Les affrontements entre les Bédouins sunnites et les Druzes dans la province de Soueïda, en Syrie, sont enracinés dans des tensions historiques et exacerbés par des dynamiques politiques et sécuritaires récentes. Voici une analyse concise des raisons de ces attaques et du rôle d’Israël dans ce conflit, basée sur les informations disponibles.
Pourquoi les Bédouins attaquent les Druzes ?
1. Tensions historiques et territoriales :
• Les tensions entre les Bédouins sunnites et les Druzes à Soueïda sont anciennes, souvent liées à des différends sur l’utilisation des terres. Les Bédouins, nomades ou semi-nomades, font parfois paître leurs troupeaux sur des terrains agricoles appartenant aux Druzes, ce qui provoque des conflits sporadiques.
• La province de Soueïda, bastion de la communauté druze (environ 700 000 membres en Syrie), est un espace où ces deux groupes cohabitent, mais avec des frictions récurrentes dues à leurs modes de vie et identités confessionnelles distinctes (Druzes issus d’une branche ésotérique de l’islam chiite, Bédouins majoritairement sunnites).
2. Déclencheur récent :
• Les affrontements de juillet 2025, qui ont fait au moins 89 morts (50 Druzes, 18 Bédouins, 14 membres des forces de sécurité, et 7 non identifiés), ont été déclenchés par l’enlèvement d’un commerçant druze par des Bédouins, suivi de la mise en place de barrages sur la route reliant Soueïda à Damas. Cet incident a entraîné des représailles et une escalade des violences.
• Ces heurts s’inscrivent dans un contexte d’instabilité post-Assad, après le renversement du président Bachar al-Assad en décembre 2024 par une coalition islamiste sunnite menée par Ahmad al-Chareh. L’absence d’institutions étatiques solides et l’incapacité du nouveau pouvoir à protéger les minorités ont amplifié les tensions intercommunautaires.
3. Implication des forces de sécurité :
• Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des membres des forces de sécurité syriennes, soutenant parfois les Bédouins, ont participé aux affrontements contre les milices druzes, ce qui a aggravé le conflit. Cela reflète une dynamique où le pouvoir central, dominé par des islamistes sunnites, est perçu comme biaisé contre les minorités comme les Druzes.
4. Contexte politique et confessionnel :
• Depuis la chute d’Assad, les violences contre les minorités (Alaouites en mars 2025, puis Druzes) ont mis en évidence l’incapacité du pouvoir intérimaire à maintenir l’ordre et à protéger les groupes confessionnels. Les Druzes, historiquement attachés à leur autonomie, se méfient du nouveau régime islamiste et refusent souvent l’entrée des forces gouvernementales dans leurs zones.
• Les chefs religieux druzes, comme cheikh Hikmat al-Hejri, ont dénoncé ces violences comme une menace existentielle, réclamant une « protection internationale immédiate » et refusant l’intervention des forces syriennes dans les zones druzes.
Quel est le rôle d’Israël dans ce conflit ?
1.
Interventions militaires pour « protéger les Druzes » :
• Israël s’est positionné comme un protecteur des Druzes syriens, invoquant des liens avec la communauté druze présente en Israël (environ 152 000, dont 24 000 dans le Golan occupé, où moins de 5 % ont la nationalité israélienne).
• En juillet 2025, l’armée israélienne a annoncé avoir frappé des chars des forces gouvernementales syriennes près de Soueïda, arguant que leur présence constituait une « menace » pour la sécurité d’Israël et des Druzes. Ces frappes visaient des forces syriennes soutenant les Bédouins dans les affrontements.
• Depuis la chute d’Assad, Israël a multiplié les interventions en Syrie, notamment des frappes aériennes (par exemple, en mai 2025 près du palais présidentiel à Damas), justifiées par la nécessité de protéger les Druzes et d’empêcher l’armement des nouvelles autorités islamistes.
2.
Objectifs stratégiques :
• Au-delà de la protection des Druzes, certains analystes, comme Andreas Krieg, estiment qu’Israël utilise cette cause comme un prétexte pour affaiblir la Syrie et maintenir son influence dans la région, notamment via l’occupation du Golan et la destruction des capacités militaires syriennes.
• Des responsables israéliens, comme Bezalel Smotrich, ont exprimé l’objectif de démanteler la Syrie en entités ethno-religieuses, incluant une possible autonomie druze dans le sud, alignée avec les intérêts israéliens.
• Les actions d’Israël, telles que l’envoi d’aide humanitaire et l’accueil de délégations druzes pour des pèlerinages, visent à renforcer les liens avec les Druzes syriens, parfois perçus comme un rempart contre les groupes islamistes radicaux.
3.
Perception et controverse :
• Les interventions israéliennes sont critiquées par des acteurs comme l’ONU, le Qatar, l’Arabie saoudite et l’Allemagne, qui dénoncent des violations de la souveraineté syrienne.
• Certains posts sur X suggèrent qu’Israël joue un rôle opportuniste, utilisant la cause druze pour justifier des frappes contre le régime syrien, tandis que d’autres accusent les médias israéliens de propager un narratif de « cinquième colonne pro-israélienne » pour semer la discorde.
• Les Druzes syriens eux-mêmes sont partagés : certains soutiennent Israël par pragmatisme face aux menaces islamistes, tandis que d’autres rejettent toute affiliation, attachés à leur identité syrienne.
Synthèse :
Les attaques des Bédouins contre les Druzes à Soueïda s’inscrivent dans des tensions historiques aggravées par l’instabilité post-Assad, l’absence d’un État fort et des différends territoriaux. Le conflit a été déclenché par un enlèvement, mais reflète des rivalités plus profondes entre les communautés et avec les forces gouvernementales syriennes, perçues comme soutenant les Bédouins. Israël intervient en se posant comme protecteur des Druzes, effectuant des frappes contre les forces syriennes pour des raisons à la fois humanitaires et stratégiques, visant à affaiblir la Syrie et à renforcer son influence régionale. Cependant, ces actions suscitent des controverses et des accusations d’ingérence, tandis que les Druzes syriens oscillent entre méfiance envers le régime et réticence face à l’influence israélienne.