Aux États-Unis, une opposition grandissante à Flock
D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS, UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges
Un réseau de 120 000 caméras autonomes qui identifient les voitures
un mouvement de résistance qui s’étend.
Au printemps 2026, Nick Rabb, un Américain de 32 ans vivant à Pasadena (agglomération de Los Angeles), a découvert que sa ville de 135 000 habitants était couverte par 61 caméras de détection de plaques d’immatriculation. Ces caméras, commercialisées par la société privée Flock Safety, sont reliées à une base de données nationale qui regroupe les informations de plus de 120 000 caméras réparties dans tout le pays.
Chaque mois, ces dispositifs scannent environ 20 milliards de plaques. Le système permet de reconstituer le trajet d’un véhicule, que ce soit à l’échelle d’une ville ou sur de longues distances, dès qu’il est passé devant l’une des caméras. Les données sont mises à la disposition des forces de police locales qui ont souscrit au service.
Pour Nick Rabb, l’ampleur de ce réseau rappelle les outils d’un régime autoritaire. « Son potentiel est dangereux, en particulier lorsqu’il est mis entre les mains de l’ICE, la police de l’immigration », explique-t-il. Chercheur en informatique, il a créé le site Pasadena Privacy, ouvert des comptes sur les réseaux sociaux, organisé des réunions locales et préparé des interventions publiques pour alerter ses concitoyens.
La contestation ne se limite plus à quelques activistes. Sous la pression des habitants et d’élus locaux, une centaine de villes américaines ont déjà rompu leur contrat avec Flock Safety. Le mouvement s’étend, porté par des arguments de protection de la vie privée et de limitation des pouvoirs de surveillance.
Flock Safety présente son système comme un outil de lutte contre la criminalité : vol de voitures, enlèvements, enquêtes sur des délits graves. Les caméras ne filment pas les visages, insiste l’entreprise, et les données ne sont accessibles qu’aux forces de l’ordre partenaires. Pourtant, de nombreux citoyens et organisations de défense des libertés y voient une infrastructure de surveillance de masse, opaque et difficile à contrôler.
Le débat touche à des questions fondamentales : jusqu’où une société démocratique peut-elle accepter qu’une entreprise privée cartographie en permanence les déplacements de millions de véhicules ? Qui contrôle réellement ces bases de données ? Quelles garanties existent contre les abus, les fuites ou l’utilisation à des fins politiques ou migratoires ?
À Pasadena comme ailleurs, le combat de Nick Rabb et de ses alliés montre qu’une opposition citoyenne, même locale, peut faire reculer un dispositif national. Les ruptures de contrats se multiplient. La pression médiatique et politique s’accentue. Flock Safety, de son côté, continue de se développer et de signer de nouveaux partenariats.
Cette affaire américaine illustre une tension plus large, visible aussi en Europe : entre efficacité sécuritaire et protection des libertés individuelles. Les caméras de reconnaissance de plaques ne sont qu’un maillon d’un réseau de surveillance de plus en plus dense. La question n’est plus seulement technique. Elle est politique.
JBCH Réflexions — Août 2026
Regards sur les enjeux de surveillance, de technologie et de libertés.
Source d’inspiration : reportage d'après un reportage du Monde (Jessica Gourdon, Los Angeles). Analyse critique originales.