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samedi 14 octobre 2017

Histoire des "Grana"

LES LIVOURNAIS À TUNIS –1609-1951, par Lionel Levy
BCH





En 1932, à l’occasion d’un voyage en Italie, Fernand Braudel, alors professeur à Alger, fit escale à Tunis. Il l’évoquait ainsi en 1983 dans le Corriere della Sera :
« Je fis halte à Tunis, la ville nord-africaine, méditerranéenne, déjà levantine, que je préférais à toutes les autres (…) L’Italie et la France, tout en se querellant, y avaient greffé sur un vieil héritage la ville la plus joyeuse, étonnante et capiteuse que j’aie jamais connue. » Dans son journal personnel étudié par sa disciple Giuliana Gemelli il ajoutait : « Poésie, lumière, joies de la table (…) plaisir éperdu de la mer (…) la Méditerranée est pour moi mélange (…) Tunis me plaisait : un mélange. »
1609, Arrivée des Moriscos,
J’ai pris comme point de départ de cette conférence, 1609. Pourquoi tant de précision ? C’est que ce fut l’année d’un grand événement de mélange ethnique, social et culturel dans le Tunis d’Othman Dey.
À cette date, Philippe III d’Espagne avait expulsé quelques centaines de milliers de Morisques. On appelait ainsi les musulmans convertis de force au christianisme.
Contrairement aux Juifs, les musulmans espagnols n’avaient pas eu, en 1492, à choisir entre l’exil ou la conversion. Ils furent convertis d’office et de force. Leur départ massif aurait signifié, en effet, la ruine des grands propriétaires fonciers, ainsi privés de leur main d’œuvre.
Ces grands propriétaires furent d’ailleurs, par pur intérêt, les principaux défenseurs des Morisques. Ils firent pression pour adoucir le poids de l’Inquisition. Ils avaient rétrospectivement raison.
Le départ de cette nombreuse main d’œuvre très qualifiée fut, peut-être davantage encore que celui des Juifs, une cause de la ruine de l’Espagne. Mais l’unité religieuse du royaume devenait au XVIIe siècle un impératif absolu pour les monarchies catholiques.
Les Morisques se montraient totalement réfractaires à la christianisation. Parmi les pays d’accueil, la Tunisie en reçut le plus grand contingent : certains auteurs disent 80.000, d’autres 40.000, dans le Cap Bon et, pour leur majorité, à Tunis même.
Pourquoi Tunis ? Nous sommes alors encore nominalement dans l’empire Ottoman. Les Andalous (on appelle ainsi tous les musulmans Espagnols, y compris les plus nombreux qui viennent du Nord de l’Espagne) sont très appréciés par le Sultan, au même titre d’ailleurs que les Juifs ibériques, et maintenant les Nouveaux-Chrétiens qui, soit pour échapper aux poursuites de l’Inquisition, soit pour fuir les incapacités professionnelles découlant du régime de Limpieza de sangre, quittent massivement et volontairement l’Espagne et le Portugal.
Ces Moriscos obtiennent des avantages considérables. Comme la plupart d’entre eux ne parle pas l’arabe mais seulement l’espagnol, on les autorise à s’exprimer et même à écrire dans cette langue, en caractères latins contrairement à l’interdiction constante en terre d’Islam.
La présidence du Tribunal de Commerce leur est statutairement et obligatoirement confiée. Huit sur dix des syndics de corporations, les amines, sont des Morisques. Leur cheikh, dont le premier se nomme Luis Zapata, jouit du privilège de s’asseoir à la droite du Dey, usage maintenu jusqu’en 1890.
Leurs bonnes relations avec les Livournais sont démontrées par quelques faits. À l’occasion de procès, des Morisques viennent souvent témoigner en faveur des Livournais#. Lorsqu’ils voyagent à Livourne pour affaires, ils s’installent dans le quartier juif. Enfin les ordonnances sur le luxe de la communauté portugaise de Tunis interdisent aux femmes de porter des bijoux dans les maisons des Maures, et même de danser dans lesdites maisons, ce qui implique une certaine convivialité et des réceptions réciproques.


Arrivée des Portugais ou Livournais
C’est autour de cette date de 1609 que commencent à se manifester à Tunis quelques marchands dits Portugais ou Livournais. Leur situation n’est pas parallèle de celle des musulmans espagnols. Ils ne sont pas expulsés, mais ont fui la persécution.
Paradoxalement, alors que leurs compatriotes musulmans ne parlent pas l’arabe, les Nouveaux-Chrétiens qu’on appelle en Espagne Conversos, Marranos, Portugais, gens du négoce ou hommes de la Nation, ont, en général, traditionnellement étudié l’arabe. Avant de vous le montrer, il me faut expliquer ces différents qualificatifs.
Marrano vient de l’arabe-espagnol Mahran, signifiant « interdit ». Comme musulmans et Juifs s’abstenaient de consommer du porc en raison de l’interdit religieux, ce mot fut appliqué par les chrétiens à l’objet même de l’interdit, si bien que Mahran prit le sens de porc, et par application péjorative, vint à désigner ces chrétiens insincères. Portugais, dans l’Espagne de Philippe III, est devenu synonyme de Juif. La grande majorité des expulsés de 1492 avait trouvé refuge au Portugal. Ils y furent convertis de force en 1497 avec interdiction de sortie du royaume.
L’Inquisition ne fut effective au Portugal que vers 1540. Beaucoup retournèrent en Espagne à la fin du XVIème siècle. Plus tard Olivares, le ministre tout puissant de Philippe IV, essaierait de faire revenir les grands marchands dits Portugais pour obtenir des prêts plus avantageux que ceux des banques génoises.
Mais ces revenants, officiellement catholiques, étaient impopulaires en Espagne en raison de leur prospérité et de leur hérésie supposée. Malgré leur origine espagnole, le peuple les appelait les Portugais.
Eux-mêmes s’emparaient de l’appellation, dans un sens non point péjoratif cette fois, mais prestigieux, désignant, dans tous les pays d’exil, Pays-Bas, Angleterre, France du Sud-Ouest, Italie, Brésil, Empire Ottoman, les familles partageant leur destin et leur rang social.



À Anvers, l’expression Nation Portugaise, utilisée pour la première fois en 1510 dans un décret municipal accordant certains privilèges aux marchands portugais, désignait bien, à l’origine, une colonie de marchands venus du Portugal, mais, les Conversos formant 90 % de cette colonie, l’usage donna encore à cette Nation le sens de Juifs dissimulés.
Gens du négoce est une appellation plus ou moins péjorative visant la fonction économique de ce groupe particulier. 

Elle est utilisée non seulement par les Vieux-Chrétiens à l’égard des Nouveaux, mais même par d’autres groupes de Juifs. Dans un responsum du 20 juillet 1741, le Rab. Ouziel El Haïk décrit ainsi l’arrivée des Livournais : 

Après de longues années vinrent s’installer quelques personnes du royaume d’Edom ; elles le firent en toute tranquillité, au point qu’on les appela « les commerçants de la ville » Chaque jour s’y ajoutèrent d’autres commerçants de même origine qui s’installèrent à 
demeure dans la ville de Tunis, dans la prospérité. 

Tous les historiens des Portugais insistent sur leur extrême mobilité au XVIIème siècle. La 
plupart des personnes citées dans l’ouvrage de Grandchamp, à l’occasion d’opérations commerciales à Tunis, se retrouve peu après à Livourne exerçant des charges au sein de la Nation, mais aussi à Venise, Amsterdam, Salonique, Smyrne, Alexandrie.
Miriam Bodian, historienne américaine de talent, auteur de Hebrews of the Portuguese Nation, explique que le sens de Nation n’était pas le même selon qu’il était prononcé par les autres ou par les descendants des converso

À tous les niveaux, écrit-elle, les membres de la communauté d’Amsterdam avaient des 
parents à Hambourg, Rouen, Salonique, Pise, Livourne, Tunis, Jérusalem, le Brésil, Curaçao, Surinam. 

Ils étaient membres de la Nation à Amsterdam mais aussi partout, au sens d’une affiliation lointaine, au-delà de leur horizon visuel, et profonde dans le passé.
Tunis fut une étape essentielle dans le circuit  Mer du Nord-Proche Orient. Il faut prendre du recul et rappeler que les républiques italiennes, Venise, Pise, Gênes et Florence servirent de transporteurs au commerce du monde musulman. Une âpre concurrence les opposa 
longtemps.

Les principales maisons de commerce florentines étaient représentées à Tunis au XIVème siècle. Les Vénitiens avaient organisé une ligne régulière de la Baltique au Levant. Au XVIIème siècle, la place était à prendre car ces républiques savaient qu’elles ne pouvaient utilement travailler avec les ports musulmans sans la présence d’une colonie.
 Or, elles n’étaient plus à même d’organiser ces structures. En octobre 1615 Manoel Carvalho affrétait à Rotterdam un navire pour Tunis et Venise, navire qui resta à son service une année entière.
Les années suivantes il nolisa un navire pour faire la navette dix mois durant entre Venise, Tunis et Alexandrie. Un Mordekhay Baruch Carvalho, rabbin, médecin et grand marchand à Tunis, fut, en 1752, successeur du grand rabbin des Livournais Isaac Lumbroso dont il fut disciple
.
Le nom composé Baruch Carvalho a existé au XVIIe siècle tant à Amsterdam qu’à Livourne. 

La présomption est forte qu’il s’agisse de la même famille compte tenu du niveau lsocia
.
Portugais et monde arabe.

On s’est posé des questions sur la culture de ces marchands portugais. Étaient-ils lusophones ou hispanophones ? Se sont-ils plus ou moins arabisés par leur implantation à Tunis et leurs contacts avec leurs coreligionnaires du pays ?

L’étude des communautés juives implantées dans les places portugaises du Maroc nous révèle que l’arabe classique continuait, au XVème siècle, même après la Reconquista, de faire partie du bagage culturel des marchands dits « portugais » (cf. Haim Zafrani). Rodrigues da Silva Tavim, historien portugais, a montré que le Roi Manuel, après la conversion forcée des Juifs en 1497, avait encouragé l’émigration de certains d’entre eux dans les nouvelles places fortes portugaises du Maroc, en leur promettant la liberté religieuse.

 Cet apparent libéralisme était consenti justement en raison de leur connaissance de la langue arabe qui les rendait indispensables dans les contacts avec les autorités marocaines. Ce savoir fut entretenu.

 Au début du XVIIe siècle, un Dr Valenza, à Mazagan, traduit Avicenne de l’arabe en hébreu. À la fin du XVIIe siècle, à Livourne, Joseph Attias, marchand lettré, médecin et rabbin, reçoit une éducation soignée incluant l’enseignement de l’arabe. Attias, auquel se rattache ma famille maternelle, rencontra à Paris tous les encyclopédistes. Il reçut, en sa villa de Livourne, 

Montesquieu qui, dans Spicilèges, relate leurs entretiens.
Parmi les familles de Lisbonne autorisées à revenir au judaïsme, Tavim cite mes ancêtres paternels, les Ha-Levi. L’un d’eux, Meir Ha-Levi fut chargé en 1512, comme rentero, de l’administration du port de Safi. 

Sa bonne connaissance de l’arabe lui valut des missions de renseignement qui ne lui portèrent pas chance. Il fut arrêté et exécuté par les Marocains en 1518. Son fils Joseph lui succéda plus tard et, curieusement, après la reconquête de la ville, les Marocains 
maintinrent à son poste un de ses descendants.

Un Moses Levy, petit-fils de Joseph, fut chef spirituel des Juifs du Maroc en 1640. L’arrière-petit-fils de ce Moses, Isaac Levy (1670), fut Dayan (juge) de la communauté de Tétouan.
Son fils, Joshua (c. 1700), y exerça les mêmes fonctions. Un autre Isaac (1730), fils de ce dernier, fut rabbin à Gibraltar. Un autre Moses Levy né à Gibraltar vers 1760, son fils, fit un 
extraordinaire retour au Portugal en 1807

L’amiral Lord Jarvis, commandant la flotte portugaise, lui obtint en effet une dérogation spéciale d’établissement à Lisbonne avec garantie de liberté religieuse. Ce Moses est grand-père de son homonyme, mon bisaïeul Moses Levy, connu à Tunis comme représentant britannique à la Commission financière internationale de 1869. Le petit-fils et homonyme de ce dernier, le peintre Moses Levy, mon oncle, illustra à son tour ces nom et prénom.

 Nous passons ainsi de la Renaissance à l’histoire contemporaine au sein d’une famille dite portugaise. Par les études de da Silva Tavim nous savons que, très tôt, les Portugais implantés au Maroc ont adopté la langue espagnole en raison d’un afflux massif dans les places portugaises, de réfugiés d’Espagne. 
Ils n’avaient pas pour autant gommé leurs différences puisque, à Gibraltar, ils créèrent, au XVIIIe siècle, une synagogue séparée dite flemmish synagogue ou esnoga flamenca.

Au XIXème siècle à Tunis, le Livournais David Santillana est l’un des experts les plus réputés en droit musulman. La connaissance de l’arabe ne s’affaiblit qu’avec le Protectorat, pour disparaître complètement à ma génération. L’arabe resta cependant obligatoire dans 
les écoles italiennes jusqu’à leur dissolution en 1945.

La maîtrise de l’arabe n’impliqua pas ce que l’on a appelé « l’arabisation » des Livournais, pas plus qu’elle n’entraîna l’arabisation des Génois ou des Marseillais de la Nation française. L’espagnol resta la langue des documents de la communauté jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, mais l’adoption de l’arabe transcrit en hébreu paraît un acte de conformité à la langue officielle au moment où la nouvelle communauté recevait consécration légale de l’autorité beylicale.

Une telle « arabisation » semblerait d’ailleurs survenir à contretemps au moment où s’accélérait l’immigration en provenance de Livourne. Dans les contrats de mariage que nous avons étudiés au XVIIIème siècle, les époux, dans leur très grande majorité, signent en espagnol. 

Au XIXème, l’italien est constant. Seuls quelques lettrés signent en hébreu, personne en arabe. L’historien israélien d’origine tunisienne Itshak Avrahami explique justement que la communauté portugaise de Tunis sauvegarda son identité grâce au flux continu de nouveaux immigrants.

Si l’espagnol fut préféré au portugais à Tunis, cela tint sans doute au fait d’une forte présence morisque hispanophone. Par ailleurs le premier noyau installé à Tunis à la fin du XVIIème siècle comprenait plusieurs familles ayant transité au Maroc portugais où nous avons vu que l’espagnol avait prévalu#.
Italianisation – Europe-Afrique

L’italianisation des Livournais de Tunis fut parallèle à celle des Livournais de Livourne. Elle accompagna la naissance de l’Italie. Certes l’italien fut une langue essentielle dans la culture des Livournais des deux côtés de la mer, mais un conservatisme rigoureux, appuyé sur des règles strictes, maintint à Livourne l’usage du portugais sur le plan administratif, de l’espagnol sur le plan culturel, 
jusqu’au début du XIXe siècle, avec certes une progression de l’italien.

On a vu l’attachement des Livournais de Tunis à l’italien comme un désir de marquer une sorte de supériorité de l’Europe sur l’Afrique. Bien que cautionnée par l’un des auteurs les plus prestigieux de la diaspora tunisienne —pas moins que Claude Hagège—, cette thèse ne me convainc pas ; elle me semble anachronique dans le cadre d’une époque antécoloniale. 

Si l’orgueil de caste des Livournais fut indéniable, il ne reposa pas sur une virtuelle supériorité de l’Italie envers le monde arabe, mais sur le sentiment collectif de fierté de l’Espagne du XVIIe siècle 
face au reste du monde.


 C’est si vrai que l’affirmation de différence s’exerça en Europe même à l’égard d’autres communautés européennes : à Venise, où les Portugais ou Ponentini créèrent une communauté distincte de celles des Levantini, des Italiens ou des Allemands ; à Rome où, les Juifs autochtones leur refusant l’accès à la direction de la communauté, les Juifs espagnols créèrent une synagogue séparée ; 

à Gibraltar où, pour se distinguer des Marocains, les Portugais créèrent la Esnoga Flamenca ; à Bordeaux et Bayonne où les Comtadins ne furent pas intégrés, pas plus que les Allemands ; à Livourne où l’intégration des Juifs non ibériques ne suffisait pas à ces 
derniers pour accéder au gouvernement de la Nation.

 À ce travers ibérique s’ajoutait ou se mêlait le poids conscient ou non des préjugés sociaux, banals à l’époque, d’une caste organisée autour d’un noyau de très anciennes familles marchandes, nossas familias, nuestras familias, nostre famiglie.
Ce sentiment, partagé ou mimé par les familles d’origine italienne intégrées de longue date ou plus récemment, à la Nação, est très bien décrit par Giorgio Bassani dans son célèbre « Le Jardin des Finzi Contini ». Un sentiment identique subsiste jusqu’à ce jour à Tunis chez les musulmans dits Andalous, descendants des Morisques
Myriam Bodian l’a écrit récemment : les descendants de conversos ont voulu restaurer un authentique héritage perdu comme les peuples colonisés qui recouvrent leur indépendance.

 La fierté d’être ibériques est une composante importante de leur mentalité collective. Plus loin elle explique : Les conversos ont développé une contre-mythologie assez puissante pour soutenir leur sens de dignité en un milieu saturé de symboles et de rhétorique de supériorité espagnole.
Ne disons pas qu’il s’agirait là de choses trop anciennes. En histoire, contrairement aux mécanismes transistorés, la persistance des comportements survit étrangement et inconsciemment à leurs causes premières.

C’est ce que Braudel a appelé la durée. Comme pour aggraver cet orgueil, la constitution accordée à la Nazione Ebrea par Ferdinand de Medicis, en instaurant l ’hérédité des charges au sein des mêmes familles désignées comme li più sensati e migliori soggetti della Nazione, les consacrait comme une véritable aristocratie de droit. Or, malgré leur déclin économique, ces familles étaient presque toutes représentées parmi les dirigeants de la communauté portugaise de Tunis. Le critère de la « bonne famille » n’était pas, dans ce 
groupe, la fortune, mais l’ancienneté et le prestige passé.

L’attachement des Livournais à l’italianité au XIXème siècle est bien le prolongement de l’engouement de leurs grands-parents au XVIIIème pour la France des Lumières et de la Révolution. Le Risorgimento est un héritage des Lumières. Marguerite Yourcenar le décrit 
ainsi :

La ferveur libérale qui entoura en Italie le Risorgimento est l’un des plus beaux phénomènes du siècle.

Ce mouvement national généreux partait d’une conception paternaliste et volontariste selon laquelle il fallait dispenser le savoir au peuple pour effacer les vices engendrés par l’ignorance et la tyrannie. Ce fut la rencontre de deux cultures. Les services sociaux des Portugais, très efficaces, résultaient en effet d’une antique tradition. Ainsi l’aide aux pauvres était-elle conçue de manière à ne pas les humilier. Celui qui était chargé d’apporter les secours ne rencontrait pas l’assisté dont le nom était tenu secret. Malgré la séparation des communautés et quelques incidents, les Portugais n’abandonnaient pas à eux-mêmes les membres de la communauté locale. 

Bien que représentant 1/15 de la population juive, ils prirent en charge le 1/3 des dépenses de l’ensemble. En 1867, existait un «Comitato per Soccorso ai Poveri di Tunisi » de Tunis qui recueillait des fonds, y compris à Livourne, pour venir en aide aux pauvres, surtout Tunisiens. Ce Comité, auquel participaient treize Livournais et trois Tunisiens (I. Samama, Sam. Nataf et Sim. Nataf), réalisait une œuvre commune. Les Livournais participèrent à la création d’un hôpital israélite où les médecins livournais assurèrent seuls et gratuitement les soins à tous les indigents sans distinction de religion. 

En 1875 ils prirent l’initiative, en relation avec la direction de l’Alliance Israélite Universelle à Paris, de la création d’écoles modernes en vue d’instruire les enfants pauvres, en grande majorité Juifs tunisiens. Cette initiative avait été précédée dès 1830 de la création d’écoles italiennes donnant aux Juifs tunisiens une éducation européenne. 

Bref, s’ils considéraient avec hauteur et paternalisme leurs pauvres coreligionnaires tunisiens, les Livournais étaient loin de se désintéresser de leur sort. Dans tout le bassin méditerranéen, de Tanger à Salonique, les Livournais ou Portugais, comme les Picciotto d’Alep, Allatini# et Morpurgo de Salonique, Castelnuovo de Tunis, Montefiore de Livourne et de Londres, prirent part à la grande œuvre du Français Adolphe Crémieux en faveur de ces Écoles. 

Elles devaient transformer complètement le niveau culturel des populations juives du Proche-Orient et d’Afrique du Nord, et par là-même, y faire rayonner la culture française. À ce sujet, dans un ouvrage concernant les Juifs de Salonique, Elie Carasso écrit « Les riches commerçants juifs de Livourne, imprégnés de l’esprit des Lumières, s’installèrent à Salonique à la fin du XVIIIe siècle. Les Allatini, Morpurgo, Fernandez etc. seront à l’origine 
de la renaissance économique et intellectuelle au XIXe siècle. »

Cet effort social des communautés portugaises trouvait sa source dans la tradition ibérique. Dès le XVIIème siècle, la Nazione Ebrea avait institué à Livourne l’instruction gratuite et obligatoire ; la gratuité des soins pour les indigents, à domicile, avec ration alimentaire quotidienne ; la distribution de vêtements aux pauvres ; l’octroi de dots aux jeunes filles dans le besoin. Une œuvre s’occupait de payer les rançons nécessaires pour faire libérer les captifs juifs des corsaires musulmans ou chrétiens. 

Rappelons que, au milieu du XVème siècle, le Portugais Isaac Abravanel organisait des collectes en Italie pour libérer les Juifs marocains réduits en esclavage lors des incursions 
portugaises au Maroc.

Mais au XIXème siècle cette ancienne et toujours vivante tradition se conjuguait avec l’humanisme universaliste du Risorgimento. Arthur Kiron, de l’université de Philadelphie, rappelle que, dans le deuxième quart du XIXe siècle, dans la suite de l’occupation napoléonienne et de la restauration des Habsbourg, deux événements historiques jouèrent sur les jeunes Juifs grandis à Livourne, les aidant à se construire un humanisme religieux et moderne. 

D’abord le programme de réforme de l’enseignement dans l’esprit des Lumières, établi par la classe marchande de la cité. D’autre part l’aventure politique du Risorgimento. En mars 1832 la communauté juive ouvrit une école dite d’Instruction réciproque dans le cadre d’une réforme plus large entreprise par les marchands en vue d’éduquer les classes populaires.
Cette école s’inspirait du système dit Lancasterian, venu d’Angleterre, selon lequel un maître formait un maître étudiant, qui, à son tour, formait d’autres étudiants, chacun devenant ainsi, à son tour formateur d’autres élèves. 

Cette méthode fut adoptée par la société secrète des Carbonari et son journal Giovine Italia, créés par Mazzini#.

Dans cette optique, l’éclairage proposé par Arthur Kiron est significatif. En 1876, le rabbin livournais Sabato Morais, proche de Benamozegh, exerçant ses fonctions à Philadelphie, publiait un « Manifesto » dont ce dernier était l’auteur. Sous le titre « Israele e l’Umanità », il annonçait la publication d’un nouvel ouvrage de théologie visant non seulement des fins pédagogiques, mais un nouveau rapport œcuménique autour de l’unité sous-jacente de 
toutes les religions, y compris l’Islam, ayant pour base commune le judaïsme.

L’essentiel est que sous cette présentation ait figuré une citation de Giuseppe Mazzini, « prophète de l’unité italienne », à l’appui des principes religieux exprimés dans l’ouvrage de Benamozegh. Mazzini, auquel il avait soumis le manuscrit, fit en sorte que son commentaire paraisse avant sa propre mort en 1872. Kiron voit là un « triangle » bien particulier : l’humanisme religieux juif, le nationalisme italien et l’histoire des Juifs d’Amérique.

En effet, ce document et l’enseignement à Philadelphie du rabbin livournais Sabato Morais, auront marqué l’évolution du judaïsme américain. La notion d’abnégation, dit Kiron, que Morais importa avec lui d’Europe, s’opposait aux valeurs d’individualisme de la culture américaine, caractérisée par le laissez faire. Pour conclure, Kiron voit en Morais, émule du rab. Benamozegh, l’expression et la défense, en Amérique, du type du « Juif orthodoxe des Lumières » Pour comprendre Morais et Benamozegh, dit-il, il nous faut remonter au port et 
à la cité de Livourne.


Livournais et autres ethnies à Tunis

1- Livournais et Tunisiens

La Tunisie plurielle avait assigné aux Livournais un rôle singulier. Ils exercèrent, bien avant le Protectorat, une influence décisive sur les élites de la communauté juive tunisienne, par 
une italianisation qui prépara leur future francisation.

Dès la deuxième partie du XVIIIème siècle, des marchands tunisiens prirent l’habitude de séjours fréquents à Livourne. Des contrats en langue espagnole nous montrent, en 1778, des Attal, Bessis, Maarek, Semama réalisant des affaires communes avec des Boccara,  DE PAZ, Enriques, Franchetti, Tapia.

En 1780, des Livournais de Tunis et de Livourne créèrent à Marseille une communauté portugaise dont la langue, comme à Tunis et Bordeaux, fut l’espagnol. Dans cette communauté, ils accueillirent quelques familles tunisiennes telles que les Bellaïche, Bismot, Lahmi, Scemama, Tubiana, un siècle avant le Protectorat. Des familles de Juifs comtadins comme les Carcassonne, Crémieux, Mossé, Rouget, Vidal, y furent intégrées. Cette « livournisation » des Comtadins permit à ceux-ci l’établissement à Marseille, qui leur avait été jusqu’alors interdit.

2. Livournais et Siciliens.

Nulle part ailleurs qu’à Tunis une communauté juive, comme les Livournais, n’eut à assumer la responsabilité sur le plan social et culturel de toute une population chrétienne pauvre, celle des Siciliens. Ce petit peuple, massivement accru après le Protectorat, ne possédait encore aucune élite. La plupart de ces Siciliens ou Sardes ne savait pas l’italien. Beaucoup étaient illettrés. Les idéaux du Risorgimento étaient encore loin d’eux. Les familles livournaises prirent en charge le financement et l’organisation d’Écoles, d’Hôpitaux, d’associations culturelles italiens
.
En 1895 le Dr Guglielmo Levi, né à Livourne, ancien chef de service de l’hôpital de Padoue, assura conjointement la direction de deux hôpitaux : l’hôpital israélite et l’hôpital italien. Les conventions de 1896 permirent de préserver une amitié franco-italienne. La Grande Guerre où la France et l’Italie furent alliées semblait devoir consolider cette amitié.

La démagogie fasciste, après 1935, fut néfaste à ces relations. Mais, dans leur majorité, les 
Siciliens furent choqués par les lois raciales qui frappaient en 1938 leurs compatriotes livournais.

3- Corsi e Livornesi

Les relations entre Corses et Livournais sont mal connues à Tunis. Elles sont pourtant anciennes et fructueuses. Notons que l’arrivée des Portugais à Livourne à partir de 1593, coïncide avec une immigration de Corses grâce à une politique bienveillante des Medicis, 
traditionnellement opposés à Gênes.

La Nazione Ebrea qui vient de se créer à Livourne, voisine avec d’autres Nations dont la Nazione Corsa. Certes, jusqu’en 1766, cette Nazione ne put bénéficier de structures officielles qui auraient risqué de nuire aux relations avec la République de Gênes.

Les premiers Corses attirés par le projet de construction du nouveau port de Livourne, arrivent dès 1548. Plusieurs Corses sont employés dans des activités maritimes, non seulement comme simples marins, mais comme cadres et officiers. Certains se font corsaires, activité tolérée et juridiquement encadrée à Livourne. La plupart d’entre eux vient du Cap Corse.

Dans les années 1620-1630 on note, dans la Chiesa della Madonna, un autel des Corses, avec l’inscription : « Virginem Virgini commendavit ». Les donateurs sont : Carlo Lorenzi, Luzio Mattei, Batista Angeli et Rocco Manfredini. L’autel est dédié à San Giovanni Evangelista. Le plan de Livourne au milieu du XVIIIème reproduit une grosse maison dite « Casa d’attenenza dei Ssri mercanti di Corsica ».

Parmi les citoyens de Livourne d’origine corse décorés avec grades et dignités publics, on peut citer, outre les familles évoquées, les Di Santi, di Marco, Mariani, Morazzani, Di Cardi, Franceschi, Marchi.

De cette dernière famille est issu Vittorio Marchi, auteur d’un bon lexique du dialecte livournais, comprenant une étude de la variante juive avec quelques emprunts portugais et hébreux. Marchi cite ceux de ses amis juifs livournais qui l’ont aidé dans sa tâche.
Les relations des deux Nazioni s’affirment surtout dans le domaine de l’armement. Les Juifs fournissent aux Corses des armes. Ils leur achètent leur corail avec lequel ils fabriquent des bijoux. Ils obtiennent parfois l’exploitation en régie. Au XVIIIème siècle une maison Franco et Attias emploie dans sa fabrique de bijoux de corail 130 ouvriers.

Elle exporte sa production jusqu’en Inde. Les Livournais aident les Corses à construire dans leur île un arsenal dont ils assurent la gestion #. Dès le début du XVIIème siècle, des Livournais utilisent pour leurs transports entre Livourne et Tunis des bateaux corses. Ils rencontrent enfin des Corses dans les universités toscanes de Pise et Sienne où les Livournais de Tunis font leurs études aux XVIIème et XVIIIème siècles, souvent en médecine.

4- Les Livournais et la France

Les tensions de la compétition coloniale de 1881 ne doivent pas voiler un passé plus lointain. Les relations franco-livournaises furent ambigües. En 1682 quelques marchands livournais établis à Marseille autour de Joseph Vais de Villareal et Abram Attias furent expulsés après de longues discussions, à la demande des échevins marseillais.

Mais dans tout le bassin méditerranéen, les Livournais bénéficiaient de la protection française en vertu des capitulations qui assimilaient les Juifs dits Francs ou Portugais, aux chrétiens. Les marchands livournais utilisaient essentiellement la flotte marseillaise pour 
leurs affaires.

Sans cet appoint, cette flotte eût été sous-employée. Lors de la Révolution, les Juifs de Livourne répondirent avec empressement aux demandes des autorités françaises qui exigeaient que chaque quartier fournît une brigade à la Garde Nationale. Les zelanti israeliti, expose l’historien Piombanti, en fournirent deux.

Dans le monde musulman, pour plusieurs raisons, connaissance des langues, expérience commerciale, niveau d’instruction de quelques familles ayant fréquenté les universités d’Europe, des Juifs livournais étaient choisis comme agents consulaires par des puissances européennes comme la France, l’Autriche, l’Angleterre, la Hollande#.

La famille Valensi à Tunis en est un exemple type. Des Valensi intervinrent durant les guerres napoléoniennes pour des rapatriements de prisonniers. Un Valensi servit d’accompagnateur au duc de Joinville lors de sa visite en Tunisie. Un autre servit d’intermédiaire lors de la négociation du traité du Bardo.

Un Dr Abram Lumbroso, depuis fait baron par le Roi d’Italie, est désigné dans un contrat de mariage comme représentant du royaume de France. Ces liens avec la France conduisirent quelques unes des plus grandes et anciennes familles livournaises de Tunis à ne pas suivre comme les autres le mouvement national italien, et au contraire à opter pour la France. Ce fut le cas notamment des Valensi, des Bonan, des Cattan et d’une branche des Enriques.

Pour autant, les Livournais nationalistes italiens, majoritaires, adoptèrent dans ce conflit une position mesurée. Le Baron Dr Giacomo di Castelnuovo, éminence grise de Cavour, homme de confiance des Beys et négociateur des accords italo-tunisiens de 1869, exposait dans un de ses ouvrages, qu’une présence européenne était souhaitable en Tunisie, mais que si la solution italienne n’était pas viable, il faudrait opter pour une présence française. 

Ses rapports avec le consul Roustan, dont la maîtresse était génoise, étaient excellents.
Curieuse Tunisie où le consul d’Italie était beau-père du député de la Nation française, où tous les notables marseillais sans exception avaient épousé des Génoises. Castelnuovo n’envisageait pas d’ailleurs une colonisation, mais une sphère d’influence.
Culturellement francophile, il fut attaqué par la presse piémontaise quand il se fit le promoteur des écoles de l’Alliance Israélite Universelle, privilégiant ainsi l’influence française.

Il acquit à ces écoles l’appui de Khereddine, du Bey et de tous les consuls d’Europe. Personne alors n’envisageait d’annexion et le Protectorat, il faut l’admettre, reçut une application dépassant de loin ce qui avait été envisagé au plan international. Patriote, Juif et franc-maçon, Castelnuovo se montra tolérant. Ayant procuré un terrain pour la construction de la nouvelle synagogue de Tunis , il en obtint un également pour la construction de la cathédrale.

Député de Vérone dans la droite modérée, il vota pour l’inviolabilité du pape. Il fit décorer l’archevêque de Tunis, Mgr Sutter.

Les droits acquis de Livournais ne furent pas toujours remis en question. Ainsi mon arrière-grand-oncle Guglielmo Guttières Pegna, directeur des Douanes tunisiennes en vertu d’accords antérieurs, resta-t-il en fonction après le Protectorat comme Receveur Principal. À sa mort en 1913 à Paris, le directeur des Finances fit son vibrant éloge.

Les Livournais et la Tunisie

Sans doute les Tunisiens d’aujourd’hui ont-ils oublié cette présence livournaise à Tunis. L’histoire d’une minorité privilégiée heurte toujours le politiquement correct. Le souvenir en reste au moins chez les Andalous, toujours attachés à leur identité et à leur passé.
Les Tunisiens éprouvent pourtant la nostalgie du pluralisme. 

Certes la cohabitation avec les "Grana" a surtout été vécue au niveau des classes supérieures. Elle a permis à la Tunisie une ouverture sans domination. 

Les "Grana" ont reçu du pouvoir des privilèges et obtenu la considération qu’ils attendaient en contrepartie de ce qu’ils avaient apporté. Ils ont permis une société plurielle. 

En Algérie, les minorités italiennes et espagnoles ont oublié leur culture et se sont fondues dans l’entité française.

En Tunisie, l’identité italienne s’est maintenue malgré la colonisation française. L’aurait-elle pu sans la base que représentait cette élite moderne, capable de sauvegarder sa différence tout en maintenant sa maîtrise de la culture française ?

La Tunisie tout entière n’a-t-elle pas bénéficié de la coexistence de ces deux cultures greffées sur la sienne propre ? 

L’intervention, l’an dernier, de mon ami Adriano Salmieri me l’a fait croire. Les notes de voyage de Fernand Braudel m’en ont fait prendre conscience.


Lionel Lévy.







vendredi 13 octobre 2017

Les juifs au Biafra (Nigéria)

Les Biafrais (Igbos) sont ils juifs ?
BCH

La guerre du Biafra, on s'en souvient la guerre que la France de de Gaulle et Foccart avait  soutenu pour prendre possessions des champs pétrolifères, dans le golfe de Guinée. Cette guerre avait fait plusieurs  centaines de milliers de morts.  Cette Etat  dont la capitale est Port Harcourt à réintégré par la force le Nigéria fédéral en 1970.
Ce territoire est peuplé par le peuple Igbos chrétiens convertis au XIXème siècle par les pasteurs anglicans ... certains revendiquent aujourd'hui leur appartenance au peuple juif !   
Des archéologues britanniques avaient retrouvé des traces de comptoirs phéniciens (- 685) dans le Golfe de Guinée, les phéniciens grands navigateurs étaient souvent accompagnés de marchands juifs avec lesquels ils utilisaient la langue punique si proche de l'hébreu.
Certains Igbos  se  disent de confession juive qui peut être est attestée par certaines  sources historiques plus récentes . On pense notamment aux commerçants juifs  installés dans la région de la Sénégambie à partir du quinzième ou seizième siècle, ou aux juifs sahariens du Touat (après les massacres de 1492)
Les Igbos, sont  l’une des plus importantes ethnies du sud du Nigéria à la frontière Camerounaise. Des similarités culturelles entre Juifs et Igbos avaient déjà été pointées du doigt par l’activiste Igbo du 18ème siècle Olaudah Equiano. 

Contrairement à d’autres peuples noirs comme les Falashas, le droit à l'alya des Igbos  n’a pas été accepté par les autorités civiles et religieuses israéliennes.  
Le 7 février 2017, une délégation de scientifiques s'est rendue à l’hôpital  de Otolo Nnewi  au Nigéria. L'objectif était de se faire des prélèvements ADN sur certains sujets afin de trouver des analogies génétiques avec les gènes considérés comme juifs. On attend à ce jour les résultats.





Visite d'une communauté juive au Ghana (English)

 A Visit to the Jewish Community of Sefwi Wiawso, Ghana

Il est fort possible qu en 1492, des juifs rescapés des massacres de Tombouctou (blog sur le Touat) aient trouvé refuge au Ghana ! BCH 



Imagine a community of people who have never had a Sefer Torah, but know Torah—by heart; who don't know the word "kosher," but keep kosher; who until recently didn't know they were "Jews," but live a thoroughly Jewish lifestyle, and who claim to know the most impenetrable of Jewish secrets—how to pronounce God's name—but, out of reverence, don't. Ridiculous, you say? Ghana, I say.
My 10-year-old daughter, Abigail, and I spent a weekend with this community of seventy families this summer.

 Although my primary purpose in Ghana was to lecture at two of Ghana's universities, the highlight of the trip unquestionably was the visit to the Jewish people, and the Shabbat we spent with them was among the most beautiful and inspiring I've ever experienced.

Over the past twenty years, I've gotten into the habit of spending Shabbat with the local Jewish communities wherever I've traveled on business or pleasure. Many of the communities are quite isolated, such as the American communities in Fairbanks, Alaska; Maui, Hawaii, or Fargo, North Dakota, or elsewhere, including Budapest; Manaus, Brazil; Alexandria, Egypt, and Guadalajara, Mexico, where my wife and I honeymooned over Rosh Hashanah nineteen years ago. In short, there are Jews almost everywhere—not in large numbers, but communities.

So, two years ago, when I visited Ghana for the first time, I expected to find a synagogue in Accra, the capital. To my surprise, I didn't. There's no Ghana listing in the Jewish Travel Guide, so I figured I'd call the Israeli embassy. Another surprise: 

There is no Israeli embassy in Ghana; the two countries haven't had formal relations since 1973. I spent Shabbat alone. But on my return home, Moment magazine carried a brief article on a Jewish community in the Ghanaian hinterland that had just been visited by an African-American Jew. Moment put me in touch with Kulanu, whose head, Jack Zeller, gave me the leader's name and address. Before going, I exchanged several letters with the head of the community, David Ahenkorah.

Donation of Siddurim

Our congregation in Des Moines, Iowa, Tifereth Israel, recently replaced its Sim Shalom siddurim (prayer books) with the new edition that includes the Matriarchs. Rabbi Neil Sandler suggested that the Ghanaian Jews might need some. Indeed, they did: Their supply of prayer books consisted of just a handful, in assorted editions and most in poor condition. Tifereth Israel shipped out 200 of its siddurim, about ten years old but in excellent shape. I hand-carried six for a ceremonial presentation; the rest were shipped and arrived a few weeks after my visit.

Getting There

The trip to Sefwi Wiawso, the Jews' village, was an adventure, to say the least. It's very remote. To give an orientation: Ghana is shaped like an upright rectangle, roughly 300 miles wide and 500 miles tall—about the size and shape of Minnesota. 

The Atlantic coastline forms the southern border, while the rest of the country is bordered by three other African states—Ivory coast on the west, Burkina Faso on the north, and Togo on the east. Accra, the capital (population 1.7 million), is along the eastern coast. Sefwi Wiawso lies in the Western Region, about 100 miles inland and 80 miles east of the Ivory Coast border. See the map below.




David Ahenkorah had instructed us to travel inland to Kumasi, Ghana's second largest city, 170 miles from Accra—a four to five hour bus ride—and then catch the 2 PM First Class bus to Sefwi Wiawso, which would get us there at 5:30. He hadn't realized that the day before our planned trip to his community, a Thursday, we would be in Takoradi, not Accra. The ride from Takoradi to Kumasi was also four to five hours, and I was concerned about missing the 2 PM connection, so the evening before, I checked the bus schedule. To my surprise, there was one direct bus daily from Takoradi to Sefwi Wiawso, at 9 AM, avoiding the need to go through Kumasi (which, incidentally, is a lovely city—but that's for another article). I was told to be at the bus station by 6 the next morning to be sure of getting a seat.

The bus was filled by 8, and we left at 8:30 for what the driver said would be a six hour drive. In reality, the roads were in such poor condition—mostly one lane, unpaved, rutted and muddy—that the trip of perhaps 150 miles took over eight hours. The scenery was pretty but not spectacular—flat, forested, with small villages every few miles. The last few miles were the best. The bus veered onto a side road that ascended a small mountain. There were views down into the valleys on both sides as the road snaked higher and higher. The main street ran along the crest. The setting reminded me of Tzfat, the mountaintop city in Israel.

That's where the bus let us off. David's instructions were to ask for Kofi Kwateng's store, near the bus stop. He didn't give the name of the store. As we got off the bus, three or four adolescent boys walked by and I asked if they knew Kofi. Immediately, they picked up our suitcases and carried them across the street and down the block, dropping us and the bags in front of "Shalom Enterprises." Clearly, we were at the right place! Kofi had kept the store open waiting for us, but he immediately closed the shop. "We must hurry, 

it's almost Shabbat," he remarked. He hailed a taxi, we bundled the suitcases into the trunk, and we drove off, down the hill, to a house under construction—almost but not quite completed, but useable for a few days. It was being built for a Jewish family that had not yet moved in.
"We should take baths before going to the synagogue," Kofi said, "but candle lighting is in ten minutes." Abby and I quickly changed into Shabbat clothes and walked down the hill to the synagogue.

It was almost dark, and the synagogue had no electricity. We could dimly see the faces of men, women and children, illuminated by the Shabbat candles. The service was in English, using the text of an old American siddur.

The service was followed by a Shabbat dinner of peanut soup, fried fish, rice and steamed veggies, with Coca Cola to drink and fresh fruit for dessert.

What an Observant Jew Eats in Ghana

En route to Sefwi Wiawso, I had deliberated the etiquette of refusing non-kosher food: Should I explain about kashrut? Should I claim to be a vegetarian? Or to have a stomach problem that precluded my eating meat? Or should I poke around at the meat, pretending to eat it? My fears were quickly allayed, on two counts: They don't eat meat on Shabbat, and when they do during the rest of the week, it's kosher.

Anticipating my concern, David explained, "You don't have to worry about our meat. It's slaughtered in accordance with Jewish law. And," he added for emphasis, "we don't buy any of our meat from the Christian butchers in town, because they don't know the proper way to slaughter it."

The Jews of Sefwi Wiawso slaughter chickens, goats and sheep. They don't eat beef because, during a time of persecution 400 years ago, in Mali, Jews were not allowed to own cattle for several generations. During that time, they lost the knowledge of the proper way to slaughter cattle, so when the prohibition was finally lifted, they were unsure of how to kill a cow.

Most of the food we ate that weekend was typically Ghanaian—peanut soup, boiled, roasted or fried meat or fish smothered in spicy peanut or palm nut sauce, rice or potatoes, boiled greens, and fufu. Fufu is an acquired taste. It's a gelatinous blend of plantains and cassava that's fairly tasteless by itself but acquired the taste of whatever it absorbs. Peanut soup quickly became popular in our family and among friends. 

It's easy to make and delicious. Use creamy peanut butter, seasoned with garlic, ginger and pepper to taste. Bring a pot of water to a boil, add the seasoning and slowly stir in the peanut butter until it melts, one part peanut butter to six parts water. If you add too much peanut butter at one time, some of it will stick to the bottom of the pan and burn. As with chicken soup, you can add other ingredients as the soup simmers—chicken, potatoes, carrots, and so on. That's what Ghanaians do.
Goat and sheep are a major protein source throughout Ghana. You see them wandering at large in all but the major cities.

The Village

Sefwi Wiawso is a village of 1,500 people in a remote, mountainous region in western Ghana. Although the main street and the access roads in the immediate vicinity are paved, regardless of the direction from which you approach, you have to traverse some horrific dirt roads. Most of the commerce is with Kumasi, about 100 miles northeast. It's a three-hour bus ride. Going there from Sefwi Wiawso, we saw construction crews building a paved road parallel to the dirt one. It will probably be open in a couple of years.




The main street, a block or two long, is lined with small shops selling most everything and, like everywhere in Ghana, there are also street peddlers. The residential areas lie along the slopes of the mountain in every direction.

Most of the homes appeared to be quite nice, built of cinderblock or stucco. They have electricity and plumbing, and those I was in had nice furnishings, decorative art, and color or black and white television sets. (There is just one channel in Ghana, although hotels have cable.) There were fans rather than air conditioning. Surprisingly, all of the cooking is done outdoors. I was told the climate was too hot to cook in the house. The houses have kitchens for food preparation, but no indoor stoves.

The Jewish families live near each other in a quarter of the village called New Adiembra, which begins about halfway down the southern slope, while their Christian neighbors live in the rest of the village. I was told that there are seventy Jewish families. Most seemed to have one or two children, which would total somewhere between 200 and 300 people. Most of the Jews have Biblical names— David, Joseph and Joshua, along with Rebecca, Sarah and Abigail. Some have archetypal Ghanaian names like Kofi. The houses are fairly widely spaced, to allow lots for chickens, goats and sheep to forage. Also, many of the families grow crown, peanuts or other crops on small plots alongside their homes.
Few Ghanaians can afford cars—the national per capita income is about $500. Taxis are ubiquitous in every village, regardless how small. 

They're tiny, old, and very cheap; if it's too far or too hilly to walk, you hail a passing taxi and the fare anywhere in town will be 50 cents or less. I estimated that Sefwi Wiawso had, at most, 50 private cars and at least as many taxis. They cruise just about every street in the village picking up fares.
Another thing that's missing is telephones. There's just one phone for the entire village, in the Post Office. It's answered during business hours. A runner goes out and fetches the person being called. From the States, dial 011-233-272-391. (The first set of three digits is the international access code, 233 is Ghana's country code, 272 the code for the region that includes Sefwi Wiawso, and 391 is the phone number.) But beware—it's difficult to get a circuit through, and you can expect to be placed on hold for five or ten minutes until the person comes to the phone. Kofi Kwateng is the best person to ask for, since his shop is near the Post Office. You can also write to the community: Send mail to David Ahenkorah, Vote for God Photos, P. O. Box 57, Sefwi Wiawso, Western Region, Ghana. David is a professional photographer as well as the religious leader.

The Synagogue

The synagogue in Sefwi Wiawso is an unmarked cinderblock building that can accommodate 150 to 200 people. It has an open doorway and openings for light and air to enter. 

There is no electricity. Men sit on simple benches on one side of the center aisle, and women on the other side. There is no mechitza (a dividing wall). Children sit in the front rows on either side. It was reminiscent of chapels I've attended at Jewish summer camps in America.

The bimah holds a table with four seats for the leaders. While I was there, only men sat or stood on the bimah. The table has a white covering with the word "Shalom" and a picture of a menorah. A seven-pronged menorah sits atop the table. A Torah scroll, printed on paper (not inscribed on parchment), is set against the wall in a special case. It was hand-delivered to them a year or two ago by an Israeli named Yaakov who was in Ghana on business. Although they cannot read it, they treasure it. I did not have the heart to tell them that, strictly speaking, it is not a kosher Sefer Torah.

A water-filled urn is set at the synagogue entrance. The men and women ritually wash their hands before entering. Men over thirteen wear kippot. Boys under 13 do not cover their heads, but all of the married women cover their heads with beautiful kerchiefs. Tallit and tefillinare unknown. I saw two types of kippot—traditional (and very beautiful) embroidered hats that match the men's outfits, and American-style satin kippot that were donated. Frankly, I found the African kippot far more attractive, and was disappointed that the community prefers the American version, feeling that they are more authentically Jewish.

The synagogue was built at the very bottom of the hill, at the lowest point in the Jewish quarter, at the base of Sefwi Waiwso's mountain. They told me that the site was selected because of the Torah's admonition, "you shall not worship from the high places"—a reference to the Canaanite practice of building altars on mountaintops.

Shabbat

The Shabbat morning service ran from 8 to 10 and followed the English text of the siddur for shacharit. A Torah portion was read from the Hertz Chumash. A Torah scroll was on the bimah, but was not used—no one in the community reads Hebrew. The service was attended by 30 to 40 men, about 10 women, and 20 or 25 children.

A number of songs were chanted, in the local language, Sefwi. The melodies were captivating and the themes were thoroughly Jewish. The songs were well known to the congregation—everyone joined in, with much gusto. On Sunday, I had some of the people record the melodies on a cassette that I brought home. Unfortunately, the recording quality is very poor. If a better recording can be made, I think it can be marketed in America, with profits donated to the people of Sefwi Wiawso.

One of the tunes is about Jerusalem, and says, "We were exiled from Jerusalem because of our sins. Jerusalem is our home, and we long for the day when our hearts are pure enough so that we can return." Another says, "There are gifts you can buy with silver and gold, but the best gift of all is free. It's Shabbat, and it's the best gift because it's a gift from God." Several tunes extol the virtues of King Solomon, whom the Ghanaian Jews hold in as high esteem, or possibly higher, than King David.

Kiddush was recited in the synagogue, over wine, and everyone then went home for lunch. The meal was bountiful, and much like Friday's night's dinner. David apologized for the early hour of services, but said that it was not permitted to eat before the morning prayers. 

There was ritual hand washing and a short blessing. A long grace after meals concluded the meal. We ate outdoors at David's house with several other families. One of the men explained that the Jews' practice was different from that of their Christian neighbors. "They recite a long benediction before eating. They're hungry and can't pay attention to their benediction. We recite a short blessing because we want to eat, then when we're satisfied, we take the time to give thanks to God." How Jewish!
Following the meal, we were taken home and told to rest until 1:00, at which time a group of 40 or 50 gathered in the synagogue for Torah study. 

The men took turns coming to the bimah, reading a sentence at a time from a Hertz Chumash while David, the religious leader, gave a linear commentary. It reminded me of reading a Chumash with Rashi's line-by-line commentary. This was followed by the afternoon service, and at 3, we went back home until dinner at 5. The people who brought us dinner apologized for the early dining hour, but explained that it was required to eat three meals on Shabbat. The evening service, concluded with havdalah, was at 6.

Unlike the mainstream custom of observing Shabbat for 25 hours, the Jews of Sefwi Wiawso observe 24 hours. Havdalah was beautiful, with very nice melodies in Sefwi. Instead of using a candle with a twisted wick, candles were placed in the two end candlesticks of the menorah, symbolizing the end of one week and the beginning of the next—the seventh day and the first. For the blessing over spices, spiced wine was used rather than sweet wine. It was sniffed, then drunk.

Conversion

The people seemed pleased that their non-Jewish neighbors sometimes ask if they can become Jewish. Their answer is, "Yes, you can become Jewish, but first you have to learn all of our laws and then you have to practice them." The obvious next question is, "What are these laws?" The answer is, "First you have to be circumcised. 

Then you must close your business early on Friday and take a bath, and on Saturday you cannot work at all. You cannot eat pork at all, and you must only eat other meat that is slaughtered the proper way. And during your wife's menstrual period, she must sleep in another bed and you cannot have relations with her, and after seven days, that evening she must take a bath and only then can you resume having relations with her."

Upon hearing all of these requirements, the usual reply is, "Okay, that's too much for us. Maybe we won't convert." And the Jews' answer is, "It's not necessary for you to convert. God loves all people who are good people whether they are Jewish or Christian."

Because there are few converts, it's not surprising that the Jews are genetically different from their Christian neighbors. Most Ghanaians have broad noses with round nostrils, but nearly all of the Jews, although having quite dark skin, have long, narrow Semitic noses. The difference is immediately apparent.

Who Are the Jews of Ghana?

They are the proverbial Wandering Jews. They have been wandering about in West Africa for hundreds of years, each time moving because of persecution. According to their oral history, they have lived in Ghana for about 150 years, and before that, in Ivory Coast, a neighboring West African country, for some 250 years. 

They moved from Ivory Coast to Ghana because of persecution. Until 400 years ago, they lived in Mali, where they also were persecuted. Indeed, I recently read in the Kulanu Website about a community of 1,000 crypto-Jews living today in the vicinity of Timbuktu, Mali, who secretly practice Judaism for fear of persecution from the Islamic rulers. Before Mali, the trail leads from the northeast, from Israel, where they claim to have originated in ancient times.

Ghana treats its Jews well. There is freedom of religion and they get along well both with their Christian neighbors and the government. But there is an underlying current of concern, based on past history, that someday things may change.

Several of my American Jewish friends speculated that Africa's black Jews are descended from King Solomon and the Queen of Sheba, who was black, but at no point in my discussion with the people of Sefwi Wiawso did they mention her name. One of their songs, however, says that David was a great king, and Solomon an even greater one. Of course, if they were descended from Solomon, they would also be descendants of David, Solomon's father.

How Were They Discovered?

They weren't. Rather, they went out to discover Jews on the outside. For generations, they believed that they (and small communities in Ivory Coast and Mali of which they were aware) were the only Jews in the world. In the 1980s, 

David's predecessor as leader (now deceased) had a dream that, with the reestablishment of Israel, there must be Jewish people living there, and he set out to find them. He journeyed to Accra to speak with the Israeli Embassy and returned home disappointed after finding out that there was no embassy. Some time later, he and a delegation made the trip to the Israeli Embassy in Ivory Coast where they learned that, indeed, there were Jews not only in Israel but in America and throughout the world.

They were given an address in Israel, waited two years for a reply, and were eventually put in touch with Kulanu.

Pronouncing the Unpronounceable

I saved the most intriguing part of the trip for last. Sorry, those of you who are curious, but out of deference to those who would find it discomfiting or inappropriate, you're not going to find out here how to pronounce the Tetragrammaton, God's four letter name. But the Jews of Sefwi Wiawso claim to know how to pronounce it. And they just may be right.

A little background for those of you who may not have a background in Hebrew. In the Torah, God's name is written yud-hey-vuv-hey, which in the English equivalent of YHVH. In the days of the Temple, the High Priest would utter the name on Yom Kippur, spellbinding the Israelites who heard it. The Hebrew alphabet consists of 22 letters, all consonants. To read Biblical Hebrew, you must have sufficient mastery of the language to supply from knowledge the missing vowels. English-speaking people routinely do the same thing.

For instance, if a street sign says "Blvd.," we recognize the word as "Boulevard." If we knew only a little English, we might think the word is "Beloved," which would fit although it would be wrong in the context of a street sign. 

Or if we knew no English but knew the alphabet, we might read the sign as "Boloovaid," which would be plausible (the consonants are there, and in the proper sequence) but isn't an English word. On the other hand, if someone pronounced "Blvd." as "Banivard," we would immediately know that it's wrong—"Blvd." has no letter "N."

Now, back to the Hebrew. In the Middle Ages, a group called the Masorites devised a system for writing the vowels as subscripts or superscripts on the consonants, which is the system used today in Hebrew Bibles and prayer books to enable Jews with limited knowledge of the language to pray in Hebrew. But since God's name had not been pronounced in hundreds of years, the Masorites did not know how to vowellate yud-hey-vuv-hey. So they arbitrarily assigned it vowels.

When Jews come to that word, they do not pronounce it. Instead, they substitute the word "Adonai," meaning "My Lord." But various Christian groups read the word as "Jehovah," and the name is sometimes also referred to as "Yahweh." Both of these are obviously wrong, as Hebrew has neither a "J" sound nor a "W" sound.

David Ahenkorah must have noticed me looking surprised when—in the places where mainstream Jewry would say "Adonai"—the Sefwi Wiawso congregation substituted "Jehovah." "You're not supposed to say God's name," he leaned over and explained. "Our Christian friends say 'Jehovah' because they think it is God's name, but we say it because we know it's wrong."
"How," I asked, "do you know it's wrong?"

"We know," he replied, "because we know that God's name is ----." And he said it, as if I had asked the most obvious of questions, adding, "the name has been passed down from generation to generation since antiquity." Just to be sure, I asked him to repeat it, and he did. It was a plausible pronunciation; the consonants were the right ones, and in the right order, so that you could make "yud-hey-vuv-hey" come out just as David said it by supplying the proper vowels. Of course, that doesn't guarantee that the pronunciation is in fact the right one; different vowel combinations could lead to a dozen or more pronunciations of the word. But at least it couldn't be peremptorily dismissed.

But is it right? I don't know, but there's some tantalizing evidence that it may be. The first piece of evidence relates to the law of probability. The Jews of Sefwi Wiawso don't know any Hebrew, so if the pronunciation permutated over the years, there would be a good chance that an obvious error would creep in. Odds are, something in the pronunciation would signal that it was wrong.

The second relates to their proper pronunciation of a known word—Biblical Hebrew for "Jerusalem." In modern Hebrew, Israel's capital is "Yerushalayim," but in the Bible, it appears as "Yerushalem." During their services, the Ghanaian Jews sang a hauntingly beautiful melody about Jerusalem—the city of their exile. They pronounced it "Yerushalem."

I didn't think much of it until one day I was debating with an Orthodox rabbinical friend whether the people in Ghana were really Jews. I argued that from their religious practices, immediately recognizable as Judaism, and their oral tradition going back hundreds, thousands, of year, that they were. He took the opposite position—their practices deviated too far from normative Judaism. Somehow, our conversation veered toward their chants and I mentioned the one about Jerusalem.
"How do they pronounce it," he asked. "Jerusalem or Yerushalayim?"

"Neither. They say 'Yerushalem'."

It was as if a light bulb lit up in his head. "Really! Takeh, I think maybe they really ARE ancient Jews. How else could they know to say 'Yerushalem'? Most American Jews don't even know it, but it's in the Tanakh (the Hebrew Bible) as 'Yerushalem.' It was changed to Yerushalayim later on."

Indeed. And undoubtedly it was passed down from generation to generation, since antiquity.