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samedi 29 août 2026

Macron en Suède ! Pourquoi ? JBCH N° 2608 - 128

JBCH Réflexions


Journal indépendant · Idées, actualité, société

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ANALYSE — DÉFENSE & GÉOPOLITIQUE

La France, en retard sur les drones,
cherche un nouvel élan

Après l'échec du SCAF avec Berlin, Paris multiplie les portes de sortie — jusqu'en Suède. La Suède est-elle la solution ?

29 août 2026                        JBCH N° 128 

D'APRÈS MES ANALYSES, MES LECTURES DANS LES JOURNAUX FRANÇAIS ET INTERNATIONAUX ET LES MEDIAS,                             UN COMPLÉMENT SE TROUVE DANS JBCH CLIPS et JBCH Echanges



 
Lundi, Emmanuel Macron s'envolera vers Stockholm. Officiellement, une visite d'État. Officieusement, la France y cherche ce qu'elle n'a pas su construire seule : un partenaire pour son avion de chasse de nouvelle génération.


 À l'Élysée, on parle déjà d'« axes de coopération » avec Saab, le constructeur du Gripen. La France, dit-on, apporterait ses réacteurs   Safran.

  

 Deux avions « de taille relativement réduite », deux industries qui « se respectent », a précisé un fonctionnaire vendredi. Le langage est feutré. La réalité, elle, est plus rude.



 

Car cette main tendue à Stockholm n'est pas un choix de confort. Elle est la conséquence directe d'un printemps raté. Le programme SCAF (Système de combat aérien du futur), censé unir la France, l'Allemagne et l'Espagne autour d'un chasseur furtif de sixième génération, s'est effondré en juin 2026, miné par des années de désaccords entre Dassault Aviation et l'allemand "Airbus Defence and Space" sur le partage industriel, la propriété intellectuelle et jusqu'à la philosophie même de l'appareil. 

Berlin est parti. Paris s'est retrouvée seule avec un démonstrateur à financer et un calendrier  un premier vol espéré vers 2031  de plus en plus fragile.


LES PRÉTENDANTS AU CHEVET DE LA FRANCE

  • Allemagne — partenaire historique du SCAF, a quitté le programme en juin 2026 après des années de blocage avec Airbus.
  • Inde — a officiellement engagé, début août 2026, des démarches pour rejoindre le FCAS mené par la France ; aucun accord formel signé à ce jour.
  • Suède — sollicitée à son tour cette semaine ; doit trancher sur l'avenir de son propre programme de chasseur d'ici septembre 2027.
  • Allemagne (bis) — selon Politico, Berlin aurait déjà pris contact avec Stockholm, en concurrence directe avec Paris

Dans ce jeu de chaises tournantes, l'Inde occupe une place à part. New Delhi a officiellement engagé, début août, des démarches pour rejoindre le programme français  une candidature accueillie avec un enthousiasme prudent à Paris, tant l'écart technologique entre les deux pays reste, sur ce dossier précis, à l'avantage français.                                                                                                Mais l'idylle a ses limites : la France s'est jusqu'ici montrée réticente à transmettre à New Delhi les codes sources de l'avionique du Rafale, un blocage qui avait déjà, par le passé, coûté cher à Dassault sur d'autres marchés.                                                  Et pendant que Paris hésite à partager ses secrets, Israël, lui, n'hésite pas : les accords de défense signés lors de la visite de Narendra Modi à Jérusalem en février 2026  missiles,drones,intelligence artificielle, estimés jusqu'à 20 milliards de dollars   dessinent un partenariat indo-israélien qui avance vite, sur le terrain très concret des drones, précisément là où la France accuse le plus grand retard.« La France n'est pas prête à la guerre des robots. »



 Ce retard n'est pas une figure de style. Un rapport sénatorial adopté à l'unanimité le 7 juillet 2026 le dit en ces termes mêmes. Fin 2024, les armées françaises ne disposaient que de 31 systèmes de lutte anti-drones et de 150 fusils brouilleurs. Moins de 2 % des crédits militaires sont consacrés aux drones ; sur les sommes déjà votées entre 2024 et 2026, à peine 28 % ont été effectivement dépensées. 


Pendant ce temps, l'armée ukrainienne engage près de 15 000 drones par jour sur le front, et la production mondiale se compte désormais en millions d'unités. La France, longtemps fière de sa sophistication industrielle, découvre que la guerre moderne se gagne aussi — peut-être surtout — par le volume.


 C'est dans ce contexte que la Suède prend tout son sens. Face à une Allemagne qui a claqué la porte, une Inde courtisée mais pas acquise, et un secteur des drones à reconstruire d'urgence, Stockholm offre à la France un partenaire de taille comparable, sans le passif industriel franco-allemand, et doté d'une culture d'ingénierie aéronautique déjà éprouvée avec le Gripen. 


Saab, de son côté, cherche un motoriste : la dépendance actuelle du Gripen envers l'américain GE Aerospace n'est un secret pour personne à Stockholm, à l'heure où la fiabilité des approvisionnements américains est elle-même questionnée.


 

Reste une question que Paris préfère ne pas trop formuler à voix haute : un couple franco-suédois suffira-t-il à combler seul le vide laissé par l'Allemagne, et à rattraper, dans le même mouvement, le retard accumulé sur les drones ? Rien n'est acquis. 


Aucun accord formel n'existe à ce stade, a pris soin de préciser l'Élysée. La Suède, elle, ne tranchera qu'en 2027. 


D'ici là, la France aura eu le temps de mesurer si son nouvel élan tient à un partenaire scandinave   ou s'il lui faudra, une fois de plus, apprendre à voler plus léger, plus vite, et surtout, en plus grand nombre.



JBCH N° 128                    Août 2026

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