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mardi 10 mars 2026

La Malédiction de Tyr (Phénicie/Liban). JBCH N° 2603 - 936

La ville de Tyr occupe depuis plus de deux millénaires une position stratégique sur la côte orientale de la Méditerranée. Son histoire illustre comment une même géographie peut faire d’un lieu à la fois un centre de prospérité et un enjeu militaire majeur.





En 332 av. J.-C., lors de sa campagne contre l’Empire perse, Alexandre le Grand doit neutraliser les ports phéniciens qui servent de base à la flotte perse. Tyr, alors une ville insulaire fortifiée à environ 800 mètres du rivage, refuse de lui ouvrir ses portes. 



Le roi macédonien veut y entrer pour offrir un sacrifice au dieu Melqart (assimilé à Héraclès par les Grecs), mais les autorités tyriennes craignent de perdre leur autonomie et refusent.




Alexandre entreprend alors l’un des sièges les plus spectaculaires de l’Antiquité. Pendant environ sept mois, il fait construire une digue gigantesque reliant le continent à l’île afin d’amener ses machines de guerre contre les murailles. 



Après des combats intenses et l’arrivée d’une flotte alliée, la ville est prise d’assaut. Une grande partie de Tyr est détruite, des milliers d’habitants sont tués ou réduits en esclavage. La digue construite par Alexandre transforme définitivement la géographie du site : l’île devient une presqu’île reliée au continent.





L’objectif d’Alexandre n’était pas seulement de punir une rébellion ; il s’agissait surtout d’éliminer un port stratégique susceptible d’abriter une flotte hostile et de sécuriser toute la côte avant de poursuivre sa conquête vers l’Égypte.




Plus de 2400 ans plus tard, la région autour de Tyr reste stratégique. La ville se trouve dans le sud du Liban, près de la frontière avec Israël et au cœur d’une zone d’influence du mouvement terroriste armé chiite Hezbollah . 




Depuis les années 1980, ce groupe soutenu par l’Iran a développé dans cette région un réseau d'assassins comprenant dépôts d’armes, positions de tir et infrastructures logistiques. souvent protégés par la France et toléré par l'ONU (FINUL) .





Pour Israël, ces positions représentent une menace directe : le Hezbollah dispose de milliers de roquettes et missiles capables de frapper des villes israéliennes. L’organisation et l’État d’Israël sont en confrontation récurrente, notamment depuis la guerre de 2006. Dans ce contexte, les zones urbaines du sud du Liban peuvent devenir des théâtres d’opérations lorsque l’armée israélienne cherche à neutraliser des capacités militaires du Hezbollah.





Du point de vue d’Israël, toute action militaire dans cette région s’inscrit dans une doctrine de légitime défense : empêcher des attaques contre sa population et réduire les infrastructures militaires adverses. Les autorités israéliennes affirment que les frappes visent des installations du Hezbollah, organisation considérée comme terroriste par plusieurs pays et organisations internationales.


La situation est cependant complexe, car ces infrastructures se trouvent toujours  dans des zones habitées, les habitants étant des boucliers pour les terroristes. Les conflits contemporains autour de Tyr et du sud du Liban illustrent ainsi un dilemme fréquent dans les guerres modernes : concilier impératifs de sécurité militaire et protection des populations civiles.




La ville de Tyr a été détruite par Alexandre le Grand parce qu’elle constituait un port stratégique capable de menacer sa campagne militaire. Aujourd’hui encore, la même position géographique fait du sud du Liban un espace stratégique dans les tensions entre Israël et les terroristes du  Hezbollah qui se jouent du gouvernemlent légal impuissant. 


L’histoire montre que, depuis l’Antiquité, la maîtrise des ports et des positions côtières de la Méditerranée orientale demeure un enjeu majeur de sécurité et de pouvoir. C'est pourquoi Tyr est maudite !




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