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samedi 31 janvier 2026

TOU BICHVAT lundi 2 Février. JBCH N° 2601 - 842

La Torah serait le premier grand traité écologiste, elle enseigne le respect de la nature à travers le principe de.  « Bal Tach’hit », qui interdit le gaspillage et la destruction inutile. Elle ordonne de préserver les arbres, même en temps de guerre, soulignant leur valeur vitale.


L’homme est présenté comme le gardien de la Création, responsable devant Dieu de son équilibre. Les lois agricoles (jachère, repos de la terre) rappellent que la terre n’est pas une propriété absolue.


Ainsi, l’écologie biblique repose sur une éthique de responsabilité, de mesure et de transmission aux générations futures




La signification de Tou Bichvat (le Nouvel An des arbres, le 15 Chevat, célébré le 2 février 2026) est profondément ancrée dans l’idée de régénération et de renouveau naturel.

 Cette fête marque le moment où, en Israël, la sève commence à monter dans les arbres après l’hiver : les premiers bourgeons apparaissent (notamment sur les amandiers), annonçant le passage de la dormance hivernale à une nouvelle cycle de croissance et de fructification.




C’est un symbole de renaissance cyclique de la nature : les arbres “renaissent” chaque année, porteurs de fruits nouveaux, de vie renouvelée, et rappellent la connexion profonde entre l’humain, la Terre et le divin. 





Dans la tradition juive, cela s’accompagne d’une responsabilité écologique (gardiens de la création, stewardship), avec des pratiques comme la plantation d’arbres, le Seder de fruits (les 7 espèces d’Israël), et une prise de conscience environnementale accrue aujourd’hui — souvent comparé à un “Jour de la Terre juif”.


Tou Bichvat parle plutôt d’une renaissance progressive et saisonnière : pas de destruction préalable, mais un réveil naturel après un repos hivernal. La nature ne “meurt” pas vraiment ; elle se repose, se régénère de l’intérieur (la sève monte), et repart. C’est plus une renaissance continue et harmonieuse 




En janvier 2026, les feux de forêt font rage dans plusieurs régions du monde, aggravés par le changement climatique (sécheresses prolongées, températures records). Par exemple :


Dans ce contexte de forêts littéralement réduites en cendres par des mégafeux,Tou Bichvat offre un contrepoint inspirant : même après la destruction (incendies, sécheresse), la nature a une capacité innée à se régénérer — comme le phénix, mais de façon plus réaliste et collective. Les arbres brûlés libèrent des nutriments pour de nouvelles pousses ; les écosystèmes résilients (avec biodiversité) rebondissent plus vite. La fête invite à agir : planter des arbres (en Israël via le KKL ou ailleurs), protéger les forêts, et adopter une stewardship écologique pour favoriser cette régénération
plutôt 
que d’attendre une catastrophe.

Tou Bichvat c'est le nouvel an des fruits, la renaissance de la Nature. En créant le KKL, les juifs ont rétabli l'équilibre de la nature dans les terres qui étaient soit en desserrance, soit marécageuses. 


Une politique de l'eau a été mise en place, aujourd'hui Israël exporte de l'eau, ce n'est pas un miracle, c'est le dur labeur d'un peuple qui n'a peur de rien sans oublier que  dans l’actualité dramatique des feux de forêt,  elle évoque une renaissance espérée et possible après les cendres à condition que l’humain accompagne le cycle naturel au lieu de l’entraver. Une
fête 
d’espoir et d’action .

Le prochain conflit viendra de Turquie via la corne de l'Afrique. JBCH N° 2601 - 841

J'écris cet article parceque je vois poindre le prochain adversaire du peuple juif c'est la Turquie dont les ancêtres, les Ottomans  avaient accueilli avec générosité les juifs expulsés d'Espagne.


L’axe de rivalité Turquie-Israël se situera dans un premier temps dans la Corne de l’Afrique, en lien avec la Somalie et le Somaliland, puis au proche Orient  : Le prophète Ezekhiel il y a 3000 ans, dans Gog de Magog,  pointait du doigt cet ennemi venu du Nord.



Turquie–Israël : la Corne de l’Afrique, nouveau terrain de confrontation stratégique





Le déploiement de chasseurs F-16 turcs en Somalie ne peut être lu uniquement à l’aune de la lutte contre le terrorisme jihadiste. Il s’inscrit dans une recomposition géopolitique plus vaste où la rivalité croissante entre la Turquie et Israël trouve désormais un prolongement direct dans la Corne de l’Afrique, région clé reliant la mer Rouge, le golfe d’Aden et l’océan Indien.




Depuis plus d’une décennie, Ankara s’est imposée comme un acteur central en Somalie. Présente à travers la gestion du port et de l’aéroport de Mogadiscio, la Turquie y a bâti sa plus grande base militaire à l’étranger, Camp TURKSOM, et s’est érigée en principal partenaire sécuritaire du gouvernement fédéral somalien. Cette implantation s’accompagne désormais d’une montée en gamme militaire : la présence de F-16 marque une volonté claire de verrouiller l’espace aérien et stratégique somalien, dans un environnement régional de plus en plus disputé.





Car la Somalie ne se résume plus à un État fragile confronté à Al-Shabaab. Elle est devenue un pivot géostratégique, au cœur des tensions autour des routes maritimes vitales de la mer Rouge, aujourd’hui fragilisées par la guerre à Gaza, les attaques houthies et la militarisation croissante des détroits. Dans ce contexte, la Corne de l’Afrique attire les ambitions croisées des États-Unis, de la Chine, des monarchies du Golfe… et désormais plus frontalement d’Israël.





C’est ici qu’intervient le facteur Somaliland. Cette région sécessionniste du nord de la Somalie, non reconnue internationalement mais stable et stratégiquement située face au Yémen, fait l’objet d’un intérêt accru de la part d’Israël. Des contacts politiques et sécuritaires se sont intensifiés ces derniers mois, laissant entrevoir une alliance émergente, fondée sur des convergences sécuritaires : surveillance maritime, lutte contre les menaces iraniennes et houthies, sécurisation des voies commerciales menant à Eilat et au canal de Suez.


Israël et le Somaliland



Pour Israël, le Somaliland représente un point d’appui discret mais précieux dans un arc maritime sous tension, alors que ses relations avec la Turquie se sont fortement dégradées depuis la guerre à Gaza. 



Pour Ankara, en revanche, cette dynamique constitue une ligne rouge stratégique. La Turquie soutient fermement l’intégrité territoriale somalienne et voit dans toute reconnaissance ou consolidation du Somaliland une remise en cause directe de son influence à Mogadiscio.





Le déploiement de F-16 apparaît dès lors comme un signal politique autant que militaire. Il vise à rappeler que la Turquie demeure la puissance tutélaire du gouvernement somalien et qu’elle entend empêcher toute recomposition régionale défavorable à ses intérêts. En creux, le message s’adresse autant aux Émirats arabes unis – historiquement actifs au Somaliland – qu’à Israël, dont la présence dans la zone, même indirecte, est perçue comme un défi stratégique.





Cette rivalité s’inscrit dans une opposition plus large entre deux visions du Moyen-Orient élargi. D’un côté, une Turquie qui se présente comme protectrice des causes musulmanes sunnites et multiplie les bases militaires de la Méditerranée orientale à l’Afrique de l’Est. De l’autre, un Israël qui cherche à sécuriser ses lignes maritimes et à contourner ses adversaires régionaux par une diplomatie de points d’appui périphériques.





À ce stade, aucun affrontement direct n’est envisageable. Mais la militarisation progressive de la Corne de l’Afrique, combinée à l’enchevêtrement des alliances et des conflits du Moyen-Orient, transforme la région en espace de confrontation indirecte. 


Les F-16 turcs dans le ciel somalien, tout comme les manœuvres diplomatiques israéliennes au Somaliland, témoignent d’une même réalité : la Corne de l’Afrique n’est plus une périphérie oubliée, mais un nouvel échiquier stratégique, où Ankara et Jérusalem avancent désormais à visage découvert.



Le Kuzari ... Une belle histoire du Judaïsme ... JBCH N° 2601 - 840

Le Kuzari à été écrit en arabe, en Espagne par Yehuda Halevy c'est une correspondance et la découverte d’un pays près de la Mer Noire dont le souverain a choisi entre les 3 religions monothéistes … 

Ce livre raconte l’histoire de la Conversion des Khazars : Une Quête Spirituelle qui a peut-être Changé l'Histoire






Imaginez un royaume lointain, niché au bord de la mer Noire, où un roi païen, las des idoles et des superstitions, décide de plonger dans les abysses des grandes religions monothéistes. C'est l'histoire captivante du Kuzari, un ouvrage philosophique du XIIe siècle, rédigé en arabe par le poète et penseur juif Yehuda Halevi en Espagne musulmane. 






Ce livre, présenté sous forme de dialogue fictif inspiré d'événements réels, raconte comment un souverain khazar, confronté à un rêve divin, choisit le judaïsme après un débat acharné avec des représentants du christianisme, de l'islam et même de la philosophie païenne. Une victoire triomphante pour le judaïsme, mais aussi une réflexion intemporelle sur la foi, la raison et la révélation. Plongeons dans cette saga comme si elle se déroulait sous nos yeux, à la manière d'un reportage exclusif.





Tout commence au VIIIe ou IXe siècle, dans les steppes eurasiennes, au cœur de l'empire khazar. Ce peuple nomade, originaire des régions turques, s'est établi entre la mer Caspienne et la mer Noire, contrôlant un vaste territoire qui s'étend de la Volga au Caucase. Les Khazars, connus pour leur tolérance religieuse et leur rôle de tampon entre l'Empire byzantin chrétien et le califat islamique, pratiquent initialement un chamanisme teinté de paganisme. Mais leur roi, Bulan – ou selon certaines sources, un souverain anonyme – est tourmenté par des visions nocturnes. Dans un rêve récurrent, un ange lui apparaît et lui intime : "Tes intentions sont pures, mais tes actes ne le sont pas." Intrigué et inquiet, le roi décide d'enquêter sur les voies spirituelles qui pourraient guider son peuple vers une vérité plus élevée.






Selon la légende rapportée dans le Kuzari, le roi khazar invite d'abord un philosophe païen à sa cour. Ce dernier, un érudit imprégné des idées aristotéliciennes, argue que la raison seule suffit à comprendre l'univers. "Les dieux ne sont que des métaphores," affirme-t-il, "et la vertu naît de la logique, non de la révélation." Mais le roi reste insatisfait : la philosophie explique le "comment" du monde, pas le "pourquoi" divin. Déçu, il se tourne vers un prêtre chrétien, envoyé peut-être par l'empereur byzantin Constantin. Le chrétien expose la doctrine de la Trinité, les miracles de Jésus et la rédemption par la croix. "Dieu s'est incarné pour sauver l'humanité," plaide-t-il avec ferveur. Pourtant, le roi pointe du doigt les contradictions internes et les persécutions historiques des chrétiens contre les juifs, source de leur propre foi.





C'est alors que l'islam entre en scène. Un savant musulman, dépêché depuis Bagdad ou Cordoue, vante les mérites du Coran, la simplicité du tawhid (l'unicité de Dieu) et les conquêtes fulgurantes des premiers califes. "Mahomet est le sceau des prophètes," déclare-t-il, "et l'islam apporte la paix par la soumission à Allah." Le roi est impressionné par la discipline et l'unité de cette religion, mais il relève un détail troublant : tant le christianisme que l'islam se fondent sur la Torah juive, qu'ils reconnaissent comme parole divine, tout en prétendant la surpasser. "Pourquoi ne pas interroger directement les juifs ?" se demande-t-il. Dans le récit de Halevi, le roi avait initialement écarté le judaïsme, le considérant comme une foi "humiliée" par l'exil et les persécutions. Mais le rêve angélique persiste, le poussant à convoquer un rabbin.


Le débat culmine avec l'arrivée du sage juif. Contrairement aux autres, il ne commence pas par des arguments rationnels ou des miracles spectaculaires. "Le judaïsme n'est pas une invention humaine," explique-t-il calmement, "mais une révélation directe de Dieu au mont Sinaï, devant 600 000 témoins." Il décrit la sortie d'Égypte, les commandements mosaïques et l'histoire ininterrompue du peuple juif comme preuves irréfutables. 


Le roi est conquis : le judaïsme n'exige pas de foi aveugle en un messie ou un prophète unique, mais repose sur une expérience collective et historique. "Vos religions dérivent de la nôtre," lance le rabbin aux autres débatteurs, "et pourtant, vous nous persécutez." Face à cette logique implacable, le roi khazar se convertit, entraînant avec lui une partie de sa noblesse et de son peuple. Le judaïsme devient la religion d'État des Khazars vers 740-860, un événement confirmé par des sources historiques comme les lettres du roi Joseph des Khazars au vizir cordouan Hasdaï ibn Shaprut au Xe siècle.






Cette conversion n'est pas qu'une anecdote exotique ; elle a des répercussions géopolitiques majeures. Les Khazars juifs servent de bouclier contre les invasions musulmanes vers l'Europe de l'Est, favorisant le commerce et la tolérance dans une région volatile. Des missionnaires juifs affluent, et des communautés s'établissent, influençant peut-être les origines des Juifs ashkénazes. Pourtant, l'empire khazar s'effondre au Xe siècle sous les coups des Rus' et des Pechenègues, et leur héritage judaïque se dilue dans les brumes de l'histoire.
Yehuda Halevi, né vers 1075 à Tudèle en Espagne, écrit le Kuzari en 1140 pour défendre le judaïsme face aux assauts philosophiques et religieux de son époque. Exilé spirituel dans une Espagne sous domination musulmane, où les juifs oscillent entre prospérité intellectuelle et pogroms, Halevi utilise cette histoire khazare comme allégorie. "Le judaïsme triomphe non par la force, mais par la vérité révélée," argue-t-il à travers ses dialogues. Le livre, traduit en hébreu sous le titre Sefer ha-Kuzari, devient un pilier de la pensée juive, influençant des figures comme Maimonide ou les kabbalistes.





Aujourd'hui, en 2026, alors que les tensions religieuses persistent au Moyen-Orient et ailleurs, le Kuzari nous rappelle que la quête de vérité peut transcender les frontières. Des archéologues fouillent encore les rives de la mer Noire à la recherche de traces khazares, et des débats similaires agitent les forums en ligne. Le roi Bulan, ce visionnaire des steppes, nous enseigne que choisir une foi n'est pas une affaire de mode, mais une révolution intérieure. Une histoire qui, huit siècles plus tard, continue de fasciner et d'inspirer.


Revenons sur les coulisses de cette conversion khazare, qui mélange faits historiques et embellissements littéraires. Des documents comme la "Correspondance khazare" – une série de lettres échangées au Xe siècle entre le roi Joseph et Hasdaï ibn Shaprut – confirment l'existence d'un royaume juif khazar. Hasdaï, un diplomate juif à la cour du calife de Cordoue, écrit au roi Joseph pour en savoir plus sur ce "pays juif indépendant". 

La réponse du roi décrit comment son ancêtre Bulan, après un rêve, consulta des sages et opta pour le judaïsme, convertissant des milliers. "Nous avons abandonné les idoles pour le Dieu d'Abraham," affirme-t-il, détaillant un rituel de circoncision massive et la construction de synagogues.





Mais les historiens débattent : était-ce une conversion massive ou limitée à l'élite ? Des sources arabes comme Ibn Fadlan, un voyageur du Xe siècle, mentionnent des Khazars musulmans, chrétiens et païens coexistant, suggérant une tolérance plutôt qu'un monolithisme juif. Néanmoins, des artefacts comme des pièces de monnaie khazares portant des étoiles de David ou des inscriptions hébraïques appuient la thèse d'une influence judaïque significative.




Yehuda Halevi, lui, transforme cette réalité en un manifeste philosophique. Écrit en arabe judéo-arabe (avec des caractères hébraïques), le Kuzari critique la raison pure des philosophes comme Averroès, et élève la révélation sinaïtique au-dessus des spéculations. "Le judaïsme est une religion de l'histoire, pas de la métaphysique," insiste Halevi, anticipant des penseurs modernes comme Kierkegaard. Son ouvrage, divisé en cinq essais, explore des thèmes comme la prophétie, la terre d'Israël et la supériorité spirituelle des juifs – idées qui résonnent dans le sionisme contemporain.


Halevi lui-même finit sa vie en pèlerinage vers Jérusalem, mourant en route vers 1141, peut-être assassiné. Son Kuzari inspire des générations, de la Renaissance à l'ère numérique, où des théories conspirationnistes (comme les "Khazars comme ancêtres des Ashkénazes") déforment son message pour des agendas antisémites.


Cette "découverte" d'un pays juif près de la mer Noire n'est pas qu'une victoire du judaïsme sur ses rivaux ; c'est un appel à l'authenticité spirituelle. Dans un monde fracturé par les fondamentalismes, le Kuzari nous invite à débattre, comme ce roi khazar, avec ouverture et humilité. Une leçon intemporelle, rapportée des steppes oubliées.







Boualem Sansal à l'Académie française .... JBCH N° 2601 - 839

Boualem Sansal à l’Académie française :

Une gifle symbolique au pouvoir algérien



L’élection de Boualem Sansal à l’Académie française n’est pas un simple événement littéraire. C’est un acte hautement politique, un geste symbolique d’une rare violence morale à l’égard du régime algérien.


 

À 80 ans, gravement malade, emprisonné pour ses idées, l’écrivain franco-algérien est aujourd’hui consacré par l’une des institutions culturelles les plus prestigieuses du monde francophone. L’image est saisissante : pendant que la France académique honore l’homme de lettres, l’Algérie officielle enferme l’homme libre.




 

Sansal n’a jamais été un opposant de circonstance. Il est de ceux qui ont méthodiquement, patiemment, révélé les mensonges fondateurs du régime algérien : la confiscation de l’histoire, l’instrumentalisation de la mémoire coloniale, l’écrasement des libertés au nom d’un nationalisme figé, et la négation obstinée de la question kabyle. Son œuvre, lucide et implacable, a fait ce que redoutent toutes les dictatures : elle a nommé les choses.


 

Le pouvoir algérien a répondu comme il sait le faire : par la prison. Un an de détention infligé à un vieil homme atteint d’un cancer. Une vengeance froide, bureaucratique, destinée à terroriser les intellectuels, à rappeler aux Algériens — et plus encore aux Kabyles — que la vérité reste un crime d’État. Mais cette fois, la manœuvre se retourne contre ses auteurs. L’Académie française transforme la cellule en tribune, et la sanction en consécration.




 

À Paris, l’embarras est palpable. Emmanuel Macron, déjà fragilisé par une relation franco-algérienne minée par les malentendus, se retrouve face à une contradiction cruelle : comment dialoguer avec un régime qui emprisonne un académicien français ? Le malaise est d’autant plus fort que le président a récemment assumé un choix géopolitique majeur en reconnaissant la souveraineté marocaine sur les territoires du Sud. Une décision courageuse, lourde de conséquences, qui a mis fin aux illusions algériennes d’une ouverture stratégique sur l’Atlantique par le Sahara occidental.




 

Car derrière la rhétorique idéologique, il y avait un projet : briser l’isolement géographique de l’Algérie, contourner le Maroc, accéder à l’océan. Ce projet a échoué. Et l’élection de Sansal intervient comme un coup de poing supplémentaire, rappelant que la diplomatie de la rancœur et de la répression mène à l’isolement moral et politique.


L’honneur fait à Boualem Sansal dépasse sa personne. Il s’adresse à tous les Algériens bâillonnés, à tous les Kabyles niés, à tous ceux que la peur empêche de parler. Il dit une chose simple : la littérature survit aux prisons, la vérité traverse les frontières, et les dictatures finissent toujours par être jugées — sinon par leurs peuples, du moins par l’Histoire.


Ce jour-là, ce n’est pas seulement un écrivain qui entre sous la Coupole. C’est un régime qui en sort un peu plus nu.







vendredi 30 janvier 2026

Talmud, la numérotation des pages ... qui l'a mise en place. JBCH 2601 - 838

Vers l’an 1400, la numérotation des pages — appelée foliotage — commence à se généraliser avec l’essor de l’imprimerie européenne. Ce ne sont pas encore des numéros de pages au sens moderne, mais des repères (recto/verso) destinés à faciliter la lecture et la référence. 


Cette innovation se développe surtout au XVe siècle, après Gutenberg, dans les grands ateliers italiens, allemands et vénitiens. Elle prépare le terrain à une révolution majeure dans le monde du livre… et du Talmud.




Daniel Bomberg, l’homme qui a révolutionné le Talmud


Au début du XVIᵉ siècle, un chrétien flamand installé à Venise va transformer à jamais l’étude juive : Daniel Bomberg.


Né à Anvers vers 1483, Bomberg n’est ni rabbin ni érudit juif. C’est un imprimeur ambitieux, fasciné par la culture hébraïque. À une époque où les livres juifs sont rares, coûteux et souvent censurés, il décide de se lancer dans un projet inédit : imprimer le Talmud dans une édition complète, standardisée et accessible.




Entre 1519 et 1523, dans son atelier vénitien, Bomberg publie la première édition intégrale du Talmud de Babylone. Il s’entoure des plus grands savants juifs de son temps, notamment Rabbi Yaakov ben Hayim, pour garantir la fiabilité des textes.


Mais sa véritable révolution est ailleurs. : Bomberg met en place une mise en page nouvelle, qui deviendra définitive : Au centre : le texte de la Michna et de la Guemara, Autour : les commentaires de Rachi et Tosafot En marge : d’autres gloses




Surtout, il introduit une numérotation systématique des feuillets (folios), identique dans toutes ses éditions. Chaque page est désormais repérable de façon universelle. C’est cette numérotation — encore utilisée aujourd’hui — qui permet à un étudiant à Paris, Jérusalem ou New York de se référer à la même page du Talmud. Par exemple : « Berakhot 2a » signifie exactement la même chose partout dans le monde.


Avant Bomberg, chaque manuscrit était différent. Après lui, le Talmud devient un livre mondialement unifié. Son œuvre dépasse le simple cadre technique. En donnant au Talmud une forme stable, Bomberg contribue à préserver le judaïsme à une époque de persécutions, de censure et d’expulsions. Ironie de l’histoire : ce non-juif joua un rôle décisif dans la survie intellectuelle du peuple juif.




Certes, ses éditions furent parfois brûlées par l’Inquisition. Mais son modèle résista. Tous les Talmuds imprimés depuis cinq siècles reprennent sa structure.


Aujourd’hui encore, chaque page étudiée dans les yeshivot du monde entier porte l’empreinte invisible de Daniel Bomberg. Sans le savoir, cet imprimeur chrétien de la Renaissance a offert au judaïsme l’un de ses outils les plus durables : un Talmud lisible, transmissible, universel. Une révolution silencieuse, née dans une imprimerie de Venise — et toujours vivante.




Conflits entre les EAU et l'Arabie Saoudite JBCH N° 2601 - 837



Arabie saoudite – Émirats arabes unis : 

les racines d’un nouvel antagonisme



Je pensais qu'ils étaient unis ... les arabes du golfe en fait se déchirent face à l'Iran ... Longtemps présentés comme les piliers d’un même front sunnite, alliés face à l’Iran et partenaires clés des États-Unis dans le Golfe, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis voient aujourd’hui leurs relations se tendre. 


Derrière l’image d’une coopération toujours affichée, un antagonisme stratégique discret mais réel s’installe, nourri par des divergences économiques, géopolitiques et de leadership régional.





La première fracture est économique. Riyad ne cache plus son ambition de devenir le principal hub financier et logistique du Moyen-Orient, un rôle longtemps occupé par Dubaï. En imposant aux multinationales d’installer leur siège régional en Arabie saoudite pour accéder aux marchés publics du royaume, Mohammed ben Salmane a directement défié le modèle émirati. Pour Abou Dhabi, cette politique constitue une remise en cause frontale de son avantage compétitif bâti sur l’ouverture, la stabilité réglementaire et l’attractivité fiscale.




Les désaccords s’étendent aussi au terrain énergétique. Au sein de l’OPEP+, les Émirats ont exprimé à plusieurs reprises leur frustration face aux quotas de production, jugés trop contraignants pour leurs capacités réelles. Là où Riyad privilégie la stabilité des prix et la discipline collective, Abou Dhabi défend une approche plus flexible, révélatrice d’intérêts nationaux de plus en plus divergents.





Sur le plan géopolitique, la guerre au Yémen a cristallisé les tensions. Si les deux pays sont intervenus ensemble contre les Houthis, leurs objectifs n’ont jamais totalement coïncidé. Les Émirats ont progressivement réduit leur engagement direct, privilégiant des alliés locaux dans le sud du pays et des intérêts portuaires stratégiques, tandis que l’Arabie saoudite s’enlise dans un conflit devenu coûteux politiquement et militairement.





La divergence est également idéologique et diplomatique. Les Émirats poursuivent une stratégie pragmatique de diversification de leurs alliances, assumant des relations ouvertes avec Israël, la Russie ou la Chine, et affichant une tolérance calculée vis-à-vis de certains régimes autoritaires laïcs. L’Arabie saoudite, tout en évoluant, reste plus prudente et soucieuse de préserver son rôle de leader du monde sunnite et islamique.


Enfin, cette rivalité reflète une compétition personnelle et générationnelle entre Mohammed ben Salmane et Mohammed ben Zayed. Tous deux incarnent des États modernisateurs, centralisés et ambitieux, mais leurs visions du futur du Golfe ne sont plus parfaitement alignées. Là où Abou Dhabi mise sur la discrétion et l’influence indirecte, Riyad affiche désormais une puissance assumée, parfois brutale, qui redessine les équilibres régionaux.




Cet antagonisme ne signifie pas une rupture. Les deux pays restent liés par des intérêts sécuritaires majeurs et une interdépendance régionale forte. Mais l’époque de l’alignement automatique semble révolue. À mesure que le Golfe entre dans une ère post-pétrole et multipolaire, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis apparaissent moins comme des alliés naturels que comme des concurrents stratégiques, contraints de coopérer tout en se disputant le leadership régional.