Un article du Jerusalem Post met en scène l’émergence d’un nouveau paradigme : la guerre algorithmique.
Pour la première fois, durant le conflit israélo-iranien de 2025, l’intelligence artificielle (IA) ne se limite pas à l’analyse des menaces : elle agit, coordonne, et décide.
L'armée israélienne prend une avance décisive dans des dizaines de millions de cas stratégiques ...
En effet, les drones autonomes, la fusion de capteurs, les communications en réseau et la reconnaissance de schémas ont permis à l’armée israélienne et à ses alliés américains de mener des frappes simultanées et d’une précision inédite.
Cette description traduit un changement de doctrine : la supériorité n’est plus fondée sur le nombre d’hommes ni même sur la qualité du matériel, mais sur la vitesse et la cohérence du traitement de l’information. L’auteur insiste sur l’emploi massif de systèmes « edge AI », capables de fonctionner sans connexion permanente au commandement central. Ces dispositifs, opérant à la périphérie du réseau, transforment la dépendance technologique en avantage stratégique.
Mais si cette victoire numérique a démontré la puissance du calcul autonome, elle a aussi révélé les nouveaux risques : saturation des systèmes, erreurs d’interprétation, ou décisions létales prises sans validation humaine complète. L’article exalte la rapidité et la précision, mais minimise la question de la responsabilité algorithmique, essentielle à la légitimité des démocraties modernes.
La guerre accélérée par l’IA pose une tension entre efficacité opérationnelle et contrôle politique. Une boucle décisionnelle qui dure quelques secondes ne laisse guère de temps aux responsables civils pour évaluer les conséquences d’une frappe ou d’une escalade. La « victoire en douze jours » décrite par le colonel Ryan Gity traduit cette efficacité, mais au prix d’un raccourcissement du temps stratégique.
Les dilemmes éthiques abondent : si un algorithme d’analyse d’images commet une erreur et frappe un objectif civil, à qui revient la responsabilité, au programmeur, au commandant, à la machine ? Le droit international humanitaire, conçu pour des décisions humaines, peine à s’adapter à des agents autonomes qui “apprennent” en cours d’opération.
Par ailleurs, le champ de bataille n’est plus seulement matériel : il devient cognitif. L’IA alimente la guerre de l’information — création de faux récits, manipulation d’images, saturation des réseaux sociaux. L’arme la plus efficace n’est plus seulement le missile, mais le récit produit par des algorithmes de désinformation.
Face à cette montée en puissance de l’IA militaire, les États développent des contre-technologies tout aussi sophistiquées. Le théâtre iranien a montré que la victoire ne repose pas uniquement sur la puissance offensive, mais aussi sur la résilience défensive face aux systèmes autonomes adverses.
Le brouillage et le jamming cognitif Les systèmes iraniens ont tenté de perturber les communications israéliennes par des brouilleurs adaptatifs. En réponse, les forces israéliennes ont employé des IA capables de modifier dynamiquement les fréquences de communication, rendant le brouillage obsolète. Le « cognitive jamming » consiste à brouiller sélectivement les liens de données, tout en laissant intacts ceux des canaux de désinformation ennemis, pour provoquer confusion et désorganisation.
Les armes à micro-ondes et lasers de haute énergie Contre les essaims de drones autonomes, Israël et les États-Unis ont testé des systèmes à énergie dirigée (High Energy Lasers, Microwave Weapons) capables de neutraliser en masse des vecteurs électroniques sans explosion cinétique.
Ces technologies, déjà utilisées expérimentalement dans le Néguev, détruisent les circuits de commande des drones et brouillent leurs senseurs optiques ou infrarouges. Les leurres numériques et holographiques; les armées déploient des “faux positifs” algorithmiques, structures électroniques ou signatures thermiques créées pour tromper les systèmes de reconnaissance ennemis. Ces leurres exploitent la dépendance des IA à des modèles d’apprentissage statiques : ils saturent leurs capacités de discrimination et provoquent des erreurs de ciblage massives.
La cyber-réponse proactive Avant même les frappes, des algorithmes israéliens auraient infiltré les réseaux iraniens pour altérer les bases de données d’entraînement de leurs propres IA militaires, une forme de “data poisoning” qui sabote les performances adverses avant l’engagement réel. Le champ de bataille devient ainsi préventif, invisible et continu.
Ces innovations montrent que la guerre algorithmique engendre immédiatement sa propre contre-révolution technologique : pour chaque système intelligent, naît une contre-IA spécialisée dans la neutralisation, la désinformation ou la destruction des réseaux concurrents. Le combat futur ne sera pas entre armées, mais entre écosystèmes de données.
L’article du Jerusalem Post illustre parfaitement la fascination contemporaine pour la guerre automatisée : vitesse, précision, efficacité. Mais derrière le triomphe technologique se cache une fragilité systémique. Une IA défaillante ou corrompue peut inverser en quelques secondes le cours d’une guerre.
Le véritable enjeu des prochaines années ne sera donc pas seulement de perfectionner les algorithmes de combat, mais de réguler leur usage, de renforcer les mécanismes de supervision humaine, et d’établir des normes internationales sur la guerre autonome. Sans cela, la victoire numérique d’aujourd’hui pourrait devenir la vulnérabilité stratégique de demain.
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