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dimanche 2 août 2026

L'Eau : Le déni français JBCH N° 2608 - 045

Climat & ressources2 août 2026

L'eau : le déni français

Fleuves à sec, nappes épuisées, réseaux qui fuient de toutes parts : la France gère la sécheresse par la restriction ponctuelle quand le problème, lui, est devenu structurel.

La sécheresse frappe une grande partie de l'Europe, à la suite de plusieurs vagues de chaleur et d'un déficit de précipitations. 

Danube et Rhin affichent des niveaux historiquement bas, perturbant transport fluvial, agriculture, tourisme et production d'électricité. 

En France, la situation est préoccupante dans le Sud, le Centre et l'Est : sols asséchés, restrictions d'usage dans plusieurs départements, cultures et forêts exposées à un risque d'incendie qui a sévi cruellement cette année.

 
Une bulle hydrologique qui a fait illusion

Jusqu'à présent, la France vivait dans une bulle hydrologique. Pluies atlantiques, Alpes, grands fleuves, nappes généreuses : nous étions les favoris de l'Europe. 

Cette abondance a forgé un rapport à l'eau fondé sur le gaspillage structurel — 20 % de l'eau potable perdue dans des réseaux vétustes, une agriculture intensive qui pompe sans compter, une industrie qui rejette plutôt qu'elle ne recycle. Nous avons confondu privilège géographique et droit acquis.

Le climat ne négocie pas. Les sécheresses de 2022 et 2023 n'étaient pas des accidents : elles sont le nouveau régime.

Le Rhône, la Loire, la Garonne baissent. Les nappes s'épuisent. Et nous restons figés dans une logique de restriction ponctuelle — arrosage interdit, piscines limitées — alors que le problème est systémique. 

On punit le citoyen pour sa douche, mais on laisse l'agriculture industrielle irriguer des cultures gourmandes en plein stress hydrique. On interdit l'arrosage du jardin, sans traiter la fuite sous la chaussée.

Le triple échec français

La conservation : 1,3 million de kilomètres de canalisations, un tiers antérieur à 1960, un taux de fuite avoisinant 20 %, par endroits 30 %. Un scandale technique : l'or bleu s'échappe par milliers de mètres cubes, faute d'investissement dans la rénovation des réseaux.


Le recyclage : moins de 1 % des eaux usées françaises sont réutilisées à des fins industrielles ou agricoles, contre plus de 85 % en Israël et 15 % en Espagne. La technologie, les compétences et les financements existent ; ce qui manque, c'est la volonté politique de passer de l'égout à la ressource.




Le dessalement : Maroc, Algérie, Israël, Australie, Espagne investissent massivement pour sécuriser leur approvisionnement. La France, elle, reste immobile — alors que ses littoraux atlantique et méditerranéen pourraient accueillir des usines alimentées par le solaire et l'éolien offshore, non pour remplacer les nappes, mais pour alléger la pression sur elles.





Plan Marshall de l'eau

Ce qu'il faut construire

  • Rénovation intégrale des réseaux : objectif zéro fuite d'ici 2040, financé par obligations vertes et fonds européen dédié.
  • Recyclage à grande échelle : une unité de retraitement avancé par grande agglomération, objectif 30 % de réutilisation d'ici 2035.
  • Dessalination côtière : une centaine d'unités modulaires réparties sur les littoraux, couplées au renouvelable.
  • Stockage stratégique : citernes communales, réservoirs souterrains, retenues collinaires.

Le vrai choix

On nous vend des restrictions comme de l'écologie. 

Ce n'est que de la gestion de crise. La vraie écologie, c'est l'investissement massif dans la résilience. 

La France a les ingénieurs, les capitaux, le territoire. Ce qu'elle n'a plus, c'est le temps.

L'eau n'est pas un sujet mineur. C'est le sujet. Agriculture, industrie, santé, énergie : tout en dépend.





samedi 1 août 2026

La Tour Blanche. JBCH N° 2608 044

LA TOUR BLANCHE

Tout jeune pour aller à Gammarth dans la maison que mon papa louait devant le restaurant Orsini, qui se trouvait sur la plage et qui était à l'éapoque le dernier bâtiment avant la grande Dune qui marquait un cul de sac, on passait devant la Tour Blanche !

Entre La Marsa et Gammarth, sur la côte nord de Tunis, s'étirait une bande de terre encore sauvage où la Méditerranée vient lécher des collines basses couvertes de pinèdes. C'est là, dans les premières années 1950, qu'un entrepreneur européen, dit-on originaire de Corse ou d'Italie et nommé Moretti, imagine un lieu qui marquera pour toujours la mémoire de la Tunisie : la Tour Blanche


Construite en contrebas de la colline, face à la mer, cette bâtisse blanche devient rapidement bien plus qu'un simple établissement : c'est un hôtel, un restaurant, et surtout un dancing en plein air où la nuit tombe sur des tables nappées et une piste éclairée par des guirlandes.

Dans ces années où le protectorat français s'effrite et où l'indépendance approche — elle sera proclamée en mars 1956, la Tour Blanche offre un refuge à la société multiculturelle de Tunis. 



Pieds-noirs, Italiens, Maltais, Tunisois et officiers français se retrouvent là pour dîner, danser et oublier, le temps d'une soirée, les tensions politiques qui agitent le pays. 

L'ambiance est celle d'une Tunisie cosmopolite qui vit ses derniers feux : robes longues, costumes cravate, orchestres à la mode et champagne sur la terrasse dominant la baie.

La scène de la Tour Blanche et des établissements voisins de Gammarth accueille bientôt les artistes de passage. 

Dans les années 1950, Charles Aznavour, alors jeune chanteur en quête de reconnaissance, effectue une tournée de trois mois en Afrique du Nord qui le mène en Tunisie et c’est dans ce décor balnéaire qu'il poursuit, loin de Paris, sa conquête des scènes internationales, avant de connaître le triomphe.



Mais c'est en 1957, un an après l'indépendance, que le lieu entre dans la légende. 

À l'occasion de la Semaine du film italien à Tunis organisée par Unitalia-Film, un concours de beauté y est organisé à Gammarth. 

Une jeune fille de dix-neuf ans, Claude Cardinale, y participe presque par hasard, poussée sur scène alors qu'elle aide aux préparatifs. 



Elle est élue « la plus belle Italienne de Tunisie » . Le prix est un voyage à la Mostra de Venise, qui la propulsera vers une carrière cinématographique mondiale sous le nom de Claudia Cardinale

Ce soir-là, sous les étoiles de Gammarth, la Tour Blanche devient le berceau d'une étoile.

Je me souviens que mon oncle Claude, étudiant en pharmacie à Paris, rentrait pour passer ses vacances à La Goulette et organisait avec succès un concours de beauté pour élire « miss Air France »

À la fin de cette décennie, alors que la Tunisie indépendante tourne une page, la Tour Blanche change elle aussi de mains. 


Rachetée par de grandes familles tunisiennes, devenue Hôtel 4 étoiles, elle amorce une nouvelle vie, portant dans ses murs le souvenir de ces années 1950 où, entre La Marsa et Gammarth, le monde dansait encore au bord de la Méditerranée.

Riche dans son sous-sol , pauvre à cause de son dogmatisme JBCH N° 2608 - 043

Énergie & souveraineté1er août 2026

Le gaz qu'on interdit chez nous, le pétrole qu'on refuse même de chercher

La France importe massivement du gaz de schiste des États-Unis et du Canada alors que son propre sous-sol en regorge. Et pendant ce temps, elle ferme aussi la porte à toute recherche pétrolière sur son territoire.

La loi Jacob de 2011 interdit la fracturation hydraulique sur le territoire français — seule technique connue pour extraire le gaz de schiste. Le sous-sol français n'a pourtant rien d'un désert géologique : bassin parisien et bassin du Sud-Est renfermeraient, selon l'Agence américaine de l'énergie, de l'ordre de 3 900 milliards de mètres cubes de gaz techniquement récupérable. 

Ce gaz-là reste sous nos pieds. Celui que nous brûlons vient d'ailleurs : la France est la première capacité européenne d'importation de GNL, et le gaz américain — composé à environ 80 % de schiste selon l'EIA elle-même — en représentait déjà près de la moitié en 2023.

La loi Hulot de 2017 est allée plus loin encore : elle a mis fin à la délivrance de tout nouveau permis de recherche d'hydrocarbures, gaz et pétrole confondus, avec extinction programmée des concessions existantes d'ici 2040. 

Officiellement pour tenir l'objectif de neutralité carbone. Dans les faits, la France a choisi de fermer les yeux sur ce qu'elle a sous les pieds pour continuer d'importer ce que d'autres extraient à sa place, avec les mêmes techniques et les mêmes conséquences environnementales, simplement délocalisées.



On ne défend pas le climat en interdisant chez soi ce que l'on continue d'acheter, par cargos entiers, à l'autre bout du monde. On déplace le problème, on ne le résout pas.


C'est là que le double discours écologiste s'effondre : interdire la recherche sur son propre sol, au nom du principe, tout en finançant à quinze ans les mêmes technologies chez le fournisseur américain, ce n'est pas une politique climatique, c'est une politique d'affichage. 




Le gaz brûlé est le même, le CO2 émis est le même : seule la dépendance stratégique change, de Moscou hier à Houston aujourd'hui.

Repères

Deux lois, une même logique

2011, loi Jacob : interdiction de la fracturation hydraulique.

2017, loi Hulot : fin des nouveaux permis d'exploration d'hydrocarbures, extinction des concessions d'ici 2040.

Production pétrolière française : environ 1 % de la consommation nationale, bassins parisien et aquitain.

Importations gazières : GNL américain ≈ 49 % des importations françaises (2023), ~80 % issu du schiste.

L'autre son de cloche

Les défenseurs de ces lois répondent que la faible part de la production française (1 % de la consommation) rend l'argument de souveraineté marginal, et que les risques justifiant l'interdiction — nappes phréatiques, sismicité, fuites de méthane — ne disparaissent pas parce que le gisement est petit. Pour eux, la réponse à la dépendance importée est la sobriété et les renouvelables, pas la réouverture des forages.

Si la France ouvre les robinets et change ces lois absurdes ... On aura créé près d'un million d'emplois, et une balance des paiements positive pour des dizaines d'années. Pauvre France !

Jeux de puces ... JBCH N° 2608 - 042

 Technologie & géopolitique

1er août 2026

ASML acculé : 

Le verrou hollandais sur les puces se fissure


Le groupe néerlandais détenait un monopole mondial sur les machines de lithographie de pointe. La Chine, longtemps tenue à distance par les restrictions occidentales, s'approche désormais de la même technologie.

ASML n'a jamais eu de concurrent sérieux. Le groupe néerlandais conçoit seul, depuis deux décennies, les systèmes de lithographie par ultraviolet extrême (EUV) qui gravent les circuits les plus fins sur les puces les plus avancées.




Un monopole quasi total sur l'EUV et près de 88 % de part de marché sur le segment DUV Immersion, jamais sérieusement contesté jusqu'ici. 

Toute la stratégie occidentale de restriction technologique envers Pékin reposait sur ce verrou.

Ce verrou vient de se fissurer sur deux fronts à la fois. D'abord la DUV : une société chinoise basée à Shanghai, soutenue par l'État, a entamé une fabrication en série de machines de gravure par ultraviolet profond en immersion, avec une livraison prévue à des fondeurs comme SMIC, Hua Hong et CXMT. Ensuite l'EUV elle-même.




Un premier prototype chinois, dévoilé en juillet à Shenzhen, a généré pour la première fois une lumière UV de 13,5 nanomètres — la signature même de la technologie d'ASML.


Mais la vraie fragilité n'est pas dans l'EUV encore balbutiant : elle est dans la DUV, où la Chine produit déjà — et qui suffit, selon plusieurs analystes, à fabriquer des puces avancées.

Si Pékin et la société SMEE parvient à graver l'essentiel de ses puces avec des outils fabriqués sur son propre sol, les restrictions américaines et néerlandaises perdent une bonne partie de leur portée, quand bien même l'EUV resterait, pour quelques années encore, hors de portée chinoise.


Repères

Le rapport de force

ASML : monopole EUV, ~88 % du marché DUV Immersion, 5 150 fournisseurs dont 80 % en Europe.

Chine : production DUV en série visée dès 2026 (5 machines), prototype EUV à Shenzhen (juillet 2026).

Riposte occidentale : le MATCH Act, déposé en avril 2026, étend les restrictions à l'ensemble des équipements DUV par immersion.



Les Lois Noahides ... JBCH N° 2608 - 041

Pensée & tradition1/2

Les lois noahides : le socle éthique que l'humanité n'a jamais reçu par la raison seule

Bien avant Grotius ou Locke, la littérature talmudique posait l'idée d'un droit minimal commun à tout homme, indépendant de la Révélation faite à Israël. 

Pour moi, les sept lois noahides sont une boussole : elles rappellent que la vie, la justice et la dignité humaine ne sont pas négociables.  Elles peuvent rassembler ce qui paraît aujourd’hui dispersé, sans demander à chacun d’abandonner son identité. Dans le tumulte actuel, elles offrent un langage moral commun pour reconstruire la confiance et la paix.   Jacques-Bernard — Chronique

L'idée d'un socle éthique commun à l'humanité, distinct de la Torah révélée au Sinaï, remonte à la littérature talmudique, Sanhédrin 56a-60a et la Tossefta Avoda Zara, rédigées entre le IIIe et le Ve siècle, mais adossées à une tradition orale que les Sages font remonter bien plus haut. 

Le texte fondateur, dans le récit biblique, se trouve en Genèse 9, la paracha Noah : après le Déluge, D.ieu conclut avec Noé et sa descendance une alliance universelle  interdiction de verser le sang, interdiction de consommer la chair prélevée sur un animal encore vivant, promesse scellée par l'arc-en-ciel.

L'énumération complète des sept lois, pourtant, n'est pas donnée telle quelle dans le texte biblique : elle résulte d'un travail exégétique des Sages, qui en rattachent six à l'injonction faite à Adam en Genèse 2,16, et ajoutent la septième, l'interdiction du membre arraché à l'animal vivant, au moment de Noé. D'où le nom : des commandements antérieurs à Abraham et à la Révélation sinaïtique, valables pour Noé, ses fils, et par extension pour les « soixante-dix nations » de la table des peuples de Genèse 10.




Maïmonide et les « Justes parmi les Nations »

Maïmonide, dans le Michné Torah (Hilkhot Melakhim, chapitre 8), systématise cette doctrine et forge la notion de « Hassidei Oumot HaOlam », 

les Justes parmi les Nations : quiconque observe ces sept lois par soumission à la volonté divine, et non par simple raison, prendra part au monde futur, sans avoir à se convertir au judaïsme.


Repère

Les sept lois noahides

  1. Interdiction de l'idolâtrie (avoda zara)
  2. Interdiction du blasphème (birkat Hashem)
  3. Interdiction du meurtre (shefikhout damim)
  4. Interdiction de l'inceste et unions prohibées (guilouï arayot)
  5. Interdiction du vol (guézel)
  6. Interdiction du membre prélevé sur un animal vivant (ever min ha-haï)
  7. Obligation d'établir des tribunaux (dinim)Maïmonide, Michné Torah— 1 —
Pensée & tradition2/2

Une préfiguration du droit naturel

C'est ce dernier point :  la validité universelle sans conversion — qui ouvre sur la dimension philosophique. Les lois noahides posent, bien avant Grotius ou Locke, l'idée d'un droit minimal commun à toute l'humanité, distinct des lois particulières d'un peuple élu : une préfiguration d'un droit naturel universel, opposable même aux nations qui n'ont pas reçu la Révélation.

Le Siècle des Lumières, en voulant fonder la justice sur la seule raison plutôt que sur le dogme révélé, aboutit à une prétention structurellement analogue — par la voie inverse.

Le point de convergence n'est donc pas la méthode, mais le but : unir l'humanité sous un socle éthique élémentaire, antérieur ou extérieur aux appartenances confessionnelles, permettant de séparer le for civique du for religieux.

 

Une actualité concrète en 2026





Depuis 1991, le Congrès américain inscrit une résolution annuelle, « Education and Sharing Day », faisant explicitement référence aux lois noahides comme fondement moral commun, sous l'impulsion du mouvement loubavitch et du Rabbi Menachem Mendel Schneerson. 

Des communautés de « Bnei Noah » non-juifs ayant volontairement embrassé ces sept commandements sans conversion existent aujourd'hui aux Philippines, en Afrique et en Amérique latine.

Mise au point

Ce que ce n'est pas

Une confusion récurrente, entretenue par certains milieux complotistes, présente les lois noahides comme un cadre que le judaïsme chercherait à imposer par la force aux nations. 


Il s'agit à l'inverse d'un cadre volontaire, offert comme grammaire éthique minimale — un pont, non une contrainte.

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