Halloween : des racines celtiques à la fête des enfants; une célébration entre peur, jeu et mémoire.
Je ne connaissais pas cette fête... un jour de novembre la petite fille de ma voisine sonne vers 21 H. Surpris j'ouvre et je la trouve déguisée en sorcière demandant des bonbons et un peu de monnaie. Embarrassé, je cherche des bonbons que je trouve dans le porte monnaie demon épouse et je lui les remets.
Depuis, mon sens de la curiosité s'est éveillé et j ai invité toute ma petite famille à visiter Londres, le jour de Halloween... et quelques années plus tard, avec mes petits enfants, à Amsterdam, j'ai découvert son importance touristique et commerciale.
(Analyse à partir du texte de Tristane Banon, « Halloween tous les jours », parue le 31 octobre 2025)
Chaque automne, la fin d’octobre ramène la même scène : masques effrayants, citrouilles, toiles d’araignée et bonbons. « Un bonbon ou un sort ! » — le cri joyeux des enfants rappelle que la peur, devenue jeu, est un moyen de rire du sombre.
Mais cette année, note Tristane Banon, « le cœur n’y est plus ». La fête semble s’essouffler. La crise économique, les guerres, l’anxiété climatique et sociale ternissent l’envie de se déguiser en monstre. Comme si, écrit-elle, « aucune frayeur artificielle n’arrivera au talon de la réalité ».
Halloween, qui jadis permettait d’apprivoiser nos peurs par le rire, se trouve concurrencée par une réalité trop angoissante. Là où l’on jouait avec les fantômes, ce sont les crises réelles — économiques, écologiques, politiques — qui hantent désormais les esprits.
La fête devient alors un baromètre social : quand tout va bien, on rit de la mort ; quand l’époque tremble, on n’en a plus la force. Ce déclin d’Halloween n’est donc pas seulement une question de budget ou de mode : il révèle l’état psychologique collectif d’une société en manque de légèreté.
Pour Banon, Halloween « devient, pour un temps, morte fête ». Mais elle souligne aussitôt que ce retrait n’est pas définitif : la fête reviendra, parce qu’elle répond à un besoin humain fondamental — celui d’exorciser la peur par le jeu.
Sous ses apparences modernes et commerciales, Halloween est en réalité une fête très ancienne, héritée du monde celtique.
Il y a plus de deux mille ans, les Celtes célébraient Samhain le 31 octobre, marquant la fin de l’été et le début de l’hiver. Cette nuit était perçue comme un moment de passage : la frontière entre les vivants et les morts devenait si fine que les âmes pouvaient revenir sur terre.
Pour se protéger de ces esprits, les Celtes se déguisaient et portaient des masques effrayants — non pour s’amuser, mais pour éloigner les fantômes. Ce qui amuse aujourd’hui les enfants était donc à l’origine un rituel défensif contre l’invisible.
Au IXe siècle, l’Église catholique récupère cette tradition païenne et la transforme : la fête des morts devient la Toussaint, fixée au 1er novembre. La veille, on parle d’All Hallows’ Eve (« veille de tous les saints »), qui donnera plus tard « Halloween ».
Ce n’est qu’au XIXe siècle que la fête traverse l’Atlantique : les immigrés irlandais emportent leurs coutumes vers les États-Unis, où la société de spectacle les transforme profondément.
Les Américains y ajoutent les citrouilles creusées, les bonbons, et en font une célébration de masse : une superproduction populaire, à l’image du cinéma hollywoodien. Comme le Père Noël né du saint Nicolas européen, Halloween devient le produit d’une réinvention américaine.
Cette transformation révèle la double nature d’Halloween : à la fois héritage celtique ancien et symbole moderne de la culture de masse. L’Europe la critique parfois comme un import américain, mais elle revient à ses propres origines : le vieux monde redécouvre une fête qu’il avait inventée.
Pour les enfants, Halloween est une fête magique. Elle invente un monde parallèle où tout est permis : se déguiser, se moquer de la mort, s’amuser de ce qui fait peur.
Le masque protège : derrière lui, l’enfant peut exprimer ses angoisses sans danger. Le déguisement devient un espace de liberté où l’on joue avec les limites entre le bien et le mal, le réel et le fantastique.
De plus, Halloween est un rite d’initiation joyeux : aller de maison en maison, collecter des bonbons, c’est s’émanciper, apprendre à conquérir le monde extérieur sous couvert de jeu.
Dans une société où tout semble sérieux et codifié, Halloween redonne à l’enfance son droit à la transgression et à la peur apprivoisée.
Mais cette fête ne parle pas qu’aux enfants. Les adultes y trouvent aussi une libération symbolique : celle de pouvoir rire de la mort, de désamorcer l’angoisse existentielle par le divertissement.
En cela, Halloween prolonge les rites anciens qui cherchaient à concilier les vivants et les morts — non dans la tristesse, mais dans la joie du souvenir et du partage.
IV. Halloween et la Toussaint : deux visages d’un même rapport à la mort
En France, la coïncidence entre Halloween (31 octobre) et la Toussaint (1er novembre) n’est pas un hasard.
Ces deux fêtes se répondent : la première est païenne, ludique, colorée ; la seconde chrétienne, recueillie, méditative.
Toutes deux expriment une même idée : honorer les morts et reconnaître la fragilité de la vie.
Mais là où la Toussaint invite à la prière et au silence des cimetières, Halloween propose la réconciliation par le rire et la lumière — celle des citrouilles, qui chassent symboliquement les ténèbres.
Cette proximité de dates explique la tension culturelle française vis-à-vis d’Halloween : certains y voient une fête commerciale importée, d’autres une complémentarité naturelle avec la Toussaint.
En réalité, ces deux célébrations forment les deux faces d’un même besoin humain : celui de dialoguer avec la mort, soit par la spiritualité, soit par le jeu.
Tristane Banon conclut sur une note à la fois ironique et mélancolique :
« Halloween est mort, vive Halloween ! »
Autrement dit, la fête peut s’éteindre temporairement, mais renaîtra toujours, car elle répond à un besoin collectif de catharsis.
Halloween est un miroir de nos peurs contemporaines : quand le monde va bien, on s’y amuse ; quand il tremble, on n’a plus le cœur à rire des fantômes.
Pourtant, tant qu’il y aura des enfants pour se déguiser, des citrouilles à creuser et des bonbons à distribuer, Halloween continuera de vivre — comme un pont entre l’ancien et le nouveau monde, entre la mémoire des morts et la joie des vivants.
Et si, comme le suggère Banon, « les fantômes de la fête sont parmi nous », c’est peut-être parce qu’ils nous rappellent que rire de la mort, c’est déjà lui survivre.
Halloween n’est donc pas une simple fête importée ni une mode passagère. C’est un héritage millénaire qui, transformé par l’Amérique, revient en Europe pour nous rappeler notre propre passé.
Elle traduit notre rapport à la peur, à la mort et à la mémoire.
En France, au moment où la Toussaint invite à la prière, Halloween rappelle que la vie continue — même au milieu des fantômes.
Parce qu’en définitive, rire de la mort, c’est encore affirmer la vie.
