L’Égypte de Sissi entre grandeur pharaonique et impasse économique : l’urgence d’un rapprochement avec Israël
Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi se rêve en nouveau pharaon bâtisseur. Comme les souverains d’autrefois, il veut laisser une trace monumentale dans l’histoire.
L’économie égyptienne, déjà fragile, est aujourd’hui étranglée. Les revenus en devises ont chuté : les attaques des Houthis en mer Rouge ont détourné les routes maritimes, privant le canal de Suez — jadis poumon financier du pays — d’une part importante de son trafic. Le tourisme, autre pilier économique, ne parvient pas à se relever durablement, miné par l’insécurité, la crise mondiale et l’image autoritaire du régime. Quant aux investissements étrangers, ils se font rares, faute de réformes et de stabilité politique.
Sur le plan intérieur, la société égyptienne est sous tension. Les Frères musulmans, bien que marginalisés, continuent de peser sur la vie religieuse et d’alimenter la défiance vis-à-vis du pouvoir. La démocratie, quant à elle, a disparu sous un vernis de stabilité : opposants emprisonnés, presse muselée, syndicats neutralisés. Sissi gouverne par la peur, persuadé qu’un pays comme l’Égypte ne peut survivre qu’entre des mains de fer.
L’énergie, autrefois abondante, manque désormais. Les champs gaziers du delta du Nil s’essoufflent, tandis que la consommation explose. Ironie du sort : Israël, longtemps ennemi juré, s’apprête à devenir le principal fournisseur de gaz de l’Égypte. Tel-Aviv exporte déjà son gaz naturel liquéfié vers les terminaux égyptiens, permettant au Caire de le retransformer et de le revendre à l’Europe. Ce partenariat énergétique, bien que discret, démontre que l’avenir économique de l’Égypte dépend de son ouverture régionale plutôt que de son isolement idéologique.
Pourtant, Sissi continue de jouer sur plusieurs tableaux : il sollicite l’aide des États-Unis et du FMI, tout en se rapprochant de Vladimir Poutine, qu’il présente comme un partenaire stratégique. Ce double jeu l’affaiblit : Moscou n’a ni les moyens financiers ni les technologies dont l’Égypte a besoin, tandis que Washington et Bruxelles conditionnent leur soutien à des réformes démocratiques.
La véritable voie d’avenir se trouve ailleurs. Un partenariat ouvert et assumé avec Israël offrirait à l’Égypte une occasion unique de se moderniser. Israël dispose d’un écosystème technologique parmi les plus dynamiques du monde — dans les domaines de la cybersécurité, de l’agriculture, de la gestion de l’eau et de l’énergie solaire. En collaborant avec lui, Le Caire pourrait développer un pôle high-tech régional, créer des emplois qualifiés et retenir une jeunesse tentée par l’exil.
Sissi, qui aime se comparer aux bâtisseurs de pyramides, devrait comprendre qu’au XXIᵉ siècle, la grandeur d’un dirigeant ne se mesure plus en béton, mais en innovation et en savoir. Plutôt que d’ériger des musées et des villes fantômes, il pourrait bâtir une économie de la connaissance, connectée à Israël et à l’Europe, capable de redonner à l’Égypte la place qu’elle mérite : celle d’un carrefour moderne, stable et influent entre l’Afrique, le monde arabe et la Méditerranée.
Ainsi, l’avenir du pays ne se joue pas dans la nostalgie d’un passé pharaonique, mais dans le courage politique d’un rapprochement sincère avec Israël, seul partenaire capable d’aider l’Égypte à sortir de sa dépendance, à stabiliser son économie et à renouer avec la véritable grandeur.