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dimanche 10 septembre 2017

Epigaphie Touatienne Jacob Oliel

 Epigraphie touatienne
Jacob Oliel


De l'étonnante épopée des Juifs touatiens, brutalement interrompue en 1492, il ne subsista que d'assez rares témoignages : au moment de la conquête, en 1900, les Français ne trouvèrent aucun vestige, ni archive ni aucun élément archéologique,2 seuls les récits des chroniqueurs locaux ayant conservé trace de l'aventure juive au Sahara, au Moyen Age.
Ainsi, après cinq siècles, la pierre découverte par E.-F. Gautier, en 1903, au ksar de R'ormali (oasis de Bouda), sur laquelle était gravée une inscription en caractères hébraïques, restait l'unique preuve concrète de la présence juive ancienne dans la région du Touat. 

LA PIERRE DE GHORMALI 

Cette pierre, écrit Gautier, se trouvait "encastrée à la base d'un pilier de pisé, qui a manifestement servi, jadis, de support à la bascule d'un puits comblé. Les indigènes ne connaissent ni le sens, ni la langue de l'inscription, ni sa date, ni son origine. De mémoire d'homme, elle a toujours été au ksar de R'ormali. La seule face visible de la pierre est un parallélogramme irrégulier d'environ 0,30 m sur 0,25 m. La pierre est du grès rouge.

 L'inscription est d'un travail remarquable, au moins pour le pays ; sans doute la surface de la pierre n'a même pas été aplanie ; les contours des lettres sont souvent éclatés ; mais leur dessin est très net, leur gravure en creux très profonde. C'est un travail peu soigné, mais on dirait l'oeuvre d'un professionnel.

Le R.P. Vellard, de passage à Ghormali le 12 mai 1903, a décrit cette même inscription: "Près d'une séguia [rigole], on nous montre une inscription ancienne gravée en creux sur une plaque de grès rouge. Le texte se compose de quatre lignes longues de 25 cm et hautes ensemble de 10 cm. C'est, à n'en pas douter, une inscription funéraire hébraïque, preuve indiscutable du séjour des Juifs dans cette partie du Touat."

La transcription en hébreu faite par le R.P. Vellard est rigoureusement identique au texte rétabli par Berger et Halévy, lequel a intéressé par la suite nombre de spécialistes (Nahum Slouschz, Moïse Schwab…) ; toutefois, la pierre ayant disparu, ne restèrent que les deux estampages réalisés par E.-F. Gautier en 1903 et déposés au Collège de France. Depuis un siècle, l'épitaphe n'a pas manqué d'interprétations, surtout pour ce qui concerne la première partie :

1ère ligne : J. Halévy, M. Schwab... ont pu lire Monispa, Nesshpa, Nesfa, alors que le nom de la défunte, Mona bat Amram, est nettement lisible. Si le prénom "Mouna" (forme abrégée de Mimouna) paraît plus conforme aux traditions judéo-berbères touatiennes, la forme Mona, (comme Stella, Flora, Gracia, Luna...) se rencontre dans des communautés d'origine espagnole et H.Z.Hirschberg n'hésite pas à établir une relation entre l'émigration de Juifs de Fès (parmi lesquels des Espagnols) et l'épitaphe de cette femme touatienne :
"Between 1315 and 1320, the Merinids (souverains marocains de Fès) extended their territory south- eastward to the oases of Gurara and Tu'at. It is difficult to decide whether the tombstone of a woman, Nasfa bat Amram, of the year 5089 / 1329, which was discovered in the Tu'at region is connected with that compaign of conquest... "

La formule hébraïque "qu'il repose en Eden", présente sous forme d'abréviation DH me semble -logiquement- s'appliquer à Amram, le père dont le nom vient d'être rappelé, plutôt qu'à la défunte Mona, sa fille.

ligne 2 : le premier mot, BEN (= fils de) selon l'étymologie hébraïque, pourrait aussi, signifier "issu de.." comme il peut se faire en arabe.

Le mot suivant a trois syllabes, dont les cinq dernières lettres parfaitement lisibles : L. OU. K. I. N. d'où : Ben [MAM]LUKIN (des esclaves) ou Ben [AM] LUKIN, de la tribu des Oulad AMLOUK , dont un chroniqueur touatien a écrit : "Les Oulad Amluk pénétrèrent dans Tamentit le jour de ma naissance...

Amram, père de Mona, était-il lié à un groupe ou une tribu ? Avec l'aide éclairée de Michel Garel et de Macha Itzhaki, il a été possible de donner un autre sens -plus satisfaisant ?- à ces deux mots BEN et HALUQIN = "du groupe des commentateurs"
ligne 3 : la dame est décédée "le deuxième jour de la semaine, lundi, vingtième du mois de AB", donc le 16 juillet, date proposée par Slouschz ;

ligne 4 : année 5089 (=1329). Une remarque s'impose au sujet de cette pierre : le cheikh Toudji ayant chassé les habitants juifs de Ghormali pour s'y installer en 1269, il faut supposer ou que les Juifs y sont revenus, ce qui justifierait la découverte dans cette localité d'une pierre tombale hébraïque datée de 1329, soit que la tombe de la dame Mona devait se trouver ailleurs.

Depuis les années 1950, cette pierre "de Ghormali" n'est plus l'unique vestige de cette époque extraordinaire.


PIERRES DECOUVERTES A TAMENTIT

D'autres pierres tombales écrites en hébreu ont été signalées sans qu'il soit toujours possible d'en retrouver trace, certaines ayant servi à la construction, d'autres ayant quitté le Touat.

M. Raphaël Amouyal, qui allait régulièrement à Tamentit pour son commerce, dans les années 1935-1940 a dit avoir vu, dans la palmeraie et à plusieurs reprises, des lavandières laver leur linge sur une énorme dalle, en partie immergée et qui portait des inscriptions en hébreu.

S'agissait-il de la pierre montrée au Pr Hugot en 1953 à Tamentit ? "Des enfants me conduisirent [...] aux environs du ksar Oulad Mimoun et me montrèrent, très enterrée, une pierre tombale qui devait faire un mètre de long et avait très approximativement la forme d'un prisme à base triangulaire et aux angles arrondis ; mais on ne voyait qu'une faible partie de cet objet indiscutablement garni sur la partie de la face visible de caractères hébraïques". 

En 1988, un jardinier fit la découverte d'une pierre gravée, au moment même où H. Lhote était de passage dans l'ancienne capitale du Touat. Il a noté que cette dalle était gravée en hébreu, sans pouvoir ni la photographier ni l'estamper, car il faisait trop sombre.

La même année, une stèle fut déposée au musée de Tamentit; Il s'agit d'un bloc de grès rose de forme à peu près trapézoïdale, de 55 cm à la base, 20 cm au sommet, 61 cm de hauteur et 14 cm d'épaisseur. Son poids est évalué à 45 kg. Trouvée par un agriculteur— " il y a longtemps " — dans le ksar Oulad Daoud de Tamentit, cette pierre fermait un puits.
Couverte dans sa partie supérieure, la plus étroite, de dix-huit lignes d'une écriture hébraïque très serrée, en lettres cursives d'environ un centimètre, elle fut d'autant plus difficile à déchiffrer que la partie écrite est usée par endroit.. Sa lecture en est pourtant particulièrement intéressante, comme peuvent le montrer le texte rétabli et la traduction de Michel Garel, conservateur des manuscrits hébraïques à la B.N.F. et Macha Itzhaki, professeur à l'INALCO :

Maïmon, fils de Shmuel et petit-fils de Braham ben Koubi est décédé en 5150 [= 1390].
Le texte est une sorte de poème émaillé de citations bibliques et d'abréviations, caractéristiques sur les pierres tombales. Il faut aussi observer l'utilisation de combinaisons à significations multiples : Maïmon est mort "aux sources de l'eau" mot à mot c'est la traduction du toponyme berbère "Tamentit " (composé de aman, eau et tit, source). 

Il peut s'être noyé, mais ce qui est sûr : son décès eut lieu à Tamentit. La date de sa mort est indiquée par un chronogramme, c'est-à-dire une combinaison de lettres dont la valeur correspond à un nombre ici 5150, année du calendrier hébraïque. Maïmon est décédé à l'âge de 41 ans, il laisse quatre fils et son père est toujours vivant. C'était sans doute un homme de bien voire un Tsadiq (un juste). La découverte d'une pierre tombale gravée au nom de Maïmon, fils de Shmuel et petit-fils de Braham ben Koubi tendrait à le confirmer.

AUTRE PIERRE TOMBALE DECOUVERTE ET PERDUE

Ce Maïmon, fils de Shmuel et petit-fils de Braham ben Koubi était-il un membre si important de la communauté juive touatienne ? Les circonstances de sa mort étaient-elles si particulières ? Sa mort n'étant pas naturelle a-t-il été décidé de faire déposer une stèle à l'endroit où il est mort et une pierre sur sa tombe ?

Toujours est-il qu'une deuxième inscription a été découverte au Touat, identique à la précédente (même nom, même texte sur ce fragment -il manque le début et la fin du texte- de treize lignes incomplètes d'une écriture sans netteté du fait de l'usure de la pierre ou de la mauvaise qualité de la photocopie. (Je ne possède qu'une photocopie d'une photo -prise en 1991 à Timimoun- de cette pierre dont la trace s'est perdue). 

Cinq siècles après la destruction de la communauté juive touatienne, l'étonnant est que des découvertes de pierres tombales hébraïques soient encore possibles. Ce qui laisse à espérer que d'autres viendront encore, sans doute.






NB 


Le TOUAT, ex-royaume juif saharien d'où vient le nom TOUATI (et ses variantes TOUITOU, TUETO, ETTUATI…) est aujourd'hui une région du Sahara 
algérien
 

 A plusieurs reprises, des témoins ont déclaré avoir vu ici ou là dans les villages du Touat des cimetières juifs (en fait des cimetières de placentas) ou des
 
inscriptions supposées hébraïques a priori mais qui, en réalité étaient du tifinagh, le système d'écriture des Touareg
 

 Gautier, E.F. Oasis Sahariennes, 1908, p. 26.
 

Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres1, année 1903, page 236
 

 H.Z.Hirschberg:a history of the Jews in north-Africa,Jérusalem 1981,p.369 

 Lamartinière-Lacroix,op.cit.p.248 

 HALOUKIN permet de supposer l'existence d'un groupe de débatteurs ou de gens habitués à la controverse (des commentateurs de la Bible ?), ce qui ne serait
 
pas surprenant dans une communautés où fut signalée la présence de " rabbins et gaonim " .
 
  H. Hugot, lettre datée du 26 septembre 1989.
 

 es autorités locales semblent la protéger et elle figure en bonne place sur les cartes postales.

Origine des Juifs de Tunisie

Origine des Juifs de Tunisie


C'est à DJERBA, après la destruction du premier Temple par Nabuchodonosor en - 586, que quelques juifs ont trouvé refuge, ce seraient des Cohen (Cohanim) qui auraient même apporté avec eux une pierre du Temple édifié par Salomon, les autres juifs ayant été massivement déportés à Babylone. On pense que la Synagogue dite de la Ghriba date de cette époque. Cependant, ces juifs auraient rejoint d'autres familles qui avaient suivi les Phéniciens et avaient contribué à l'édification de Carthage pour fonder leur première diaspora.On est à peu près certain de l'époque, les juifs vivants après le second Temple parlaient l'araméen.

En effet, Carthage fut fondée par la Reine Didon vers 813 avant JC, elle fut détruite par les Romains en -146. L'influence de Carthage fut fondamentale, car par le biais de ses colonies, elle va semer la culture des peuples sémitiques du Proche Orient, unis, avec les phéniciens et les juifs. Pendant sept siècles, Carthage va régner sur l'Afrique du Nord. Les juifs sont présents, la langue utilisée, le punique, est bien sûr proche de l'hébreu.

Il existe 11 synagogues dans l'île, de Djerba et on dénombre en 1999 une population de mille juifs vivant dans deux quartiers que l'on appelle "Hara Kebira" et "Hara Sghira" avec leurs maisons décorés avec des mains , des dessins d'yeux, des poissons et des étoiles de David .Les juifs organisent tous les ans lors de Lag Bahomer une Hilloula , les femmes viennent particulièrement prier pour leur fertilité et celle de leur descendants. De nos jours, la communauté juive de Djerba semble vivre en parfaite harmonie avec ses concitoyens arabes, malgré un climat pesant depuis septembre 2 000.
Au premier, puis au second siècle, après la destruction du second Temple, d'autres juifs viennent rejoindre leurs frères. En effet, plusieurs centaines de milliers de juifs sont déportés par les romains (Titus et Trajan au 1 er siècle puis Hadrien au 2 ème siècle) dans toute la Méditerranée. A Gamart, près de Tunis, on a découvert une nécropole juive datant de cette époque.
Ils sont nombreux, arrivent même par le sud, venant du Yémen, passant par le Soudan, et le Sahara, si nombreux qu'ils font du prosélytisme, et convertissent des tribus Berbères ; à l'époque on trouve des juifs dans le Sahara et au Niger.
Le Talmud raconte qu'au II ème siècle, Rabbi Akiba fit un séjour dans cette province appelée alors "Césarienne", il venait de Judée, pour consolider l'instruction et la culture juive, et contrer celle imposée par les Romains.

Les juifs sont nombreux lorsque s'écroule l'Empire romain, ils voient passer de nombreux conquérants : Les Vandales tolérants (vers 430), les Grecs de Byzance qui imposent la conversion et les répriment durement, ils assistent aux débuts du catholicisme (St Augustin, d'origine Berbère vit à Hippone, l'actuelle Anaba).

Une impératrice juive, la Kahéna, fait face à l'invasion des Arabes en 693, son Empire chevauche la Tunisie (Gabes) et l'ouest de l'Algérie (jusque dans les Aures). Elle meurt au combat, et les berbères se convertissent massivement, mais sous la contrainte, à l'Islam.

D'autres juifs viennent alors enrichir les "autochtones" ils suivent les troupes arabes et viennent de Perse et d'Irak (Bagdad est la ville-phare de cette époque), plus instruits, ces juifs contribuent à la construction de Kairouan, et à son resplendissement. Kairouan devient la nouvelle capitale de l'Ifrikya Ces juifs apportent avec eux le Talmud et les commentaires rabbiniques jusque là inconnus dans cette contrée.

Sous une lourde domination musulmane, fortement imposés, souvent humiliés, appelés "Dhimmis", ils sont considérés comme citoyens de seconde zone, néanmoins protégés par les gouvernants, et plus tard par le Bey, sous la domination Ottomane, lequel nommait un Caïd parmi ses sujets juifs, on peut citer les COHEN-TANOUDJI et les  SCEMAMA. Jamais persécutés, les juifs qui se comptent par dizaine de milliers, peuplent de nombreuses villes : Bizerte, Tunis, Hamam Lif (cité de Naro, où on a trouvé les restes d'une synagogue en 1883), Gabès, Tozeur, Hadrumète,Gafsa, Sfax, Sousse, des communatés nomades vivent sous la tente dans le sud tunisien , d'autres dans des maisons troglodytes à Matmata, mais ceux de Djerba gardent le secret de leur identité.

En Tunisie, on assiste à une ghettoïsation des communautés, avec un regroupement des juifs dans les "haras"., c'était pour des raisons de sécurité, mais aussi pour des raisons sociologiques et religieuses.

A Kairouan, Jacob ben Nissim ben Josias, fonda une Yéshiva réputée, au IX éme siècle, à la fin du X éme siècle, un esclave Huchiel ben Elhanan devint l'autorité spirituelle du judaïsme en Afrique du Nord, deux grandes autres sommités s'illustrèrent dans cette ville : Issac ben Amram Hamoussalem et Isaac Israëli, médecins réputés. Au XI ème siècle, Kairouan fut décrétée ville sainte de l'Islam, et fut interdite aux juifs. Ces derniers quittent la ville;ils n'y sont jamais retournés.

Les siècles passent, l'Espagne est devenue musulmane depuis 711. Dans la péninsule ibérique, les trois religions cohabitent, la civilisation resplendit et éblouit le monde par l'éclat des découvertes scientifiques et philosophiques. Mais après la "Reconquista" (1492) voulue et orchestrée par Isabelle la Catholique, fuyant l'inquisition, les juifs s'éparpillent dans le bassin méditerranéen, certains gardent la langue judéo espagnole, le Ladino, on les retrouve à Alexandrie, à Smyrne, à Salonique. D'autres se rendent au Maroc surtout à Fès puis à Meknes, quelques rares familles se réfugient en Tunisie.

 

 

La Communauté Juive Portugaise en Tunisie.


D'autres familles avaient choisi de quitter l'Espagne pour le Portugal plus proche, beaucoup ont adopté la religion imposée pour ne pas perdre la vie, on les a appelé les Marranes ou Conversos, ils pratiquaient néanmoins en cachette les rites juifs et respectaient les grandes fêtes et le Chabbat.

Le Portugal est alors un pays dans lequel l'inquisition n'était pas encore opérationnelle. Ces derniers commercèrent avec l'Angleterre, la Hollande et la France. Ils durent précipitamment quitter au XVI éme siècle le Portugal. Un grand nombre s'est installé à Amsterdam, ou à Londres d'où ils partirent fonder des colonies dans le nouveau monde , d'autres, après avoir cherché asile en Europe, trouvèrent refuge en Italie, plus précisément en Toscane.

C'est donc un siècle après l'expulsion, en 1592 que Ferdinand 1 er de Médicis, protecteur de Galilée les invite. Ils peuvent en toute liberté pratiquer leur religion, s'installer dans des villes en pleine mutation intellectuelle et architecturale comme Florence, Pise, célèbre par sa Tour penchée et Livourne, grand port de commerce de l'époque.

La décision des Médicis n'était d'ailleurs pas innocente, car les juifs avaient non seulement le sens du commerce, mais gardaient des liens étroits d'amitié avec leurs coreligionnaires de l'empire Ottoman. Ils devenaient le trait d'union entre l'Orient et l'Occident.
De Toscane, dès le XVIII éme siècle, des familles partirent s'installer à Tunis, et firent de Livourne et des princes de Toscane les interlocuteurs privilégiés des Ottomans et des Arabes : Rachat des esclaves faits prisonniers par les pirates, commerce de matières premières, d'épices et de produits artisanaux, ils participèrent à la création des premières industries, ces juifs parlaient l'italien, et ne se mariaient qu'entre eux..
On les appela les "GRANA" ou Livournais. Habillés à l'européenne, portant perruque, ils avaient leurs propres rites, leurs propres synagogues, leurs officiants et rabbins, leurs cacheroutes, leurs cimetières, et se considéraient comme le fleuron de la bourgeoisie venue d'Europe. Ils fondèrent le "Souk el Grana" qui fut le centre commercial de la veille ville.

L'arrivée de cette nouvelle communauté provoqua la création d'un schisme qui divisa les juifs de Tunisie pendant presque deux siècles. Le premier accord a été ratifié par le très célèbre "Baba Sidi", Rav Abraham Taïeb en 1741, il concrétisa malheureusement la séparation des deux communautés Ils n'avaient pas ou peu de relations avec les juifs autochtones (TOUANSA) tunisiens qui eux parlaient le judéo-arabe se vêtaient à l'orientale.

Les relations entre les deux communautés étaient tendues. Les "Grana" soutinrent l'Italie tout au long du XIXémé siècle dans sa lutte pour la colonisation de la Tunisie, contre la France. Les Beys de Tunis ne cédèrent pas à la pression. Ce n'est qu'à la fin du XIX éme siècle, après le décès du Grand Rabbin des Grana : Tapia, et sous la pression des autorités françaises que la fusion fut acceptée.

Cet état de fait n'a été véritablement aboli que lorsque les autorités, au lendemain de la première guerre mondiale prirent la décision de raser le mur du cimetière de Tunis, qui séparait, même dans la mort les deux communautés.

Quelques noms de Grana : Cardoso, Castro, Cassutto, Lumbroso, Mendoza, Moreno, Malka, De Paz, Louisada, Boccara,…

Les DE PAZ construisirent une industrie basée sur les sucreries, les bonbons et surtout se rendirent célèbre en commercialisant le "Halva le Lion".

La période de 1940 à 1944 fut tragique pour la communauté, mais seuls les juifs de Sfax portèrent l'étoile jaune, car malgré les ordres du gouvernement français de Vichy, le Résident Général de France n'appliqua pas à la lettre les décrets, mais un numerus closus fut imposé dans les écoles, et sous la pression des troupes d'occupation allemandes et italiennes, le travail obligatoire mobilisa tous les jeunes juifs dans les camps du Borgel et de Bizerte, quant au Bey, il protégea les juifs.

La libération par les troupes alliées finit par arriver, à la tête des troupes libératrices le Général Montgomery.  De nombreux juifs s'engagent et participent au débarquement de l'île d'Elbe à la libération de l'Italie et pourchassent les Allemands en Rhénanie, leur casernement fut établi à Baden.


Conclusion

Aujourd'hui, on ne parle plus de "GRANA" ou de "TOUANSA".Une première vague d'émigration a eu lieu en 1948 vers Israël. Les autres juifs tunisiens choisirent la France, après l'avènement de l'indépendance en 1956, bien qu'un nombre important de juifs ait participé aux instances dirigeantes du Néo Destour, parti unique dirigé par Habib Bourguiba, M.  Barouch, important commercant  siègea dans le premier gouvernement tunisien, une troisième vague d'exil s'effectua avec les événements de Bizerte en 1960, et la dernière avec la guerre des 6 jours, ou des masses incontrôlées arabes mirent le feu à la Grande Synagogue de Tunis (1967). Nous pouvons penser que depuis l’attentat terroriste de Djerba en Avril 2002, c’est véritablement la fin de la présence millénaire juive en Tunisie qui s’annonce.

Les livres d’histoire distribués dans les lycées et collèges tunisiens ne mentionnent pas cette présence  depuis près de 3000 ans dans ce pays. C’est un défi que nous nous devons de relever :  le défi de Mémoire.
La petite communauté juive de Tunisie compte en l’an 2002, 1 500 personnes de nationalité tunisienne est plus ou moins  bien intégrée, bien que protégée par le Président Ben Ali. Plusieurs milliers de juifs d’origine  tunisienne retournaient tous les ans en Tunisie, principalement pendant la période estivale. De nombreux hôtels avec un service cacher les y accueillaient.  Le pèlerinage de la Ghriba à Djerba réunissait tous les printemps 5 000 juifs venus de France, d'Israël, et du Canada et ce jusqu’au déclanchement de la seconde Intifada et aux attentats-suicides qui ont tué plus de 500 civils dont de très nombreux enfants en Israël…

En Avril 2002, de graves attentats se sont produits en Tunisie à l’encontre de la toute petite communauté juive. Le premier à Djerba, ou un membre tunisien d’Al Kaïda a fait sauter un camion rempli de bombonnes de gaz devant la Ghriba, tuant 18 touristes allemands et deux français. A la suite de ce dramatique évènement, seulement deux cents juifs ont pélériné cette année,  le second attentat est la saccage de la synagogue de la Marsa et le troisième, l’incendie de la synagogue de Sfax, sur ce dernier, on ne possède pas de témoignage averti.

D’autres incidents antisémites ont eu lieu, notamment des dégradations et des profanations dans les cimetières juifs mais aucun renseignement officiel n’en rend compte. Le Président de la République, M. Ben ALI aurait promis de constituer une commission d’enquête internationale.

Ces événements sonnent le glas de la coexistence qui semblait s’être établie. Le gouvernement tunisien porte une grande part de responsabilité, car, non seulement il n a pas su protéger ses citoyens juifs, mais il a été un des régimes les plus virulents pour  lutter contre Israël pendant la seconde Intifada dans les territoires autonomes palestiniens, allant même jusqu’à donner le nom de l’enfant  Mohamed Al Dura (dont on sait aujourd’hui que c’était une  fiction) à un timbre-poste et à plusieurs places au centre des plus grandes villes du pays. Il n’y a pas de fumée sans feu !

Avec la fuite de Ben Ali, et l'arrivée du parti néo-islamique Ennarhda, la profanation suivie de la destruction  en Février 2013 du cimetière juif de Sousse l’hiver arabe qui s’annonce ;  c’est véritablement une page d’histoire qui s’est probablement tournée.

Néanmoins les prémices de la nouvelle constitution qui a vu le jour en 2014 semble devoir écarter l’Islam comme source de Droit, ce qui est une première dans un pays musulman. 

Mais Ennarhda veille toujours et confirme son autorité morale par la présence de 4 ministres importants !! Paradoxe à l’heure ou 15 000 Djiadistes tunisiens qui sont passés par la Syrie en Irak et en Libye sont rentrés chez eux … L’avenir semble sombre ! Le nouveau President Kaïs Saïed, professeur inconnu, poussé par les islamistes a été élu, il est très impopulaire et la révolte gronde dans les campagnes ... les gens ont faim ... 

A Paris, les juifs tunisiens qui  ont habité tout d'abord Belleville, le Faubourg Montmartre se retrouvent dans l’ouest parisien : le XVIème et XVIIéme arrondissements, Levallois, Neuilly et Boulogne. 

Ils sont nombreux dans les professions libérales, dans le domaine de la politique, des arts et du spectacle, d'autres ont ouvert de nombreux commerces dans le quartier sensible de la mode, dans le "Sentier". Ils ont créé les grandes marques du prêt à porter de la fin de siècle dernier, puis se sont installée à Aubervilliers pour traverser en nombre l’Atlantique et rejoindre la Floride à Miami

Des associations de commerçants et d’industriels juifs se sont créées pour pousser les investissements français et européens en Tunisie .Comme nous l avons dit, toutes ces entreprises ont été gelées.




A VOIR:




©Bernard Cohen-Hadria © 2002. Revu Février 2013

Gammarth

Gammarth

BCH

Nous passions en général nos vacances d’été à Paris, habitant au 30 rue de la Bienfaisance, dans l’appartement que louait Roger et qu’habitait Suzy et Claude.
L’été 1955, papa décida de louer une villa en bord de mer, à Gammarth.

Gammarth est une petite ville, oubliée qui était un cul de sac, à l’époque, la route étant bloquée par une immense et majestueuse dune.

Pour nous rendre à Gammarth, il nous fallait passer devant l’aéroport de El Aouina, traverser la Marsa et passer devant la résidence du Bey, et enfin passer devant un club qui se nommait la Tour Blanche , et faire un ou deux kilomètres , la route se terminait par un immense parking qu’occupait son gardien officiel portant une grasse plaque de fonction en cuivre et qui s’appelait « Staline ».

Sur la plage une succession de petits cafés snack bars , tenus en général par des siciliens, et celui qui se tenait  en face de la maison s’appelait Orsini.

La plage était belle, formée de sable fin blanc, et bordée de petits rochers vers la Dune, rochers desquels de jeunes enfants ramenaient des poulpes, des oursins et parfois des poissons de roche.

La grande Dune nous attirait, nous fascinait … nous étions comme la chèvre de Monsieur Seguin ??? mais papa nous avait prévenu de ne pas nous y rendre, car on pouvait s’enfoncer et être avalé par le sable.

Avec Gérard-Maurice Sellier et trois autres copains, nous avions décidé d’entrer dans la voituer de Monsieur Sellier pour faire un voyage imaginaire, mais voila qu’à un certain moment de notre route fictive, nous avons desserré le frein à main , et voilà que la voiture se mit a glisser doucement en arrière vers un ravin qui était bien réel  … nous avons paniqué dans le véhicule et n’avons pas songé à serrer à nouveau le frein à main. Nous avons crié voyant que la voiture allait de plus en plus vite … et Staline est arrivé et a bloqué le véhicule tout seul, pendant dix minutes, le temps de voir nos parents affolés courir, affolés.

Staline nous avait sauvé la vie .



Plus tard, la route a été prolongée ,elle traversait la dune qui avait été pour l’occasion détruite, et arrivait à Rawat, une plage qui devait faire 300 mètres de largeur.

Essai ... Faut-il préférer la recherche du Bonheur à celle de la Vérité ?


« Faut-il   préférer la recherche du Bonheur à la recherche de la Vérité ? »


Les années passent, et le besoin de chercher, de savoir, de transmettre se fait plus grand, car nous nous apercevons que nous sommes encore bien ignorants et bien loin de la véritable lumière, et la question reste toujours la même … Comment trouver le Secret, le Mystère, ce fameux « Sod » du Zohar, comment trouver le raccourci qui peut nous permettre de gagner du Temps, de brûler les étapes … Ce Secret, nous savons bien qu’il existe, il est en nous, dans la recherche de la Sagesse, du Sacrifice, et de l’Amour de l’autre.


La sagesse de celui qui a commencé cette quête, du Sacrifice,  celui de l’Amour, l’Amour universel qui inspire toute notre réflexion.

Tous les textes sacrés en parlent cela nous permet de combattre en premier lieu nos pulsions et nos imperfections, puis de lutter vers plus de justice, plus d’égalité, plus de liberté.

Zerubabel reconstruisait le second Temple, la truelle dans une main, l’épée dans l’autre, Il faut activement reconstruire et en même temps défendre son projet , c'est-à-dire ses valeurs, son éthique.
Alors, nous devons être fidèles à nos principes, nous avons prêté serment, et nous nous devons, nous nous obligeons de rester dans la voie que nous avons choisie,  à la croisée des chemins nous avons choisi … la voie du cœur.

La question que l’on me pose ce jour c’est :

« Faut-il   préférer la recherche du Bonheur à la recherche de la Vérité ? »

*Remettre en question les choses établies, se remettre en question, douter sans cesse … C’est ce qui nous attend dans notre quête.

La recherche du bonheur est dans notre nature, nous recherchons tous le Bonheur, il nous est indispensable. Venant de l’étymologie latine le mot Bonheur signifierait de bon augure donc avec une bonne chance .. . Le Bonheur serait-il du à la Chance ? …

Non nous ne le croyons pas, éloignons nous des présages de la Pythie éloignons nous des superstitions es Mages, des docteurs romains, le Bonheur se mérite et le Chevalier se doit de le conquérir.

La recherche du bonheur est personnelle à la limite de la spiritualité que nous recherchons, celle de la vérité, plus matérielle, en constante évolution au fur et à mesure de l’évolution des sciences, de la qualité de la communication … (rumeurs … ) Il y a pourtant dans notre parcours initiatique le Bonheur d’une part et la ou les Vérités d’autre part.

Le Bonheur est un sentiment intime et profond que nous  essayons  de maîtriser pour pouvoir le répandre autour de lui, c’est un bien-être durable, sans stress ni danger, qui apporte la tranquillité de l’esprit, la plénitude et le contentement

Nous ne parlerons pas ici du bonheur dogmatique, celui où l’on recherche la Béatitude Eternelle, celui des ordres contemplatifs, il s’agit pour nous d’un Bonheur de combat, le combat envers nous-mêmes, celui qui nous émerveille parce que nous nous bonifions et nous pourrons dès lors nous tourner vers l’autre pour le rendre heureux.
Tournons nous vers celui qui a réveillé le monde des philosophes et a permis l’arrivée des … D’Alembert, Diderot, Rousseau, Voltaire … 

Nous pouvons nous inspirer de l’oeuvre de Spinoza, celui qui a initié le siècle des Lumières et de la modernité philosophique, Spinoza explique que le Bonheur est une joie active, éloignée de la notion de plaisir et de jouissance qui sont des sentiments furtifs et non durables, loin des passions grâce à la raison et qui entrainent avec la superstition les peurs, la colère, la tristesse, la haine qui définissent quant à elles … le Malheur.

Dans l’Ethique, Il bannit les passions, elles sont nocives, elles nous écartent des flux positifs, elles nous asservissent et créent un tourbillon qui nous entraine vers le bas, vers le malheur, c’est parce que les passions sont excessives, qu’elles sont dangereuses.

En fait, Spinoza met en avant la Joie, non pas celle qui devait être adoptée à l’excès par les Hassidim au 18ème siècle, qui malgré la famine, les malheurs et les pogroms, privilégiaient la joie, la Simha et interdisaient la Tristesse, … mais la Joie active, celle de partager avec l’autre. Cette Joie permet le Bonheur parfait, c’est la paix intérieure de voir les choses avec plus de recul, de plus haut, de d’être ainsi capables de voir les choses telles qu’elles sont réellement.

Nous préférons nous éloigner des dogmes, de la religion pour créer un espace commun … Celle qui annonce la séparation des pouvoirs, et plus tard, bien plus tard la laïcité, Dieu devenant Nature (Deus Sive Natura) Spinoza, nous révélant dans son plus grand ouvrage « l ’Ethique » une clé pour l’Homme afin qu’il gagne sa Liberté !

Epicure, disait "Jouissons pleinement de l'instant, car le présent seul est le temps du pur bonheur d'exister." Comment accéder au bonheur? En supprimant le principal facteur d'angoisse, qui est la crainte.

Pour Lao Tseu, « il n’y a pas de chemin vers le Bonheur, le Bonheur c’est le Chemin » ! La quête du bonheur est légitime et universelle. Qui ne souhaite pas être pleinement épanoui, dans tous les des domaines de sa vie ?

Nous devons comprendre que le Bonheur est individuel, il est aussi contagieux et doit aboutir au Bonheur Universel, dans la justice sociale, Cet état fait de nous des combattants pour que tous les hommes, de toute condition puissent y avoir accès.

Le bonheur ne se gagne pas, ne s'attrape pas, il se mérite, il demande des efforts et des remises en question sincères et honnêtes, il demande au Chevalier des combats qui semblent parfois perdus d'avance. Rien ne se gagne sans effort et surtout sans Foi, … quant à l’Espérance, elle présente un outil  formidable dans la quête du Bonheur, la Charité permettant de donner de l Amour à l autre en dévoilant avec pudeur son caractère d’altruisme

Oui nous recherchons le Bonheur, mais il ne nous appartient jamais à l’instant présent, n’oublions pas que nous ne sommes jamais maître du Temps, au moment où l on croit atteindre le Bonheur, il appartient déjà au passé, et l’Espérance permet de l’envisager à nouveau dans le futur.
Ainsi va le cycle de toute vie, de toute idée, de toute chose, on se souvient de la renaissance que le symbole du Phénix qui lui renait de ses cendres, le Bonheur aussi, disparait dans le passé pour réapparaitre dans l’Avenir !

Comme le Roi Salomon, Grand Maître et Grand Juge, nous sommes des Chevaliers prêts au sacrifice pour atteindre la Vérité.

Nous recherchons la Vérité,    depuis l incendie du Premier Temple par Nabuchodonosor, la parole que prononçait le Grand Prêtre, le Cohen Gadol , le jour de Kippour, parole dont au retour de Babylonie, le scribe Ezra a réussi à reconstituer …mais avec les consonnes … et l on ne sait plus quelles sont les voyelles … quelle est l’intonation, et la puissance de l appel … prononcé depuis le « Débir », emplacement sacré, dont le sens vient de davar et de devarim ..mot ou mots, parle ou paroles ! Notre quête de vérité ne s’arrêtera donc jamais …


Alors la recherche de la vérité fait aussi parti de notre quête, difficile recherche car ce qui était vérité hier, n’est plus aujourd’hui du fait du progrès des sciences, et celle d’aujourd’hui ne sera plus exacte demain.

Comme chacun possède sa vérité, la recherche de la vérité suprême demande un effort de tous les moments, celui d’aller vers l’autre la aussi pour se diriger ensemble vers la Lumière.

On parle de « Mensonge » dès le début de la Genèse dans la Bible, lorsque le Serpent est intervenu
Pour montrer à Eve le fruit défendu. Elle l’offrit à Adam, lequel ment à Dieu … Depuis, nous sommes condamnés à chercher probablement éternellement la Vérité, Emeth, source d’équité, de bien et de Bonheur.  


La Vérité suppose la Justice, or la Justice n’est pas Vérité dans l’absolu … Parce que rendue par les Hommes, la Justice est fluctuante, elle s adapte à la vox populi, à la mode, elle est soumise très souvent au pouvoir politique, et s’adapte à la société du moment … Elle n est jamais vérité absolue …
Alors comment rechercher la Vérité. 

 On se doit de surpasser le Temps, il est dans un éclairage d’Amour et il se situe dans une autre dimension … et son parcours doit se traduire en expérience qu’il se doit de diffuser dans la sphère profane afin d’éliminer toute certitude et tout dogme parmi les Hommes.

Lévinas nous montre la voie, celle de l’altérité, cette vérité abrahamique qui est d’attendre l’étranger, même au péril de sa vie pour l’accueillir, le protéger … le nourrir. C’est celle de l’Amour de l’autre.

Pour Marc Bloch, la Vérité historique doit avoir comme matière première, non pas uniquement le document, et l’archéologie, mais aussi la multiplication des sources : l’économie, l’art, la botanique, la démographie, les situations sociales, Il s’oppose dès lors aux historiens positivistes et crée une nouvelle voie révolutionnaire qui peut aller aujourd’hui à cette recherche par l ADN ou le Carbone 14.

Chacun ayant sa vérité,   celui qui entend, qui applique et qui transmet … tout au long de sa quête vers la Lumière.

Chez les égyptiens la Vérité est Maat, déesse de la Vérité de l'équilibre de l'Univers. C'est la fille de Ré le Soleil c'est à dire la nature. L'aspect féminin du Soleil. Le signe correspondant est une plume d'Autruche que l'on retrouve sur sa tête mais également la faucille pour récolter. Le mot Vérité est donc associé à la plume pour sa légèreté et la faucille symbole de la mort…

Si en Latin vérité se dit Veritas, dont on doit rapporter en justice la Preuve, en Hébreux elle se dit Emeth, souvent traduit par fidélité, c’est aussi un des multiples nom donné à Dieu, trois lettres composent ce mot : aleph (alpha en grec) Mem …mère, matrice, et Tav qui est Omega en grec …, l De l’Alpha à l Omega on obtient la vérité. De Aleph a Tav de la naissance à la Mort !!!en passant par Mem, la Matrice ou l’eau …

Le mot Emeth inscrit sur un parchemin posé sur le front du plus ancien « humanoïde d’argile » qu'a créé Juda Loew ben Bezalel appelé Mahahal de Prague … au Golem, Si on coupe la tête à ce mot, si on enlève aleph il reste l Meth qui désigne la Mort … ainsi retourne à la Terre, à l’argile le Golem, ainsi nous nous dirigeons tous vers l’Orient Eternel. Quel rapprochement avec la signification de Maat !!

La Guémétria, Science qui conjugue la puissance mathématique des lettres qui correspondent aux chiffres … 1 pour A, 2 pour B etc …Le mot Emeth nous donne le chiffre 9 soit 3 fois 3.

La Vérité, nous dit le Talmud, est le sceau de Dieu. Or, expliquent les Maîtres, une Vérité est authentique quand elle s'exprime avec la même force à tous les degrés de la création. Cette idée trouve un écho dans la valeur numérique du mot EMETH (441).

Les trois chiffres qui constituent ce nombre donnent un total de 9. (Note : le mot ADAM a aussi pour valeur 9)… Et si l'on multiplie 9 par n'importe quel chiffre, on obtiendra toujours 9. … Exemple : 9 x 3= 27 … 2+7= 9, Parce que la Vérité est indestructible. Elle ne change pas. Le chiffre 9 est la trinité multiplié par trois un symbole de perfection que l'on retrouve chez les Celtes.

L'étude des lettres et des chiffres de ce mot nous indique donc sa signification, La vérité d'après cette étude signifie ce qui ne change pas, ce qui est constant, et par extension, comme les grecs l'ont exprimé … ce que l'on n’oublie pas

Si on veut décrypter le fameux tableau

« La Vérité sortant d'un puits » peint par notre Frère Édouard Debat-Ponsan, daté de 1898, et exposé à Amboise, ce peintre emblématique de la 3ème République a peint ce tableau connu dans le monde entier comme l'icône et le manifeste des défenseurs d'Alfred Dreyfus. La vérité n'est pas là toute nue sur le tableau. Des hommes cherchent non seulement à l'habiller (cachez ce sexe que je ne saurais voir !), mais à la remettre là d'où elle vient : cachée au fond du puits d'où elle tente de sortir pour faire éclater les preuves qu'elle tend au bout de son bras (dans son miroir).

On comprend l'expression argotique badigeonner la femme au puits ou badigeonner la femme du puits : farder la vérité, mentir. On dit parfois aussi barbouiller la vérité.

La peinture vue ainsi fait qu'on ne peut soupçonner l'artiste d'avoir voulu faire oeuvre érotique.
Il dépeint la Vérité à travers cette allégorie le Procès du Capitaine Dreyfus … Les Hommes vont tout faire pour que la vérité reste ignorée, mais ils veulent la forcer à retourner d'où elle vient, dans un gouffre d’oubli, pour la cacher et pouvoir de nouveau la renier et l'ignorer.

Le seau est renversé, et l'eau vitale se répand sur le sol, définitivement souillée hommes sont masqués … ils sont lâches, ils ont peur et se voilent la face.

L'engagement du peintre est total, il deviendra l’ami de Zola, nous devons appliquer le combat que ce Frère peintre Chevalier a entrepris et gagné pour l’Eternité.

Il en est ainsi d’un des Chevaliers le plus célèbre dans la littérature Universelle :
Don Quichotte de la Manche écrit par Cervantès, issu d’une famille juive convertie, qui a intitulé ainsi son œuvre  parce que le titre signifie en fait pour les marranes qui ont échappé à l’expulsion d’Espagne de 1492  

Quichotte = keshot en araméen, (langue vulgaire de Judée , langue du kaddish) : Vérité … et que la Mancha = la mancha signifie en espagnol la Tache : la tache judaïque, accusée de souiller la « pureté du sang » castillan... et dont l'Inquisition s’est fait forte d’éliminer ces hommes par le bûcher, le feu d’après ces clercs purifie et interdit toute résurrection, leur interdisant la parabole du Phénix, pour la même raison les nazis avaient brûlé les corps dans des fours crématoires.

En sorte que derrière Don Quichotte c'est le Seigneur Vérité, qui, lu à un degré supérieur condamne cette Inquisition sauvage et les clercs obscurs qui appliquent ses dogmes . .

Alors, on s’aperçoit que ce Chevalier ce Seigneur nous parle de tout autre chose que de moulins à vent, Sa quête est en fait celle de la Vérité. Cervantès nous montre-t-il pas là l’exemple !

Vérité et son contraire Erreur, Faute et Mensonge … l’erreur est volontaire et fait parti du chemin qui mène à la Vérité (par l’errance !) … la faute, le Mensonge nous égarent, ce sont des faits pervers, volontaires malsains, mauvais.

Pour Michel Eyquem de Montaigne "Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà", on peut même élargir le sujet de la confrontation des cultures : "Chacun appelle barbare ce qui n'est pas de son usage" ; cette citation a été reprise par Pascal avec « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà »

En fait Vrai et Faux,  … de qui est en haut est comme ce qui est en bas … , nous sommes faits pour     combattre pour atteindre la Vérité qui se sublime dans l’Amour.

Chercher le Bonheur, rechercher la Vérité … cela fait partie de notre quête … c’est notre « Graal », Nous avons parcouru notre chemin initiatique qui nous a ô combien enrichi pour parvenir à l’Etat d’Homme, celui qui s’éloigne des dogmes, celui qui gagne sa liberté dans le Bonheur, celui qui cherche la Vérité sans cesse, afin de gagner l’Amour Etre un Homme, c’est se diriger vers la Lumière pour découvrir et aimer l’Autre.

La Chimie voire l’Alchimie au contact de ces deux éléments pourra nous permettre de transformer le Plomb en Or en sublimant l’Amour .

Nous n aurons peut être plus le Bonheur de voir le Temple, détruit deux fois, serait-il devenu spirituel ! Seul l’Amour  nous permettra  de le retrouver … La Vérité tant cherchée devient raison ,elle le devient elle aussi , tout comme le Bonheur : Amour.

Bibliographie :
Lao Tseu : Tao Ko King
Ancien Testament : Béréchit
Platon : Dialogues
Talmud de Babylone
Montaigne : Essais
Spinoza : L’Ethique et oeuvres
Cervantes : Don Quichotte de la Manche
Marc Bloch : Annales d’Histoire Economique et Sociale, Correspondances
Lévinas : Totalité et Infini, Difficile Liberté …
Bérezniak : Le Golem , La Rose et le Compas

Catherine Challier : Lévinas : L’Utopie de l’Humain