Rechercher dans ce blog

jeudi 29 octobre 2026

Stocker l'énergie, JBCH N° 2610 - 297

 Énergie · Stockage






JBCH Réflexions N° 297.                                         29 Octobre 2026


Le rêve de pouvoir stocker de l'électricité en permanence est en train de se réaliser ..


Une pile géante ? Oui, elle est branchée au réseau et elle alimente déjà des villes entières, mais pas comme une pile de télécommande géante.

Le modèle de référence s'appelle Moss Landing en Californie. C'est une ancienne centrale à gaz reconvertie.




Vistra y a empilé des centaines d'armoires de batteries lithium ion.
Au total sept cent cinquante mégawatts pour trois mille mégawattheures.

 Concrètement, ça peut tenir la consommation de près de trois cent mille foyers américains pendant quatre heures, ou lisser tout le solaire de la baie de San Francisco qui arrive à midi pour le rendre à dix huit heures.


750 MWde puissance à Moss Landing
3 000 MWhd'énergie stockée
4 heurespour près de 300 000 foyers
MW ou MWh ?

Le mégawatt (MW) mesure la puissance : le débit que la batterie peut fournir à un instant donné. Le mégawattheure (MWh) mesure l'énergie : la quantité stockée. Une batterie de 750 MW et 3 000 MWh peut donc débiter à pleine puissance pendant 4 heures.

Quand les batteries sont vides, elles se rechargent en deux heures avec le surplus éolien de la nuit.

L'incendie de janvier 2025

Le 16 janvier 2025, un incendie a ravagé le bâtiment de 300 MW de Moss Landing, qui abritait environ 100 000 modules de batteries. Le site a été évacué pendant plusieurs jours, et le nettoyage doit s'achever mi-2027. La cause reste à déterminer. Cet accident a relancé le débat sur la sécurité des grands stockages lithium-ion.

                               


Le projet qui vient de la détrôner est à Edwards en Californie aussi, huit cent soixante quinze mégawatts couplés à du solaire, plus de trois mille deux cents mégawattheures. 


En France, on était resté longtemps à petite échelle, vingt cinq puis soixante et un mégawattheures à Dunkerque chez TotalEnergies avec Saft.


C'était la plus grosse du pays en deux mille vingt. Le changement d'échelle arrive maintenant.


A Cheviré, près de Nantes, Harmony Energy vient de mettre en service avec Tesla la première vraie pile de taille régionale, quatre cents mégawatts avec des Megapack, dimensionnée pour répondre aux appels d'offres long terme de RTE.




A Loon Plage et Bourbourg, autour de Dunkerque, on passe la barre des centaines de mégawattheures pour sécuriser la vallée de la batterie.

La vallée de la batterie

Autour de Dunkerque et de Douai, plusieurs « gigafactories » de batteries pour véhicules électriques se sont installées depuis 2023. Ce pôle industriel, surnommé la « vallée de la batterie », consomme beaucoup d'électricité et a besoin d'un réseau stable.

Alors est ce que ça suffit pour des centaines de milliers d'habitants en autonomie complète ?

Non. Toutes ces piles géantes sont calibrées pour quatre heures. C'est leur job, encaisser le pic de midi et effacer la pointe du soir, éviter de rallumer une centrale à gaz. Pour tenir une semaine sans vent, il faut encore une station de pompage ou de l'hydrogène en cavité saline.




La station de pompage, la « batterie à eau »

Une STEP pompe l'eau vers un bassin en hauteur quand l'électricité est abondante, puis la turbine quand on en a besoin. En France, la STEP de Grand'Maison, en Isère, peut fournir 1 800 MW, plus du double de Moss Landing, et pendant bien plus longtemps.

Est-ce qu'on sait construire une pile rechargeable unique qui tient une ville comme Boulogne Billancourt le temps d'une soirée,

la réponse est oui, on sait, on le fait, et on en installe une par mois dans le monde.

Photographies : Wikimedia Commons, licences libres.
© JBCH Réflexions Octobre 2026

Vayéra la paracha incroyable !!! JBCH N° 2610 - 296

 Paracha de la semaine



Vayéra

Chabbat du 31 octobre 2026




JBCH Réfléxions.                               le 29 Octobre 2026

Netflix, Prime Vidéo, Disney, HBO-Paramount, se disputeraient le scénario incroyable de cette paracha …. Guerre, Paix, hospitalité, amour de l’étranger, obéissance à D. mais dialogue possible avec lui, amitié, amour, séisme … fantastique, tout y est pour faire un tabac sur les chaînes de streaming

 

Les trois visiteurs



Abraham, assis à l'entrée de sa tente sous la chaleur du jour, voit trois visiteurs. Il court à leur rencontre, les baise aux pieds, les lave, leur sert un repas fastueux préparé en hâte par Sarah.

L'un des visiteurs annonce : « Je reviendrai vers toi l'année prochaine, et Sarah, ta femme, aura un fils. » Sarah, âgée de quatre-vingt-dix ans, rit en elle-même rire de doute et d'incrédulité.


Dieu demande à Abraham : « Pourquoi Sarah a-t-elle ri ? Y a-t-il quelque chose d'étonnant de la part de l'Éternel ? »



La discussion sur Sodome (18:16–33)

Les visiteurs partent vers Sodome. Dieu décide de ne rien cacher à Abraham : « Sodome crie, sa faute est très lourde. »

S'ouvre alors le premier grand débat de justice de l'histoire biblique : Abraham négocie avec le Créateur « Le Juge de toute la terre ne ferait-il pas justice ? » et obtient que la ville soit sauvée si il y a dix justes. Elle ne sera pas sauvée : les dix justes ne s'y trouvent pas

 

Sodome et Gomorrhe, Lot et ses filles (19:1–38)

Deux anges arrivent à Sodome ; Lot les accueille.

La ville entière tente de les violer ; Lot est épargné, la fuite est précipitée, alors que D. avait interdit de voir cette destruction la femme de Lot se retourne et se transforme en colonne de sel.

Lot, parvenu à Tsoar, devient père de Moab et d'Ammon qui seront les futurs ennemis d'Israël.

Réfugié chez Abimélekh, Abraham répète le stratagème de présenter Sarah comme étant sa sœur.

Isaac naît, est circoncis à huit jours ; Sarah fait chasser Agar et Ismaël, et Dieu confirme le choix de la lignée d'Isaac.

À Béer Sheva, Abraham conclut une alliance de non-agression avec Avimélekh : le premier accord politique de sécurité



La Akédah

Et il arriva après ces paroles que Dieu éprouva Abraham : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac... »

Abraham se lève et part vers la montagne de Moria, il construit l'autel, et prépare son fils.

Au moment suprême, un ange arrête son bras : « Tu n'as pas refusé ton fils, ton unique. » Un bélier apparaît, offert à la place.

Dieu prête serment : « Toutes les nations de la terre se béniront par ta descendance. »





Plus jamais on sacrifiera un enfant sur un autel, Abraham se distingue des autres

 

Les recommandations de la paracha

Les recommandations de la paracha sont les suivantes : Hakhnassat Or'him l'hospitalité d'abord.

La tradition place la visite des anges après la circoncision : même souffrant, Abraham fait passer l'accueil de l'autre avant sa propre douleur.

- Le douter juste. Le rire de Sarah n'est pas condamné ; il est pris au sérieux et répondu. La foi biblique tolère le doute, elle ne tolère pas l'indifférence.


- Intercéder, même pour les méchants. Abraham plaide pour Sodome sans savoir que Loth s'y trouve : plaider pour autrui est un devoir, non une tactique.

- La relation conjugale comme alliance de vie. Sarah et Abraham : à travers Isaac, le rire de l'incrédulité devient le rire de la joie — « Dieu a fait de moi un sujet de rire » (21:6).

Philosophie

- Éthique contre mystique. Au Sinaï, le peuple dit « nous ferons et nous entendrons » ; ici, Abraham, le premier, fait précéder l'écoute d'un débat : « faire justice » (michpat) et « connaître la vérité » (emet) doivent marcher ensemble.

C'est le texte fondateur de la théodicée : interroger Dieu sur Sa justice n'est pas un blasphème, c'est un partenaire.

- La vertu du fini. Abraham arrête sa négociation à dix justes : il découvre que le monde n'est pas sauvé par des minorités justes cachées, mais par une communauté qui cultive la justice.

La destruction de Sodome n'est pas une punition capricieuse : c'est la société qui s'est détruite elle-même en abolissant la loi de l'hospitalité.






La Akédah : le renversement du sacrifice humain. La paracha institue la fin du sacrifice de l'enfant : la plus grande preuve de foi d'Abraham est d'écouter l'ange qui arrête sa main.

Pour Kierkegaard (le « chevalier de la foi ») comme pour Levinas (l'ange = l'éthique qui suspend le sacré), la leçon est identique : Dieu ne veut pas la mort, il veut l'obéissance et l’exigence morale.

 

Pour les cabalistes,

- Les trois visiteurs : 'Hessed, Guevourah, Tif'eret.

La Kabbale voit dans les trois anges les trois sefirot de l'action divine : Abraham incarne 'Hessed (la bonté expansée), Sarah la Guevourah (la rigueur qui discerne), et leur union engendre Tif'eret — l'harmonie, Isaac.

La tente ouverte sur quatre côtés (middot rabbiniques) : la dualité humaine parvenue à son centre.

- Le rire de Sarah : le Hokhmah caché. La naissance d'Isaac (Yi'tz'hak, « il rira ») est la irruption du miracle dans la nature : la Kabbale y lit la descente de la lumière de 'Adom Kadmon dans le monde le plus bas — la joie comme révélation de l'essence.

- Moriah : le point du Keter. La montagne de Moria est, selon le Zohar et le Ari, le point de jonction entre le monde physique et le Keter (la couronne) : c'est pourquoi le Temple y sera bâti : la Akédah sanctifie l'endroit de toutes les futures offrandes.

- Le bélier : les cornes et la délivrance future. Les cornes du bélier de la Akédah deviendront, selon le midrach, les trompettes du Sinaï et le shofar de la délivrance messianique (Isaïe 27:13) : chaque sacrifice consenti ouvre un canal de rédemption future.

Leçons pour le peuple juif et pour Israël aujourd'hui

Pour le peuple juif

L'hospitalité comme carte d'identité. Dans un monde de repli identitaire, Vayéra rappelle que la tente d'Abraham est ouverte sur quatre côtés : la continuité juive ne se protège pas en se fermant, mais en donnant.

Le doute fait partie de la foi. Le rire de Sarah et la contestation d'Abraham ont été entendus, non sanctionnés. Un judaïsme qui n'accepte pas les questions devient Sodome : sûre d'elle, fermée, et condamnée.

La mémoire du sacrifice consenti. La Akédah fonde la capacité du peuple juif à tenir devant l'épreuve non comme culte de la mort, mais comme son refus : le bélar remplace Isaac, la vie remplace la mort.




C'est la matrice spirituelle de la survie juive à travers les persécutions.

 

Pour Israël aujourd'hui : quand les élections ne règlent aucun problème !

Vayéra tombe cette année dans un moment israélien singulier : des élections encore chaudes, dont le résultat quel qu'il soit ne résout ni l'unité fracturée du peuple, ni la question de la guerre, ni l'antisémitisme mondial, ni le rapport entre justice et puissance.

La paracha répond précisément à cela :

- Sodome n'a pas été détruite par un mauvais gouvernement, mais par une culture de « qu'est-ce que cela me rapporte ? » (Pirké Avot 5:10).


Les urnes changent les dirigeants ; elles ne changent pas les mœurs. Tant que la société reste dure envers l'étranger, l'orphelin et la veuve, aucun résultat électoral ne la sauvera.


Abraham ne demande pas un nouveau roi à Sodome : il cherche dix justes dans la ville.

- Abraham et Abimélekh : la sécurité par l'alliance, non par la seule force. Le pacte de Béer Sheva enseigne qu'un état naissant peut signer des accords, s'engager, et que ce n'est pas un reniement de la foi.

Les accords d'Abraham l'Abraham Accord portent bien son nom : l'avenir d'Israël se joue aussi dans sa capacité à faire alliance avec ses voisins, sans naïveté (Abraham veille), mais sans paranoïa.






- Le débat avec Dieu, modèle du débat citoyen. Abraham plaidé avec le Ciel pour des étrangers mécréants.


Une société qui ne sait plus discuter où chaque camp doute du partage des dizaines de justes chez l'autre s'approche du cri de Sodome sans le savoir.


La santé démocratique d'Israël ne dépend pas du vainqueur du scrutin, mais du maintien de la dispute éthique, la machloket lechem chamaïm, la controverse pour le Nom du Ciel.

- Isaac signifie « rire ». Après une année terrible, la promesse de la paracha reste que l'incrédulité de larmes (le rire de Sarah à 90 ans) peut devenir joie. La naissance d'Isaac, comme celle de l'État d'Israël et comme son avenir, est « une chose étonnante de la part de l'Éternel » : elle échappe au calcul politique.

- La Akédah et la Montagne du Temple. Le récit se conclut à Moria le mont du Temple. 


La Kabbale et la tradition y voient la racine du conflit le plus brûlant d'aujourd'hui : la montagne où la main d'Abraham a été arrêtée enseigne qu'aucun titre de propriété, aucun résultat électoral, ne sanctifie la violence ; seul le consentement au bien la sanctifie.

Vayéra est la paracha de l'entre-deux : entre le rire de Sarah et la joie d'Isaac, entre le cri de Sodome et la prière d'Abraham, entre le couteau et le bélier.

Elle dit au peuple juif et à l'État d'Israël une même vérité : les élections distribuent le pouvoir ; elles ne dispensent jamais de la tâche d'Abraham qui est d’ intercéder, d’accueillir, de discuter, et de refuser les solutions qui exigent la mort plutôt que la vie.

« Car j'ai fait alliance avec lui afin qu'il prescrive à ses fils et à sa maison de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la justice et le jugement » (Gen. 18:19).

© JBCH Octobre 2026

mercredi 28 octobre 2026

Israël : La victoire du clan arabe. JBCH N° 2610 - 295

 Israël · Élections du 27 octobre 2026

JBCH Réflexions N° 295.                                            28 Octobre 2026



LA VICTOIRE DU CAMP ARABE


Le fait majeur de ces élections

Quels que soient les résultats finaux et quelle que soit la coalition qui sortira des tractations, il y a déjà un vainqueur incontestable dans les urnes de mardi : le camp arabe. C'est le grand gagnant de ce scrutin, au sens historique du terme.



Depuis la renaissance de l'État juif, jamais une telle percée n'avait été observée. Jamais une telle mobilisation. Les partis arabes passent de 10 sièges dans la Knesset sortante à 19 sièges selon les dernières estimations. C'est un bond de 53%, une progression qui change la carte politique d'Israël et qui pulvérise tous les plafonds de verre connus jusqu'ici.

10 → 19sièges pour les partis arabes
+ 53 %de progression
La Knesset en bref

Le Parlement israélien compte 120 sièges, élus à la proportionnelle intégrale sur une liste nationale, avec un seuil de 3,25 %. Il faut 61 sièges pour gouverner. Les citoyens arabes représentent environ un cinquième de la population d'Israël.

Mais le chiffre brut des sièges ne dit pas tout. Le plus significatif est ailleurs : dans la participation.

Alors que lors des précédents scrutins, les citoyens arabes d'Israël avaient pris l'habitude de délaisser les urnes, par défiance, par désillusion ou par consigne de boycott, mardi ils ont fait le chemin inverse. 

Ils se sont mobilisés massivement. Ils ont voté. Et ils ont voté fort.




Le cas le plus emblématique, celui qui devra être étudié de très près dans les semaines à venir par les sociologues et les stratèges politiques, est celui de Rahat. Rahat, ville bédouine de 30 000 habitants perdue dans l'extrême sud du Néguev, longtemps symbole de l'abstention et de la marginalité. 

Mardi, à Rahat, le taux de participation a dépassé les 60%. Plus de 60% ! Un chiffre qui ferait pâlir bien des villes juives du centre du pays. Ce n'est plus un vote protestataire, c'est un message d'ancrage.


Rahat

Fondée en 1972, Rahat est la plus grande ville bédouine d'Israël et la seule à avoir le statut de ville. Elle se situe dans le nord du Néguev, près de Beer-Sheva.


Car c'est bien de cela qu'il s'agit : pour la première fois avec une telle force, les Arabes d'Israël ont signifié une volonté d'appartenance à la communauté nationale. 

Non pas une appartenance folklorique, mais une appartenance politique. En allant voter en masse, ils disent : "Nous comptons dans l'équation nationale. On ne fera plus sans nous." Ils réclament leur part dans la maison commune israélienne.


Et c'est là que réside toute la complexité, toute la tension de ce moment historique qu'il faudra absolument intégrer.


Car cette volonté d'appartenance s'exprime à travers une représentation partisane qui, elle, reste résolument antisioniste. Il ne faut pas se voiler la face. Les mêmes électeurs qui ont fait la queue pendant des heures devant les bureaux de vote ont ensuite célébré leurs résultats en chantant l'hymne palestinien. 

Les mêmes leaders qui revendiquent aujourd'hui 16 sièges à la Knesset n'ont toujours pas trouvé les mots pour condamner clairement le pogrom du 7 octobre, ni pour qualifier le Hamas d'organisation terroriste.





Cette dualité est désormais au cœur de la vie politique israélienne. D'un côté, une intégration civique par les urnes, de l'autre, un divorce idéologique qui persiste. 

Il faudra en tenir compte. On ne pourra plus dire que le secteur arabe est en dehors du jeu. Il est au centre du jeu, mais avec ses contradictions.

Les deux familles des partis arabes

Ra'am, islamiste conservateur dirigé par Mansour Abbas, a choisi depuis 2021 une ligne pragmatique, centrée sur les besoins concrets des citoyens arabes.

La Liste commune (Hadash, Ta'al, Balad) porte une ligne nationaliste palestinienne et refuse le caractère sioniste de l'État.

 Une victoire qui plombe les équations

Et cette victoire, paradoxalement, rend tout plus difficile.

Pendant des années, la formule magique de la gauche et du centre a été celle du "soutien sans participation" : les partis arabes soutiennent de l'extérieur un gouvernement de centre-gauche sans y entrer, sans ministres, sans drapeaux communs. C'était le modèle Rabin en 1992. Ce modèle est mort mardi soir.





Le précédent Rabin et le précédent Bennett

En 1992, Yitzhak Rabin gouverne grâce au soutien extérieur de cinq députés arabes, un « bloc d'empêchement » qui lui permet de signer les accords d'Oslo.

En 2021, Ra'am franchit un pas historique en entrant dans la coalition Bennett-Lapid : c'est le premier parti arabe membre d'une majorité gouvernementale en Israël.

Avec 16 ou 17 sièges, on ne soutient plus discrètement. On pèse, on exige, on conditionne. 

On ne peut plus être un appoint silencieux. Le camp arabe, fort de ce score historique, va demander un prix politique que le camp sioniste de centre-gauche ne peut pas payer sans se renier.

C'est tout le dilemme qui se pose désormais à Gadi Eisenkot et à ce qui reste du camp du changement. 

Comment solliciter le soutien d'un bloc qui représente 16 mandats et qui incarne la mobilisation citoyenne la plus forte du scrutin, tout en sachant que ce bloc refuse les fondamentaux sionistes de l'État ?




La tâche est devenue quasiment impossible. D'autant qu'Avigdor Lieberman, dont les voix seront indispensables à toute alternative à Netanyahou, a déjà posé une ligne rouge infranchissable : aucun soutien, même extérieur, même passif, des partis arabes. 

Pour Lieberman, c'est une question de doctrine sécuritaire et nationale. Sa position ne bougera pas.

Nous voilà donc devant une nouvelle réalité israélienne, brute et incontournable.

Israël est sorti des urnes avec un secteur arabe qui n'est plus une marge, mais un acteur central, discipliné, mobilisé, et sur-représenté par rapport à son histoire électorale. 

C'est un fait démocratique majeur. On ne peut plus analyser la société israélienne en faisant abstraction de Rahat à 60% de participation.

Quant aux  juifs, ils  se sont de tout temps divisés ... Et voilà le résultat 

Il faudra intégrer cette nouvelle réalité. Non pas en l'idéalisant, non pas en oubliant les chants de l'hymne palestinien ni les silences assourdissants sur le 7 octobre, mais en la regardant en face. Le camp arabe a gagné son pari : exister. 


Maintenant, c'est à l'État juif et démocratique de décider quoi faire de cette victoire.



© JBCH Réflexions Août 2026

La prochaine Guerre en France JBCH N° 2610 - 294

 Sécurité · Après le 17 octobre



JBCH N°  294                                                   28 Octobre 2026



LA PROCHAINE GUERRE : 
CELLE DES STUPÉFIANTS


Après le 17 Octobre, quelque chose a basculé. On a appelé ça une insurrection, des pillages, des émeutes. 

Les vitrines ont brûlé, les commissariats ont été attaqués, et le pays a regardé, sidéré. 

Mais les experts en sécurité le disent à demi-mot depuis des mois : ce n'était que le premier acte. Le second acte s'écrit déjà, et il ne se jouera pas avec des pavés. Il se jouera à la kalachnikov.

C'est la guerre des stupéfiants.



On ne parle plus de simples dealers de cité. On parle d'une économie parallèle devenue une économie de guerre. Rien que dans le 93, on estime à plus de 100 000 le nombre de personnes, de tout âge, qui vivent directement ou indirectement du trafic. 100 000. 

Ce n'est plus un réseau, c'est une armée sociale. Des guetteurs de 12 ans payés 100 euros la journée, des nourrices qui stockent, des mères qui blanchissent, des pères qui surveillent. 

Tout un département tenu en otage par la poudre et la résine. Et au centre de ce système, deux générations qui se percutent et s'allient.




D'un côté, la Génération Z. Celle qu'on a cru perdue sur TikTok. Elle est ultra-connectée, sans peur, sans limite. Elle ne respecte plus les anciens codes du milieu. 


Avant, on ne tirait pas en pleine journée, on ne tirait pas devant une école. Eux, ils tirent. Ils filment en direct sur Snap, cagoulés, avec des Glocks et des AK-47 achetés 2 000 euros sur Telegram. Ils font des "descentes" comme on faisait des virées. 


Pour eux, la prison n'est plus une dissuasion, c'est un passage, un diplôme. Ils ont 16, 17, 18 ans et ils ont déjà le sang froid de vétérans. C'est une génération qui a grandi avec l'idée que l'État ne leur donnera rien, alors ils iront tout prendre.


De l'autre côté, les réseaux structurés, les grands et les petits malfrats d'origine algérienne qui ont bâti l'empire. Il faut dire les choses comme elles sont : dans le 93, dans le 92, à Marseille, à Lyon, une grande partie du haut du spectre du trafic est tenue par des clans familiaux algériens. 


Petits au début, venus comme chauffeurs, devenus gérants de four, puis grossistes. Grands aujourd'hui, connectés directement à l'Espagne, au Maroc, à Dubaï, ils importent par tonnes. Ils ont l'argent, les avocats, les complicités, les kalachnikovs en stock. Ce sont eux qui arment la Z génération. Ils sous-traitent la violence aux plus jeunes pour garder les mains propres.

Et maintenant, la guerre a commencé.

Pourquoi ? Parce que le marché explose et que le territoire ne suffit plus. Après le 17 Octobre, l'autorité a reculé. Les policiers n'entrent plus dans certaines zones sans le GIGN. Les douanes sont débordées. Le vide laissé par l'État a été immédiatement comblé. 

Les bandes se tirent dessus pour un point de deal à 50 mètres près, parce que ce point rapporte 30 000 euros par jour. On a vu les premières fusillades contre les autorités : des tirs à balles réelles sur des patrouilles de police à Sevran, à Saint-Denis, à Clichy-sous-Bois. Ce n'est plus du refus d'obtempérer. Ce sont des embuscades.





La prochaine guerre aura trois fronts :

I

Entre bandes : La guerre des jeunes contre les anciens, et des clans algériens contre les autres réseaux - Comoriens, Maliens, gitans. Le monopole algérien est contesté par sa propre jeunesse qui ne veut plus partager les 10%.

II

Contre l'État : On ne caillassera plus les CRS. On tirera. Les kalachnikovs sont déjà sorties, nettoyées, prêtes. Les stocks d'armes de guerre saisis ne sont que la partie visible de l'iceberg.

III

Contre la population : C'est la plus terrible. Les 100 000 qui vivent du trafic contre les 1,5 million qui veulent juste vivre en Seine-Saint-Denis. Chantage, racket, loi du silence imposée dans les immeubles.




On nous a préparés à une guerre à l'Est, à une guerre de haute intensité contre la Russie. 

Mais la vraie guerre, celle qui fera tomber la République par en bas, elle se prépare à 10 km de Paris, dans des caves où l'on compte des liasses et où l'on charge des chargeurs.

Le 17 Octobre était une répétition. La guerre des stupéfiants sera la première représentation.

Et cette fois, personne ne pourra dire "on ne savait pas".



© JBCH Réflexions Octobre 2026