lundi 20 avril 2026
Le Yod, lettre de l’esprit, de l’humilité et de l’indestructibilité
Le Yod, lettre de l’esprit, de l’humilité et de l’indestructibilité
Palantir, l’ombre technologique qui inquiète la France
Alors que la France s’enflamme contre Elon Musk et le réseau social X, accusé de menacer la démocratie par son attachement à la liberté d’expression, une offensive bien plus discrète mais lourde de sens passe presque inaperçue : celle de Palantir Technologies.
Dans un manifeste publié sur X et inspiré de l’ouvrage The Technological Republic de son PDG Alexander Karp et de son conseiller Nicholas Zamiska, l’entreprise américaine d’analyse de données massives et d’intelligence artificielle assume ouvertement une vision radicale. Elle défend une « république technologique » dans laquelle les entreprises innovantes, loin d’être de simples prestataires, deviendraient des acteurs structurants, voire normatifs, de la souveraineté politique et de la puissance étatique.
Fondée avec le soutien de Peter Thiel, Palantir s’est imposée en vingt ans comme un partenaire incontournable des agences de renseignement et des armées occidentales, dont les États-Unis et plusieurs pays alliés. Ses plateformes croisent des milliards de données pour anticiper les menaces, optimiser les opérations militaires et prendre des décisions en temps réel grâce à l’IA. Ses outils sont utilisés par la CIA, le FBI, les forces armées américaines… et, selon plusieurs sources, par des services français dont la DGSE.
Pour ses défenseurs, Palantir incarne simplement l’évolution inévitable d’États confrontés à des menaces hybrides et à la complexité du monde numérique : sans ces outils, l’Occident perdrait pied face à la Chine, la Russie ou les réseaux terroristes. Pour ses critiques, en revanche, cette montée en puissance marque un basculement dangereux : privatisation rampante des fonctions régaliennes, opacité algorithmique, surveillance de masse et dilution de la souveraineté nationale au profit d’une entreprise privée américaine.
Le manifeste de Karp et Zamiska révèle surtout une ambition idéologique assumée. Palantir ne se contente plus de vendre de la technologie ; elle se positionne comme un acteur politique à part entière, promoteur d’un nouveau modèle où la tech définit en partie les contours du pouvoir.
Dans ce contexte, les poursuites françaises contre X et Elon Musk apparaissent à beaucoup comme une gesticulation paradoxale. Tandis que Paris s’indigne bruyamment de la « menace » que représenterait un réseau social défendant la liberté d’expression, la France continue de sous-traiter une partie sensible de sa sécurité et de son renseignement à une société américaine dont l’influence et les ambitions politiques sont autrement plus profondes.
Comme le souligne l’expert Thierry Berthier, la France « n’a pas les moyens de ses ambitions ». Consommatrice compulsive de technologies américaines, elle peine à développer des alternatives souveraines. Derrière les postures anti-américaines d’une partie de la classe politique, se cache surtout une dépendance structurelle embarrassante.
Coup de communication ou symptôme d’une transformation profonde des équilibres de pouvoir ? En assumant publiquement sa vision d’une « république technologique », Palantir oblige à reposer la question essentielle : qui gouverne réellement à l’ère de l’IA ?
Et la France, en s’attaquant à X tout en s’appuyant discrètement sur Palantir, ne se tromperait-elle pas de combat, confondant les moulins à vent numériques avec les véritables géants qui redessinent la souveraineté au XXIᵉ siècle ?
Peut-on faire confiance au Pakistan ? La question traverse toute son histoire contemporaine, tant ce pays incarne une ambiguïté stratégique permanente.
Né en 1947 de la partition sanglante de l’Inde britannique, sur une base religieuse en rupture avec la vision universaliste de Mahatma Gandhi, le Pakistan s’est construit comme un État identitaire musulman.
Cette origine marque encore aujourd’hui sa politique : rivalité obsessionnelle avec l’Inde, conflits répétés, et militarisation profonde de la société. Puissance nucléaire depuis la fin des années 1990, il reste engagé dans une confrontation latente avec New Delhi, faisant du sous-continent l’une des zones les plus dangereuses du globe.
Sur le plan idéologique, le pays oscille entre nationalisme, islam politique et influence de courants religieux rigoristes. Cette réalité nourrit une réputation persistante d’antisémitisme dans certains segments de la société et du discours public. Elle se traduit aussi par un fait rarement mentionné : la présence juive y est quasiment inexistante. Alors que des communautés existaient encore au XXe siècle, on estime aujourd’hui qu’il ne reste que quelques dizaines de Juifs au Pakistan, parfois contraints à la discrétion, voire à l’anonymat.
Sur le terrain sécuritaire, le Pakistan traîne un passif lourd. Depuis la guerre d’Afghanistan des années 1980, une partie de son appareil sécuritaire a été accusée d’avoir toléré, instrumentalisé ou laissé prospérer des groupes jihadistes. La présence passée d’Oussama ben Laden sur son territoire a symbolisé ce double jeu : allié officiel de Washington, mais zone refuge pour des réseaux terroristes.
Géopolitiquement, Islamabad avance sur plusieurs tableaux. Allié stratégique de la Chine, il s’inscrit dans une logique de contrepoids à l’Inde et d’intégration aux nouvelles routes de la soie. Dans le même temps, ses relations avec l’Iran sont complexes, mêlant tensions frontalières et coopération pragmatique, notamment sur les questions sécuritaires et énergétiques.
Parallèlement, le Pakistan entretient une alliance nouvelle avec l’Arabie saoudite, renforcée par un accord de défense mutuelle signé en 2025. Celui-ci prévoit une solidarité militaire en cas d’agression et pourrait même s’inscrire dans une logique de « parapluie nucléaire » pakistanais au profit de Riyad . Ce partenariat illustre une constante : le Pakistan agit moins comme un arbitre que comme un acteur engagé dans des alliances militaires structurantes.
Sur le plan intérieur enfin, le contraste est frappant : puissance nucléaire, armée influente, ambitions régionales… mais économie fragile, inégalités profondes et niveau de vie souvent faible pour une grande partie de la population.
Dans ces conditions, qualifier le Pakistan de puissance « neutre » relève davantage du langage diplomatique que de la réalité. Les États-Unis et bien d’autres puissances ne lui font pas confiance au sens moral du terme : ils composent avec lui, faute d’alternative.
Car malgré ses contradictions, le Pakistan demeure un acteur incontournable, à la fois instable, stratégique et impossible à ignorer.
TV veut être TikTok. TikTok veut être TV
Hollywood et les géants du numérique ne se font plus la guerre : ils se copient. Studios et plateformes convergent à toute vitesse vers un même objectif : capter l’attention du public où qu’elle se trouve, sur le petit écran du salon comme sur celui du smartphone.
C’est le grand mouvement de l’année, résument Sara Fischer et Kerry Flynn dans leur briefing mensuel réservé aux abonnés, Axios Media Trends Executive.
D’un côté, la télévision traditionnelle et les services de streaming s’inspirent du format star de TikTok : la vidéo verticale. Netflix a annoncé cette semaine que sa nouvelle application mobile intégrera nativement des vidéos verticales. Disney+ a lancé dès mars un flux vidéo vertical dans son application. Amazon Web Services vient même de dévoiler des outils permettant de convertir automatiquement des contenus live ou à la demande en format vertical ; Fox Sports et NBCUniversal sont déjà partenaires.
Ces initiatives ne sont pas anodines. Elles visent à transformer le téléphone en téléviseur de poche, là où les jeunes passent désormais l’essentiel de leur temps de consommation vidéo.
Le mouvement est symétrique et irrésistible. Les studios courent après les formats courts, addictifs et mobiles qui captent l’attention des 18-34 ans. Les réseaux sociaux, eux, cherchent à s’installer durablement dans le salon et à monétiser des contenus plus longs, plus prestigieux, plus « premium ».
Ce n’est plus une simple bataille de technologies. C’est une redéfinition profonde des frontières entre divertissement grand public et contenu social. Dans ce nouveau paysage, la distinction entre « plateforme » et « chaîne » s’efface. Le gagnant ne sera pas celui qui impose son format, mais celui qui saura offrir la meilleure expérience, quel que soit l’écran.
TV veut être TikTok. TikTok veut être TV. Et le public, lui, n’a jamais eu autant le choix… ni autant de raisons de zapper d’une application à l’autre sans même s’en rendre compte.
Les futures relations Cuba-États-Unis :
un bras de fer personnel pour Marco Rubio
Miami, avril 2026. À 145 Km des côtes de la Floride, Cuba vacille au bord de l’effondrement. Blackouts à répétition, économie en ruine, population exaspérée : le régime castriste, dirigé en coulisses par le vieux Raúl Castro (94 ans), n’a jamais été aussi fragile.
Face à lui, l’administration Trump 2.0 ne joue plus la carte de l’ouverture d'Obama . Elle mène une politique de pression maximale… tout en ouvrant discrètement une porte.
La dernière révélation de Marc Caputo pour Axios est emblématique de ce double langage. La semaine dernière, un avion gouvernemental américain s’est posé à La Havane pour la première fois depuis la visite historique de Barack Obama il y a dix ans. À bord, des responsables du Département d’État ont rencontré des apparatchiks cubains, dont Raúl Guillermo Rodríguez Castro, dit « Raulito » ou « El Cangrejo » (le Crabe), petit-fils de Raúl et son porte-parole de facto.
Le message délivré était clair, sans menace explicite mais ferme : les États-Unis n’accepteront pas un désastre humanitaire à leur porte. En contrepartie, Washington propose d’aider à rétablir l’internet via Starlink, le service satellitaire d’Elon Musk, tout en exigeant des avancées concrètes en matière de libertés démocratiques, d’économie de marché et de libération de prisonniers politiques.
Derrière cette diplomatie de l’ombre, Marco Rubio fait une affaire personnelle. Fils d’exilés cubains né à Miami, le secrétaire d’État connaît le régime par cœur et le hait viscéralement. Il multiplie les contacts discrets avec Raulito depuis plusieurs mois, tout en maintenant publiquement un ton intransigeant.
Pour Rubio, il ne s’agit pas seulement de politique étrangère : c’est une question de justice historique, de vengeance familiale et d’opportunité stratégique. Il a déjà contribué à couper le robinet du pétrole vénézuélien qui maintenait artificiellement le régime à flot. Il voit aujourd’hui Cuba comme le chaînon faible du « socialisme du XXIe siècle » en Amérique latine.
Les exigences américaines sont connues : fin de la répression, élections libres, indemnisation des biens confisqués après 1959, ouverture économique réelle. En échange, allègement des sanctions, aide humanitaire ciblée et connexion internet qui contournerait le monopole étatique d’ETECSA. Trump lui-même a laissé entendre qu’un « deal » était possible, ou une action plus musclée une fois d’autres priorités (comme l’Iran et le Liban) réglées. Pour le régime, la marge de manœuvre est étroite.
Accepter Starlink, c’est risquer de perdre le contrôle de l’information et voir exploser les réseaux sociaux cubains, déjà bouillonnants.
Refuser, c’est accélérer la chute vers un chaos que même Washington ne veut pas voir à ses portes. Raulito, colonel du ministère de l’Intérieur et gardien du grand-père, incarne cette génération charnière : assez jeune pour comprendre la catastrophe, trop lié au système pour le trahir facilement.
L’avenir des relations Cuba-USA se joue donc sur un fil : un mélange de pression implacable et d’offres pragmatiques. Rubio veut un changement de régime sans bain de sang. Le régime veut survivre en cédant le moins possible. Entre les deux, le peuple cubain, épuisé, attend un horizon qui ne soit plus seulement la fuite en radeau ou la résignation.
Tout reste ouvert : un accord historique, une transition contrôlée… ou un nouveau bras de fer. Mais une chose est sûre : avec Rubio aux commandes, les États-Unis ne feront plus de cadeaux.
La page Obama est définitivement tournée. La page Trump-Rubio s’écrit en ce moment, à La Havane comme à Miami.
On peut reprendre le récit de Marco Polo — mais cette fois en lecture critique, presque polémique — pour établir un parallèle “à charge” avec le régime iranien contemporain.
Dans Le Devisement du monde, le Vieux de la Montagne apparaît comme un manipulateur absolu : il fabrique une illusion du paradis pour soumettre des jeunes hommes, les couper de la réalité et les transformer en instruments de mort.
Si l’on adopte une grille de lecture critique, certains observateurs voient dans l’Iran des mollahs une forme moderne — étatique — de ce mécanisme.
Depuis la Révolution iranienne de 1979, le pouvoir repose sur une théocratie où le religieux structure le politique. Le discours officiel valorise le martyre, la soumission à l’autorité religieuse et la lutte contre les “ennemis de Dieu”. Cette logique peut rappeler, sur le plan symbolique, la promesse de salut utilisée par le Vieux de la Montagne pour obtenir une loyauté absolue.
Mais surtout, les critiques actuelles ne portent pas sur un mythe médiéval : elles s’appuient sur des faits documentés. Des organisations comme Amnesty International décrivent une répression systématique : arrestations massives, torture, disparitions forcées et procès iniques visant à briser toute contestation.
Le Parlement européen dénonce également une “utilisation intentionnelle et disproportionnée de la force” contre des manifestants, avec des exécutions et une politique de terreur d’État.
Plus récemment encore, des informations font état d’un recours massif à la peine de mort, avec plus de 1 600 exécutions en 2025, souvent après des procédures expéditives.
Parallèlement, des coupures d’Internet et une censure poussée servent à isoler la population et à dissimuler les violences.
Dans cette perspective critique, la comparaison devient plus claire :
La différence majeure reste cependant l’échelle et la nature : les Assassins étaient une secte marginale opérant dans l’ombre, tandis que l’Iran est un État puissant, avec une population diverse dont une partie importante conteste activement le régime, parfois au prix de sa vie.
Au fond, la comparaison “à charge” ne dit pas seulement quelque chose sur l’Iran : elle révèle une constante historique. Lorsqu’un pouvoir prétend détenir la vérité absolue religieuse ou idéologique il peut être tenté de transformer la foi en instrument de contrôle.
Et c’est précisément ce que dénoncent aujourd’hui de nombreux Iraniens eux-mêmes, dans les rues comme dans la diaspora.