Vers de nouveaux « accords d’Hiram » ?
Liban–Israël : le retour discret d’une hypothèse historique
Il y a près de 3 000 ans, le roi Hiram de Tyr fournissait les cèdres du Liban pour la construction du Temple de Salomon à Jérusalem. Ce partenariat, à la fois commercial, politique et symbolique, rappelle que les relations entre les entités du Levant n’ont pas toujours été marquées par l’hostilité.
Aujourd’hui, dans un contexte régional explosif, certains signaux laissent entrevoir, à bas bruit, un possible repositionnement libanais vis-à-vis d’Israël.
Selon des informations rapportées par Ynet, le quotidien libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, avertit que l’organisation chiite ne resterait pas à l’écart en cas d’attaque contre l’Iran, affirmant que le Liban « ne restera pas en dehors de la ligne de feu ». Cette position alimente les inquiétudes de responsables sécuritaires libanais, qui redoutent que le Hezbollah n’entraîne le pays dans une confrontation régionale dont il paierait seul le prix, transformant une nouvelle fois le territoire libanais en zone de pression militaire contre Israël.
En parallèle, et de manière plus inattendue, des signaux politiques divergents émergent au sein des cercles dirigeants libanais. Face à l’effondrement économique, à l’isolement diplomatique et au risque d’un embrasement régional, certains responsables chercheraient à limiter l’influence du Hezbollah et à préserver ce qu’il reste de souveraineté étatique. Dans ce contexte, l’hypothèse d’un repositionnement stratégique — incluant une forme de rapprochement indirect, pragmatique et non déclaré avec Israël — commence à circuler, sans pour autant se traduire par des initiatives concrètes.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un processus de normalisation comparable aux accords d’Abraham, encore moins d’un traité de paix. Les pistes évoquées relèvent plutôt d’arrangements tacites, de mécanismes de désescalade et de convergences d’intérêts limitées, notamment en matière de sécurité frontalière et de stabilité régionale. Le précédent de l’accord sur la délimitation maritime entre Israël et le Liban a montré qu’un compromis indirect restait possible, même en l’absence de relations diplomatiques.
L’obstacle central demeure le Hezbollah, acteur armé non étatique mais décisif, dont la stratégie régionale est alignée sur celle de l’Iran. Tant que l’organisation conserve la capacité d’entraîner le Liban dans une guerre décidée en dehors de ses institutions, toute perspective de rapprochement structurel avec Israël restera fragile, voire illusoire.
Ces dynamiques contradictoires placent le Liban à un moment charnière. Entre le risque d’une implication militaire dictée par l’axe iranien et la tentation, encore embryonnaire, d’un recentrage sur les intérêts vitaux de l’État libanais, l’évolution des tensions entre Washington et Téhéran pourrait avoir des répercussions immédiates sur le front nord d’Israël.
À long terme, la question reste ouverte : le Liban pourra-t-il, comme à l’époque d’Hiram, redevenir un acteur pragmatique du Levant, ou restera-t-il prisonnier des logiques de confrontation régionale ?
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