L’incompétence économique d’une partie des députés et le retour d’un « ancien monde » politique sous Emmanuel Macron.Des députés incultes face à la rigueur économique : le constat alarmant de Philippe Aghion
Le retour de l’ancien monde : l’ego et la posture avant la compétence : L’un des constats implicites du texte est le retour d’un certain « ancien monde » politique, celui que le macronisme prétendait avoir dépassé. Emmanuel Macron avait promis en 2017 de « faire entrer la société civile au Parlement » et de réconcilier compétence technique et responsabilité publique. Or, les propos d’Aghion montrent que la promesse n’a pas été tenue : le débat budgétaire semble dominé par des logiques d’ego, de communication et de confrontation stérile.
La lenteur des débats, les amendements improvisés et l’absence de culture économique des députés témoignent d’une dérive inquiétante : l’économie, science de l’équilibre et de la rigueur, est devenue un champ de bataille symbolique où chaque élu cherche à exister médiatiquement. Aghion, économiste reconnu mondialement, se dit « atterré » par le niveau de certains parlementaires, soulignant leur incapacité à lire, à s’informer, ou simplement à comprendre les mécanismes de base de la politique budgétaire. Ce jugement n’est pas anecdotique : il illustre une déconnexion entre les élus et la complexité du monde qu’ils prétendent réguler.
Cette médiocrité intellectuelle, que l’expert attribue à un manque de sérieux et de travail, révèle une faillite du recrutement politique. Là où la République devrait sélectionner des législateurs compétents, elle semble tolérer des acteurs sans formation économique, mais habiles dans l’art du verbe et de la polémique. L’ancien monde, celui des calculs partisans et des joutes creuses, n’a donc jamais disparu : il a simplement changé de costume.
L’improvisation fiscale : un symptôme de l’irresponsabilité politique Aghion dénonce avec une précision redoutable ce qu’il appelle « l’improvisation fiscale ». Chaque jour, dit-il, une nouvelle idée surgit sans cohérence d’ensemble. Cette critique vise le cœur du processus législatif : l’absence de vision stratégique. En économie, les décisions budgétaires doivent s’inscrire dans une continuité et respecter les équilibres entre recettes et dépenses. L’instabilité et la surenchère législative détruisent la confiance, tant des investisseurs que des citoyens.
Le cas de la taxe sur les multinationales illustre parfaitement ce chaos intellectuel. Votée à la surprise générale, elle repose sur une logique séduisante — faire contribuer les grands groupes au financement national — mais techniquement désastreuse. Si cette mesure n’est pas coordonnée au niveau européen, elle transforme la France en « prison fiscale », incitant les entreprises à fuir. Les conséquences, explique Aghion, seraient contre-productives : perte de compétitivité, recul de l’investissement, et au final, baisse des recettes fiscales.
Cette cécité économique découle d’un populisme fiscal : taxer pour plaire, sans mesurer les effets réels. Les pays nordiques, pourtant très redistributifs, n’ont pas adopté une telle taxe isolée. Non par cynisme, mais par responsabilité. Ils savent, dit Aghion, que « trop d’impôt tue l’impôt ». Cette maxime, souvent déformée, rappelle une vérité fondamentale : au-delà d’un certain seuil, la pression fiscale décourage l’activité et affaiblit la croissance.
Le coût du désaccord : entre censure et crise de confiance ; Aghion avertit : l’absence de vote sur le budget pourrait entraîner une « censure » du gouvernement et une flambée du « spread », c’est-à-dire l’écart entre les taux français et allemands. En d’autres termes, la France risquerait de voir ses taux d’intérêt augmenter, ce qui signifierait un appauvrissement collectif. Car une dette plus chère se traduit inévitablement par moins d’argent pour les services publics et plus d’impôts à long terme.
L’économie obéit à une logique de crédibilité : un État dont les élus paraissent incapables d’adopter un budget cohérent perd la confiance des marchés. Le coût du désaccord devient alors supérieur à celui des compromis. « C’est ça qu’il faut que les députés comprennent », martèle Aghion. Mais comment le pourraient-ils, s’ils ne maîtrisent pas les bases du raisonnement économique ?
Cette crise de compétence fragilise la démocratie elle-même. Le Parlement, censé incarner la raison collective, devient un théâtre d’amateurs où se jouent des décisions vitales pour la nation. L’absence de culture économique n’est plus seulement un défaut individuel : elle devient un risque systémique.
Pour une refondation intellectuelle du politique : Face à ce constat, l’idée d’un « stage d’économie » pour les députés, évoquée ironiquement par certains commentateurs, paraît presque salutaire. Comprendre un budget, lire un tableau macroéconomique, distinguer une dépense d’investissement d’une dépense courante — voilà le minimum requis pour légiférer utilement. Il ne s’agit pas de transformer les élus en technocrates, mais de leur imposer une culture de la responsabilité.
Dans un monde globalisé, la politique économique ne peut plus être improvisée. La France a besoin de représentants capables de comprendre les mécanismes de la dette, de la fiscalité internationale et de la croissance verte. Sans cela, le pouvoir législatif se réduit à un théâtre d’illusions où les décisions sont dictées par les réseaux sociaux plutôt que par la raison.
Le témoignage de Philippe Aghion est un signal d’alarme. Il ne s’agit pas seulement d’un débat sur la taxe ou le budget, mais d’une interrogation sur la qualité même de notre démocratie.
Quand les députés cessent de comprendre les outils qu’ils manipulent, ils cessent d’être légitimes.
Emmanuel Macron, qui prétendait incarner la modernité, voit revenir le pire de l’ancien monde : le verbe sans savoir, la posture sans compétence. La refondation du politique passe aujourd’hui par une exigence simple, mais révolutionnaire : exiger des élus qu’ils sachent de quoi ils parlent.