu, qu'ils assument. 

Israël n'est pas leur bouc émissaire.

Selon les propos attribués au vice-président américain JD Vance, quatre facteurs expliqueraient une éventuelle défaite républicaine : la guerre contre l'Iran, la hausse du coût de la vie, l'abandon de la priorité à l'Amérique, et les relations avec Israël.


Sur ces quatre points, trois sont des choix 100% américains. Le quatrième est une excuse.


1. La guerre contre l'Iran : un choix américain, pas israélien.

Ce sont les États-Unis qui ont décidé de s'engager frontalement contre l'Iran. Personne ne les y a forcés. Washington a choisi la confrontation, a choisi les frappes, a choisi l'escalade.

Mais comme trop souvent depuis 20 ans, l'Amérique a voulu une guerre sans vouloir la gagner. Une guerre à moitié. On bombarde, on fait des déclarations martiales, puis on s'arrête à mi-chemin par peur du prix politique, du prix du pétrole, ou des gros titres du Washington Post. On laisse un régime moribond se relever, se réarmer, et proclamer sa victoire.






Et ensuite, on vient expliquer que c'est la faute d'Israël ? C'est une inversion totale de la réalité. Israël a fait son travail. Il a frappé dur, il a démantelé des réseaux, il a éliminé des chefs terroristes que l'Amérique elle-même n'osait pas toucher depuis des années. Si la guerre n'est pas allée jusqu'à son terme, ce n'est pas à Jérusalem qu'il faut demander des comptes, c'est à Washington.





2. Le coût de la vie et l'America First trahi.

La hausse du coût de la vie n'a rien à voir avec Israël. Elle a tout à voir avec des choix budgétaires, énergétiques et commerciaux faits à Washington. On imprime des milliers de milliards, on sanctionne sans stratégie, on ferme les pipelines américains tout en subventionnant des guerres à l'autre bout du monde, et on s'étonne que l'essence passe à 5 dollars et que les courses doublent.

Et que vient faire Israël là-dedans ? Israël ne coûte pas 3,8 milliards aux États-Unis, Israël en rapporte. C'est un laboratoire militaire grandeur nature pour l'armée américaine. Le Dôme de Fer, les interceptions de missiles balistiques iraniens, le renseignement sur le Hezbollah, sur le Hamas, sur les réseaux iraniens en Syrie et en Irak - tout ça, ce sont des données, des technologies et des vies américaines épargnées. Sans Israël, les États-Unis devraient déployer deux porte-avions de plus en permanence au Moyen-Orient. Qui peut croire que ça coûterait moins cher ?

Dire qu'on a "oublié l'Amérique à cause d'Israël" est une fable. On a oublié l'Amérique parce qu'on a voulu mener une guerre impériale sans en assumer le coût politique.




3. Israël, bouclier, pas bouc émissaire.

Il est devenu à la mode dans une partie de la droite radicale comme de la gauche radicale de faire d'Israël le responsable de tous les maux. Si on perd, c'est l' AIPAC. Si on est impopulaire, c'est Israël. Si la guerre tourne mal, c'est Netanyahou.

C'est de la lâcheté politique.

Israël est le seul pays au monde qui combat concrètement, au quotidien, les mêmes groupes qui ont juré la mort des Américains : l'Iran, le Hamas, le Hezbollah, le Jihad Islamique. Quand Israël affaiblit l'Iran, ce n'est pas Tel-Aviv qui est plus en sécurité, c'est New York, c'est Miami, c'est Dallas.

Faire d'Israël le bouc émissaire de la planète, c'est exactement ce que veulent Téhéran, Moscou et Pékin : que l'Amérique se coupe de son seul allié fiable dans la région, qu'elle s'isole, qu'elle doute d'elle-même.

Les dirigeants qui cherchent aujourd'hui un responsable extérieur devraient avoir le courage de se regarder dans un miroir. Vous avez choisi la guerre ? Alors assumez-la et gagnez-la. Vous avez promis de baisser le coût de la vie ? Alors forez, produisez, baissez les taxes. Vous avez promis l'America First ? Alors cessez de rejeter vos échecs sur un allié de 9 millions d'habitants qui se bat pour sa survie.

L'histoire jugera sévèrement ceux qui, au moment de vérité, ont préféré accuser le bouclier plutôt que d'affronter l'épée.

©  JBCH Réflexions Novembre 2026

Trump a perdu ...... JBCH N° 2611 - 308















États-Unis · Russie · Midterms 2026

Poutine n'a pas payé.
C'est Trump qui vient de régler l'addition.

JBCH Réfexions  N° 308                                  Mercredi 4 novembre 2026

Moins de trois semaines après avoir mis sous cloche les sanctions contre Moscou, le président américain perd d'un seul coup la Chambre et le Sénat. Le maître du Kremlin, lui, n'a rien cédé. L'histoire a de ces ironies.

La nuit où l'Amérique a dit non



Ce que Donald Trump a vécu dans la nuit du 3 au 4 novembre n'est pas une défaite. C'est un désaveu en bonne et due forme. 

Les grandes rédactions américaines, CBS, ABC, NBC, l'Associated Press, projettent que les démocrates reprennent la Chambre des représentants et le Sénat. Il leur suffisait de gagner trois sièges à la Chambre pour la majorité. 

La vague en a emporté bien davantage : les estimations évoquent au moins 250 élus démocrates sur 435, et au Sénat au moins 54 sièges, avec deux courses encore en suspens au moment où j'écris.

Quelques noms disent l'ampleur du séisme. Au Texas, James Talarico a battu Ken Paxton, ce qui n'était pas arrivé aux démocrates depuis 1988, et ce malgré des centaines de millions de dollars dépensés par Elon Musk pour soutenir son adversaire. Dans l'Ohio, Sherrod Brown revient. 

En Caroline du Nord, Roy Cooper l'a emporté. Dans le Maine, Susan Collins, la sénatrice que l'on disait indéboulonnable, est donnée perdante. Des sièges ont aussi basculé dans l'Iowa, le Kansas, la Caroline du Sud. Les observateurs comparent cette soirée à 2006, la dernière fois que les démocrates avaient repris les deux chambres d'un coup, au plus fort de l'impopularité de la guerre d'Irak.

Le Congrès change de camp
Rapport de forces avant le scrutin et projections de la nuit électorale (sources : CBS, ABC, NBC, CNBC, AP). Chiffres provisoires.
Sénat (100 sièges)AvantRépublicains 53Démocrates 47AprèsRépublicains ≈ 42-46Démocrates au moins 54Chambre des représentants (435 sièges)AvantRépublicains 218Démocrates 214AprèsRépublicains ≈ 160-185Démocrates ≈ 250 et plusLes barres « après » sont indicatives : les décomptes définitifs ne sont pas encore connus.

Le président, dit-on, s'est déclaré « un peu surpris ». Un peu. Son vice-président, lui, cherche déjà un bouc émissaire et accuse la guerre d'Iran. Quant au président de la Chambre, Mike Johnson, il a fait savoir qu'il ne briguerait pas la direction du groupe républicain. 

Quand les capitaines quittent le pont avant même que l'on ait fini de compter les bulletins, on mesure l'état du navire.






La facture que Poutine n'a jamais réglé

Il faut maintenant regarder de l'autre côté de l'Atlantique, vers le seul homme qui avait, depuis deux ans, toutes les raisons de trinquer avec Donald Trump : Vladimir Poutine. Car si Moscou est un créancier de quelqu'un, c'est de l'indulgence américaine. Le Kremlin a obtenu en 2025 son sommet en Alaska, le tapis rouge, les photos. 

Il a promis des négociations et il a bombardé l'Ukraine. À l'automne 2025, Trump, excédé, avait fini par frapper Rosneft et Loukoïl en déclarant que ses conversations avec Poutine « n'allaient nulle part ». Puis il a reculé, puis reculé encore.

Le dernier épisode est le plus sidérant. Le Congrès, y compris des élus républicains, avait voté un paquet de sanctions pour assécher les finances de la guerre russe. Trump l'a promulgué, puis l'a suspendu, « pour des raisons de sécurité nationale ». 

Quelques jours plus tôt, il avait annoncé un accord par lequel la Russie fournirait plus de 300 000 tonnes de diesel immédiatement, 500 000 en novembre, un million ensuite, afin de faire baisser le prix de l'essence avant le scrutin. 

Autrement dit : on achète du carburant à l'agresseur pour plaire à l'électeur américain, et on fait passer l'agressé pour le gêneur. Dans la foulée, il a lancé qu'il était « temps » pour l'Ukraine d'avoir un nouveau président, pendant que le réseau Starlink, dont dépendent les drones ukrainiens, subissait des restrictions de débit inattendues.

Le sénateur démocrate Richard Blumenthal a parlé de décision « lâche ». Il n'était pas seul : des républicains, au Congrès, ont eux aussi protesté. Le résultat, c'est que Poutine a gagné du temps, de l'argent et de l'espace. Ce que la communauté internationale appelle la guerre d'Ukraine, il l'appelle un rapport de forces qu'il pense gagner à l'usure.

Trump et Poutine : l'indulgence, puis l'addition

Ce que change vraiment le 4 novembre

Gardons la tête froide, car la polémique n'autorise pas le mensonge. Un Congrès démocrate ne gouverne pas à la place du président. Trump garde son droit de veto, il l'a d'ailleurs déjà rappelé en disant qu'il travaillerait avec les démocrates tout en usant de son veto au besoin. 

Il garde aussi la main sur la politique étrangère de la Maison-Blanche, sur la conduite des négociations, sur la façon d'appliquer, ou de ne pas appliquer, les sanctions. Personne n'ira à Moscou le sommer de céder.

Mais le pouvoir de la Chambre et du Sénat n'est pas celui d'un figurant. Ce sont eux qui votent le budget et la défense, eux qui convoquent, auditionnent, enquêtent. Les démocrates ont prévenu l'administration qu'elle ferait bien de « prendre un avocat ». Au Sénat, le démocrate Ron Wyden est pressenti pour présider la commission des finances, celle qui touche aux sanctions, aux flux d'argent, aux fortunes. 

Des élus des deux bords ont déjà dit qu'ils réexamineraient la politique russe de Trump après le scrutin. Voilà pourquoi je parle d'addition : celle d'une présidence qui, jusqu'ici, pouvait décider seule, et qui devra désormais rendre des comptes.




Poutine misait sur un homme. Il vient de découvrir qu'en démocratie, un homme finit toujours par rencontrer un électorat.

L'ancien ambassadeur américain à Moscou, Michael McFaul, le disait avant le vote : le travail patient de Poutine pour amadouer Trump a porté ses fruits, mais son avantage est limité. Après les midterms, Trump devient un président sur le départ, sans nouvelle élection devant lui, et le temps cesse de jouer pour le Kremlin. 

C'est tout le sens de la nuit que nous venons de vivre : l'horloge politique américaine a tourné, et pas dans le sens de Moscou.




Et nous, Européens ?

Il serait trop facile de nous contenter d'applaudir. L'Europe n'a pas été invitée à la table quand on parlait, dit-on, de paix en Ukraine sans les Européens. Elle a regardé son voisin se faire presser par son allié en feignant de croire que cela passerait. La leçon du 3 novembre n'est pas que Washington nous sauvera. 

C'est que Washington redevient un pays où le Congrès pèse et où l'opinion compte, et qu'un partenaire qui sait se faire entendre sera plus utile qu'un partenaire qui attend.

Quant à Trump, il lui reste deux ans. Il peut les passer à s'enfermer dans le combat contre une Chambre hostile, ou à se concentrer sur la politique étrangère, comme certains experts l'imaginent déjà. 




S'il choisit ce second chemin, il lui faudra répondre à une question simple, que Poutine, de son côté, connaît déjà : à qui, au juste, sert une paix qui récompense l'agresseur ?

Le peuple américain vient de rappeler à son président que le pouvoir se prête. 

À d'autres de comprendre que la patience des démocraties, elle aussi, a une échéance.


© JBCH Réflexions Novembre 2026

JBCH Réflexions

Le Droh... JBCH N° 2611 - 307






JBCH N° 307.                                     4 Novembre 2026

Mémoire & saveurs

Le sorgho, du Droh de mon enfance à la céréale miracle de demain

Tout petit, en hiver, à Tunis, maman me servait en guise de petit déjeuner un bol bien chaud de Sorgho bien parfumé ... ma madeleine de Proust !

Les terrasses de la médina de Tunis
Les terrasses de la médina de Tunis. Photo : Raspail / Wikimedia Commons (domaine public)

Le goût de l'hiver


Il y a des céréales qu'on mange, et des céréales qui nous gardent au chaud. Pour moi, c'est le sorgho.

L'hiver, ma maman me servait le Droh. au petit déjeuner ... Ailleurs on l'appelle Drôo, crème de sorgho, ou thiakry de sorgho. 

C'est simple : une farine fine cuite doucement dans de l'eau ou du lait, un peu de sucre, parfois une pointe de beurre, de vanille ou de fleur d'oranger. Servi fumant dans un bol.


La recette

Ce n'est pas juste un petit déjeuner. C'est un rituel ouest-africain, du Sénégal au Mali. Un petit-déjeuner ou un dessert très nourrissante qui est vachement bon pour la santé : Le drôo ou crème de sorgho.

Recette de base : 250g de sorgho ( Droo) 1 litre d'eau ou 1 litre de lait, on mélange à froid puis on cuit en remuant jusqu'à obtenir une crème épaisse qui cale jusqu'à midi. C'est exactement mon souvenir : la céréale qui tient au corps quand il fait froid dehors.

Épi de sorgho mûr
Un épi de sorgho mûr. Photo : Wikimedia Commons (CC BY-SA)

Cette mémoire est universelle. Le sorgho est cultivé depuis plus de 8000 ans en Afrique. 

C'est la 5e céréale la plus cultivée au monde après le maïs, le riz, le blé et l'orge, mais on l'a longtemps rangée dans la case "céréale pour l'Afrique", oubliée des tables européennes.

Le monde est en train de la redécouvrir, et pour trois bonnes raisons.

Le Droô (درع) est un grand classique tunisien d’hiver. C’est une bouillie de sorgho au lait, parfumée à l’eau de géranium et saupoudrée de gingembre, garnie de fruits secs ou de halwa chamia. 

On la mange encore le matin chez le sohlobgi à Tunis. 


JBCH Réflexions1 / 2

Pourquoi miracle, et pourquoi maintenant?

1. C'est une céréale naturellement sans gluten, mais vraiment nourrissante.

Contrairement au blé, le sorgho ne contient ni gliadine ni gluténine. Le sorgho est une céréale naturellement sans gluten, ce qui le rend adapté aux personnes atteintes de la maladie cœliaque ou simplement sensibles.

Mais à la différence de beaucoup de produits sans gluten qui sont vides, lui apporte quelque chose. 

Sa valeur nutritionnelle élevée (sans gluten, riche en fibres, protéines, minéraux) en fait un aliment de choix. 

Il est fait à base de farine de sorgho, qui est une farine sans gluten qui apporte de l'amidon, des protéines et des fibres alimentaires.

Concrètement :

  • Protéines végétales : environ 10 à 11g pour 100g cru, plus que le riz.
  • Fibres : il régule la satiété et le transit, c'est pour cela que mon Droh tient jusqu'au déjeuner.
  • Minéraux : fer, phosphore, magnésium, zinc. Intéressant pour les femmes, les sportifs et les régimes végétariens.
  • Antioxydants : surtout dans les variétés rouges, des composés phénoliques et des tannins qui protègent la graine et qui ont un effet anti-inflammatoire.
  • Index glycémique bas : autour de 50 à 55, contre 70 pour le riz blanc. Il monte moins vite dans le sang, donc moins de coup de barre.

Ce n'est pas un super-aliment magique qui guérit tout. C'est juste une céréale complète qui fait son travail sans déclencher l'intolérance au gluten.


Variété locale de sorgho au Malawi
Une variété locale de sorgho, Malawi. Photo : Wikimedia Commons

2. C'est la céréale du climat.

Le sorgho est une plante en C4, comme le maïs, mais beaucoup plus frugale. Ses racines descendent à 2 mètres, ses feuilles se recroquevillent en cas de sécheresse pour garder l'eau. 

Il pousse là où le maïs abandonne : avec 300 mm d'eau par an, sur des sols pauvres, avec 40 degrés.

Demain, avec moins d'eau et plus de chaleur, on aura besoin de céréales qui boivent peu et nourrissent beaucoup. La FAO le classe déjà comme culture d'avenir pour la sécurité alimentaire. Il ne demande presque pas d'intrants, pas d'irrigation intensive.


3. C'est une céréale qui sait tout faire.

On l'a enfermée dans le porridge, mais elle est incroyablement versatile :

  • En farine pour des pancakes, des crêpes, du pain sans gluten mélangée à du riz ou de la châtaigne.
  • En grain entier façon risotto ou semoule, en couscous de sorgho.
  • Soufflé comme du pop-corn, pour le petit déjeuner. Au Sénégal on en fait justement du sorgho soufflé pour remplacer le pain.
  • Fermenté pour des bières traditionnelles comme le dolo ou la bière de sorgho.
  • Et bien sûr, en Droh, mon classique. Version moderne à Boulogne-Billancourt : lait végétal, cuillère de purée d'amande, cannelle, dattes coupées.

Le sorgho n'a pas besoin d'être transformé en poudre miracle ou en complément cher. Il suffit de le remettre dans la marmite.

Mon histoire personnelle résume le futur : une céréale d'enfance, réconfortante, sans gluten par nature, qui a nourri ma famille en hiver, et qui pourrait nourrir beaucoup plus de monde demain parce qu'elle résiste là où les autres faiblissent.

                      © JBCH Réflexions Novembre 2026

lundi 2 novembre 2026

La Paracha "Haye Sarah" JBCH N° 2611 - 306






JBCH Réflexions N° 306.                 2 Novembre 2026


Paracha de la semaine

Hayé Sarah - la vie qui reste

Repères

Texte : Genèse 23,1 – 25,18Haftara : Rois I, 1,1-31
Le caveau des Patriarches (Makhpéla) à Hébron
Le caveau des Patriarches, la grotte de Makhpéla, à Hébron. Photo : Djampa / Wikimedia Commons (CC BY-SA)

Il y a des titres qui mentent pour dire la vérité. La Torah annonce la vie de Sarah et ne raconte que sa mort. Elle s'éteint à Kiryat Arba, loin de la promesse, et tout commence là. C'est cela, une vie : ce qui continue après.

Abraham est étranger et résident à la fois. Il pleure Sarah puis il se lève. Il ne demande pas un cadeau. Il ne prend pas. Il achète. Devant tous les fils de Het, à la porte de la ville, il pèse quatre cents pièces d'argent pour un champ et une grotte double, Makhpela. 

C'est la première terre juive qui ne tombe pas du ciel, qui s'acquiert avec des témoins, avec un acte, avec de l'argent compté. Le midrach dit qu'il a payé au prix fort pour que personne, jamais, ne puisse dire qu'elle fut volée.

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Puis vient l'autre moitié de la paracha, qui semble n'avoir rien à voir. Abraham vieillit, rassasié de jours. Il fait jurer son serviteur Eliezer, l'homme de sa maison, de ne pas prendre pour son fils une fille de Canaan, mais de retourner vers sa famille, vers l'autre côté du fleuve. 

Eliezer part avec dix chameaux chargés de biens et arrive au puits à l'heure où les puisatrices sortent. 






Il ne prie pas pour la beauté ni pour la richesse. Il invente une prière étrange : que la jeune fille à qui il demandera un peu d'eau réponde, bois, et je donnerai aussi à tes chameaux.


Nicolas Poussin, Éliézer et Rébecca au puits, 1648
Nicolas Poussin, Éliézer et Rébecca, 1648, musée du Louvre. Image : Wikimedia Commons (domaine public)

Rebecca arrive. Elle court. Elle puise. Elle abreuve les bêtes. Dix chameaux qui boivent, ce sont des centaines de litres tirés à la main, à la force des épaules. 

C'est démesuré. C'est sans calcul. Eliezer comprend. Il donne les bracelets, il est accueilli, il raconte, et Rebecca dit, je partirai. Elle quitte tout pour un homme qu'elle n'a jamais vu. 

Isaac lui, revient des champs au crépuscule, il méditait, les yeux levés. Elle le voit, elle se voile. Et il l'aime, et il se console de sa mère.


Makhpela, la fin

La fin est douce et grave. Abraham prend une autre femme, Ketoura, il a d'autres enfants, il donne tout ce qu'il a à Isaac, puis il s'éteint et ses deux fils, Isaac et Ismaël celui de la promesse et celui du désert, viennent ensemble l'enterrer à Makhpela, auprès de Sarah.

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La profondeur philosophique

Pourquoi la Torah insiste-t-elle que la vie de Sarah fut cent vingt-sept ans, cent ans comme vingt ans pour la beauté, vingt ans comme sept ans pour l'innocence ? 

Parce que la philosophie juive ne mesure pas la vie en durée mais en intégration. Sarah n'a pas perdu sa pureté en grandissant, ni sa beauté en mûrissant. Elle est restée entière.

Et pourquoi acheter ce qui t'est déjà promis ? Dieu a promis toute la terre à Abraham. La réponse d'Abraham est la réponse juive à toute messianité paresseuse : une promesse ne dispense pas de l'action.

La promesse est métaphysique, le kinyan est historique. Tu ne possèdes vraiment que ce que tu as payé, négocié, assumé devant les autres. C'est la première leçon de politique juive.

Enfin, le puits. Eliezer ne teste pas l'intelligence. Il teste le 'hessed qui déborde. 

La Torah nous dit que le couple ne se fonde pas sur ce qu'on reçoit, mais sur ce qu'on voit l'autre donner quand rien ne l'y oblige. 

Rebecca n'abreuve pas Eliezer pour séduire. Elle abreuve ses animaux. C'est cela que la Torah appelle digne d'entrer dans la tente de Sarah.

Genèse de Vienne, Rébecca au puits, VIe siècle
Rébecca au puits, abreuvant les chameaux. Genèse de Vienne, manuscrit du VIe siècle. Image : Wikimedia Commons (domaine public)

Le secret kabbalistique

Le Zohar ouvre Hayé Sarah en disant qu'un roi est une femme qui craint Dieu, car la femme qui craint Dieu, c'est la Shekhina elle-même.

Sarah est Guevoura. Non la dureté, mais la force de contenir. Abraham est 'Hessed sans limite, il donne à tous, il ouvre sa tente aux quatre vents. Sans Guevoura, le 'Hessed se disperse. Sarah donne une forme, une limite, une maison. 

C'est elle qui dit, cette servante et son fils ne peuvent habiter ici, et c'est sur elle que Dieu dit à Abraham, écoute sa voix. Sans elle, il n'y a pas de peuple, seulement des invités.

Les maîtres du secret enseignent que le premier mot de la paracha, Vayihyou, porte en guématria la valeur de l'un des noms du dévoilement divin. Toute la force vitale de Sarah venait de là.

Et Eliezer ? Il n'est pas un domestique. Il est le Daat, la connaissance qui relie. Il porte la lumière de son maître vers le fils. Riebecca qui puise l'eau du puits puise la Torah cachée. 

Quand Isaac sort méditer dans le champ à l'heure du crépuscule, il institue la prière de Min'ha, la prière de l'entre-deux, du jour qui décline. 

Riebecca le voit et se voile parce qu'elle reconnaît en lui la Guevoura de YIsaac qui va revêtir sa propre Guevoura à elle. 

Les âmes se reconnaissent avant que les yeux ne se voient. Les kabbalistes disent que Dieu marie les âmes dans le ciel bien avant de les séparer sur terre pour qu'elles aient le mérite de se retrouver.

JBCH Réflexions3 / 4

Israël et le monde, ce Chabbat-ci

On ne peut pas lire Hayé Sarah en cette fin d'automne sans que Hébron ne nous saisisse. 

La grotte que Avraham a achetée à prix d'or est aujourd'hui l'un des lieux les plus disputés du monde. 

La paracha vient rappeler, avec une actualité brûlante, que le premier titre de propriété juif n'est pas une conquête mais un acte public, payé, enregistré.

Caravane de chameaux sur le mont des Oliviers, 1918
Caravane de chameaux sur le mont des Oliviers, Jérusalem, 1918. Photo : Wikimedia Commons (domaine public)

Et il y a le puits. En Israël, en ce moment même, tout est puits et tout est chameaux à abreuver. 

Le cessez-le-feu conclu l'automne dernier à Gaza tient à un fil, les frappes ont repris, et à l'intérieur, le pays vient de vivre des élections historiques avec une participation jamais, jamais  vue depuis vingt ans, portée par un vote arabe massif.

Pour la première fois, les listes arabes sont faiseuses de roi. 

Dix-neuf sièges. À Tel-Aviv, à Jérusalem, à Haïfa et à Beer Sheva, des milliers de Juifs et d'Arabes ont marché ensemble la semaine dernière en appelant à un gouvernement de partenariat. 

Les consultations chez le Président Herzog commencent cette semaine, dans une impasse totale entre le bloc sortant et le bloc de l'ancien chef d'état-major.

Le test de Rivka

C'est le test de Rebecca qui revient dans la rue. Sommes-nous capables d'un 'hessed politique ? 

Non pas de nous tolérer par intérêt, mais de puiser de l'eau pour les chameaux de l'autre, même quand nous sommes fatigués, même quand cela semble démesuré ? 

La paracha dit que c'est à ce prix seul qu'une maison tient. Abraham et Rebecca l'ont compris : une terre ne s'achète pas avec des slogans, un peuple ne se construit pas avec des murs, mais avec un seau d'eau offert à temps.

De l'autre côté de la Méditerranée, à Paris, un salon d'armement naval s'ouvre en restreignant les entreprises israéliennes. 

Le monde veut parfois empêcher de vendre ce que Abraham a voulu acheter à tout prix. 

Hayé Sarah nous laisse avec cette question simple : qu'est-ce que nous sommes prêts à payer, vraiment, pour que la vie continue après nous ?

                 © JBCH Réflexions Novembre 2026