C'est ma petite nièce
Sasha Rachel Goldstein-Sabbah, Docteur Emérite à
l'Université de Leiden, aux Pays-Bas, Professeur à l'Université de Gronigue, qui a été la première à me parler de cette Grande famille, égale par son pouvoir et sa fortune à celle des Rothchild. Son ouvrage,
"Baghdadi Jewish,Networks in Hashemite Iraq",est une source de connaissances, elle travaille aujourd'hui sur la vie et l'oeuvre de cette grande Dame qu'a été
Flora Sassoon.Merci Sasha !
Ils ont établi un empire commercial mondial sur trois continents et sont devenus des proches de la famille royale britannique.
Pourtant, la dynastie Sassoon, qui a fait fortune dans le commerce d’opium, de coton, de thé et de soieries, n’était pas originaire de Londres, Paris ou New York, mais de Bagdad.
Le commerce de l’opium, particulièrement au XIXe siècle, est un chapitre complexe et controversé de l’histoire mondiale, impliquant des puissances coloniales, des réseaux commerciaux asiatiques et des conséquences sociales et économiques majeures. En lien avec la famille Sassoon, il a joué un rôle central dans l’essor de leur empire économique. Cette réponse retrace l’histoire du commerce de l’opium, ses origines, son développement, ses acteurs clés, ses impacts et son déclin, en s’appuyant sur le contexte historique et les informations disponibles, tout en mettant en perspective l’implication des Sassoon.
Origines du commerce de l’opium
L’opium, dérivé du pavot à opium (Papaver somniferum), est utilisé depuis l’Antiquité à des fins médicinales et récréatives dans des régions comme le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine. Cependant, son commerce à grande échelle a émergé à l’époque moderne, principalement sous l’impulsion des puissances coloniales européennes.
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Contexte précolonial :
• En Asie, l’opium était cultivé et utilisé localement, notamment en Inde, où il était produit dans les régions du Bengale et du Bihar sous le contrôle des empereurs moghols. Il servait à des fins médicales, mais aussi comme substance psychoactive dans certaines communautés.
• En Chine, l’opium était connu dès la dynastie Tang (618–907), mais son usage restait limité jusqu’au XVIIIe siècle, lorsqu’il devint plus populaire sous forme de mélange fumable avec du tabac, importé par les Portugais.
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Entrée des Européens :
• Au XVIIe siècle, les compagnies coloniales européennes, comme la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) et la Compagnie britannique des Indes orientales (EIC), ont commencé à s’intéresser à l’opium pour son potentiel commercial. Les Portugais, puis les Britanniques, ont développé le commerce de l’opium entre l’Inde et la Chine, où la demande croissante pour l’opium fumé a créé un marché lucratif.
Développement du commerce de l’opium au XIXe siècle
Le commerce de l’opium a atteint son apogée au XIXe siècle, devenant une pierre angulaire de l’économie coloniale britannique et impliquant des acteurs comme la famille Sassoon.
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Rôle de l’Inde coloniale :
• Sous le contrôle de l’EIC, l’Inde est devenue le principal centre de production d’opium, notamment dans les régions du Bengale et du Malwa. L’EIC a monopolisé la culture et la vente de l’opium, obligeant les agriculteurs indiens à cultiver le pavot au détriment des cultures vivrières, ce qui a parfois entraîné des famines locales.
• L’opium indien, connu sous le nom de « opium du Bengale » ou « opium de Patna », était de haute qualité et très prisé en Chine. Il était exporté en grandes quantités via les ports de Calcutta et Bombay.
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Commerce triangulaire :
• Le commerce de l’opium s’inscrivait dans un système triangulaire : l’opium produit en Inde était vendu en Chine, où il était échangé contre du thé, de la soie et de la porcelaine, qui étaient ensuite exportés vers l’Europe. Les profits en argent (souvent sous forme d’argent métal) revenaient aux marchands britanniques et à leurs partenaires.
• Ce commerce permettait de compenser le déficit commercial britannique avec la Chine, qui importait peu de produits européens mais exportait massivement du thé, très demandé en Grande-Bretagne.
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Implication de la famille Sassoon :
• La famille Sassoon, établie à Bombay à partir de 1832 sous la direction de David Sassoon, est devenue l’un des principaux acteurs du commerce de l’opium. Leur entreprise, David Sassoon & Co., a prospéré en exportant de l’opium indien vers la Chine, notamment via Hong Kong et Shanghai.
• Les Sassoon se sont distingués par leur efficacité logistique, utilisant leurs réseaux familiaux et communautaires (principalement des juifs de Bagdad) pour gérer leurs opérations commerciales. Ils ont également investi dans des navires à vapeur pour transporter l’opium plus rapidement, ce qui leur a donné un avantage concurrentiel sur d’autres marchands, comme la firme britannique Jardine Matheson.
• Leur implication dans le commerce de l’opium leur a permis d’accumuler une immense fortune, qu’ils ont réinvestie dans d’autres secteurs comme les textiles, l’immobilier (ex. : Hôtel Cathay à Shanghai) et la finance.
Les guerres de l’opium et leurs conséquences
Le commerce de l’opium a provoqué des tensions majeures entre la Chine et les puissances coloniales, culminant dans les guerres de l’opium, qui ont eu des répercussions sociales, politiques et économiques profondes.
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Première guerre de l’opium (1839–1842) :
• En Chine, l’opium importé en masse a entraîné une crise d’addiction, affectant des millions de personnes, y compris des fonctionnaires et des soldats. En 1839, l’empereur Qing Daoguang chargea le commissaire Lin Zexu de mettre fin au commerce de l’opium. Lin confisqua et détruisit des milliers de caisses d’opium appartenant à des marchands britanniques à Canton, provoquant l’indignation de Londres.
• La Grande-Bretagne, déterminée à protéger ses intérêts commerciaux, déclara la guerre à la Chine. La supériorité militaire britannique (navires à vapeur, artillerie moderne) conduisit à une victoire rapide, scellée par le traité de Nankin (1842). Ce traité imposa à la Chine :
• L’ouverture de cinq ports (Canton, Shanghai, Ningbo, Fuzhou, Xiamen) au commerce étranger.
• La cession de Hong Kong à la Grande-Bretagne.
• Le paiement d’indemnités aux marchands britanniques, y compris pour l’opium détruit.
• Les Sassoon, bien qu’impliqués dans le commerce de l’opium, n’étaient pas directement visés par les confiscations de Lin Zexu, mais ils ont bénéficié de l’ouverture des ports chinois, qui a facilité leurs opérations à Shanghai et Hong Kong.
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Seconde guerre de l’opium (1856–1860) :
• Les tensions persistantes entre la Chine et les puissances occidentales (Royaume-Uni et France) ont conduit à une seconde guerre, déclenchée par l’incident du navire Arrow. La victoire occidentale a abouti au traité de Tianjin (1858) et à la convention de Pékin (1860), qui ont légalisé le commerce de l’opium en Chine, ouvert davantage de ports et imposé de nouvelles concessions territoriales et commerciales.
• Ces guerres ont affaibli la dynastie Qing, exacerbé la crise sociale liée à l’addiction à l’opium et renforcé l’influence des marchands étrangers, y compris les Sassoon, en Chine.
• Impact social en Chine :
• L’opium a causé une crise d’addiction massive, avec des estimations suggérant que 10 à 15 % de la population chinoise consommait de l’opium à la fin du XIXe siècle. Cela a entraîné des problèmes sociaux, économiques et sanitaires graves, notamment l’effondrement de la productivité dans certaines régions et l’affaiblissement de l’armée Qing.
• Le commerce de l’opium a également alimenté le ressentiment anti-occidental en Chine, contribuant à des mouvements comme la révolte des Taiping (1850–1864), qui a causé des millions de morts.
Autres acteurs et réseaux du commerce de l’opium
Outre les Sassoon, plusieurs acteurs ont joué un rôle clé dans le commerce de l’opium :
• Puissances coloniales :
• Royaume-Uni : La Compagnie des Indes orientales et des firmes comme Jardine Matheson dominaient le commerce, soutenues par la puissance militaire britannique.
• États-Unis : Des marchands américains, comme ceux de la firme Russell & Company, participaient également, bien que leur rôle fût moindre.
• France et autres puissances : Elles ont profité des traités inégaux pour accéder aux marchés chinois.
• Marchands locaux :
• En Inde, des marchands parsis et indiens collaboraient avec les Sassoon et les Britanniques pour cultiver et transporter l’opium.
• En Chine, des intermédiaires locaux facilitaient la distribution de l’opium, souvent en contrebande pour contourner les restrictions Qing.
Autres acteurs et réseaux du commerce de l’opium
• Réseaux juifs : Les Sassoon, en tant que juifs de Bagdad, ont mobilisé leur communauté diasporique pour gérer leurs opérations, employant des coreligionnaires dans leurs bureaux à Bombay, Shanghai et Hong Kong, ce qui renforçait leur cohésion et leur efficacité.
La Famille Sassoon
La dynastie Sassoon a produit plusieurs figures marquantes qui ont façonné son empire et son héritage :
• David Sassoon (1792–1864) : Patriarche de la famille, il a fui Bagdad pour Bushehr en 1828, puis s’est installé à Bombay en 1832, où il a fondé David Sassoon & Co.. Il a bâti un empire commercial centré sur le coton, l’opium et les textiles, avec des ramifications en Chine, en Asie du Sud-Est et en Europe. Connu pour sa philanthropie, il a financé des écoles, des hôpitaux et des synagogues à Bombay.
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Albert Sassoon (1818–1896) : Fils de David, il a repris et développé l’entreprise familiale, diversifiant ses activités dans la navigation et l’immobilier. Philanthrope, il a contribué à des projets communautaires à Bombay et a été anobli par la reine Victoria.
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Edward Albert Sassoon (1856–1912) : Fils d’Albert, il s’est installé en Angleterre, où il a été membre du Parlement britannique pour le Parti conservateur (1899–1912). Marié à Aline Caroline de Rothschild, il a renforcé les liens entre les Sassoon et l’élite européenne.
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Philip Sassoon (1888–1939) : Fils d’Edward, il a servi comme secrétaire militaire du maréchal Douglas Haig pendant la Première Guerre mondiale et comme sous-secrétaire d’État à l’Air dans les années 1920 et 1930.
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Siegfried Sassoon (1886–1967) : Petit-fils de David, il est devenu l’un des poètes britanniques les plus connus de la Première Guerre mondiale, célèbre pour ses poèmes dénonçant les horreurs de la guerre.
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Moses Sassoon (1828–1909) : Fils de David, il est retourné à Bagdad avant de s’installer en Égypte, où il a fondé Joseph Sassoon & Sons, une maison financière influente.
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Jacob Sassoon (1850–1936) : Fils de Moses, il est devenu l’un des plus grands propriétaires de plantations de coton en Égypte et a fondé la Misr Spinning and Weaving Company. Il a également été impliqué dans le Crédit Foncier égyptien.
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Elias Sassoon : Zioniste convaincu, il a financé des opérations pour aider les juifs à fuir l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a également investi dans la Socony-Vacuum Oil Company, contribuant à l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient.
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Joseph Sassoon : Historien contemporain et descendant de la famille, il est l’auteur de The Sassoons: The Great Global Merchants and the Making of an Empire (2022), un ouvrage détaillant l’histoire de la dynastie.
Flora Sassoon : Née à Bombay, dans la branche indienne des Sassoon, Fille de S.D. Sassoon, puissant marchand et philanthrope, Epouse de Solomon David Sassoon (son cousin)
Polyglotte, érudite en Talmud, Zohar, science, médecine, Activiste, philanthrope, pionnière de l'éducation juive et des droits des femme
Érudition religieuse Flora connaissait parfaitement l’hébreu, l’araméen, le judéo-arabe et étudiait le Talmud et la Kabbale.
Elle enseignait à ses enfants personnellement la Torah et les traditions juives.
Chef d’entreprise Veuve à 33 ans, elle prit la direction de la maison Sassoon & Co. à Bombay — chose inédite à l’époque pour une femme, surtout dans le monde des affaires juif ou indien. Elle géra les affaires avec habileté, tout en conservant une stricte observance religieuse.
Engagement communautaire et sioniste Soutien actif des écoles juives, de la traduction de textes hébraïques, et du renouveau spirituel sépharade.
Correspondance avec les grands rabbins de Bagdad, Jérusalem et Vilna, ainsi qu’avec des penseurs comme Solomon Schechter.
Philanthropie et reconnaissance internationale Soutien à des hôpitaux, des orphelinats, des écoles juives en Inde, Palestine et Irak.
En contact avec le mouvement sioniste, sans toutefois s’y engager pleinement politiquement.
Lors de son voyage à Bagdad en 1910, elle fut reçue comme une princesse, tant elle était admirée dans le monde juif oriental.
Elle fut la seule femme à siéger en tant que déléguée à la Conférence rabbinique internationale de 1927.
🧬 Héritage
Flora Sassoon incarne une synthèse rare : Spiritualité profonde, Modernité intellectuelle, Leadership économique,
Fidélité aux traditions juives orientales. Elle est aujourd’hui redécouverte comme une figure féminine d’avant-garde dans l’histoire des Juifs sépharades et orientaux.
D
éclin du commerce de l’opium
Le commerce de l’opium a commencé à décliner à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle sous la pression de réformes internationales et de changements politiques :
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Opposition en Chine :• À partir des années 1900, la dynastie Qing, puis le gouvernement républicain chinois, ont lancé des campagnes pour éradiquer l’addiction à l’opium, interdisant sa culture et sa consommation. Ces efforts ont été partiellement couronnés de succès, bien que l’opium soit resté un problème jusqu’au milieu du XXe siècle.• La
révolution chinoise de 1911 et l’instabilité politique ont réduit l’influence des marchands étrangers.
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Pressions internationales : Au début du XXe siècle, les mouvements anti-opium ont gagné du terrain en Europe et aux États-Unis, poussés par des missionnaires et des réformateurs. La Conférence internationale de l’opium de Shanghai (1909) et la Conférence de La Haye (1912) ont marqué les premières tentatives de réglementation mondiale du commerce des stupéfiants. •La Grande-Bretagne, sous pression, a mis fin au commerce de l’opium indien vers la Chine en 1917.
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Diversification des Sassoon :
• Face au déclin du commerce de l’opium, les Sassoon ont diversifié leurs activités, investissant dans les textiles, l’immobilier, la navigation et la finance. Leur implantation à Shanghai (Hôtel Cathay) et leurs activités bancaires en Égypte témoignent de cette transition réussie.
Impact et controverses
Le commerce de l’opium reste un sujet controversé en raison de ses conséquences sociales et de son rôle dans l’impérialisme occidental :•
Conséquences sociales : En Chine, l’addiction à l’opium a dévasté des communautés entières, affaibli l’économie et contribué à l’effondrement de la dynastie Qing. En Inde, la monoculture forcée du pavot a exacerbé la pauvreté rurale.
• Rôle des Sassoon : Bien que les Sassoon aient été des acteurs majeurs, ils opéraient dans un système colonial dominé par les Britanniques. Leur participation au commerce de l’opium est souvent critiquée pour ses impacts négatifs, mais elle reflète également leur adaptation aux réalités économiques de l’époque.
• Héritage économique : Les profits tirés de l’opium ont permis aux Sassoon de financer des projets philanthropiques (écoles, hôpitaux, synagogues) et de bâtir un empire diversifié, ce qui nuance leur héritage.
Le commerce de l’opium au XIXe siècle a été un moteur économique pour les puissances coloniales et des marchands comme la famille Sassoon, mais il a eu des conséquences dévastatrices, notamment en Chine, où il a alimenté des crises sociales et politiques. Les Sassoon, à partir de leur base à Bombay, ont joué un rôle central dans ce commerce, exportant l’opium indien vers la Chine et accumulant une fortune qui a soutenu leur empire économique en Asie.
Leur succès repose sur leur réseau familial, leur adoption de pratiques modernes et leur collaboration avec les Britanniques. Cependant, le déclin du commerce de l’opium à la fin du XIXe siècle a poussé les Sassoon à diversifier leurs activités, consolidant leur influence dans d’autres secteurs. Ce commerce, bien que lucratif, reste un symbole des excès de l’impérialisme colonial et de ses impacts durables sur les sociétés asiatiques.
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