Kemal Atatürk avait créé une Turquie moderne, transformant l'armée, la culture, l'alphabet et introduisant la laïcité ... Avec Erdogan, frere musulman qui est resté au pouvoir plus de 20 ans, ce pays est retourné un siècle en arrière, bien qu'il veuille dominer comme dans le passé historique la région et dominer les pays arabes ... Il va directement dans le mur.
Au cours des dernières années, la relation entre l’Europe et le président turc Recep Tayip Erdogan s’est profondément détériorée, au point que beaucoup d’analystes considèrent aujourd’hui que le dirigeant turc est devenu un véritable paria politique pour une grande partie des capitales européennes.
La récente résolution adoptée par le Parlement Européen condamnant la politique d’Ankara dans le nord de la Syrie 363 voix contre 71, illustre cette rupture progressive après plus d’une décennie de relations ambivalentes entre l’Union Européenne et la Turquie.
Pendant longtemps, l’Europe a adopté une attitude prudente envers Ankara. La Turquie reste un acteur stratégique majeur : membre de l’OTAN puissance militaire régionale, gardienne d’une partie des routes migratoires vers le continent européen et partenaire économique important.
Cette position a longtemps conduit Bruxelles à pratiquer ce que certains diplomates appelaient une “patience stratégique”, malgré les dérives autoritaires du pouvoir turc et les tensions répétées avec plusieurs États membres.
Mais cette stratégie semble aujourd’hui atteindre ses limites. Aux yeux de nombreux responsables européens, la politique étrangère d’Erdogan s’est transformée en projet néo-impérial visant à restaurer l’influence turque dans l’ancien espace ottoman.
Cette ambition s’est manifestée dans plusieurs crises régionales : interventions militaires dans le nord de la Syrie, pressions en Méditerranée orientale contre la Grècet Chypre dont la Turquie a annexé une bonne partie soutien actif à certaines factions armées dans les conflits régionaux et instrumentalisation des flux migratoires comme levier politique vis-à-vis de l’Europe.
La situation syrienne cristallise particulièrement les critiques. Plusieurs parlementaires européens accusent Ankara d’avoir contribué à déstabiliser durablement le nord de la Syrie, notamment par ses opérations militaires contre les forces kurdes et par la création de zones d’influence contrôlées indirectement par des milices locales soutenues par la Turquie.
Certains rapports évoquent également le risque que ces opérations aient fragilisé la lutte contre les résurgence de l’Etat Islamique notamment en facilitant des évasions de détenus jihadistes dans des prisons mal sécurisées.
Dans ce contexte, la résolution du Parlement européen ne constitue pas seulement une critique ponctuelle. Elle marque un changement de ton politique.
En parallèle de la condamnation d’Ankara, les députés européens ont approuvé un soutien financier de 620 millions d’euros destiné à renforcer la sécurité locale et la gouvernance dans certaines zones du nord de la Syrie, contournant ainsi indirectement l’influence turque.
Pour Erdogan, cette évolution représente un revers diplomatique important. Le président turc avait longtemps tenté de maintenir un équilibre délicat avec l’Europe : coopérer sur certaines questions — notamment les migrations — tout en poursuivant une politique régionale autonome et parfois conflictuelle. Mais la multiplication des crises a progressivement érodé la confiance des dirigeants européens.
Un autre facteur aggravant est la dérive autoritaire interne souvent dénoncée par les institutions européennes : arrestations de journalistes, pression sur l’opposition, affaiblissement de l’indépendance judiciaire et concentration du pouvoir exécutif. Ces évolutions ont pratiquement gelé le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, autrefois présenté comme un objectif stratégique majeur.
Aujourd’hui, dans de nombreux cercles politiques européens, Erdogan est perçu moins comme un partenaire difficile que comme un acteur imprévisible susceptible de déstabiliser plusieurs régions simultanément : le Moyen-Orient, la Méditerranée orientale et même le Caucase. Cette perception renforce l’idée qu’il faut limiter son influence plutôt que tenter de l’intégrer dans un cadre de coopération.
Cependant, la rupture n’est pas totale. L’Europe ne peut pas ignorer la Turquie. Sa position géographique, son rôle dans la gestion des flux migratoires, ses communautés groupées autour de ses mosquées turques , son armée et son économie font d’Ankara un acteur incontournable.
C’est pourquoi certains analystes parlent non pas d’une rupture définitive, mais d’une phase de confrontation froide, dans laquelle coopération et rivalité continueront à coexister.
En définitive, la résolution du Parlement européen symbolise surtout la fin d’une illusion diplomatique : celle selon laquelle la Turquie d’Erdogan évoluerait progressivement vers les standards politiques et stratégiques européens.
Pour une partie croissante des dirigeants européens, cette hypothèse appartient désormais au passé, et Ankara est de plus en plus perçue comme une puissance régionale poursuivant ses propres intérêts, souvent en contradiction avec ceux de l’Europe.





