Paiements : pourquoi l’Europe reste sous dépendance américaine
Je regrette de laisser toute l'économie européenne dans les mains de l'Oncle Sam ... Toutes les cartes de crédit, donc toutes nos transactions industrielles, professionnelles ou personnelles restent entre leur mains ... Dépendance et asservissement, tout comme nos communications téléphoniques, ou l'espionnage sur les réseaux sociaux .. pas que je sois anti-américain mais simplement par simple pudeur.
Malgré ses 450 millions d’habitants et la puissance de son marché intérieur, l’Union européenne demeure largement dépendante des réseaux américains Visa et MasterCard pour ses transactions quotidiennes.
En 2024, plus de 60 % des paiements par carte en Europe transitaient encore par ces deux géants. Une situation qui interroge, à l’heure où la souveraineté économique est devenue un enjeu stratégique majeur.
Pour tenter d’y remédier, les acteurs européens accélèrent leur rapprochement. L’European Payments Initiative (EPI), à l’origine de l’application Wero, s’allie désormais aux solutions nationales du Sud et du Nord de l’Europe, comme Bizum, Bancomat ou Vipps. Objectif : créer un hub paneuropéen capable de relier les systèmes existants et de faciliter les paiements transfrontaliers sans passer par les réseaux américains. La plateforme doit voir le jour en 2026, pour une montée en puissance en 2027.
Cette initiative marque un tournant, mais elle reste limitée. L’ambition initiale d’une carte bancaire européenne unique a été abandonnée dès 2022, faute d’accord entre les grandes banques. À la place, l’Europe mise aujourd’hui sur l’interopérabilité et le numérique, plutôt que sur un véritable réseau souverain.
Une hésitation qui révèle des blocages structurels. D’abord, les divisions internes. Les établissements bancaires européens demeurent profondément concurrents et peinent à sacrifier leurs intérêts nationaux au profit d’un projet commun. Contrairement aux États-Unis, aucun acteur n’a réussi à fédérer durablement le secteur.
Ensuite, le poids de l’existant. Visa et MasterCard offrent une couverture mondiale, une infrastructure éprouvée et des coûts compétitifs. Pour les banques, s’en détacher implique des investissements massifs et des risques opérationnels importants. Beaucoup préfèrent donc la sécurité du statu quo.
À cela s’ajoute le coût colossal d’un réseau indépendant. Développer une alternative crédible suppose des milliards d’euros d’investissements en cybersécurité, centres de données, lutte contre la fraude et compatibilité internationale. Peu d’États membres se montrent prêts à en assumer seuls la charge.
Mais la principale faiblesse reste politique. L’Union européenne n’a jamais imposé de stratégie claire et contraignante en matière de paiements. Là où Washington ou Pékin n’hésitent pas à soutenir leurs champions, Bruxelles privilégie les compromis. Le secteur est laissé aux acteurs privés, sans impulsion décisive.
La dépendance européenne n’est pas sans conséquences. Les sanctions américaines, qui ont récemment privé certains responsables européens de moyens de paiement, ont servi d’électrochoc. Elles ont rappelé que les réseaux financiers sont aussi des instruments de pouvoir géopolitique.
Dans ce contexte, disposer d’une carte 100 % européenne représenterait un atout stratégique majeur : protection des données, indépendance vis-à-vis des sanctions étrangères, maîtrise des flux financiers, réduction des commissions versées aux groupes américains.
Pour l’instant, l’Europe avance à petits pas. Wero et EPI constituent une première étape, mais ils ne remplacent pas un véritable réseau de cartes souverain. Le retard accumulé depuis plusieurs décennies pèse lourd. Visa et MasterCard ont construit leur domination dès les années 1970. L’Union européenne tente aujourd’hui de combler quarante ans d’inaction.
Reste une question centrale : l’Europe est-elle prête à assumer le coût politique et financier de son indépendance monétaire numérique ? Tant qu’une volonté commune forte ne s’imposera pas, la souveraineté des paiements restera un objectif proclamé, plus qu’une réalité.
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