JBCH Réfexions N° 303. 2 Novembre 2026
Le constat : l'élection n'est pas jouée, le réveil est en cours
La photo officielle de 2027 est déjà imprimée par les rédactions. On y voit les mêmes têtes : Marine Le Pen caracolant à 35% dans tous les sondages, Jordan Bardella en doublure, Jean-Luc Mélenchon en repoussoir, et les éternels candidats du bloc central.
C'est l'histoire qu'on nous vend depuis un an.
Mais le futur Président n'est pas sur cette photo. Et c'est précisément ce que révèlent les 9 signaux faibles analysés par Bruno Jérôme dans Atlantico.
Non pas dans les intentions de vote brutes, qui ne sont que du bruit, mais dans ce qui se cache derrière.
Le peuple français se réveille doucement. Assez, ô combien assez ... de la famille Le Pen comme horizon unique de l'alternance.
Assez de l'outrance permanente des LFIstes qui ont fait de la conflictualité leur fonds de commerce.
Les Français ne se laissent plus mener par le bout du nez ni par les sondages qui fabriquent du consentement, ni par les médias qui organisent les duels qui les arrangent.

Le signal le plus massif est là, sous nos yeux : 46% des électeurs déclarant une intention de vote disent pouvoir changer d'avis. C'est 16 à 17 millions de voix. En 2022 à la même époque, on était à 41%. L'électorat n'est pas figé, il est liquide. Seuls deux pôles sont solides : le RN et LFI, avec plus de 75% de sûrs de leur choix. Entre les deux, tout est ouvert. C'est dans cet espace immense que se fera 2027.
La crise de crédibilité : le plafond de verre des favoris
Deuxième signal faible, et il est dévastateur pour la classe politique installée : personne n'est à la hauteur.
Après les violences du 17 octobre, 55% des Français ne trouvent AUCUNE personnalité politique dont la réaction ait été à la hauteur. 83% chez les sans préférence partisane. Chez les abstentionnistes de 2022, c'est 75%. On ne parle plus de déception, on parle de vide.

C'est le signal le plus important : la crédibilité. Comme le rappelle Jérôme, la crédibilité, c'est la balance entre ce qu'on a annoncé et ce qu'on a réalisé.
Or les trois derniers Présidents culminent à 35% de satisfaits en moyenne. La com' a remplacé l'action.
Conséquence directe : l'érosion des favoris.
Marine Le Pen inculpée, dont l'avenir judiciare est inconnu, et qui reste à 51% de "ferait une bonne présidente" selon Toluna Harris, Bardella à 47%, mais selon Ipsos BVA, ils reculent : Bardella 33% (-3), Le Pen 32% (-4) sur la satisfaction en cas de victoire.
C'est le début du contre-bandwagon effect. On se rallie au vainqueur annoncé jusqu'au moment où on doute de sa capacité à gagner vraiment, notamment avec le pourvoi en cassation de Marine Le Pen qui plane.
Même logique sur le rejet : selon Cluster17, Marine Le Pen est à 62% de rejet, ce qui reste énorme.
Mais selon Odoxa, le moins rejeté n'est pas elle, c'est David Lisnard à 36% de rejet, devant Glucksmann (38%) et Philippe (41%).
Le Pen et Bardella sont à 46% dans ce même sondage. Les indicateurs sont volatils d'un institut à l'autre, mais la tendance est là : le plafond de verre du RN est toujours là.
Le troisième signal confirme : "aucun" est devenu le premier parti. 40% n'accordent de crédit à aucun candidat sur l'honnêteté, 33% sur la capacité à améliorer la vie.
Le futur Président est celui qui répondra à cette demande d'incarnation et de comportement moins court-termiste. Il n'est pas sur la photo parce qu'on ne l'attendait pas là.
La droite classique est le champ de bataille ouvert
C'est là que se joue la vraie présidentielle. Et c'est là que les sondages traditionnels, qui n'ont pas testé Lisnard pendant des mois, se sont trompés.
Signal 4 : les préférences programmatiques sans nom. 83% des sympathisants RN veulent une baisse des impôts au prix de moins de dépenses publiques, devant LR à 74%. L'électorat RN est plus libéral que le programme social de Marine Le Pen. Il y a une dissonance cognitive majeure.
Une partie de cet électorat est instable et peut basculer vers un candidat qui correspond mieux à ses préférences révélées : Lisnard ou Sarah Knafo.
Une nouvelle tendance met en avant Christine Lagarde !!!
Signal 5 et 6 : porosité et orphelins. Chez Cluster17, les courbes Lisnard (8%) et Retailleau (7%) se croisent. Lisnard prend à LR, aux macronistes et à Zemmour.
Mais surtout : 15% de son électorat vient des "sans parti", contre 17% de LR. Ce sont les orphelins de la droite, ceux qui n'ont plus voté depuis 2012, ou qui ont été privés de second tour en 2017 et 2022. Ils n'ont rallié ni Macron ni le RN. Ils attendent. Ils sont 83% à ne trouver personne à la hauteur après le 17 octobre.
C'est un réservoir de millions de voix que ni les sondages ni les médias ne comptent.
Sur le régalien, le signal est brutal pour le bloc central : chez les sympathisants de la majorité présidentielle, seuls 22% jugent la réaction d'Edouard Philippe à la hauteur après le 17 octobre, contre 36% pour Lecornu.
Et sur ce même terrain, Lisnard est jugé capable de gérer la situation par 39% des sympathisants LR, contre 13% pour Philippe. Chez les électeurs Pécresse 2022, il devance même Marine Le Pen (43% contre 39%). Edouard Philippe décroche jusque dans son propre camp.
La dynamique invisible que les sondeurs ne voient pas
Dernier signal, et c'est celui qui explique pourquoi le futur Président n'est pas sur la photo : la dynamique de terrain et numérique.
Pendant que les médias testent en boucle les mêmes duels, Nouvelle Énergie a misé sur la capillarité, comme Fillon en 2016. Résultat invisible dans les sondages au début :

Ce n'est pas une prédiction, c'est un signal faible au sens d'Igor Ansoff : une information de faible intensité, minoritaire au départ, qui anticipe un changement profond. La spirale du silence de Noelle-Neumann l'explique : longtemps les électeurs ne révèlent pas leur vraie opinion par crainte d'ostracisme.
Ça a été le cas pour le FN hier, ça l'est aujourd'hui pour un vote libéral-conservateur assumé.
Neuvième signal : les marchés de prédiction comme Polymarket. Lisnard est monté à 13%, pic à 17%.
Signal à manier avec précaution, car manipulable. Mais il confirme que quelque chose bouge hors des radars classiques.
Conclusion pour dentielle 2027
La présidentielle 2027 n'est pas jouée. Elle est même plus ouverte que 2017 et 2022.
Les sondages d'intention de vote sont du bruit. Les 9 signaux faibles disent autre chose :
- Un électorat liquide à 46%
- Une crise de crédibilité à 53% de "aucun"
- Un plafond de verre et un rejet qui restent massifs pour les favoris
- Une dissonance programmatique chez l'électorat RN
- Une porosité qui s'organise autour d'un outsider
- Des millions d'orphelins sans parti qui attendent un recours
- Une prime à la satisfaction et à la capacité à améliorer la vie concrète
- Une dynamique numérique et militante invisible pour les médias
- Des marchés qui commencent à anticiper

Le futur Président n'est pas sur la photo parce qu'il n'est pas encore connu du grand public, parce qu'on a longtemps refusé de le tester, donc de l'inviter, donc de le faire émerger. C'est le piège médiatique parfait.
Assez de famille Le Pen comme seule alternative. Assez de l'outrance LFI. Les Français ne veulent plus d'un vote par défaut ou d'un vote contre. Ils cherchent le "mieux d'Etat pour moins d'Etat", le trait d'union entre les orphelins de Sarkozy et de Fillon, celui qui parlera aux salariés des classes moyennes du privé comme du public.
Il ne sera pas désigné par les sondages. Il sera désigné par les Français quand ils se réveilleront complètement.



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