Les enjeux politico-économiques réels du nouvel empire CMA CGM et de la proximité ambiguë entre Emmanuel Macron avec Rodolphe Saadé, doit nous interroger.
Une commission d'enquête aurait dû être établie, mais ...
Rodolphe Saadé, un empire sous pavillon présidentiel : En façade, tout semble parfait : CMA CGM, troisième armateur mondial, annonce dix nouveaux navires géants battant pavillon français, symbole d’un « patriotisme économique » revendiqué. Mais derrière cette communication huilée orchestrée par Havas, se cache une proximité politique sans précédent entre le pouvoir exécutif français et le groupe dirigé par Rodolphe Saadé.
Le président de CMA CGM n’a pas bâti son influence seul. Il la doit largement à un soutien constant de l’Élysée, qui a multiplié les interventions directes pour renforcer la position du groupe sur les plans diplomatique, portuaire et médiatique.
À Beyrouth, Paris aurait même négocié avec des représentants du Hezbollah pour confier la gestion du port de la capitale libanaise au groupe marseillais, présenté comme le « partenaire naturel » d’une France soucieuse de regagner une influence régionale perdue. Ce jeu d’équilibriste entre intérêts économiques et diplomatie de l’ombre frôle la forfaiture, tant il engage la République dans des tractations opaques, loin du contrôle parlementaire.
Un empire maritime et médiatique au service du pouvoir : La fortune et la puissance de Rodolphe Saadé ne reposent plus seulement sur le transport maritime. Sous l’œil bienveillant du chef de l’État, CMA CGM a entamé une expansion stratégique dans le paysage médiatique français
La Provence, avec une entrée au capital de M6, RTL, RMC et BFM TV, constitution progressive d’un groupe multimédia d’influence dont la ligne éditoriale épouse, de plus en plus, celle de l’exécutif. Ces rachats, facilités par un accès privilégié aux financements et aux réseaux institutionnels, rappellent à quel point la concentration des médias en France sert désormais des intérêts politiques avant d’informer le public.
Le récit héroïque du « champion français de la souveraineté maritime » masque mal les réalités économiques : subventions publiques indirectes, exonérations, soutiens logistiques des ports français et diplomatie commerciale active au service du groupe. Derrière la rhétorique du « pavillon tricolore » et des « femmes navigantes », on observe une stratégie de communication soigneusement calibrée pour présenter un géant mondialisé comme l’incarnation du patriotisme économique voulu par Emmanuel Macron.
La façade verte et les coulisses du pouvoir CMA CGM se présente en pionnier du « transport décarboné » et vante ses investissements dans le gaz naturel liquéfié, le biométhane et le e-méthane. Mais la réalité est plus nuancée : ces carburants dits « de transition » restent dépendants des énergies fossiles, et le groupe continue de bénéficier d’une fiscalité maritime allégée. Derrière les grands discours sur la « neutralité carbone à l’horizon 2050 », le modèle reste celui d’une expansion mondiale, d’une croissance des volumes et de la centralisation des flux logistiques — aux antipodes de la sobriété réelle.
Macron, quant à lui, y voit une vitrine : CMA CGM devient le porte-étendard de la « souveraineté économique française », un outil politique autant qu’économique. Quand l’Élysée organise son événement « Choose France » pour vanter l’attractivité du pays, Saadé est toujours aux premières loges, invité à incarner le « modèle français de réussite ». Pourtant, cette réussite repose sur une symbiose douteuse entre pouvoir public et puissance privée : concessions portuaires, facilités fiscales et appuis diplomatiques se mêlent dans une zone grise où le patriotisme économique côtoie le favoritisme politique.
Quand la souveraineté devient prétexte À force de vouloir démontrer que la France conserve des « champions nationaux », l’État en vient à confondre indépendance et connivence. L’esprit de souveraineté invoqué par CMA CGM sert désormais de paravent à une concentration d’influence inédite. Maritime, logistique, médiatique : le groupe Saadé étend ses tentacules partout, au point de devenir un instrument de soft power français… mais sous contrôle privé.
Les dix nouveaux navires baptisés « Notre-Dame », « Sorbonne » ou « Versailles » sont moins des symboles de fierté nationale que des vitrines politiques d’un pouvoir qui s’approprie la réussite d’un groupe dont il facilite chaque étape. En soutenant sans réserve cette expansion, Emmanuel Macron brouille la frontière entre État stratège et État complice.
CMA CGM incarne désormais la nouvelle oligarchie française : un empire économique porté par le pouvoir, redevable politiquement, et protégé diplomatiquement.
Derrière les discours sur la « transition », « la féminisation » ou « la fierté nationale », c’est une France en dépendance croissante vis-à-vis de ses propres milliardaires qui se dessine. Y aura-t-il une procès pour forfaiture, après le mandat qui se termine en 2027.
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