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mardi 4 août 2026

Tunis, la Porte de France JBCH N° 2608 - 052

Patrimoine & mémoire1/2

Tunis : La Porte de France : seuil entre deux mondes





Tout jeune, je me promenais, longeais la Cathedrale et arrivais à la Porte de France ... Je ne la franchissais pas, car c'était au delà) un monde inconnu ... 

Mon territoire, celui d'un enfant de moins de dix ans se limitait a l'avenue Gambetta, à la hauteur du Port, en remontant l'Avenue Jules Ferry, , au lac qui sentait si mauvais et au centre duquel se tenait le Fort espagnol ...  Mon chemin parcourait   la rue d'Alger,  la rue de Corse et du Lycée Carnot. 

À Tunis, Bab el Bhar — la « porte de la mer » devenue porte de France sous le protectorat — reste le point de bascule visible entre la médina des souks et la ville coloniale construite dans son ombre.

Son nom arabe, Bab el Bhar, signifie « porte de la mer » — non que la Méditerranée soit jamais venue lécher ses pieds, contrairement à une légende tenace, mais parce qu'elle s'ouvrait en direction du lac de Tunis et du golfe. 



À l'origine, cette porte perçait l'enceinte orientale de la médina et donnait accès aux fondouks où logeaient les marchands chrétiens de la ville : un lieu de passage vers l'étranger bien avant la colonisation.1860 : la porte refaite en arc de triomphe

La forme que l'on connaît aujourd'hui date de 1860 : le consul de France Léon Roches fait démonter les remparts adjacents et reconstruire la porte, avec l'aval du bey, sous la forme d'un arc évoquant l'Arc de triomphe parisien, surmonté d'un parapet à créneaux. 

L'édifice devient alors, de facto, le symbole de la présence française à Tunis,  bien avant même l'instauration officielle du protectorat, en 1881, sous lequel il prendra pour de bon le nom de « Porte de France ».

Repère

Deux noms, deux mémoires

Bab el Bhar : « porte de la mer », nom arabe d'origine, toujours en usage aujourd'hui.

Porte de France : nom donné sous le protectorat français (1881-1956), qui reste courant dans le langage tunisoi2/2

Une frontière, mais laquelle exactement ?

La porte trace bien, physiquement, la limite entre la médina historique — souks, ruelles, mosquée Zitouna, et la ville nouvelle bâtie par l'administration coloniale le long de l'ancienne avenue de France, aujourd'hui avenue Habib Bourguiba. Franchir Bab el Bhar, c'était et c'est resté passer d'un urbanisme à l'autre en quelques mètres : du dédale couvert du souk à l'avenue rectiligne bordée d'immeubles haussmaniens.




Franchir la porte, ce n'est pas seulement changer de rue : c'est passer d'un urbanisme à un autre, d'un temps à un autre, en quelques mètres.

En revanche, l'idée qu'elle séparerait aussi la médina de la hara juive appelle une précision : le vieux quartier juif de Tunis, la Hara — aujourd'hui la Hafsia — se trouvait au nord de la médina, près de Bab Souika, non pas à l'est du côté de Bab el Bhar. 

Sidi Mahrez, saint patron de la ville, aurait obtenu du souverain hafside l'installation de quatre familles juives à cet emplacement précis, choisi selon la légende en lançant un bâton depuis le minaret voisin. 

Bab el Bhar ne longe donc pas la hara : elle marque une autre coupure, entre médina et ville coloniale, tandis que la frontière avec le quartier juif se lisait ailleurs, plus au nord.

Cette hara, devenue l'un des quartiers les plus pauvres de la médina à mesure que les familles aisées migraient vers la ville européenne à partir de 1860,  le même mouvement, précisément, que celui qui redessinait Bab el Bhar, a été en grande partie démolie par les autorités françaises entre 1933 et 1939, jugée insalubre. Il n'en reste aujourd'hui que quelques traces, dont une dernière synagogue reconvertie en commerce.

Chronologie

Repères

Origines : porte médiévale de l'enceinte de la médina, donnant accès aux fondouks des marchands chrétiens.

1860 : reconstruction par le consul Léon Roches, style arc de triomphe.

1881-1956 : protectorat français, nom de « Porte de France ».

1933-1939 : démolition partielle de la Hara, quartier juif, jugée insalubre par l'administration française.

1979 : classement de la médina de Tunis au patrimoine mondial de l'UNESCO.

À retenir

Bab el Bhar sépare la médina de la ville européenne — pas de la hara juive, plus septentrionale. Deux frontières urbaines distinctes, nées du même XIXe siècle colonial.





— 2 

Vers la fin de la Bourse du diamant a Ramat-Gan. JBCH N° 2608 - 051

À mon premier voyage en Israël, notre guide nous faisait passer devant le seul « gratte-ciel » du pays abritant : 



La Bourse des diamants de Ramat Gan. Cette dernière agonise et les chiffres sont sans appel : les exportations israéliennes de diamants se sont effondrées à 2,4 milliards de dollars au premier semestre 2026, un plancher historique jamais atteint depuis la création de l’industrie moderne du pays, contre près de 7 milliards au sommet de 2015 .  






La contrôleuse des diamants Natalie Gutman elle-même reconnaît que le volume du commerce ne représente plus qu’un tiers de ce qu’il était il y a dix ans, avec un déclin ininterrompu depuis 2022 .  ``



Le président sortant de la Bourse, Nissim Zuaretz, impute frontalement l’échec à Netanyahou, l’accusant de n’avoir rien obtenu de Washington alors que la Belgique, elle, a su négocier un accès sans droits de douane au marché américain .  





Israël exporte pourtant environ 4 milliards de dollars de diamants chaque année vers les États-Unis, soit près de 70% de ses ventes à l’export, et ce sont 6 000 négociants et leurs familles qui vivent directement de la Bourse de Ramat Gan . 





Sur le terrain, les témoignages de vétérans du métier confirment que la moitié des négociants a déjà quitté la Bourse, contrainte de se reconvertir en chauffeurs de taxi ou changeurs d’argent .  




S’y ajoute l’effondrement de la demande chinoise, où le diamant, autrefois symbole de statut social et de sécurité financière, a perdu toute crédibilité après la chute des prix .  





La ruée mal maîtrisée vers les diamants de synthèse, produits depuis une quinzaine d’années en laboratoire à des coûts dérisoires, a achevé de saper la confiance dans la pierre naturelle .  



Dubaï, entretemps, capte les négociants avec une fiscalité bien plus clémente, pendant que l’Inde inonde le marché de stocks excédentaires qui tirent les prix vers le bas .  



L’État hébreu, qui a pourtant fait de son savoir-faire diamantaire un pilier discret de son économie, laisse ainsi mourir une industrie entière faute d’un lobbying digne de ce nom à Washington. 



C’est un pan entier du génie mercantile israélien, hérité d’Anvers et bâti sur des générations de confiance et de parole donnée, qui s’éteint dans l’indifférence quasi générale.


Le temps passe ..  Israël mise avec raison  sur ses start’up …



Anvers, Tel Aviv, et Surat en Inde qui regroupe 90% des diamants bruts, pour une taille réalisée à ce jour par l’intelligence Artificielle qui prend le relais… 








JBCH Août 2026


Crapauds et hallucinations ... JBCH N° 2608 - 050

Sciences & anthropologie1/2

Le mythe du crapaud psychédélique

D'un laboratoire tde Tokyo de 1935 à une panique médiatique américaine des années 1980 : comment une molécule réelle a engendré une légende largement fabriquée.

Tout commence par une vraie découverte chimique. En 1935, deux chercheurs japonais synthétisent le 5-MeO-DMT, une molécule cousine de la bufoténine que produisent naturellement crapauds et certains champignons. 

Des décennies plus tard, on la retrouve dans des poudres hallucinogènes utilisées par des peuples d'Amazonie et des Caraïbes, puis, en 1964, dans la peau d'une seule espèce animale : le crapaud du désert de Sonora. 

Cette dernière découverte, due au chimiste italien Vittorio Erspamer, est le seul lien scientifiquement établi entre crapauds et psychédélisme.

SONORA — LA SEULE ESPÈCE CONFIRMÉE
Illustration de principe — le crapaud du désert de Sonora, seule espèce identifiée comme productrice de 5-MeO-DMT.


Le faux coupable mésoaméricain

Le problème commence quand cette découverte se mélange à une tout autre piste : dans les années 1970, des chercheurs postulent que les innombrables représentations de crapauds retrouvées chez les Olmèques, les Mayas ou les Aztèques prouvent un usage rituel psychédélique, via le crapaud-buffle, une espèce sans rapport avec celle de Sonora, dont les sécrétions sont surtout toxiques, pas hallucinogènes. 




Une chercheuse, Alison Kennedy, ira jusqu'à imaginer que des canards auraient servi de « bio-processeurs », mangeant les crapauds pour en neutraliser le poison avant une consommation humaine — théorie spectaculaire, jamais vérifiée expérimentalement.

Repère

Deux molécules, deux crapauds

5-MeO-DMT : hallucinogène confirmé, présent chez le crapaud de Sonora et dans des poudres amazoniennes.

Bufotoxines : présentes chez la plupart des crapauds, dont le crapaud-buffle — toxiques, non hallucinogènes, utilisées historiquement comme poison.

DE LA SCIENCE À LA LÉGENDE
Illustration de principe — la dérive d'une hypothèse scientifique marginale vers un mythe populaire.
— 1 —
Sciences & anthropologie2/2

L'Australie, terrain de la panique

Le mythe prend une tournure inattendue en Australie, où le crapaud-buffle avait été introduit dans les années 1930 pour lutter contre des insectes ravageurs — avant de devenir lui-même une invasion incontrôlable. Des rumeurs de hippies « léchant des crapauds » pour se droguer circulent localement, reprises avec ironie dans un documentaire satirique de 1988. 

C'est ce film qui met le feu aux poudres : repris par la presse américaine, puis amplifié par une clinique de désintoxication de San Francisco et des propos mal interprétés d'un responsable de la DEA, le « toad licking » devient en quelques mois un fait divers national — sans qu'aucune preuve sérieuse n'établisse que les crapauds concernés étaient réellement hallucinogènes.

Une panique médiatique s'est construite sur une molécule toxique qu'on avait, par erreur, crue psychédélique — la légende s'est répandue plus vite que les faits n'ont pu la rattraper.

Des hospitalisations d'adolescents, des lois votées dans plusieurs États américains et australiens, des scènes de séries télévisées : tout un appareil culturel et législatif s'est construit sur une confusion d'espèces et de molécules. 




Le seul crapaud dont l'usage psychédélique est aujourd'hui scientifiquement reconnu reste celui du désert de Sonora — dont la venue à la mode, elle, est bien postérieure à cette panique des années 1980.

C'est ce chassé-croisé entre une découverte biochimique réelle, une hypothèse archéologique séduisante mais jamais prouvée, et un emballement médiatique classique, que retrace l'ouvrage de Kimon de Greef : une histoire moins de drogue que de la manière dont une rumeur peut se substituer, dans l'imaginaire collectif, à la science elle-même.




Chronologie

Repères

1935 : synthèse du 5-MeO-DMT au Japon.

1964 : découverte de la molécule chez le crapaud de Sonora (Erspamer).

1970s : théorie du crapaud-buffle psychédélique en Mésoamérique.

1988 : documentaire satirique australien, point de départ de la panique du « toad licking ».

1989-1991 : hospitalisations, lois anti-crapauds aux États-Unis, au Canada et en Australie.

Pour aller plus loin

Ce résumé condense très librement The Ego Trip: Psychedelic Toads, a Trail of Deaths, and the Guru Who Peddled Transcendence, de Kimon de Greef (Doubleday, 2026), publié en extrait par Longreads.


Le Syndrome européen de Ceuta. JBCH N° 2606 - 049

Europe & migrations4 août 2026

Ceuta, Sánchez et l'appel d'air que l'Europe refuse de nommer


Plus de soixante mille personnes ont tenté de franchir la frontière de Ceuta en quelques heures. Derrière l'onde de choc, une question que Madrid et Bruxelles éludent : la régularisation massive espagnole a-t-elle envoyé le mauvais signal ? 

C'est un véritable cauchemar pour une Europe incapable de s'unir sur un sujet si critique. L'Europe, ce jour a eu peur de l'Espagne à la Finlande


Le 31 juillet, environ 60 000 personnes ont tenté de franchir à la nage la barrière séparant le Maroc de l'enclave espagnole de Ceuta. La majorité a été refoulée ou a rebroussé chemin, mais l'image restera : une frontière européenne submergée en quelques heures. 

La droite espagnole et européenne a immédiatement désigné un coupable : le plan de régularisation massive lancé par Pedro Sánchez, qu'elle juge responsable d'un appel d'air.





Sur le fond, la chronologie est plus complexe que l'accusation directe : le dispositif, clos le 30 juin, exigeait une présence en Espagne prouvée depuis au moins cinq mois avant le 1er janvier 2026 — aucun des arrivants de Ceuta n'aurait donc pu, à la lettre, en bénéficier. Mais l'argument de l'appel d'air ne porte pas sur l'éligibilité juridique : il porte sur le signal envoyé. Et ce signal-là, personne à Madrid ne l'a mesuré.


Illustration de principe — la barrière frontalière de Ceuta, franchie en masse le 31 juillet 2026.

Un million de demandes, une facture politique

Le plan initial visait 500 000 régularisations. Au 30 juin, plus d'un million de dossiers avaient été déposés — 1,3 million selon la police nationale espagnole. 

Sánchez, empêtré dans des scandales de corruption touchant son entourage et son parti, en a fait l'étendard de son gouvernement, justifiant la mesure par le vieillissement démographique et les besoins de l'économie. 

Vox dénonce une « invasion », et le Parti populaire, d'abord favorable, a pris ses distances.





Une frontière ne se défend pas seulement par des textes de loi : elle se défend par la cohérence du signal envoyé à ceux qui l'observent de l'autre côté.


C'est là que la faiblesse européenne se révèle : chaque État agit seul, sans coordination réelle, pendant que Frontex affiche une baisse de 26 % des passages irréguliers aux frontières de l'UE en 2025,  un chiffre qui contredit le récit de la vague submersive, mais qui n'empêche en rien qu'un événement local comme Ceuta expose, en une nuit, l'absence de doctrine commune.

Repères

La séquence 2026

27 janvier : annonce du plan de régularisation.

16 avril – 30 juin : dépôt des dossiers, plus d'1 million de demandes.

31 juillet : tentative de franchissement massif à Ceuta, ~60 000 personnes.

2025, UE : -26 % de passages irréguliers selon Frontex.

L'illusion du PIB, selon Lacalle

Pour l'économiste Daniel Lacalle, la croissance espagnole doit beaucoup à la combinaison dépense publique / fonds européens / immigration : le PIB agrégé progresse, mais le PIB par habitant, la productivité et les salaires réels stagnent.

Il compare les déséquilibres accumulés à ceux de la Grèce avant 2008 — un avertissement que les bons chiffres officiels masquent plus qu'ils ne rassurent.


JBCH  Août 2024

lundi 3 août 2026

De Villepin a volé nos autoroutes. JBCH N° 2608 - 048


Est ce une forfaiture ? 
De Villepin alors preniez ministre de Chirac a bradé nos autoroutes 



Dans la poche !!



Car c’est bien l’usager qui paie, chaque jour, le prix de ce renoncement originel. 



Les péages augmentent année après année, quand les prestations offertes sur les aires d’autoroute, restauration, stations-service, sanitaires, demeurent d’un rapport qualité-prix indigne des sommes exigées. 




Le contribuable français finance ainsi doublement l’infrastructure qu’il avait, par ses impôts, déjà largement construite: une première fois par la dette publique historique qui a permis l’édification du réseau, une seconde fois par des péages devenus parmi les plus onéreux d’Europe, sans qu’aucune promesse de gratuité, pourtant inscrite dans l’esprit initial de la concession une fois l’ouvrage amorti, n’ait jamais été honorée.







À cette charge s’ajoute désormais la hausse continue du prix du carburant, qui transforme la simple liberté de circuler en un luxe pour de nombreux foyers, singulièrement dans la France périphérique où l’automobile demeure, faute d’alternative, un outil de survie économique et sociale. 



Le paradoxe est cruel: un pays qui s’enorgueillit de son maillage autoroutier, l’un des plus denses du continent, impose à ses citoyens un coût d’usage croissant pour un bien qu’ils ont eux-mêmes financé et dont ils ne tirent plus qu’un bénéfice résiduel, la rente allant, année après année, aux actionnaires des sociétés concessionnaires







Vingt ans après cette décision, la question mérite d’être reposée avec la même vigueur qu’au premier jour: à quel moment l’État reprendra-t-il la main sur ce bien commun, et quelle volonté politique portera enfin la renégociation, sinon la remise en cause, de contrats aussi manifestement défavorables à la France et aux Français.


Villepin, Rendez-nous notre argent ... !!!



JBCH Août 2026


Les retards de la RATP JBCHJ N° 2608 - 047

Paris se targue d’être une capitale mondiale, vitrine de modernité et de progrès social, mais elle abrite en son sous-sol une ségrégation silencieuse que peu osent nommer. 



Le métro parisien, fierté patrimoniale autant qu’outil quotidien de millions de voyageurs, demeure aujourd’hui l’un des réseaux les moins accessibles d’Europe occidentale pour les personnes en situation de handicap. 



Sur les trois cent trois stations que compte le réseau, une seule ligne, la ligne quatorze, offre une accessibilité totale d’un terminus à l’autre. Les personnes en fauteuil roulant, les parents avec poussette, les femmes enceintes, les voyageurs âgés à mobilité réduite se heurtent, ligne après ligne, à des escaliers sans alternative, des couloirs impraticables, des quais inaccessibles.



Le paradoxe est cruel. La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées avait posé, dans son ambition initiale, l’obligation de rendre accessibles tous les réseaux de transport public dans un délai de dix ans. 



Mais le législateur, conscient de la complexité du sous-sol parisien et du coût pharaonique des travaux, a discrètement exempté le métro historique de cette obligation, renvoyant la responsabilité à des schémas directeurs d’accessibilité successifs, celui de deux mille neuf, puis son actualisation de deux mille quinze, qui n’ont jamais fixé d’échéance contraignante. 





Ainsi, ce que l’on pourrait croire une simple négligence administrative est en réalité une dérogation organisée, un renoncement inscrit dans le droit lui-même.




La Régie Autonome des Transports Parisiens invoque, chiffres à l’appui, un coût d’équipement estimé entre quatre et six milliards d’euros pour rendre l’ensemble du réseau accessible, et souligne que, dans la moitié des stations, la densité du sous-sol parisien, ce véritable gruyère de canalisations, de fondations et de réseaux enchevêtrés depuis plus d’un siècle, rendrait l’installation d’ascenseurs techniquement périlleuse, voire impossible sans des travaux d’une ampleur démesurée.



 L’argument n’est pas sans fondement technique, mais il ne saurait masquer un choix politique implicite, celui de sacrifier l’égalité d’accès au nom de la préservation patrimoniale et budgétaire.




Face à cette impasse, les pouvoirs publics ont préféré concentrer leurs efforts sur le réseau de surface, avec un succès réel: la quasi-totalité des lignes de bus parisiennes sont désormais accessibles aux fauteuils roulants, et le service 



Pour Aider à la Mobilité offre une alternative de transport à la demande. 



Mais ce report de l’effort sur le bus ne saurait constituer une réponse suffisante pour des trajets rapides en cœur de ville, où le métro demeure, pour tout Parisien valide, le mode de transport de référence. 



Les personnes handicapées, elles, restent condamnées à des trajets plus longs, plus incertains, dépendants d’une flotte limitée et de réservations préalables.




Peut-on espérer une régularisation prochaine. Les prolongements des lignes onze et quatorze, ainsi que la mise en accessibilité programmée de certaines stations de la ligne quatre, laissent entrevoir des progrès ponctuels, mais aucun calendrier global, aucun engagement budgétaire à la hauteur des quatre à six milliards nécessaires n’a jamais été formulé par l’État ni par Île-de-France Mobilités. 






Tant que le métro parisien continuera de bénéficier d’une dérogation légale déguisée en fatalité technique, l’égalité des droits proclamée par la loi de deux mille cinq restera, pour des centaines de milliers de Franciliens en situation de handicap, une promesse souterraine, enfouie sous les rails d’une capitale qui se rêve universelle mais qui, sous terre, exclut encore.





JBCH Août 2026