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lundi 19 janvier 2026

Les Horaces et les Curiaces JBCH N° 2601 - 800

Les Horaces et les Curiaces : 

Quand l’Europe est sommée de se diviser



L’histoire se répète, rarement à l’identique, mais toujours selon les mêmes ressorts. Dans la Rome antique, la rivalité entre Rome et Albe fut réglée non par une guerre totale, mais par un affrontement symbolique : les Horaces contre les Curiaces. Trois contre trois. 


Au Lycée Condorcet, en 5ème, devant son tableau et craie à la main, mon professeur d'histoire, Monsieur Vilatte nous faisait suivre comme au Cinéma la bataille ... Une leçon qui reste présente en moi jusq'à présent.


Une bataille réduite, fragmentée, personnalisée. Diviser pour vaincre. Deux mille ans plus tard, la méthode reste la même, simplement adaptée à l’échelle des nations et des marchés.



Après l’échec flagrant de Vladimir Poutine à faire éclater l’Union européenne par la coercition énergétique, la désinformation et la guerre aux frontières de l’Est, Donald Trump, lui, réactive une tactique plus ancienne, plus subtile et historiquement bien rodée : négocier avec chaque État européen séparément, ignorer Bruxelles, court-circuiter les institutions communes, flatter les souverainistes pour annihiler la puissance collective européenne.




Sur le papier, l’Union européenne représente plus de 460 millions de consommateurs, le premier marché intégré du monde, une puissance réglementaire capable d’imposer ses normes à la planète entière – le fameux "Brussels effect". 


Mais dans le discours trumpien, l’UE n’existe pas. Elle est volontairement réduite à une mosaïque d’États : l’Italie de Giorgia Meloni, la Hongrie de Viktor Orbán, la Pologne conservatrice, la France affaiblie par ses fractures internes, l’Allemagne hésitante, culpabilisée par son histoire.






Ce n’est pas une erreur d’analyse. C’est une stratégie assumée. Déjà lors de son premier mandat, Trump qualifiait l’Union européenne de « foe » (ennemi) sur le plan commercial, tout en affirmant préférer traiter avec « des nations fortes, indépendantes ». Traduction : des nations isolées sont négociables, une Europe unie ne l’est pas.






Cette tactique n’a rien de nouveau. L’Empire britannique gouvernait l’Inde en opposant princes locaux, religions et castes. Metternich, au XIXᵉ siècle, s’employait à empêcher toute unité allemande ou italienne en jouant les États les uns contre les autres. Henry Kissinger, au XXᵉ siècle, refusait déjà de « composer le numéro de téléphone de l’Europe », préférant les capitales nationales à Bruxelles.






Trump ne fait que radicaliser cette logique : accords bilatéraux, pressions commerciales ciblées, menaces douanières, récompenses politiques pour les dirigeants « coopératifs ».


La Hongrie de Viktor Orbán est devenue le laboratoire de cette stratégie. En contestant l’État de droit européen tout en bénéficiant des fonds de l’UE, Budapest agit comme un verrou interne, bloquant sanctions, déclarations communes et avancées institutionnelles.


L’Italie de Giorgia Meloni, quant à elle, occupe une position plus ambiguë. Nationaliste dans le discours, atlantiste dans les faits, elle illustre le dilemme européen : peut-on défendre une souveraineté nationale réelle sans souveraineté européenne ?





L’histoire répond clairement : non. L’Italie seule n’a aucun poids face aux États-Unis ou à la Chine. Pas plus que la Hongrie, la Grèce ou même la France. L’illusion de la puissance nationale est aujourd’hui un mythe dangereux, entretenu par ceux qui savent qu’une Europe fragmentée est une Europe impuissante.





Vladimir Poutine a tenté de faire exploser l’Union européenne par : la dépendance énergétique, le financement de partis extrémistes, la guerre en Ukraine, la peur du déclassement et la propagation de fakes news avec son armée siuterraine cybernétique et des actions de déstabilisation en appyant et en finançant  le plus souvent des forces d'extrême- droite(RN-FN) et aussi d'extrême gauche (Podemos, LFI ...)





Il a échoué : Mieux : l’UE a résisté, sanctionné, soutenu Kyiv, diversifié son énergie. Mais l’échec russe ne signifie pas la fin de la pression. Elle change simplement de visage. Là où Moscou attaquait frontalement, Washington version Trump séduit, divise, négocie à la découpe.



Face à cela, l’Europe doit cesser d’être une construction juridique sans volonté politique. Elle doit devenir : une puissance stratégique, une force militaire intégrée, une entité diplomatique unique, un acteur industriel souverain.



L’euro sans politique étrangère commune est une monnaie vulnérable. Le marché unique sans défense commune est une proie. La démocratie sans puissance est une promesse fragile.


Les Romains avaient compris une chose essentielle : on ne gagne pas en se divisant pour plaire à l’adversaire.


Aujourd’hui, l’Europe est sommée de choisir : être les Horaces, combattant chacun pour soi, applaudis puis éliminés un à un, ou être Rome, imparfaite, disputée, mais unie et souveraine.





Trump, comme d’autres avant lui, parie sur nos divisions. La seule réponse crédible n’est ni l’anti-américanisme, ni la soumission, mais une Europe plus intégrée, plus cohérente et plus forte, capable de parler d’égal à égal avec toutes les puissances. 


L’unité européenne n’est plus un idéal moral.

C’est une condition de survie historique.



dimanche 18 janvier 2026

Un immense trésor à découvrir : Chaïm Kaliski. JBCH N° 2601 - 799

Chaïm Kaliski, mémoire dessinée d’une enfance traquée


Je savais que les belges ont été complices des Nazis pendant l'occupation, les flamands en particulier ... j'ai découvert Kaliski par hasard et mon attention et mes pensées m'ont fait remonter le temps ... pour y redescendre aujourd'hui à Moelenbeck ... et j'ai compris que si on relâchait la lutte contre le mal ... il y revient toujours ... Pauvre Belgique de 2026 ! 


Autour de l’exposition Chaïm Kaliski. « Jim d’Etterbeek », se déploie une œuvre hors norme, à la fois monumentale et intime, qui plonge le visiteur au cœur de la Bruxelles occupée. 


Jim d’Etterbeek est le titre d’un ensemble vertigineux de plus de cinq mille dessins réalisés par Chaïm-Charles Kaliski (1929-2015), artiste singulier dont l’existence fut irrémédiablement marquée par la Shoah.




Né en 1929 entre la gare du Midi et les abattoirs de Bruxelles, Chaïm est l’aîné de quatre enfants d’une famille juive polonaise. Son père, Abraham, est maroquinier ; sa mère, Fradla, couturière. L’invasion allemande de mai 1940 fait basculer leur vie. Après une tentative de fuite en France, la famille revient à Bruxelles, faute de moyens. 


Commence alors une survie précaire, presque miraculeuse : les Kaliski échappent aux contrôles, aux dénonciations et à la grande rafle du quartier juif de Cureghem, le 3 septembre 1942. Mais le 12 février 1944, Abraham est arrêté. Fradla parvient à placer les plus jeunes enfants et se cache avec Chaïm jusqu’à la Libération, en septembre 1944.




Pour Chaïm Kaliski, tout s’arrête ce jour-là. L’arrestation de son père devient une scène fondatrice, un traumatisme qui irrigue toute son existence. Ce n’est qu’à l’âge de soixante ans, en 1989, sur l’insistance de sa sœur Sarah, artiste peintre, qu’il commence à dessiner. Pendant dix-huit années, il se consacre presque exclusivement à cette œuvre de mémoire, produisant des milliers de dessins comme on exhume une histoire enfouie.




Le trait, d’apparence enfantine, est d’une redoutable précision. Arrestations, rafles, fuites, visages terrorisés : les scènes se répètent, obsédantes, comme autant de retours du refoulé. Resté à jamais « enfant caché », Kaliski dessine la peur, l’angoisse, les images imprimées à jamais sur sa rétine. Réalisés majoritairement à l’encre de Chine, ses dessins mêlent texte et image dans une narration quasi cinématographique. Ce sont des dessins « sonores » : on y entend les cris, les pleurs, le bruit des camions, le cliquetis des armes. Des refrains visuels et textuels reviennent comme des litanies, donnant à l’ensemble un rythme lancinant.




À travers les conversations rapportées entre son père et les membres de la communauté juive qu’il croise, se dessine le portrait d’un monde voué à la disparition. L’œuvre de Chaïm Kaliski est à la fois chronique d’une enfance brisée et témoignage d’une précision historique exceptionnelle sur la vie des Juifs bruxellois sous l’Occupation.



Relevant pleinement de l’art brut, ce corpus est celui d’un homme hypermnésique, animé par une culture historique profonde et une nécessité intérieure irrépressible. 


Les 120 dessins présentés dans cette première exposition monographique en France offrent une plongée bouleversante dans une mémoire dessinée, où l’art devient acte de survie et de transmission. Il faut découvrir le talent de cet immense artiste. 

Au Musée d'Art et d'histoire Juif ... 


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Le Courage politique de Manuel Valls JBCH N° 2601 - 798

 Toutes mes félicitations pour le courage politique de Manuel Valls :







Lors de sa visite à Jérusalem, cette semaine, Manuel Valls a tenu un discours d’une rare clarté dans le paysage politique français actuel, affirmant sans détour que le destin d’Israël est indissociable de celui de l’Occident. 


En déclarant que « Si Israël tombe, nous tombons », l’ancien Premier ministre situe le conflit bien au-delà d’une lecture régionale : il y voit un front décisif de la lutte mondiale contre l’islamisme radical, le régime iranien et ses alliances stratégiques, notamment avec la Russie. 







Cette analyse tranche avec les prudences diplomatiques habituelles et assume une lecture géopolitique lucide des rapports de force contemporains.


Manuel Valls rappelle que son engagement en faveur d’Israël n’est ni circonstanciel ni opportuniste. Il s’inscrit dans une fidélité ancienne, forgée dès sa jeunesse, et pleinement assumée au sein de la tradition de la gauche républicaine française. En évoquant Golda Meir, Shimon Peres, François Mitterrand ou Lionel Jospin, il réinscrit la relation franco-israélienne dans une histoire politique que beaucoup cherchent aujourd’hui à effacer ou à renier. Ce rappel est salutaire à une époque où le soutien à Israël est trop souvent caricaturé ou disqualifié.





L’un des points les plus forts de son plaidoyer concerne l’antisémitisme contemporain. Manuel Valls affirme avec fermeté que soutenir Israël est aujourd’hui « la meilleure manière de combattre l’antisémitisme ». Sans nier l’importance fondamentale de la transmission de la mémoire de la Shoah, il souligne que la haine des Juifs, en France comme ailleurs en Europe, se nourrit désormais largement de la diabolisation d’Israël. En cela, il assume un désaccord frontal avec Emmanuel Macron et une partie de la classe politique française, qu’il accuse de ne pas comprendre la nature réelle et actuelle de l’antisémitisme.



Son diagnostic sur l’islamisme est tout aussi courageux. En reconnaissant l’existence, au sein de la population musulmane française, d’une minorité animée par une haine active des Juifs, il refuse à la fois l’amalgame et le déni. Il rappelle avec force que l’islamisme menace simultanément les Juifs et la République, et que « la France sans les Juifs ne serait plus la France ». Cette phrase résume une vision profondément républicaine et universaliste.




Enfin, Manuel Valls n’hésite pas à dénoncer La France insoumise, qu’il accuse d’avoir fait de l’antisémitisme un levier politique, estimant ce courant aujourd’hui plus dangereux que l’extrême droite sur ce terrain. Sa critique de la reconnaissance d’un État palestinien en 2025, jugée prématurée et susceptible de légitimer le Hamas, s’inscrit dans une cohérence intellectuelle : défense de la solution à deux États, oui, mais pas au prix de la sécurité d’Israël ni de la complaisance envers le terrorisme.


Dans un contexte de conformisme, de calculs électoraux et de renoncements moraux, la parole de Manuel Valls se distingue par sa lucidité, sa constance et son courage. 


Qu’on partage ou non l’ensemble de ses positions, il mérite d’être salué pour avoir tenu un discours de vérité, assumé, républicain, et profondément responsable à un moment où trop de responsables politiques préfèrent le silence ou l’ambiguïté.




L'atout technologique mondial d'Israël. JBCH N° 2601 - 797

Israel Valley : Le Bouclier Technologique en Marche



Israël affirme sa suprématie technologique avec Israel Valley: The Technology Shield of Innovation, ouvrage d’Edouard Cukierman, Prof. Daniel Rouach et Prof. Ron Waldman, publié en anglais le 18 janvier 2026 par le Jerusalem Post. 




Ce livre décrypte le “modèle israélien” : écosystème de startups ultra-productif autour de Tel Aviv (19% des licornes EMEA depuis 2019 malgré 4% des fonds), clusters comme Matam à Haïfa (Intel, Google, Microsoft) et liens étroits avec le Technion, MIT du Moyen-Orient.




De Tel Aviv la “Ville Blanche” à Haïfa, “San Francisco du Moyen-Orient”, l’“Israel Valley” foisonne de parcs high-tech où entrepreneurs, venture capitalists et professeurs tissent un “effet cluster” à la Michael Porter. 


Herzliya, Ra’anana ou Petah Tikva complètent ce réseau, dopé par une croissance de 120% des startups universitaires (2016-2020). Le “chutzpah”, service militaire obligatoire et Unit 8200 (berceau de Wix, Viber) alimentent cette résilience culturelle.



Le Bouclier Technologique : Dès la fondation de l’État, leaders sionistes misent sur un “bouclier” high-tech : Dôme de Fer (Kipat Barzel), Hetz (Arrow) exportés mondialement, transferts défense-civil. Éducation, R&D, incubateurs et réseaux incarnent “shields” humains, informationnels, entrepreneuriaux et de l’IDF (Tzahal, “Armée de Défense d’Israël”). Symbole biblique (Magen David), il protège contre roquettes, drones et missiles balistiques.



Résilience Post-7 Octobre : Malgré guerre, réformes judiciaires et krach GDP (-20% fin 2023), exits cybersécurité explosent (+75% à 7,1 milliards $), funding tech frôle 10 milliards $. En 2024, 14 fonds mondiaux rachètent 20% de la Bourse de Tel Aviv (dont Bill Ackman à 4,9%), signal d’attractivité persistante. Défi : l'assimilation des ultra-orthodoxes (16% en 2030), et la dépendance des USA et marchés volatiles. 




C'est pourquoi du moins en matière d'armement, Israël devrait être totalement indépendant, car comme on l'a vu à New York, les USA (MAGA d'un côté et Démocrates de l'autre) deviennent de plus en plus anti-israéliens... 


Les auteurs conceptualisent un “bouclier d’indépendance” open-world, inspirant universités-industries, talents jeunes et incubateurs ailleurs. “L’histoire se fait sous nos yeux” : post-7 octobre, innovation s’adapte à un “new normal” agile, prouvant la force d’Israël face à terrorisme et crises.







samedi 17 janvier 2026

Les Grands Magasins Saks a New York ... est-ce la fin ? JBCH N° 2601 - 796

Oui, les grands magasins Saks (Saks Fifth Avenue et son groupe) traversent une crise majeure, mais ce n’est pas nécessairement “la fin” définitive.


Le 14 janvier 2026 (ou tard le 13 janvier selon les sources), Saks Global la société mère qui regroupe Saks Fifth Avenue, Neiman Marcus, Bergdorf Goodman et d’autres enseignes a déposé le bilan sous le Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Il s’agit d’une restructuration (pas d’une liquidation comme le Chapitre 7), ce qui permet à l’entreprise de continuer à opérer, de payer ses employés et de garder la plupart des magasins ouverts pendant la procédure.




Causes principales de cette crise : Le dépôt de bilan fait suite à plusieurs problèmes cumulés : La fusion-acquisition de Neiman Marcus en décembre 2024 (pour environ 2,7 milliards de dollars), financée par une lourde dette (plus de 2 milliards en obligations), n’a pas produit les économies attendues (600 millions prévus, seulement une partie réalisée). 




Un ralentissement général de la demande en biens de luxe (inflation, tarifs douaniers, incertitude économique). Des retards de paiement massifs aux fournisseurs (des centaines de millions dus à des marques comme LVMH, Kering, Richemont, Chanel, Burberry, etc.), qui ont conduit à des arrêts de livraisons → moins de stock → moins de ventes → spirale infernale. Des problèmes opérationnels, comme des bugs d’intégration des systèmes après la fusion, et un manque d’inventaire pendant les fêtes de fin 2025.





Richard Baker (qui a orchestré la fusion) a été écarté, et un ancien PDG de Neiman Marcus (Geoffroy van Raemdonck) a pris la direction. L’entreprise a obtenu un financement de 1,75 milliard de dollars pour tenir pendant la restructuration. : Rapport avec Amazon et les ventes en ligne/internet ? Oui, il y a un lien indirect, mais ce n’est pas la cause principale.





Le commerce en ligne et les ventes directes des marques de luxe (via leurs propres boutiques ou sites) ont affaibli les grands magasins traditionnels depuis des années. Les influenceurs, les boutiques mono-marque et l’e-commerce ont pris le rôle que les department stores avaient autrefois (conseil, découverte de produits). Saks a souffert de ventes en baisse à deux chiffres pendant plusieurs trimestres.





Pour contrer cela, Saks a noué un partenariat avec Amazon en 2025 : un “Saks at Amazon” (une vitrine luxe sur Amazon Luxury Stores), avec un investissement d’Amazon de 475 millions de dollars et des garanties de paiements minimaux (jusqu’à 900 millions sur 8 ans). L’idée était d’atteindre plus de clients via internet.



Mais ce partenariat a tourné au vinaigre : Amazon a critiqué la gestion de Saks et s’est opposé à certains financements de la faillite, arguant que son investissement risquait de devenir “sans valeur”. Cela montre que même les alliances digitales n’ont pas suffi à compenser les problèmes structurels (dette, fournisseurs, stock).




Ce n’est pas Amazon ou internet seul qui a tué Saks, mais une combinaison toxique : dette excessive de la fusion + crise du luxe + fournisseurs mécontents + concurrence digitale depuis longtemps.


Les magasins iconiques (comme le flagship de la 5e Avenue à New York) devraient survivre, mais des fermetures de points de vente sont probables. C’est une page sombre pour les grands magasins de luxe traditionnels, qui continuent de perdre du terrain face au digital et aux marques direct-to-consumer. On suit l’évolution de la restructuration dans les mois à venir !




Martin Luther King et Israël. JBCH N° 2601- 795


Ce que Martin Luther King pensait réellement du sionisme



On invoque souvent Martin Luther King Jr. dans les débats contemporains sur Israël. Son nom circule comme une autorité morale universelle, parfois brandie pour condamner le sionisme au nom des droits civiques. 


Le problème est simple : cette lecture ne correspond pas à ce que King disait réellement.



Martin Luther King ne voyait pas le sionisme comme un projet colonial ou racial, mais comme un mouvement de libération nationale. Pour lui, le sionisme relevait du même principe fondamental que celui qu’il défendait pour les Afro-Américains : le droit d’un peuple persécuté à la dignité, à la sécurité et à l’autodétermination.


Dans les années 1950 et 1960, le contexte est essentiel. L’État d’Israël naît à peine de la Shoah, et la mémoire de l’extermination des Juifs d’Europe est encore brûlante. King appartient à une génération pour laquelle la création d’Israël apparaît comme une réparation morale minimale après un crime civilisationnel. À ses yeux, nier aux Juifs le droit à un État revenait à prolonger leur vulnérabilité historique.


Il n’a jamais caché sa position. En 1968, lors d’une conférence à Harvard, il déclare sans ambiguïté : « Le sionisme est la quête légitime du peuple juif pour la sécurité et l’autodétermination. » La formule est claire, directe, sans condition préalable.






King établissait un parallèle explicite entre l’expérience juive et l’expérience noire. L’histoire de l’exil, de la ségrégation, de la violence systémique, et de la négation de l’humanité lui semblait structurellement comparable. Pour cette raison, il considérait l’existence d’Israël non comme un privilège, mais comme une nécessité historique.


Cela ne signifie pas que King ignorait la question palestinienne. Il reconnaissait l’existence d’un conflit réel et la souffrance des populations arabes. Mais son raisonnement restait constant : aucun progrès moral ne peut être bâti sur la négation du droit à l’existence d’un autre peuple. La solution, pensait-il, devait passer par la reconnaissance mutuelle et la coexistence, non par la délégitimation d’Israël.






Surtout, King faisait une distinction nette — devenue rare aujourd’hui — entre critique d’un gouvernement et négation d’un principe. Il acceptait la critique des politiques israéliennes comme il acceptait la critique des États-Unis. Mais il refusait catégoriquement l’antisionisme lorsqu’il se transformait en rejet du droit juif à l’autodétermination. C’est dans ce contexte qu’il aurait déclaré :

« Quand les gens critiquent le sionisme, ils pensent parfois parler des Juifs. En réalité, ils expriment souvent un antisémitisme. »




Cette phrase résume sa position morale. Pour King, la justice n’était pas divisible. On ne pouvait pas combattre le racisme tout en niant à un autre peuple le droit fondamental à la sécurité collective. Toute lutte pour les droits civiques qui sélectionne ses victimes finit par trahir ses propres principes.





Il est tentant, aujourd’hui, de projeter sur King les catégories idéologiques contemporaines : colonisé contre colonisateur, oppresseur contre opprimé. Mais King raisonnait autrement. Il ne pensait pas en termes de camps idéologiques fixes, mais en termes de vulnérabilité humaine, de responsabilité morale et de stratégies menant à la paix.


S’il vivait aujourd’hui, il critiquerait sans doute certaines politiques israéliennes — comme il critiquait l’Amérique avec une sévérité implacable. Mais rien dans ses écrits, ses discours ou ses alliances ne permet de penser qu’il aurait rejoint le camp de ceux qui contestent la légitimité même d’Israël. Pour lui, le sionisme n’était pas l’ennemi des droits civiques ; il en était une expression historique particulière.



Martin Luther King n’était ni naïf ni sentimental sur le Moyen-Orient. Il était cohérent. Et sa cohérence dérange, précisément parce qu’elle refuse les simplifications morales qui dominent aujourd’hui le débat.