La réintégration diplomatique de la Syrie bouleverse profondément les équilibres du Moyen-Orient et place Israël dans une position de vigilance accrue.
L’accueil du président syrien Ahmed al-Charaa par Donald Trump à la Maison-Blanche, quelques heures à peine après la suspension de son classement comme terroriste, symbolise le retour d’un acteur longtemps banni du jeu international.
Pour Israël, cette évolution n’a rien d’anodin : elle touche directement à la sécurité de ses frontières, à la stabilité du Golan et à la lutte contre l’influence iranienne dans la région.
La reconstruction annoncée de la Syrie, chiffrée entre 600 et 900 milliards de dollars, risque de devenir une arme à double tranchant. Damas, qui cherche à séduire les investisseurs occidentaux, pourrait en réalité permettre la consolidation d’infrastructures contrôlées par des réseaux iraniens ou affiliés au Hezbollah. Sous couvert de projets civils, des routes, ports et bases pourraient être réhabilités à des fins militaires. Cette perspective inquiète Israël, qui observe depuis ses hauteurs du Golan le va-et-vient constant des convois iraniens vers le Liban et le Hezbollah, le tout, sous le regard des Turcs.
L’autre danger réside dans la normalisation diplomatique elle-même. Si la Syrie rouvre une ambassade à Washington et signe des contrats économiques avec l’Occident, toute intervention israélienne sur son territoire deviendra politiquement plus coûteuse. Un régime blanchi par la diplomatie peut se permettre d’avancer masqué, et la Russie comme l’Iran sauront exploiter cette façade de légitimité pour conserver leurs positions. La prudence s’impose : l’apparente conversion de Damas à la lutte contre le terrorisme ne doit pas occulter son passé de manipulation et de duplicité.
Pour autant, il existe une brève fenêtre d’opportunité. Si les engagements syriens de combattre l’État islamique se traduisent en actes vérifiables, Israël pourrait bénéficier d’un apaisement local sur le plan sécuritaire. De même, une Syrie soucieuse de restaurer sa crédibilité internationale pourrait être amenée à restreindre, du moins temporairement, la présence iranienne sur son sol. Mais ces hypothèses restent fragiles : sans contrôle international et sans mécanismes de transparence, la reconstruction servira surtout de paravent à des transferts d’armes et à des alliances souterraines.
Israël doit donc conjuguer fermeté et intelligence stratégique. Sur le plan militaire, le renforcement du renseignement au-dessus du Golan, l’augmentation des capacités de surveillance et la préparation d’options ciblées restent essentiels. Sur le plan diplomatique, il faut conditionner toute levée de sanctions à des garanties vérifiables et à un suivi indépendant de l’utilisation des fonds. La coordination avec Washington est indispensable pour tracer des lignes rouges claires et empêcher tout retour déguisé de l’influence iranienne
Au-delà des aspects militaires, Israël doit aussi se préparer à une bataille d’image. En documentant de manière rigoureuse les risques liés à la reconstruction et en sensibilisant les bailleurs occidentaux, il pourra influencer la narration internationale et éviter que Damas ne se présente comme une victime réhabilitée. La vigilance doit être globale, du renseignement de terrain à la diplomatie multilatérale.
L’histoire récente a montré que chaque relâchement diplomatique dans la région a souvent permis aux ennemis d’Israël de se réarmer et de se renforcer.
Cette fois encore, l’État hébreu doit garder la tête froide : observer, anticiper, dénoncer, mais aussi proposer des cadres de coopération strictement contrôlés lorsqu’ils servent ses intérêts.
La reconstruction de la Syrie ne doit pas devenir un tremplin pour ses adversaires, mais une épreuve de vérité sur la capacité du monde à garantir une paix fondée sur la transparence et la sécurité réelle.