Chaïm Kaliski, mémoire dessinée d’une enfance traquée
Je savais que les belges ont été complices des Nazis pendant l'occupation, les flamands en particulier ... j'ai découvert Kaliski par hasard et mon attention et mes pensées m'ont fait remonter le temps ... pour y redescendre aujourd'hui à Moelenbeck ... et j'ai compris que si on relâchait la lutte contre le mal ... il y revient toujours ... Pauvre Belgique de 2026 !
Autour de l’exposition Chaïm Kaliski. « Jim d’Etterbeek », se déploie une œuvre hors norme, à la fois monumentale et intime, qui plonge le visiteur au cœur de la Bruxelles occupée.
Jim d’Etterbeek est le titre d’un ensemble vertigineux de plus de cinq mille dessins réalisés par Chaïm-Charles Kaliski (1929-2015), artiste singulier dont l’existence fut irrémédiablement marquée par la Shoah.
Né en 1929 entre la gare du Midi et les abattoirs de Bruxelles, Chaïm est l’aîné de quatre enfants d’une famille juive polonaise. Son père, Abraham, est maroquinier ; sa mère, Fradla, couturière. L’invasion allemande de mai 1940 fait basculer leur vie. Après une tentative de fuite en France, la famille revient à Bruxelles, faute de moyens.
Pour Chaïm Kaliski, tout s’arrête ce jour-là. L’arrestation de son père devient une scène fondatrice, un traumatisme qui irrigue toute son existence. Ce n’est qu’à l’âge de soixante ans, en 1989, sur l’insistance de sa sœur Sarah, artiste peintre, qu’il commence à dessiner. Pendant dix-huit années, il se consacre presque exclusivement à cette œuvre de mémoire, produisant des milliers de dessins comme on exhume une histoire enfouie.
Le trait, d’apparence enfantine, est d’une redoutable précision. Arrestations, rafles, fuites, visages terrorisés : les scènes se répètent, obsédantes, comme autant de retours du refoulé. Resté à jamais « enfant caché », Kaliski dessine la peur, l’angoisse, les images imprimées à jamais sur sa rétine. Réalisés majoritairement à l’encre de Chine, ses dessins mêlent texte et image dans une narration quasi cinématographique. Ce sont des dessins « sonores » : on y entend les cris, les pleurs, le bruit des camions, le cliquetis des armes. Des refrains visuels et textuels reviennent comme des litanies, donnant à l’ensemble un rythme lancinant.
À travers les conversations rapportées entre son père et les membres de la communauté juive qu’il croise, se dessine le portrait d’un monde voué à la disparition. L’œuvre de Chaïm Kaliski est à la fois chronique d’une enfance brisée et témoignage d’une précision historique exceptionnelle sur la vie des Juifs bruxellois sous l’Occupation.
Relevant pleinement de l’art brut, ce corpus est celui d’un homme hypermnésique, animé par une culture historique profonde et une nécessité intérieure irrépressible.
Les 120 dessins présentés dans cette première exposition monographique en France offrent une plongée bouleversante dans une mémoire dessinée, où l’art devient acte de survie et de transmission. Il faut découvrir le talent de cet immense artiste.
Au Musée d'Art et d'histoire Juif ...
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