Trois choses que chaque Juif doit entendre cette année à la table du Seder
La nuit de Pessah, nous ne voyageons pas seulement dans le temps : nous rentrons chez nous. Nous descendons en Égypte avec nos ancêtres, et soudain le texte ancien se met à murmurer notre propre nom.
Au milieu des ténèbres qui nous entourent – la guerre, la haine, la peur diffuse qui colle à la peau, la Haggadah parle avec une clarté surprenante. Elle nous rappelle qui nous sommes, d’où nous venons, et surtout, pourquoi nous refusons de disparaître.
Voici trois pensées à déposer sur la table cette année, comme des braises capables de réchauffer les cœurs même dans la nuit la plus longue.
Ils étaient là, nos ancêtres, engloutis par les eaux amères de l’esclavage. L’espoir s’effilochait comme un vieux vêtement. Beaucoup avaient cessé de croire que le matin viendrait.
Regardez autour de vous aujourd’hui. Depuis le 7 octobre, le monde semble avoir retrouvé son vieux réflexe : nous haïr. Les sirènes d'alarme déchirent les nuits israéliennes, les abris, les mamanes, sont devenus la seconde maison des enfants, et dans les rues des villes lointaines, des ombres hurlent des slogans que nous pensions enterrés avec le siècle dernier.
La Haggadah nous offre un nom précieux, presque tendre : Baruch HaMakom – Béni soit le Lieu. Ce n’est pas un nom parmi d’autres. HaMakom, c’est l’Espace lui-même. Quand on console un endeuillé pendant la shiva, on l’emploie aussi. Le message est silencieux mais immense : lorsque tu te sens terriblement seul, lorsque le vide te dévore, Dieu vient habiter ton espace. Il remplit le manque.
Si nous ouvrons les yeux avec le courage de voir dans le noir, nous Le devinons. Pas toujours dans les miracles éclatants, mais dans les miracles discrets qui défient les statistiques. Des missiles qui auraient dû tout détruire et qui, inexplicablement, n’ont pas causé le désastre annoncé. Des pilotes qui rentrent sains et saufs. Une résilience collective qui surgit là où l’on n’attendait que l’effondrement. Une force intérieure que tant de Juifs, de tous horizons, ont soudain découverte en eux.
Cette nuit de Seder, cherchez la main cachée de Dieu dans votre propre vie. Elle est là, discrète, patiente, aimante, même quand elle porte des gants de nuit.
Au cœur du Seder se trouve un sandwich étrange et profond : matzah, maror et haroset. Le maror, ces herbes amères, nous ramène au goût exact de l’esclavage – cette brûlure quotidienne, cette fatigue de l’âme. Mais le rituel ne s’arrête pas à la mémoire. Il nous enseigne comment vivre le présent.
Nous avons tous, cette année, le maror sur les lèvres. Les libelles de sang diffusés par des voix qui touchent des millions. Le massacre de Bondi Beach. Le camion piégé lancé contre une synagogue du Michigan pendant que des enfants jouaient à l’intérieur. Les ambulances incendiées devant une synagogue londonienne. Et surtout, ce peuple en Israël face à des ennemis qui ne rêvent que de son anéantissement.
La Haggadah nous propose pourtant une alchimie subtile. Prenez l’amertume. Couvrez-la généreusement de haroset – ce mélange doux de fruits et de noix, symbole de tous les instants de grâce, de gratitude et de beauté que nous offre encore cette existence. Puis enveloppez le tout dans la matzah, ce pain de pauvreté devenu pain de foi.
Ne laissez pas la douleur vous définir. Ne devenez pas votre blessure. Transformez-la. Grandissez à travers elle. Cette nuit, choisissons de devenir meilleurs, et non amers.
Nous levons la coupe de vin et nous proclamons, d’une voix qui traverse les siècles : « Dans chaque génération ils se lèvent contre nous pour nous anéantir, et le Saint béni soit-Il nous délivre de leurs mains. »
Nous feignons parfois la surprise. Pourtant, rien n’est nouveau sous le soleil de la haine. L’antisémitisme change simplement de costume : aujourd’hui il se pare souvent des habits de l’antisionisme, mais la vieille mélodie reste la même.
Ils ont toujours été persuadés, dans chaque époque, que cette fois serait la bonne. Qu’ils parviendraient enfin à éteindre cette petite lumière juive obstinée.
Ils ont échoué.
Nous avons été chassés, brûlés, gazés, massacrés. Nous sommes encore là. Après les crématoires, nous sommes revenus sur notre terre. Nous avons reconstruit. Nous avons fait fleurir le désert. Nous avons transformé le désespoir en espérance têtue.
En cette fête de Pessah, levons notre verre avec fierté. Levons-le pour tous ceux qui sont autour de notre table, pour les Juifs du monde entier qui refusent de s’effacer, et pour ce Dieu vivant qui n’a jamais cessé de veiller sur Ses enfants.
Car nous sommes la preuve vivante que la haine, aussi puissante soit-elle, ne possède pas le dernier mot.
Que cette nuit nous trouve courageux, lucides et remplis d’une foi tranquille.
Que nous puissions dire, non pas avec naïveté, mais avec la sagesse de ceux qui ont traversé mille nuits d’Égypte :
L’an prochain à Jérusalem.
d'après un article de "AISH"