Une étude israélienne publiée dans Nature Medicine le 19 janvier 2026 révèle que l’activation volontaire du système de récompense cérébral peut amplifier la production d’anticorps après une vaccination.
Menée par une équipe multidisciplinaire, cette recherche marque une avancée majeure dans la compréhension du lien corps-esprit appliqué à l’immunité.
Sous la direction de la Prof. Talma Hendler (École de psychologie et Faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv, Institut Sagol du cerveau au centre médical Ichilov) et en collaboration étroite avec la Prof. Asya Rolls (Faculté des sciences de la vie, Université de Tel-Aviv), le Dr. Nitzan Lubianiker (premier auteur, aujourd’hui affilié à Yale), le Dr. Tamar Koren (Technion) et d’autres chercheurs israéliens et internationaux, l’étude démontre pour la première fois chez l’humain un effet causal quantifiable.
Protocole expérimental rigoureux Les chercheurs ont recruté 85 volontaires sains dans un essai randomisé contrôlé en double aveugle, préenregistré (ClinicalTrials.gov NCT03951870). Les participants ont suivi quatre sessions de neurofeedback par IRM fonctionnelle (IRMf), technique permettant d’observer et d’entraîner en temps réel l’activité cérébrale. L’objectif : augmenter l’activation du circuit de récompense mésolimbique, en particulier l’aire tegmentale ventrale (VTA), zone clé de libération de dopamine liée à l’anticipation positive d’une récompense (et non au plaisir immédiat ou à la satisfaction rétrospective).
Les sujets utilisaient des stratégies mentales libres : revivre un souvenir agréable, imaginer un événement futur enthousiasmant (voyage attendu, repas favori, rencontre plaisante), cultiver un sentiment d’excitation ou d’optimisme face à un résultat positif imminent. Un groupe contrôle entraînait d’autres régions (hippocampe ou noyau accumbens).
Immédiatement après la dernière session, tous recevaient un vaccin contre l’hépatite B. Les taux d’anticorps anti-HBV (HBVab) ont été mesurés avant, puis 2 et 4 semaines après la vaccination.
Résultats clés
- Les participants parvenant à augmenter fortement et durablement l’activité de la VTA montraient une hausse significativement plus importante des anticorps (corrélation r = 0.31, p = 0.018).
- Cet effet était anatomiquement spécifique (absent pour le noyau accumbens ou les régions témoins) et stratégiquement lié à l’anticipation positive plutôt qu’à d’autres formes de gratification.
- Aucune différence moyenne de réponse anticorps n’apparaissait entre groupes globaux (effet individuel variable), et aucun effet indésirable n’a été rapporté.
Mécanisme sous-jacent Les auteurs rapprochent ces observations de l’effet placebo, mais insistent sur un mécanisme neurobiologique précis : l’activation dopaminergique de la VTA modulerait les voies neuro-immunitaires (potentiellement via le système nerveux sympathique ou des signaux endocriniens). Des travaux antérieurs de l’équipe Rolls chez la souris avaient déjà montré que stimuler la VTA renforce l’immunité innée et adaptative.
Perspectives et limites « Le cerveau n’est pas seulement réactif à l’état du corps : il est un acteur actif qui l’influence », soulignent Hendler, Rolls, Lubianiker et Koren. Cette preuve de concept ouvre la voie à des outils non invasifs — applications de neurofeedback simplifiées, entraînements mentaux guidés — pour potentialiser les réponses vaccinales ou immunothérapies, notamment chez les personnes à faible répondeur (âgés, immunodéprimés).
Les chercheurs tempèrent toutefois : la variabilité interindividuelle reste importante, et cette approche ne remplace aucun traitement médical. Elle pourrait servir de complément adjuvant.
Publié dans la prestigieuse revue Nature Medicine (doi:10.1038/s41591-025-04140-5), ce travail illustre la fécondité croissante de l’intégration neurosciences-immunologie-psychologie.
Il renforce l’idée que cultiver consciemment une anticipation positive n’est pas seulement une question de bien-être mental, mais peut avoir des retombées biologiques mesurables sur la santé.
Source principale : Université de Tel-Aviv, communiqué des Amis français de l’Université de Tel-Aviv, et article original dans Nature Medicine.
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