Un analyste kurde, s’exprimant sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité, estime que les événements en cours dans le nord de la Syrie constituent pour les Kurdes un moment existentiel comparable, dans leur portée symbolique, à l’attaque du 7 octobre pour Israël. Dans un entretien accordé au Jerusalem Post, il appelle l’État hébreu à intervenir diplomatiquement — et éventuellement militairement — en faveur des forces kurdes.
Selon cet analyste, l’offensive récente des forces du gouvernement syrien de transition, soutenues par des milices tribales et des groupes à forte filiation jihadiste, a profondément modifié l’équilibre militaire dans les zones autrefois contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (SDF), dominées par les Kurdes. Ces dernières, qui avaient joué un rôle central dans la défaite territoriale de l’État islamique aux côtés des États-Unis, font aujourd’hui face à ce qu’il qualifie de « guerre d’extermination ».
« Ce n’est pas une guerre entre deux armées régulières. C’est une campagne visant à écraser une population perçue comme illégitime », affirme-t-il.
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montreraient des violences commises contre des civils kurdes par des partisans de Damas. Dans plusieurs régions, des habitants qui n’avaient pas quitté leurs villages pendant quinze années de guerre civile fuient désormais, craignant des massacres, des décapitations et des représailles collectives.
L’analyste décrit les forces engagées aux côtés de Damas comme un mélange d’unités de l’armée officielle et de milices tribales « liées par des réseaux de parenté à d’anciens groupes jihadistes, pour lesquels la guerre est synonyme de vengeance, de pillage et de domination ».
Dans ce contexte, il affirme que les Kurdes appellent Israël — ainsi que la communauté juive internationale — à user de leur influence politique aux États-Unis et en Europe afin de bloquer ce qu’ils perçoivent comme une campagne de nettoyage ethnique en gestation. « C’est notre 7 octobre. Le moment où la survie même du peuple kurde est menacée », dit-il.
Au-delà de l’argument moral, l’analyste avance un raisonnement stratégique : une victoire totale du gouvernement d’Ahmed al-Sharaa, soutenu par Ankara, renforcerait un axe hostile à Israël. Elle pourrait également, selon lui, encourager Damas à s’en prendre à d’autres minorités, notamment les Druzes du sud de la Syrie — que Jérusalem a déjà promis de protéger. Il estime qu’Israël aurait intérêt à empêcher l’établissement d’un contrôle jihadiste ou islamiste homogène sur la Syrie, y compris par des frappes ciblées contre des rassemblements militaires ou tribaux impliqués dans les offensives contre les Kurdes.
« Même si une telle politique devait susciter des critiques à court terme, elle servirait les intérêts stratégiques d’Israël à moyen et long terme », conclut-il.
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