En octobre 2025, les trois géants ont signé un protocole d’accord lançant le processus de fusion de leurs activités spatiales sous le nom de code « Bromo ». Ce rapprochement doit donner naissance, d’ici 2027, à une entité de 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 25 000 salariés, appelée à devenir le premier groupe spatial européen intégré.
Cette fois, la fusion semble sur de bons rails pour cinq raisons majeures :
- Une vision stratégique commune entre les trois dirigeants — Guillaume Faury (Airbus), Patrice Caine (Thales) et Roberto Cingolani (Leonardo) — qui partagent le même diagnostic sur les défis technologiques et économiques du secteur.
- Une entente personnelle rare, qui a permis d’évacuer rapidement les questions d’ego (gouvernance, répartition des droits économiques, philosophie de gestion).
- Des États membres convaincus, notamment la France, l’Italie et l’Allemagne, qui voient dans ce projet une réponse aux faiblesses structurelles de l’industrie spatiale européenne.
- Une Commission européenne consultée en amont, qui perçoit positivement l’opération dans un contexte de guerre à l’est du continent et de recherche d’autonomie stratégique.
- Un marché spatial en plein essor, tiré par la demande institutionnelle et les programmes souverains européens.
Des fondations solides et un consensus politique inédit : Le succès du projet Bromo repose d’abord sur la méthode. Les trois PDG ont décidé de construire l’accord sur des bases saines :une gouvernance paritaire ; des droits économiques indépendants de la valeur des actifs ; une société fonctionnant de manière intégrée et coopérative.
Cette maturité contraste avec les échecs du passé, où les logiques de pouvoir et de nationalisme industriel avaient paralysé la coopération.
Les États concernés (France, Italie, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni) ont été consultés très tôt. Tous ont compris qu’il s’agissait non d’une manœuvre défensive, mais d’une ambition de développement et de souveraineté.
L’espace est aujourd’hui un domaine où la dépendance envers les États-Unis est devenue un risque stratégique majeur, notamment dans la défense, les télécommunications et l’observation satellitaire.
La Commission européenne, autrefois perçue comme l’obstacle principal, s’est montrée cette fois ouverte et proactive.
Les industriels ont pris soin de la consulter très en amont, y compris Ursula von der Leyen elle-même, afin d’éviter le scénario catastrophe de l’échec Alstom/Siemens. Les analyses de marché ont démontré que la concurrence resterait suffisante en Europe, avec des acteurs comme OHB-System et de nombreuses entreprises du NewSpace européen.
Une consolidation vitale pour la souveraineté spatiale européenne : L’enjeu dépasse la simple logique industrielle. L’Europe spatiale souffre d’un retard stratégique face aux États-Unis, dominés par SpaceX, Blue Origin, Lockheed Martin, Northrop Grumman et consorts.
Washington dispose d’un écosystème unique associant le secteur public (NASA, US Space Force) et le privé innovant (SpaceX, Amazon Kuiper, Planet Labs…). Ce modèle de puissance spatiale intégrée permet aux Américains de fixer les standards technologiques et commerciaux mondiaux.
Face à cela, l’Europe reste fragmentée : Des programmes dispersés entre les agences nationales et l’ESA ; Des industriels concurrents plutôt que partenaires ; Des budgets éclatés et souvent tardifs.
La future entité Airbus-Leonardo-Thales représente donc une révolution structurelle :
elle permettra de mutualiser la R&D, d’optimiser les chaînes de production et de présenter une offre unifiée sur tous les segments (observation, télécoms, navigation, défense, exploration).
Elle donnera également à l’Europe la taille critique pour rivaliser avec les géants américains et résister à la montée des puissances spatiales émergentes (Chine, Inde, Japon).
Une opportunité économique et technologique sans précédent : Contrairement à une logique de repli, Bromo s’inscrit dans une phase d’expansion du marché spatial mondial, estimé à plus de 1 000 milliards de dollars d’ici 2040.
Les investissements publics européens explosent : 5 milliards d’euros promis par Berlin pour la période 2026-2028, 3,5 à 4 milliards par Rome, et surtout 40 à 50 milliards que la Commission européenne envisage de consacrer à l’espace sur 2028-2034, soit trois fois plus qu’entre 2021 et 2027.
Dans ce contexte, la future entité, déjà évaluée à 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, pourrait atteindre 8 à 9 milliards dès 2028, puis jusqu’à 14 milliards en 2035. Les États, principaux clients, bénéficieront de produits plus innovants et moins coûteux grâce à l’effet d’échelle et à une R&D renforcée.
Un outil de puissance européenne : Le spatial est devenu l’axe central de la souveraineté technologique, économique et militaire du XXIe siècle. Qu’il s’agisse de surveillance climatique, de communications sécurisées, de géolocalisation ou de défense antimissile, chaque puissance mondiale construit son autonomie autour de ses capacités orbitales.
Pour l’Europe, Bromo représente l’équivalent spatial d’Airbus dans l’aéronautique : une alliance transnationale conçue pour faire jeu égal avec les États-Unis et imposer un modèle industriel européen durable.
Cette fusion n’est donc pas un simple rapprochement d’entreprises : c’est un acte fondateur de souveraineté, la clé d’une indépendance stratégique européenne face aux géants américains et asiatiques.
En unifiant ses forces, l’Europe spatiale affirme qu’elle ne veut plus être un suiveur technologique, mais un acteur majeur de la conquête spatiale du XXIe siècle — capable non seulement de rivaliser, mais de créer, d’innover et de défendre ses intérêts sur la scène mondiale.
En somme, le projet Bromo est bien plus qu’une fusion industrielle : c’est une déclaration d’indépendance spatiale européenne.
S’il aboutit, il placera le Vieux Continent sur l’orbite d’une nouvelle ère — celle d’une Europe unie, forte et capable de rivaliser avec les États-Unis dans le domaine où se joue désormais la puissance des nations : l’espace.
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