On a parlé de la rue de Rivoli que la Mairie de Paris a tué, Le BHV se situe devant l'Hôtel de ville, et toutes les rues autour sont soit piétonnes, soit en sens interdit ... à la Raymond Devos !!
Lorsque j'étais enfant ou même jeune marié, quand on avait besoin d'une vis, d'un outil, d'une découpe de bois, de verre, d'une manivelle pour les stores ...
Nous avions un seul réflexe, une seule adresse : le BHV, je redécouvre son histoire et sa dernière alliance avec Shein, telle qu’elle apparaît dans Les Échos Week-End.
Le BHV : une institution française en quête de renaissance
Le mythe du grand magasin à la française, Le Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), ouvert en 1856, occupe une place particulière dans l’histoire du commerce parisien.
Né de l’audace de François-Xavier Ruel, un marchand lyonnais qui monta à la capitale avec une ambition simple — offrir un « bazar » où l’on trouve de tout —, il est devenu au fil du temps un symbole du commerce de proximité à la française, mêlant accessibilité populaire et élégance bourgeoise. Dès sa fondation, le BHV a incarné ce modèle de « grand magasin démocratique », où se côtoient luxe discret et objets du quotidien. Son slogan implicite a toujours été : « on trouve tout au BHV ».
Cette double identité, à la fois temple du bricolage et vitrine de la mode — explique sa longévité mais aussi ses fragilités. Comme le Bon Marché, son aîné de quatre ans, le BHV s’est nourri de la modernité du Second Empire, du goût du neuf et de l’esprit haussmannien.
Sa légende s’enrichit d’un épisode célèbre : l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, aurait été sauvée par Ruel lors d’un accident d’attelage. En remerciement, elle lui aurait offert la somme nécessaire à la fondation du magasin. Ce geste fondateur rattache le BHV à une époque où le commerce s’alliait à la légende, et où l’entrepreneur incarnait encore une figure romantique.
Durant plus d’un siècle, le BHV s’est imposé comme un pilier de la vie parisienne. Le magasin du Marais, devenu en 2013 le BHV Marais, symbolisait la mixité sociale : artisans, familles, touristes et cadres y trouvaient leur bonheur. Mais à partir des années 1980, le modèle du grand magasin entre en crise. La concurrence des centres commerciaux, des galeries périphériques et du commerce en ligne fait vaciller ce type d’institution.
En 1989, le BHV quitte la famille Ruel pour rejoindre les Nouvelles Galeries, avant d’être absorbé en 1991 par le groupe Galeries Lafayette. Ce rachat marque la fin d’une époque : le BHV devient un « vaisseau » vieillissant dans un univers de plus en plus mondialisé.
Les chiffres de 2023 témoignent de cette lente érosion : 15 millions d’euros de pertes en un exercice. Les allées du magasin se vident, son modèle économique s’essouffle. C’est dans ce contexte qu’intervient Frédéric Merlin, jeune entrepreneur lyonnais de 34 ans, PDG de la Société des Grands Magasins (SGM), qui rachète le BHV avec l’ambition de lui redonner souffle et pertinence.
Frédéric Merlin : l’entrepreneur disruptif
Issu d’un milieu modeste, autodidacte et ambitieux, Frédéric Merlin représente une nouvelle génération de dirigeants qui conjuguent culot, rapidité et vision numérique. Il s’impose comme un « hyper-patron », omniprésent, proche des codes de la start-up autant que de ceux du commerce traditionnel. Admirateur de Nicolas Sarkozy, qui le considère comme son « poulain », il revendique un style direct, parfois brutal, mais efficace.
Son objectif est clair : sauver le BHV en le réinventant. Pour lui, il ne s’agit pas de préserver une institution figée mais d’en faire un lieu vivant, capable de dialoguer avec les nouvelles générations. Le BHV, dit-il, doit redevenir un « grand magasin pour tous », fidèle à son ADN de mixité : on doit pouvoir y acheter « des clous et des vis » aussi bien que « du rouge à lèvres ou un sac à main de luxe ».
L’alliance controversée avec Shein : renaissance ou trahison ?
Il est vrai que Leroy Merlin, Castorama, Bricomarché ont poussé le BHV en dehors des cordes, Internet et les sites en ligne l'on buté en dehors du ring, Il fallait donc réagir ...
Pour attirer une nouvelle clientèle et booster la fréquentation, Merlin décide d’accueillir au sixième étage du BHV le géant chinois de la fast fashion, Shein, connu pour ses vêtements à bas prix et son marketing numérique agressif. L’accord, qualifié de « martingale sulfureuse », vise à faire du BHV une vitrine du commerce globalisé, où cohabiteraient tradition et ultra-modernité.
Mais cette décision provoque une tempête médiatique et éthique. En quelques jours, plusieurs marques françaises : Le Slip Français, Figaret, A.P.C., Talm, Odaje, entre autres, quittent le magasin pour protester contre cette collaboration jugée « immorale ». Le ministre du Commerce, Serge Papin, s’y oppose publiquement, estimant que l’arrivée de Shein envoie « un mauvais signal » au moment où la France tente de promouvoir la mode responsable. Même Disneyland Paris retire ses vitrines de Noël prévues au BHV, entraînant un manque à gagner de 3 millions d’euros.
Les critiques se concentrent sur les pratiques sociales et environnementales de Shein : travail des ouvriers, production massive de polyester, exploitation des données clients. cette alliance serait une « escroquerie médiatique », un pacte faustien entre une institution française et un symbole du consumérisme mondialisé.
Une controverse symptomatique de notre époque
Face à la tempête, Shein contre-attaque. Son représentant en France, Quentin Ruffat, tente de défendre l’entreprise : selon lui, Shein n’est pas responsable de la disparition du commerce local, phénomène antérieur à son arrivée, et son modèle créerait au contraire un « ruissellement positif » sur les ventes des autres marques. Il cite l’exemple d’un pop-up store à Dijon où la fréquentation globale du quartier aurait doublé pendant la présence de Shein.
Cet argument met en lumière une contradiction centrale de notre époque : nous dénonçons la fast fashion tout en consommant massivement ses produits.
Comme le souligne un observateur anonyme cité dans l’article, 97 % du textile français est produit à l’étranger, souvent dans les mêmes conditions que celles reprochées à Shein. En d’autres termes, la polémique autour du BHV révèle l’hypocrisie collective d’une société de consommation qui critique ce qu’elle ne cesse d’acheter.
Le BHV est à un tournant historique. L’arrivée de Shein peut être vue comme une trahison de l’esprit originel du magasin — fondé sur la qualité, la proximité et la fidélité à un savoir-faire français — ou, au contraire, comme une tentative désespérée mais visionnaire de sauver un modèle économique menacé d’extinction.
Entre patrimoine et innovation, valeurs éthiques et réalités économiques, Frédéric Merlin incarne le dilemme de notre temps : faut-il sacrifier une part d’âme pour survivre dans un marché mondialisé ?
Le BHV, « bazar persan » devenu symbole parisien, se retrouve une nouvelle fois au cœur du grand bazar du XXIᵉ siècle — celui de la mondialisation, de l’image et des contradictions morales du commerce moderne.
Très enrichissant cette histoire du BHV
RépondreSupprimerJe ne savais pas la fusion avec shein