Une alliance discrète face à un ennemi commun
Depuis près d’une décennie, un rapprochement stratégique inédit s’est opéré entre Israël et l’Arabie saoudite, longtemps ennemis officiels. À la manœuvre, le prince héritier Mohamed Ben Salman connu sous le sigle MBS, qui a progressivement redéfini la diplomatie du royaume autour d’un objectif central : contenir l’expansion régionale de l’Iran.
Dès 2018, MBS avait rencontré Nathayaou à Néom, à 40 Km d'Eilat, négociations secrètes avec le , parfois en marge des positions opposées du roi Salman. Ces échanges s’inscrivaient dans une vision plus large, incarnée par le projet futuriste de Néom censé faire de l’Arabie saoudite un hub technologique régional, en partie connecté à l’expertise israélienne.
Officiellement, Riyad a longtemps soutenu une politique d’apaisement avec Téhéran, allant jusqu’à renouer des relations diplomatiques sous médiation chinoise. Mais dans les coulisses, la méfiance est restée intacte. Pour MBS, la négociation n’a jamais signifié renoncement : elle servait avant tout à gagner du temps, à stabiliser l’économie et à renforcer les alliances sécuritaires.
Aujourd’hui, alors que l’Iran multiplie les menaces et les tentatives d’attaques contre Riyad et les infrastructures pétrolières, cette ambiguïté apparaît au grand jour. Le royaume se retrouve en première ligne d’un affrontement indirect qui dépasse largement le cadre bilatéral. Quand les raffineries brûlent, ce sont les peuples qui paien
À Abqaiq un site del'Aramco devient le symbole d’une guerre qui menace la stabilité mondiale et sacrifie l’avenir au profit des rivalités géopolitiques.
Les attaques du 7 octobre 2023 ont constitué un séisme géopolitique. Elles visaient à briser la normalisation en cours entre Israël et les monarchies sunnites. Ce processus, perçu par l’Iran comme une menace stratégique majeure, risquait d’isoler durablement Téhéran dans la région.
Depuis, les discussions entre Riyad et Jérusalem ont ralenti, mais l’alliance de fait n’a pas disparu. Elle s’est simplement rendue plus discrète, plus prudente, sous la pression de l’opinion publique arabe et du conflit à Gaza.
Cette rivalité s’incarne aussi dans le réseau de milices pro-iraniennes déployées dans toute la région. Leur architecte principal fut Qassem Souleimani , chef de la Force al-Qods, éliminé en 2020 par une frappe américaine.
Derrière les calculs stratégiques modernes se cache une réalité plus ancienne : la rivalité sunnite-chiite, née au VIIᵉ siècle, continue de structurer le Moyen-Orient. L’Iran chiite se voit comme le protecteur des « opprimés » face aux monarchies sunnites, tandis que Riyad défend son rôle de gardien du monde sunnite.
Israël, dans ce jeu, apparaît davantage comme un allié tactique que comme un acteur idéologique. Pour l’Arabie saoudite, il s’agit d’un partenaire militaire et technologique face à une menace existentielle. Pour Israël, Riyad représente un pilier contre l’encerclement iranien.
L’alliance israélo-saoudienne n’est ni sentimentale ni idéologique. Elle est née de la peur commune de l’Iran, de la volonté de préserver la stabilité économique et de l’ambition de remodeler la région. Les événements récents montrent toutefois sa fragilité.
Entre pressions populaires, conflits persistants et escalades militaires, Riyad marche sur une ligne étroite. MBS tente de concilier modernisation, leadership régional et survie politique, tout en affrontant un voisin iranien déterminé à contester son influence.
La confrontation actuelle révèle une vérité durable : malgré la technologie, la diplomatie moderne et les projets futuristes, le Moyen-Orient reste façonné par des lignes de fracture anciennes. La rivalité sunnite-chiite, instrumentalisée par les États, nourrit les conflits contemporains.
Dans ce contexte, l’alliance entre Israël et l’Arabie saoudite demeure un pacte de nécessité, plus qu’un choix de cœur. Un pacte fragile, exposé à chaque crise, mais que ni Riyad ni Jérusalem ne peuvent réellement se permettre d’abandonner.
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