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vendredi 31 octobre 2025

Pourquoi Halloween JBCH N° 580


Halloween : des racines celtiques à la fête des enfants; une célébration entre peur, jeu et mémoire. 


Je ne connaissais pas cette fête... un jour de novembre la petite fille de ma voisine sonne vers 21 H. Surpris j'ouvre et je la trouve déguisée en sorcière demandant des bonbons et un peu de monnaie. Embarrassé, je cherche des bonbons que je trouve dans le porte monnaie demon épouse et je lui les remets. 


Depuis, mon sens de la curiosité s'est éveillé et j ai invité toute ma petite  famille à visiter Londres, le jour de Halloween... et quelques années plus tard, avec mes petits enfants, à Amsterdam, j'ai découvert  son importance touristique et commerciale.




(Analyse à partir du texte de Tristane Banon, « Halloween tous les jours », parue le 31 octobre 2025)

Chaque automne, la fin d’octobre ramène la même scène : masques effrayants, citrouilles, toiles d’araignée et bonbons. « Un bonbon ou un sort ! » — le cri joyeux des enfants rappelle que la peur, devenue jeu, est un moyen de rire du sombre.

Mais cette année, note Tristane Banon, « le cœur n’y est plus ». La fête semble s’essouffler. La crise économique, les guerres, l’anxiété climatique et sociale ternissent l’envie de se déguiser en monstre. Comme si, écrit-elle, « aucune frayeur artificielle n’arrivera au talon de la réalité ».



Halloween, qui jadis permettait d’apprivoiser nos peurs par le rire, se trouve concurrencée par une réalité trop angoissante. Là où l’on jouait avec les fantômes, ce sont les crises réelles — économiques, écologiques, politiques — qui hantent désormais les esprits.


La fête devient alors un baromètre social : quand tout va bien, on rit de la mort ; quand l’époque tremble, on n’en a plus la force. Ce déclin d’Halloween n’est donc pas seulement une question de budget ou de mode : il révèle l’état psychologique collectif d’une société en manque de légèreté.

Pour Banon, Halloween « devient, pour un temps, morte fête ». Mais elle souligne aussitôt que ce retrait n’est pas définitif : la fête reviendra, parce qu’elle répond à un besoin humain fondamental — celui d’exorciser la peur par le jeu.




Sous ses apparences modernes et commerciales, Halloween est en réalité une fête très ancienne, héritée du monde celtique.

Il y a plus de deux mille ans, les Celtes célébraient Samhain le 31 octobre, marquant la fin de l’été et le début de l’hiver. Cette nuit était perçue comme un moment de passage : la frontière entre les vivants et les morts devenait si fine que les âmes pouvaient revenir sur terre.




Pour se protéger de ces esprits, les Celtes se déguisaient et portaient des masques effrayants — non pour s’amuser, mais pour éloigner les fantômes. Ce qui amuse aujourd’hui les enfants était donc à l’origine un rituel défensif contre l’invisible.


Au IXe siècle, l’Église catholique récupère cette tradition païenne et la transforme : la fête des morts devient la Toussaint, fixée au 1er novembre. La veille, on parle d’All Hallows’ Eve (« veille de tous les saints »), qui donnera plus tard « Halloween ».

Ce n’est qu’au XIXe siècle que la fête traverse l’Atlantique : les immigrés irlandais emportent leurs coutumes vers les États-Unis, où la société de spectacle les transforme profondément.

Les Américains y ajoutent les citrouilles creusées, les bonbons, et en font une célébration de masse : une superproduction populaire, à l’image du cinéma hollywoodien. Comme le Père Noël né du saint Nicolas européen, Halloween devient le produit d’une réinvention américaine.


Cette transformation révèle la double nature d’Halloween : à la fois héritage celtique ancien et symbole moderne de la culture de masse. L’Europe la critique parfois comme un import américain, mais elle revient à ses propres origines : le vieux monde redécouvre une fête qu’il avait inventée.





Pour les enfants, Halloween est une fête magique. Elle invente un monde parallèle où tout est permis : se déguiser, se moquer de la mort, s’amuser de ce qui fait peur.

Le masque protège : derrière lui, l’enfant peut exprimer ses angoisses sans danger. Le déguisement devient un espace de liberté où l’on joue avec les limites entre le bien et le mal, le réel et le fantastique.

De plus, Halloween est un rite d’initiation joyeux : aller de maison en maison, collecter des bonbons, c’est s’émanciper, apprendre à conquérir le monde extérieur sous couvert de jeu.

Dans une société où tout semble sérieux et codifié, Halloween redonne à l’enfance son droit à la transgression et à la peur apprivoisée.


Mais cette fête ne parle pas qu’aux enfants. Les adultes y trouvent aussi une libération symbolique : celle de pouvoir rire de la mort, de désamorcer l’angoisse existentielle par le divertissement. 


En cela, Halloween prolonge les rites anciens qui cherchaient à concilier les vivants et les morts — non dans la tristesse, mais dans la joie du souvenir et du partage.






IV. Halloween et la Toussaint : deux visages d’un même rapport à la mort


En France, la coïncidence entre Halloween (31 octobre) et la Toussaint (1er novembre) n’est pas un hasard.

Ces deux fêtes se répondent : la première est païenne, ludique, colorée ; la seconde chrétienne, recueillie, méditative.

Toutes deux expriment une même idée : honorer les morts et reconnaître la fragilité de la vie.

Mais là où la Toussaint invite à la prière et au silence des cimetières, Halloween propose la réconciliation par le rire et la lumière — celle des citrouilles, qui chassent symboliquement les ténèbres.


Cette proximité de dates explique la tension culturelle française vis-à-vis d’Halloween : certains y voient une fête commerciale importée, d’autres une complémentarité naturelle avec la Toussaint.

En réalité, ces deux célébrations forment les deux faces d’un même besoin humain : celui de dialoguer avec la mort, soit par la spiritualité, soit par le jeu.


Tristane Banon conclut sur une note à la fois ironique et mélancolique :


« Halloween est mort, vive Halloween ! »


Autrement dit, la fête peut s’éteindre temporairement, mais renaîtra toujours, car elle répond à un besoin collectif de catharsis.

Halloween est un miroir de nos peurs contemporaines : quand le monde va bien, on s’y amuse ; quand il tremble, on n’a plus le cœur à rire des fantômes.


Pourtant, tant qu’il y aura des enfants pour se déguiser, des citrouilles à creuser et des bonbons à distribuer, Halloween continuera de vivre — comme un pont entre l’ancien et le nouveau monde, entre la mémoire des morts et la joie des vivants.

Et si, comme le suggère Banon, « les fantômes de la fête sont parmi nous », c’est peut-être parce qu’ils nous rappellent que rire de la mort, c’est déjà lui survivre.



Halloween n’est donc pas une simple fête importée ni une mode passagère. C’est un héritage millénaire qui, transformé par l’Amérique, revient en Europe pour nous rappeler notre propre passé.


Elle traduit notre rapport à la peur, à la mort et à la mémoire.


En France, au moment où la Toussaint invite à la prière, Halloween rappelle que la vie continue — même au milieu des fantômes.

Parce qu’en définitive, rire de la mort, c’est encore affirmer la vie. 


Le BHV. son dernier atout avant de ... disparaître ! JBCH N° 579

On a parlé de la rue de Rivoli que la Mairie de Paris a tué, Le BHV se situe devant l'Hôtel de ville, et toutes les rues autour sont soit piétonnes, soit en sens interdit  ... à la Raymond Devos !! 


Lorsque j'étais enfant ou même jeune marié, quand on avait besoin d'une vis, d'un outil, d'une découpe de bois, de verre, d'une manivelle pour les stores ... 


Nous avions un seul réflexe, une seule adresse : le BHV, je redécouvre son histoire et sa dernière alliance avec Shein, telle qu’elle apparaît dans Les Échos Week-End. 



Le BHV : une institution française en quête de renaissance




Le mythe du grand magasin à la française, Le Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), ouvert en 1856, occupe une place particulière dans l’histoire du commerce parisien. 


Né de l’audace de François-Xavier Ruel, un marchand lyonnais qui monta à la capitale avec une ambition simple — offrir un « bazar » où l’on trouve de tout —, il est devenu au fil du temps un symbole du commerce de proximité à la française, mêlant accessibilité populaire et élégance bourgeoise. Dès sa fondation, le BHV a incarné ce modèle de « grand magasin démocratique », où se côtoient luxe discret et objets du quotidien. Son slogan implicite a toujours été : « on trouve tout au BHV ».


Cette double identité, à la fois temple du bricolage et vitrine de la mode — explique sa longévité mais aussi ses fragilités. Comme le Bon Marché, son aîné de quatre ans, le BHV s’est nourri de la modernité du Second Empire, du goût du neuf et de l’esprit haussmannien. 


Sa légende s’enrichit d’un épisode célèbre : l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, aurait été sauvée par Ruel lors d’un accident d’attelage. En remerciement, elle lui aurait offert la somme nécessaire à la fondation du magasin. Ce geste fondateur rattache le BHV à une époque où le commerce s’alliait à la légende, et où l’entrepreneur incarnait encore une figure romantique.



Durant plus d’un siècle, le BHV s’est imposé comme un pilier de la vie parisienne. Le magasin du Marais, devenu en 2013 le BHV Marais, symbolisait la mixité sociale : artisans, familles, touristes et cadres y trouvaient leur bonheur. Mais à partir des années 1980, le modèle du grand magasin entre en crise. La concurrence des centres commerciaux, des galeries périphériques et du commerce en ligne fait vaciller ce type d’institution. 


En 1989, le BHV quitte la famille Ruel pour rejoindre les Nouvelles Galeries, avant d’être absorbé en 1991 par le groupe Galeries Lafayette. Ce rachat marque la fin d’une époque : le BHV devient un « vaisseau » vieillissant dans un univers de plus en plus mondialisé.


Les chiffres de 2023 témoignent de cette lente érosion : 15 millions d’euros de pertes en un exercice. Les allées du magasin se vident, son modèle économique s’essouffle. C’est dans ce contexte qu’intervient Frédéric Merlin, jeune entrepreneur lyonnais de 34 ans, PDG de la Société des Grands Magasins (SGM), qui rachète le BHV avec l’ambition de lui redonner souffle et pertinence.


Frédéric Merlin : l’entrepreneur disruptif



Issu d’un milieu modeste, autodidacte et ambitieux, Frédéric Merlin représente une nouvelle génération de dirigeants qui conjuguent culot, rapidité et vision numérique. Il s’impose comme un « hyper-patron », omniprésent, proche des codes de la start-up autant que de ceux du commerce traditionnel. Admirateur de Nicolas Sarkozy, qui le considère comme son « poulain », il revendique un style direct, parfois brutal, mais efficace.


Son objectif est clair : sauver le BHV en le réinventant. Pour lui, il ne s’agit pas de préserver une institution figée mais d’en faire un lieu vivant, capable de dialoguer avec les nouvelles générations. Le BHV, dit-il, doit redevenir un « grand magasin pour tous », fidèle à son ADN de mixité : on doit pouvoir y acheter « des clous et des vis » aussi bien que « du rouge à lèvres ou un sac à main de luxe ».



L’alliance controversée avec Shein : renaissance ou trahison ?




Il est vrai que Leroy Merlin, Castorama, Bricomarché ont poussé le BHV en dehors des cordes, Internet et les sites en ligne l'on buté en dehors du ring, Il fallait donc réagir ... 


Pour attirer une nouvelle clientèle et booster la fréquentation, Merlin décide d’accueillir au sixième étage du BHV le géant chinois de la fast fashion, Shein, connu pour ses vêtements à bas prix et son marketing numérique agressif. L’accord, qualifié de « martingale sulfureuse », vise à faire du BHV une vitrine du commerce globalisé, où cohabiteraient tradition et ultra-modernité.



Mais cette décision provoque une tempête médiatique et éthique. En quelques jours, plusieurs marques françaises : Le Slip Français, Figaret, A.P.C., Talm, Odaje, entre autres, quittent le magasin pour protester contre cette collaboration jugée « immorale ». Le ministre du Commerce, Serge Papin, s’y oppose publiquement, estimant que l’arrivée de Shein envoie « un mauvais signal » au moment où la France tente de promouvoir la mode responsable. Même Disneyland Paris retire ses vitrines de Noël prévues au BHV, entraînant un manque à gagner de 3 millions d’euros.


Les critiques se concentrent sur les pratiques sociales et environnementales de Shein : travail des ouvriers, production massive de polyester, exploitation des données clients.  cette alliance serait  une « escroquerie médiatique », un pacte faustien entre une institution française et un symbole du consumérisme mondialisé.

Une controverse symptomatique de notre époque

Face à la tempête, Shein contre-attaque. Son représentant en France, Quentin Ruffat, tente de défendre l’entreprise : selon lui, Shein n’est pas responsable de la disparition du commerce local, phénomène antérieur à son arrivée, et son modèle créerait au contraire un « ruissellement positif » sur les ventes des autres marques. Il cite l’exemple d’un pop-up store à Dijon où la fréquentation globale du quartier aurait doublé pendant la présence de Shein.


Cet argument met en lumière une contradiction centrale de notre époque : nous dénonçons la fast fashion tout en consommant massivement ses produits. 


Comme le souligne un observateur anonyme cité dans l’article, 97 % du textile français est produit à l’étranger, souvent dans les mêmes conditions que celles reprochées à Shein. En d’autres termes, la polémique autour du BHV révèle l’hypocrisie collective d’une société de consommation qui critique ce qu’elle ne cesse d’acheter.




Le BHV est à un tournant historique. L’arrivée de Shein peut être vue comme une trahison de l’esprit originel du magasin — fondé sur la qualité, la proximité et la fidélité à un savoir-faire français — ou, au contraire, comme une tentative désespérée mais visionnaire de sauver un modèle économique menacé d’extinction.


Entre patrimoine et innovation, valeurs éthiques et réalités économiques, Frédéric Merlin incarne le dilemme de notre temps : faut-il sacrifier une part d’âme pour survivre dans un marché mondialisé ?


Le BHV, « bazar persan » devenu symbole parisien, se retrouve une nouvelle fois au cœur du grand bazar du XXIᵉ siècle — celui de la mondialisation, de l’image et des contradictions morales du commerce moderne.




jeudi 30 octobre 2025

Blog d'Hervé Kabla ... la Région de "Palestine". JBCH N° 578

Histoire de la région de Palestine



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L’histoire récente a montré à de nombreuses occasions que le niveau de connaissance sur le conflit qui oppose Israel à ses voisins depuis quelques décennies est proche du zéro absolu. À celui, il n’y aurait a priori rien de grave: après tout, que savez-vous de la guérilla sandiniste, du conflit au Sud Soudan ou en Mauritanie, de ce qui se passe au Kosovo ou haut Karabakh ? À peu près pas grand chose, et pourtant ça n’empêche pas la Terre de tourner, hein ?


Bien sur, c’est un triste constat, et rien ne vous empêche de vous informer, d’ouvrir un atlas, de lire des livres, et de vous faire votre propre idée. Encore faut-il disposer de sources fiables et non totalement influencées. C’est le cas pour les conflits cités plus haut, et bien évidemment pour ce qui se passe au Proche-Orient.

En ce qui concerne ce dernier sujet, c’est d’autant plus nécessaire que les répercussions de cette ignorance crasse sont visibles jour après jour. De récentes interviews ont montré que certains soutiens, notamment du côté des « pro-palestiniens » ne connaissent absolument rien au sujet. Tout le monde se souvient de Mathilde Panot qui ne sait pas très bien situer la Palestine d’un côté ou de l’autre du Jourdain. Mais il suffit d’aller faire un tour sur Twitter pour constater que dans de nombreuses universités, et dans des manifestations de grandes ampleurs, des individus scandent des slogans dont ils ne comprennent ni la portée ni le contexte. Comme ces mouvements « queers for Palestine », qui ne savent pas quel traitement est réservé à celles et ceux qui soutiennent leurs idées dans la région autrefois administrée par le Hamas…

En observant ces individus, je n’ai qu’une envie : leur envoyer le dernier livre de Michel-André Levy, sobrement intitulé Histoire de la région de Palestine. Le titre parle de lui-même : il ne s’agit ni d’une histoire d’Israel, ni d’une historie de la Palestine – ce mot ayant uns ens différent selon l’interlocuteur auquel on s’adresse – mais une histoire de cette région si souvent convoitée, allant du Liban au nord jusqu’au Sinaï au sud, coincée entre la Méditerranée et le Jourdain (coucou Mathilde…)

Ce livre s’adresse donc à ceux qui ne connaissent rien ou ne comprennent pas grand chose à ce qui se passe et surtout ce qui s’est passé dans cette région, depuis… oh disons quelques siècles.

Abondamment illustré et bourré de références malgré son petit format (qui me rappelle les « Que sais-je ? »), ce ivre est conçu de manière très judicieuse en trois chapitres qui remontent l’histoire : on est ainsi certain que le lecteur qui n’achèverait pas la lecture de cet ouvrage d’une centaine de pages en sortirait quand même avec une compréhension diffuse des événements récents.

Le premier chapitre s’intéresse donc à l’historie contemporaine, de 1948 au 7 octobre 2023 – il ne traite pas de ce qui a suivi, car ce n’est pas son objet. Le second chapitre remonte un peu plus loin, et court du premeir conflit mondial jusqu’en 1948, déclaration d’indépendance de l’état d’Israel.

Le dernier chapitre, enfin, remonte au début de l’histoire de cette région, avec ce que cela comporte parfois d’histoire biblique, en prenant toutes les précautions pour ne pas s’y tenir, jusqu’à la veille du premier conflit mondial, précédé de l’émergence du mouvement sioniste, qui obtiendra, rappelons-le, le droit d’établir un foyer national juif dans une région qu’on appelait … Palestine.

Bref, un livre à lire et surtout à offrir. Diffuser le savoir, c’est un bon début pour tenter de réparer le monde… Et d’éviter à la pauvre Mathilde de passer pour une cloche en direct…